‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 36 sur 235 · A.NU.MAI.IKS ACQUISES · texte numérisé non relu

A.NU.MAI.IKS ACQUISES

s'apei\'oil que ses seins oui pris un (el développcnicnl qu'elle en est épouvantée ('). » Dans tous les aulres cas, le dél)ul de lalTeelion passe inaperrn. Sans qu'il y ail aucune douleur, sans que la sanlé générale soil altérée, les seins augmentent de volume. La femme croit qu'elle prend de la gorge, suivaiil rexjUTssion do \'el|)eaii.

.Mais toujours raiVeclion a une marche rapide. Si la malade se réjouissait de prendre de la gorge, elle s'etTraye d'en prendre trop ; hienhM elle ne peul plus se faire d'illusion, elle est devenue ditTorme.

Au début, l'un des seins, peut-être est-ce alors plus souvent le gauche ('), ordinairement les deux, sont saillants et fermes. Ils sont élastiques, rénillents. La peau a sa couleur normale : « On croirait de prime al)ord. dit ^'elpeau, avoir sous les yeux un de ces magnifiques hémisphères , si souvent figurés par les artistes ou parles poètes de l'antiquité ("'). »

Mais bientôt l'aspect change. Les « magnifiques hémisphères » se déforment, s'affaissent, deviennent pendants. La masse globuleuse, dont le volume et le poids augmentent sans cesse, s'abaisse de plus en plus; elle n'est reliée au thorax que par un pédicule qui va s'amincissant. L'aréole s'étale, le mamelon semble diminué. Quelquefois il sinvagine. La peau distendue présente des pores élargis. La masse difforme retombe sur l'abdomen, dépasse le pubis, atteint les cuisses ; latéralement elle dépasse le tronc: les bras y marquent leur empreinte sous forme

de deux profonds sillons. Sous la peau distendue, on voit se dessiner des veines bleuâtres, le mamelon est complètement etl'acé : l'aspect de ces deux énormes besaces pendantes est horriblement difforme.

Ces seins, fermes et résistants au début, sont devenus mous. Une secousse les fait trembloter comme une masse de gelée. Parfois ils donnent une sensa-

Fiti. o.

(•) Dlrston, Philosûpli. Transact., n" ù'2, t. II. 1009, p. lOi".

(-) Cependant, dans la statistique de Barton {Philad. med. Times, 2ô juin 1887), sur 12 cas d'hypertrophie unilatérale, la uîamelle droite était 7 fois atteinte, et la gauche seulement 5 fois.

(') Velpeav, Loc. cit., p. 202.

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lion (le fluctuation si trompeuse, que des médecins nonl pas hésité à y plonger le bistouri, croyant y trouver une collection liquide.

Souvent, surtout dans les périodes ultimes, la consistance varie de place en place : à côté des points ramollis, on sent des noyaux fibreux, durs, ou bien de véritables kystes.

Ces mamelles si prodigieusement déformées sont d'ordinaire tout à fait indolentes. C'est tout au plus si elles déterminent quelques tiraillements, quelques picotements. Il y a même des cas où la sensibilité y paraît émoussée : des ponctions au bislouri ont été à peine senties. Cependant, il arrive parfois qu'elles deviennent le siège de douleurs assez vives : élancements, sensations de pincement, de brûlures, de piqûres.

Laffection ne peut guère atteindre ses degrés ultimes sans retentir sur rétat général. Les troubles de la menstruation sont fréquents, mais ne présentent rien de caractéristique. On a signalé des modifications de la voix, qui prendrait un timbre rauque spécial, surtout au moment des règles, ou à leur époque présumée lorsqu'elles ont disparu. La nutrition s'altère, les digestions se troublent, l'appétit se perd, l'amaigrissement survient.

Il faut ajouter la gêne mécanique causée par ces énormes mamelles, dont le poids a pu dans certains cas égaler et même dépasser celui du reste du corps. Si au début les malades peuvent encore les soutenir par quelque bandage plus ou moins ingénieux passant autour du cou, bientôt aucun moyen ne permet plus de les contenir. La respiration est gênée par la compression du thorax et de l'abdomen. Tout travail devient impossible. La colonne vertébrale s'incline en avant et parfois le poids est tel que les malades ne peuvent plus le porter. Elles sont obligées de rester assises, les seins appuyés sur les genoux, ou de vivre couchées sur le côté.

Marche. — Terminaison. — L'hypertrophie des mamelles a presque toujours une marche rapide. En deux, trois ou quatre mois, elle atteint un volume considérable. Parfois elle marche plus lentement et il faut une ou deux années pour que l'état d'infirmité soit atteint. Dans l'hypertrophie gravidi({ue, la marche est toujours rapide.

La terminaison et par suite le pronostic dilTèrent notablement, suivant qu'il s'agit de l'hypertrophie de la puberté ou de celle de la grossesse.

Sur 27 cas d'hypertrophie de la puberté, je n'en ai trouvé qu'un seul qui se soit terminé par la guérison, c'est-à-dire par le retour des mamelles à un volume à peu près normal. C'est le cas de Benoît et Monteils ('). L'hypertrophie avait débuté à quatorze ans et demi. A seize ans, la circonférence du sein droit mesurait 94 centimètres et celle du sein gauche 1"'.5. L'état reste stationnaire usqu'à vingt-quatre ans ; époque où la malade se marie. A partir du mariage, les mamelles diminuent de volume, et après trois grossesses elles ont perdu leur apparence difforme et peuvent être facilement contenues dans un corset. Ce cas de guérison est unique. Je n'en connais pas d'autres où l'hypertrophie ait régressé d'une manière notable. C'est aussi, à ma connaissance, le seul cas où le mariage et la grossesse aient eu une influence favorable sur l'évo-

(') Benoit et Monteils, Monlpellier méd., juin 1877.

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lutioii (lu mal. l^ans les autres cas, où la malade est devenue enceinte, et ils soûl rares, car les troubles menstruels cjui acconipap^nent si rré(|uemment riiyperlrophie semblent (Mie un obstacle à la concej)lion (je u ai pu en relever que deux), la grossesse a eu sur la maladie une iniluence néfaste. Les seins ont encore augmenté de volume; l'une des deux malades à succombé ('); chez l'autre, il a persisté une galactorrhée abondante et il fallu en venir à l'amputalion (*). Ces faits ont une grande importance, car Velpeau professait une opinion diamétralement opposée et conseillait le mariage comme moyen de traitement.

Lhvperirophie, après avoir afieint un cerlain degré, peut rester stationnaire. C'est cette terminaison que Fingerhut ("'j, appelle guérison : mot tout à fail impropre, puisque jamais, sauf dans le cas de Benoît et Monteiis, les seins ne sont revenus à leur volume normal, et que les femmes sont toujours reslées presque inlirmes ou du moins tout à fait dilVormes. Il est diflicihî de savoir le degré de fréquence de cette terminaison. Si l'on s'en référait aux observations publiées, il faudrait la considérer comme très rare, mais il est bien proljable que beaucoup de faits de ce genre sont passés inaperçus, tandis que i)resque tous les cas ayant nécessité des amputations ou terminés i)ar la mort ont du être publiés.

C'est qu'en elïet cette affection peut entraîner la mort. TanteM la malade s'amaigrit, s'affaiblit, succombe à une maladie intercurrente ou finit par s'éteindre dans une sorte de cachexie, sans que jamais les ganglions soient envahis. Tantôt ce sont des complications inllammatoires, abcès vastes et multiples, tantôt le sphacèle de la masse déterminée par un traumatisme insignifiant qui entraîne la terminaison fatale.

Le pronostic de l'hypertrophie de la puberté est donc grave, puisqu'il fait des malades qui en sont atteintes de véritables infirmes et qu'il menace même leur existence.

11 en est tout autrement de l'hypertrophie gravidique. Elle débute pendant les premiers mois de la gestation, et sa marche est rapide. Mais ce qui lui donne un caractère spécial, ce qui fait qu'on doit la distinguer de l'hypertrophie de la puberté, c'est que souvent l'hypertrophie, quelque énorme qu'elle ait été, rétrocèdeaprèsTavortementou l'accouchement. Sur 1 1 cas d'hypertrophie gravidique que j'ai pu relever, o ont été publiés avant la fin de la grossesse et ne peuvent entrer en ligne de compte. Des 8 autres, 5 se sont terminés par un retour à l'état normal, et cela même après deux ou trois grossesses. 2 fois l'amputation est devenue nécessaire et un dernier cas s'est terminé par la mort sans intervention. La terminaison fatale est survenue seulement quatre ans après la grossesse. En somme, l'hypertrophie de la grossesse ne menace pas la vie de la malade pendant la gestation; aussi il ne semble pas qu'il y ait lieu, à moins d'indications spéciales, de recourir à l'accouchement prématuré, qui a été proposé par Esterle, par Porro, et pratiqué par Chiara (*). Dans plus de la moitié des cas, elle se termine par la guérison complète. Le pronostic de

(') Cas de Billroth, cité plus haut.

(*) Cas de Lotzbeck, également cité.

(') FiNGERHUT, Arch. gêner, de méd., 5= série, t. II, 1857, p. 440.

(*) Chiara, L'Osgervatore, 10 août 1880, n" 52.

l'hyperlropliic gravidique est donc beaucoup moins grave que celui do Fliypcr- Irophie de la puberté. Toutefois, d'après Tarnier et Budin('), le fœtus se ressentirait des conditions défavorables au milieu desquelles évolue la grossesse. « Le fœtus peut succomber dans la cavité utérine. Le plus souvent, il y a accouchement prématuré. Enfin, la grossesse peut aller à terme, mais habituellement les enfants sont alors petits et cliétifs. En résumé, le pronostic est plus grave pour l'enfant que pour la mère. »

Le diagnostic de l'hypertrophie des mamelles ne présente en général aucune difficulté. Si, au début, on avait quelque hésitation, l'évolution de la maladie ne larderait pas à les dissiper.

Traitement. — Dans l'hypertrophie gravidique, il faut se contenter de moyens palliatifs anodins : soutenir les seins, les comprimer légèrement, s'elïorcer de conduire la femme sans accidents jusqu'à l'accouchement, qui amènera peut-être la guérison.

Dans l'hypertrophie de la puberté, la nécessité du traitement s'impose dès le début. Malheureusement, nous n'en connaissons pas qui soit réellement efficace. Quelques-uns doivent être tout à fait proscrits, tels les révulsifs locaux, les saignées répétées. "Velpeau, je l'ai déjà dit, « suppose que la grossesse amènerait des résultats heureux ». Jusqu'à présent le cas de Benoît et IMonteils est le seul qui ait justifié cette supposition. Dans les autres, la grossesse a aggravé le mal plutôt qu'elle ne l'a amélioré.

Fingerhut avait pensé obtenir de bons effets en provoquant artificiellement la lactation. 11 rapporte deux cas dans lesquels il a eu recours à ce mode de traitement. Les malades n'ont pas été assez longtemps suivies pour qu'on puisse juger de son efficacité. Monod y a eu recours sans succès dans un cas d'hypertrophie gravidique {-). Quant aux incisions et aux scarifications, elles n'ont guère que des inconvénients. L'iode, préconisé par Coindet, a été essayé mais sans grand résultat. « Il faut bien reconnaître, dit Labarraque, que, le plus souvent, l'iode échoue dans le traitement de l'hypertrophie mammaire. »

Au début de la maladie, il faut s'efforcer de régulariser la menstruation si elle est troublée, et agir localement par une compression bien faite. La bande de caoutchouc appliquée par-dessus un pansement ouaté remplit l'indication. Mais d'ordinaire on ne peut la laisser que quelques heures en place. On peut joindre à cela quelques purgatifs, et l'iode à l'intérieur, bien que son efficacité ne soit pas démontrée. Peut-être à cette période l'électricité pourrait-elle rendre des services, mais je ne sache pas qu'elle ait été employée.

Lorsque l'afTection a progressé, que le volume des seins est devenu considérable, il n'y a plus d'autre ressource que l'intervention sanglante. On peut y recourir sur la demande des malades qui sont trop gênées, pour qui tout travail est devenu impossible ; elle s'impose lorsque la santé générale est atteinte, que l'amaigrissement fait des progrès rapides, et encore lorsqu'il survient quelque complication locale, inflammation, abcès, sphacèle. On

(') Taiîmer et BuDiN, Traité de l'art des accouchements, t. XI, p. 18à. (-) Ro.MEr;. Thèse de Paris, 1881.

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commence par enlever le sein le plus volumineux. Parfois le sein laissé en place diminue après l'opération; ainsi dans le cas de llc^y ('). Mais, dans l;i plupart des cas, rahlalion d'une mamelle n'exerce aucune inlluence sur l'aulre. cl l'on est obligé de recourir à une seconde ampulalion. Lors<pi'on a alïaire à une mamelle très volumineuse et à une malade très alï'aiblie, il est bon, comme l'a fait Slaj^leton (-), de soulever quelque temps la tumeur avant de l'enlever, afin de la vider du sang- qu'elle contient.

Ihjperlrophh' clu'z fhotnmc. — (hjnrromnxtio. •— Paul d'Kgine avait (djservé l'hypertrophie des mamelles chez l'homme, et il lui a donné le nom de gynécomastie, (pi'elle a conservé. 11 conseillait d'opérer cette ditl'ormité parce (prellc donne l'air clVéminé. Mais les observations précises sur ce sujet ne datent (pie de l'extrême fin du dernier siècle. En 1797, Renaudin publie la première, puis viennent les faits de Bedor (''), l'article de Villeneuve dans le DirLuniunirc en (){) rnliniu'.'<, les thèses de concours de Néhdon (jsr»*,)), d'IIorteloup (1X72), le mémoire de Lereboullel ('*), et enfin deux thèses dont les auteurs, Olplian (^) et LaurentC). ont soutenu des opinions diamétralement opposées.

La gynécomastie est assez rare : Puech estime qu'on la rencontre une fois sur 15 000 conscrits.

L'hypertrophie peut ne frapper qu'un seul sein('); c'est alors le plus souvent le gauche. Habituellement elle porte sur les deux. Le volume du sein hypertrophié est d'ordinaire peu considérable : c'est celui d'une orange, celui du poing. Dans les observations, on voit souvent comparer les seins des gynécomastes à ceux d'une jeune fille. Exceptionnellement, le volume peut devenir beaucoup plus considérable. Un homme de Pavie, dit Petrequin(*), avait des seins pendants longs de 18 pouces, et il était tellement gôné par leur volume et leur poids qu'il se décida à les faire amputer.

La structure de ces seins hypertrophiés est assez mal connue. Les quelques examens qui ont été pratiqués ont donné des résultats fort variables. Gloquet(") a fait l'autopsie d'un infirmier de Saint-Louis, âgé de soixante ans, qui avait des mamelles aussi développées que celles d'une femme. Il n'y trouva qu'un amas de graisse. Rémy ('"), dans un examen histologlque, a constaté qu'il s'agissait surtout du développement de l'élément fibreux du sein. De même BailletC) a trouvé un tissu fibreux adulte renfermant très peu d'éléments cellulaires jeunes avec quelques culs-de-sac glandulaires. Au contraire, Gaillet('^), dans deux cas, a trouvé une hypertrophie surtout glandulaire. Faut-il, en

(') Hey, Pract. obscrv. in Sargery. Londoii, 1810, p. 500.

(-) Observation de Macswincy. {Diihlin quarterlij Journ. ofmed. se, 1809, p. 500.)

(^) Bedor, Journ. de méd. de Boijer, 181'i, et Gaz. méd. de Paris, 1850.

(*) Lereboullet, Bull, de la Société médicale des hôpitaux et Gazette hebdomadaire, aoùl 1877, p. 5d5-54'2.

(») Olphac, Thèse de Paris, 1880.

(«) Laurent, Thèse de Paris, 1888.

(") M. Ilorlcloup ne considère coinine gynécomasli-s que les individus (jui ont deux seins hypertrophiés: et décril dans un chapitre dilTérenl riiypcrtrophie d'un seul sein.

C*) Petrequin, ^7u</. mcd.-cliir., p. "iôl.

O Cloquet, Bihl. méd., 1828, t. I, p. -WO.

(">) Remv, Thèse de Velpeau. Paris, 1880, p. 55.

(") Baillet, Bull, de la Soc. anat., déc. 1890, p. 552.

('*) Gaillet, Soc. de hiol., 1850. Gaz. méd., 1870.

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s'appuyant sur ces examens, admettre que l'hypertroi)liie du sein chez l'homme puisse être de dilTérente nature, quil existe une hypertrophie gi'aisseuse, une hypertropliic lihreuse, une hypertrophie glanduhiire. Je ne le pense pas. Dans le cas de Cloquel, l'homme avait soixante ans; à l'œil nu. on n'a pas distingué d'éléments glandulaires: on n'en aurait pas distingué davantage dans la mamelle dune temmo du même Age. Rémy et Baillct ont trouvé surtout du tissu fibreux. C'est aussi ce tissu qui domine dans le sein des jeunes filles et môme des femmes en dehors de la gestation et de la lactation. On ne peut vraiment pas demander que l'élément glandulaire soit plus développé dans la mamelle d'un gynécomaste que dans celle d'une femme. Quant à l'existence même du tissu glandulaire, elle est prouvée, et par l'examen histologique, et par les faits assez nombreux où les mamelles hypertrophiées sont devenues le siège d'une sécrétion lactée parfois assez abondante. En somme, les proportions relatives du tissu fibreux, du tissu graisseux, de l'élément glandulaire, sont au moins aussi variables dans les seins des femmes que dans ceux des gynécomastes. Aussi je ne pense pas qu'il y ait lieu d'établir des variétés en s'appuyant sur ces diflerences plus apparentes que réelles. Dans toute mamelle, surtout en dehors de la lactation, il y a toujours deux éléments, un disque fibreux plus ou moins chargé de graisse et des canaux glandulaires. Ces deux éléments font l'un et l'autre partie intégrante de ce qu'on appelle la mamelle. Aussi je crois qu'il faut considérer comme gynécomaste tout individu mâle dont les seins hypertrophiés rappellent par leur forme ceux d'une femme. Il importe seulement de ne pas confondre la gynécomastie avec le simple engraissement. Les hommes obèses ont parfois la région pectorale très saillante. Mais rien n'est plus facile que de distinguer cette saillie adipeuse de l'hypertrophie du sein. L'aspect est fort différent. La saillie pectorale de l'homme obèse se continue sans transition avec les parties voisines; la mamelle du gynécomaste fait une saillie arrondie, nettement limitée, surtout par en bas.

Le point le plus intéressant de cette affection, c'est son étiologie. Au commencement de ce siècle, on semble croire que la gynécomastie est forcément liée à une atrophie des organes génitaux. Pour Bedor, il est du devoir du médecin de détourner les gynccomastes du mariage. Plus récemment, au dire de ses élèves, Gubler, lorsqu'il trouvait un sein hypertrophié, affirmait, sans l'avoir vu, que le testicule correspondant était atrophié. Horteloup trouve avec raison que le conseil donné par Bedor est trop absolu, et Olphan, prenant le contre-pied de l'opinion ancienne, consacre sa thèse à démontrer que la gynécomastie peut coexister avec l'intégrité absolue des organes génitaux, et que l'atrophie testiculaire, quand elle existe, ne va jamais jusqu'à l'impuissance. Au contraire, Laurent revient aux idées d'autrefois. Pour lui, R le gynécomaste a le plus souvent subi un arrêt de développement des organes génitaux, et présente souvent les caractères du féminisme ». Ces deux dernières opinions contiennent une part de vérité et n'ont d'autre tort que celui d'être exagérées.

Les faits d'hypertrophie du sein peuvent être rangés en deux catégories. Tantôt la gynécomastie se rencontre chez des individus parfaitement bien constitués; on pourrait dire qu'il s'agit alors de gynécomastie primitive ou

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essentielle. Tantôt la g-ynccomaslic est manilesleincnl liée à des niodificalions des orî^anes génitaux : c'est la [/ijnécoituistie secuntlaire, consécutive à des altérations des testicules.

La i/ynécomastie p)-iniitive, en règ-le générale, débute au nionieiil ou aux environs de la puberté. Villeneuve cite un fait où l'iiypcrtrophic aurait débuté vers cinquante ans; Thomson ('), un autre où le début ne se serait manifeste qu'à soixante ans; enfin, dans une observation rapportée par Olpbnn. les seins auraient grossi dès l'Age de quatre ans. Ces trois faits doivent être tenus pour de, rares exceptions; l'un, au moins, celui de Thoiuson. est douteux, puis([ue le développiMiuMit exagéré a nettement commencé à la suite d'unt; chute violente sur la poitrine.

Cette forme de gynécomastie, c'est là son caractère, apparaît chez des individus dont les testicules sont parfaitement en place, normalement développi-s et tpii ont tous les attributs et toutes les apparences de la virilité.

On ne sait rien des causes de celte anomalie, et si l'on veut l'expliquer, ce ne peut être que par des hypothèses. Darwin, étonné de l'existence de mamelles rudimentaires mais constantes chez l'homme, a supposé (jue, autrefois, les mamelles étaient également développées dans les deux sexes, et que, dans un passé lointain, les mâles comme les femelles allaitaient les petits. Si l'on admet cette hypothèse, on peut supposer que la gynécomastie n'est qu'une anomalie réversive.

La ifynrcoiiw.stie secondaire se développe consécutivement à des altérations des testicules. Ces altérations sont très variables, et quant à leur origine, et ([uant à leur degré. Certaines malformations congénitales qui entraînent un arrêt de développement plus ou moins complet des testicules peuvcnl s'accompagner de gynécomastie. Ainsi l'hypertrophie des seins est à peu près constante chez les hermaphrodites mâles. L'eclopie tesliculaire amène parfois aussi l'hypertrophie des seins, mais c'est beaucoup plus rare. Dans sa thèse sur les anomalies du testicule, Ledentu a signalé une observation d'ectopie du testicule gauche avec hypertrophie mammaire du côté correspondant. Mais d'autres fois l'atrophie des testicules n'est engendrée par aucune cause anatomique saisissable. Il s'agit de ces individus débiles, grêles, chez qui la puberté semble avorter. Les formes restent arrondies par insuffisance du développement musculaire. Le système pileux se développe peu ou pas; la voix garde une tonalité inquiétante. Faneau de la Cour(-) a insisté dans sa thèse sur la fréquence de la gynécomastie chez ces dégénérés frappés de féminisme, d'infantilisme, et qui deviennent souvent tuberculeux. Ce sont eux sans doute qui avaient fait admettre autrefois que l'hypertrophie des seins se rencontrait surtout chez les lymphatiques et les scrofuleux.

L'atrophie testiculaire peut encore être de cause morbide. Lorchite traumatique. la syphilis, peuvent, après avoir détruit le testicule, provoquer l'hypertrophie des seins. Mais de toutes les orchites, celle qui est le plus souvent suivie de cette complication, c'est lorchite ourlienne. Lereboullet en 1877(''), Girard en 1878. en ont publié des observations; Charvot en montrait récem-

(^) Thomson, Westminster med. Soc. Lancet, 18Ô7.

(-) Fane.vc de la Coliî, Thèse de Paris, 1871.

(') Leredocllet. Gaz. Iiehd., août 1877, p. ôôô et 5i'2.

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nient un bel exemple à la Sociélé de chirurgie ('). Au contraire, l'orchite tuberculeuse et Torchite blennorrhagique n'entraînent presque jamais d'hypertrophie mammaire. Il est digne de remarque que ces dernières afl'ections Irappenl plutôt l'épididyme (jue le testicule lui-même.

Enfin il reste à signaler que c'est parfois la suppression du testicule par un traumatisme ou par une castration chirurgicale qui a été l'origine de la gynécomastie. Ainsi, par exemple, dans les cas de Martin {^). Deux soldats vigoureux, bien portants, normalement conformés, sont mutilés par des éclats d'obus. Peu après la disparition des testicules, ils voient leurs seins ^'hypertrophier.

Mais ces atrophies ou destructions du testicule, quand elles sont de cause morbide ou traumatiquc, ne semblent avoir d'action sur le développement des seins que si elles surviennent chez des individus jeunes mais qui ont dépassé la puberté. Passé vingt-cinq ou vingt-huit ans, elles perdent toute influence, et il en est peut-être de même avant douze ou quatorze ans. On dirait que la suppression du testicule qui a déjà fonctionné est seule capable d'agir. C'est sans doute pour cette raison que les eunuques orientaux, castrés dans leur petite enfance, ne sont pas atteints de gynécomastie(").

Quant à l'interprétation de ces faits, elle est singulièrement difficile, et la relation qui vmit l'atrophie testiculaire à l'hypertrophie des mamelles est fort obscure. La loi de balancement des organes formulée par J. Geoffroy Saint- Hilaire est une simple constatation de fait, non une explication. Si elle peut donner une certaine satisfaction à l'esprit quand il s'agit de deux organes symétriques à fonctions semblables, comme les deux reins, dont lun est détruit, elle n'a même pas cet avantage dans le cas qui nous occupe. Comment parler de balancement entre les organes génitaux internes et les mamelles, quand on voit la suppression des ovaires amener l'atrophie des seins et la suppression des testicules avoir l'effet exactement inverse? Dans certains cas, lorsque l'atrophie testiculaire s'accompagne de modifications de la voix, de changements dans l'habitus extérieur, il semble qu'elle agit, non pas exclusivement ni directement sur les seins, mais bien sur l'ensemble de l'organisme. On se demande si le testicule ne serait pas comme tant d'autres glandes, si à côté des spermatozoïdes il ne sécréterait pas quelque produit résorbé par le sang qui serait nécessaire pour entretenir l'équilibre de l'organisme. Mais d'autre part, quand on voit l'atrophie d'un seul testicule s'accompagner de l'hypertrophie du sein correspondant, on ne peut songer à une influence générale. Il y a bien évidemment une action directe, et l'on ne comprend pas qu'elle puisse se transmettre autrement que par le système nerveux. En somme, il n'existe aucune explication satisfaisante de cette singulière sympathie, comme on disait, qui unit le testicule à la mamelle, et le mieux est de reconnaître notre profonde ignorance sur ce point.

La gynécomastie est une affection sans gravité par elle-même, mais elle ne

(') CiiARvoT, Soc. de cliii'., 11 mars 1M'.)I.

(*) Mautin, Gaz. hchcL, 1877, p. ôDl.

(') Sevastoj)Oulo, qui a examiné un grand nombre d'eunuciucs, aflirmc ({u'aucun ne présente rien qui ressemble à riiyperlrophic glandulaire des seins. Martin confirme ce fait. (Olpiian, Thèse de Paris, 1880, p. 37.)

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laisse pas que iVHrc forl <>(Miaiilo. La saillie ibrméc par les j^lobes niainmaires est exposée aux IVolleinenls. Elle rend dillicile et douloureux le poil de l'unirormc militaire et consliluc une cause de rélornie. 11 csl l'orl rar(> (piellc réclame une inlervenliou chirurgicale. Il sulïil d'ordinaire de proléger la poitrine avec une ceinture ou môme avec un corset. « C'est le seul cas, dit Villeneuve, où les homnu^s puissent porter sans honte cette espèce de vôtement. » Mais si un gynécomastc était suffisamment gôné par le volume ou le poids de ses mamelles pour en demander Tablation, il n'y aurait aucune raison de lui refuser une opération que faisait déjà Paul d'Eginc.

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