ACCIDENTS SECONDAIRES
Il va sans dire qu'on peut rencontrer sur la mamelle toutes les variétés de syphilides, roséoles, papules, taches, tubercules, qu'on rencontre sur les autres parties du tégument. Je les laisse de côté, car elles n'ont rien de spécial. Les seules lésions secondaires un peu particulières à la mamelle sont les syphilides muqueuses. On les rencontre en deux régions de l'organe : au voisinage du mamelon et dans le pli pectoro-mammaire. Au pourtour du mamelon, on ne
les observe guère que chez les nourrices. Lo succion, les lavages, l'état d'humidité presque permanent de cette région, altèrent l'épiderme et créent chez elles une véritable prédisposition aux syphilides muqueuses. C'est pour cela, et Fournier insiste sur ce point, qu'il y a danger à prendre comme nourrice une femme en puissance de syphilis secondaire, d'autant plus que les lésions spécifiques prennent souvent en cette région l'aspect d'érosions fissuraires, de gerçures allongées, difficiles à distinguer des simples crevasses.
Claude a observé une syphilidc papulo-muqueuse de l'aréole chez une femme qui n'était pas nourrice. Mais les lésions « étaient consécutives à un chancre du mamelon, méconnu tout d'abord, et traité pendant un mois au moyen de cataplasmes et de lotions émoUientes ». Les conditions réahsées d'ordinaire par le succion l'avaient été dans ce cas par les divers topiques employés.
Les syphilides muqueuses de l'hémisphère inférieur s'observent chez les femmes à mamelles volumineuses et pendantes. « La finesse de la peau et le contact permanent des surfaces, réalisent, comme dans l'aisselle et aux organes génitaux, les conditions les plus propices au développement de ces lésions ('). » Elles prennent ordinairement la forme de papules et constituent parfois d'énormes masses hypertrophiques. Fournier (^) a vu une de ces nappes hypertrophiques qui s'étendait du sternum à l'aisselle, et couvrait le thorax de bourgeons végétants sur une hauteur de 10 à 15 centimètres. On aurait pu croire à un cancer en cuirasse.
Fournier a décrit une autre variété d'accidents secondaires de la mamelle, c'est ïanah/ésie syphilitique. Cette analgésie frappe d'une manière spéciale le sein et le dos de la main. « Rendu (^) a tenté de classer ces curieux phénomènes au nombre des manifestations de l'hystérie ; il résulte cependant des centaines de cas étudiés jusqu'à ce jour, que ces troubles de la sensibilité ont bien réellement la syphilis pour cause et pour cause exclusive » (Claude).