‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 50 sur 235 · ACCIDENT PRIMITIF. — CHANCRES DE LA MAMELLE · texte numérisé non relu

ACCIDENT PRIMITIF. — CHANCRES DE LA MAMELLE

Dès le xvi'= siècle, Torella, Fracastor, Paracelse, A. Paré, savaient que la contagion syphilitique peut se faire par l'allaitement. Avec les doctrines de Hunter, qui niait la virulence des accidents secondaires, la question des

(') Rivington, Med. Times, 19 oct. 1872, p. 455.

(-) FouRMER, Leçons sur la syphilis héréditaire tardive, 188G.

(^) Cl-vude, Thèse de Paris, 1880. Je ferai à cette thèse de nombreux emprunts.

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chancres mammaires perdit presque tout son inlércH, jjuiscpi'on n'admelUiil plus la possibilité de linfection tlu sein de la nourrice par la bouche derenlaiil. Ricord soutint celte doctrine erronée et la fil adopter pendant un temps. Mais Diday, Bouchut, Rollet, Bardinet et d'autres, prouvèrent juscju'ù l'évidence qu'une nourrice saine peut être infectée par un nourrisson né sy|)hililique ; et aujourd'hui, grâce aux travaux de Colles, de Fournier, de Mauriac, à l'excel- Icntc thèse de Claude, les chancres de la mamelle sont très bien connus.

Les chancres du sein sont tout à fait exceptionnels chez l'homme. On ne les observe guère que chez les femmes et surtout chez celles qui nourrissent ('). En dehors de l'allaitement, le sein d'une femme peut être infecté, comme le dit Julien (-), par contact avec les deux grands foyers de la syphilis, la bouche et les organes génitaux. Chacun connaît les chancres intermammaires, les chancres bilatéraux qu'on trouve placés en des points sym(Hriques de la face interne des seins; ce sont là des faits rares qui n'ont guère d'intérêt qu'en médecine légale. Au contraire, les chancres du mamelon et de l'aréole sont très fréquents chez les nourrices. Dans l'immense majorité des cas, ils sont dus à l'infection directe, au contact de la bouche impure de l'enfant né syphilitique. Il arrive peut-être quelquefois que le principe contagieux est transporté par la bouche saine d'un enfant sain du mamelon malade d'une nourrice syphilitique à une autre nourrice saine. Il n'y a là rien d'impossible. L'enfant peut servir de moyen de transport sans s'infecter lui-môme, si son épithélium buccal est intact, mais ce sont là de rares exceptions. Enfin, toujours chez les nourrices, l'agent de la contagion peut être la bouche d'un adulte. Bourgogne (^) a observé uue sorte d'épidémie locale causée par une commère qui se chargeait de former la mamelle des jeunes accouchées par succion, et qui présentait des accidents syphilitiques buccaux. Il est à peine besoin de rappeler qu'un enfant syphilitique, même s'il présente des lésions virulentes de la bouche et s'il est capable d'infecter une nourrice étrangère saine, n'infecte jamais sa mère. Le nouveau-né, syphilitique héréditaire, peut donc être allaité par sa mère sans qu'on ait à craindre de voir se développer de chancres du mamelon. Il n'y a peut-être pas à cette loi, formulée par Colles (^) en 1844 et acceptée aujourd'hui par tous les syphiliographes, une seule exception authentique.

Je ne m'occuperai ici que des chancres du mamelon et de l'aréole, laissant de côté ceux qu'on rencontre parfois sur les autres parties du sein et qui ne présentent rien de spécial. Et même, pour les chancres du mamelon et de l'aréole, je me bornerai à signaler ce qu'ils ont de particulier.

Les deux caractères particuliers des chancres mammaires, c'est leur multiplicité et leur diversité.

Sur 87 malades, Rollet trouve 26 fois des chancres des deux seins. Audoynaud(') arrive à une proportion plus forte encore, 24 chancres des deux seins

(•) CooPEn, The Lancel,^ïb oct. 1890, p. SoO. Signale un chanci'C du sein chez une pelilc fille de deux ans et demi.

(*) Julien, Traité pratique des maladies vénériennes, 1886, p. 589.

C) Bourgogne, Considérations générales sur la contagion de la maladie vénérienne. Lille,

(*) Colles, Dahlin ined. Press. 1844.

(^) AuDOYNAUD, Thèse de Paris, 1809.

8ur 48 faits. Le nombre des chancres bilatéraux est donc très considérable. Non seulement on trouve souvent des chancres sur les deux seins, mais encore on peut en trouver plusieurs sur chaque sein. Keyes(*) en a observé 12 : 8 sur le sein droit, i sur le sein gauche. Fournier (-) a vu une femme qui en avait 25 : 7 à gauche, IG à droite.

La forme est également très variable. Tantôt il s'agit d'une simple fissure indurée, c'est le chancre fissuraire, qui occupe un ou plusieurs plis de l'aréole. « Tantôt, dit Claude, c'est une papule aplatie et rougeâtre qui, peu à peu, s'élargit et s'érode. » En général, les lavages, la succion, enlèvent incessamment la sécrétion, ne lui permettent pas de se concréter, et le chancre se présente avec un fond vernissé, d'une teinte tantôt grisâtre, tantôt rouge sombre. Quelquefois, comme l'a signalé Mauriac, le chancre est circulaire ou demi-circulaire, et circonscrit en partie ou en totalité la base du mamelon. L'ulcération peut même devenir assez profonde pour amener la chute du mamelon.

« La plaque d'induration du chancre mammaire est toujours très sensible. Rollet a pu dire que le sein est une des régions où l'induration se formule le mieux; mais cette induration, si constante, est rarement épaisse et noueuse; elle est bien plus souvent parcheminée et lamelleuse. »

L'adénopathie est constante, et il faut la chercher, non seulement dans le fond de l'aisselle, mais encore, comme toujours, lorsqu'il s'agit de lésions du sein, sous le bord du grand pectoral.

Les complications du chancre lui-même sont exceptionnelles. Il est rare qu'il s'enflamme, plus rare encore qu'il devienne phagédénique. Fournier n'en a publié, je crois, qu'un seul exemple (^), et le phagédénisme n'a pas étendu bien loin ses ravages. La malade portait deux chancres, un sur chaque sein. Au bout de quinze jours, le chancre droit présentait une excavation capable de loger une fève; celui de gauche, une dépression de 1 centimètre 1/2 à 2 centimètres. La guérison a été rapide. Claude (^) dit n'avoir relevé qu'un seul cas de chancre mammaire phagédénique sur les registres de la clinique de Saint- Louis. Il est probable que c'est le même.

Si le pronostic du chancre de la mamelle ne présente en lui-même aucune gravité, il n'en est pas de même de la syphilis dont il est le signe. Les syphiliographes s'accordent à reconnaître que la syphilis contractée par le sein chez les nourrices est très souvent maligne, qu'elle présente une gravité exceptionnelle, « tant par la forme et l'étendue des lésions, que par la résistance au traitement ». Chez une nourrice, le chancre mammaire est très grave, à un autre point de vue, puisqu'il rend presque inévitable la contamination des enfants sains qu'elle allaitera.

Le diagnostic n'est pas toujours facile; et il est certain qu'un grand nombre de chancres mammaires sont méconnus. Lorsque le chancre revêt sa physionomie classique, qu'il devient papuleux ou papulo-ôrosif, proéminent, avec son fond vernissé, sa teinte grisûtre ou rouge sombre, il ne saurait guère y avoir

(•) Keyes, Arch. of clcrmaL, 1878, t. IV, p. -120.

(^) Fournier, Soc. méd. des liôp., '23 nov. 1877. Gaz. hebd., 50 nov. 1877, p. 767.

('') Fournier, Soc. méd. des hôp., 25 nov. 1877.

(*) Claude, Thèse de Paris, 1880, p. 25.

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