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MALADIE 1)1-: PAGET. — DES COCCIDIES

tiques de la inaladie de Paget uonl jamais été trouvés dans les cancers de la glande.

Nous sommes donc ainsi conduits à envisager la question des coccidies, et je vais résumer les travaux dont elles ont été l'oljjet, puisqu'elles n'avaient pas encore fait leur avènement à la pathologie humaine lorsque le premier volume de ce Traité a été publié.

Chacun sait qu'on désigne sous le nom de coccidies des parasites unicellulaires, amœboïdes, du g-roupe des psorospermies, qui ont la propriété de vivre dans les épilhéliuins.

Darier le premier a découvert dans lacnée cornée ou acnée sébacée des éléments particuliers, que Malassez a considérés comme des psorospermies. En raison de ce fait, Darier a donné à cette maladie le nom de psorospermose folliculaire végétante. Lorsque Darier communiqua sa découverte à la Société de biologie, le 25 mars 1889, Malassez, qui, je le répète, avait affirmé la nature psorospermique des éléments contenus dans les pièces de Darier, déclara qu'il avait remarqué depuis longtemps dans certaines tumeurs épithéliales des corps cellulaires rappelant les psorospermies des lapins et de rats, en particulier sur des pièces dAlbarran. Le 0 avril 1889, Albarran apporta à la même Société trois pièces d'épithélioma pavimenteux du maxillaire contenant les éléments en question. Il soutint, en s'appuyant sur l'autorité de Balbiani. quïl s'agissait bien de coccidies, mais sans rien affirmer sur leur rôle pathogénique. Huit jours plus tard, le d3 avril 1889, Darier fit devant la même Société une communication « sur une nouvelle forme de psorospermose cutanée, la maladie de Paget du mamelon ». Il attribuait aux coccidies le développement de l'ulcération et de Tépithéliome, Depuis, ces éléments ont été retrouvés par Wickham , Hutchinson et O'Neill dans la maladie de Paget, et par Vincent (') dans des épithéliomes pavimenteux. D'autres histologistes ont trouvé ces mêmes figures, mais sans les considérer comme des coccidies. J'y reviendrai dans un instant.

Les corps considérés comme des coccidies se présentent sous divers aspects. Tantôt ce sont des masses protoplasmiques irrégulières ou des noyaux qui infiltrent l'épiderme. Quelques-uns ont déjà un siège intra-cellulaire. A un degré de développement plus avancé, ces corps apparaissent entourés d'une membrane brillante ; leur volume est plus grand que celui des cellules voisines ; leur siège est nettement intra-cellulaire (fig. 14).

Enfin, dans leur stade de complet développement, ces corps atteignent un volume énorme, triple ou quadruple de celui des cellules voisines, et forment des sortes de kystes à paroi brillante. Dans l'intérieur de ces kystes on distingue des corpuscules qu'on considère comme des spores (pseudo-navicelles, corps falciformes) qui, mises en liberté par la déhiscence de la paroi, iraient vivre pour leur propre compte (fig. 14).

Tels sont les corps qui ont été considérés comme des psorospermies oviformes ou coccidies.

Il s'agit d'abord de déterminer leur nature et ensuite leur rôle pathogène. Darier et Albarran m'ayant obligeamment montré leurs préparations, j'ai pu

(') Vi.NCENT. Bull, de la Soc. ds liai.. ï" mars 1890, p. 121.

MAI.ADIK 1»K l'ACKT. — 1»KS COCIUDIKS.

conslaler (|uc ces corj)s oui vorilablcmonl une physionomie Irrs j)arliculièrc, et en outre que ceux des pièces de Darier n'ont prescpie rien de commun avec ceux dos j)ièccs d'All)arran. Dans ces dernières les corps en question ne sont pros([ue jamais inLra-cellulaires, ni presque jamais enkystés. Si ce sont dans les deux cas des coccidies, il est impossible (lu'elles soient de même espèce, lîalbiani et IMalassez ont cru j>ouvoir affirmer ({u'il s'agissait réellement de psorospermies ovilormes. Mais bien (pie ces corps ait un aspect assez particulier, on peut se denuuuler si leurs caractères morphologiques et leurs propriétés biologiipies, particulièrement la manière dont ils se comportent vis-à-vis des réactifs colorants, sont assez nets, assez précis, pour ([uon puisse affirmer par le seul examen microscopique leur

nature parasitaire. Il ne sendjlc pas (pi'il en soit ainsi; et le microscope ne permettra d'affirmations catégoriques que si l'on trouve quelque matière colorante ayant une action élective sur ces corps. Or, malgré les recherches de Darier et de Vincent, cette matière colorante n'est pas encore

FiG. 15. — D'après Wickliam.

FiG. IL D'après Wickliam.

trouvée. En l'absence de cette preuve, il faudrait au moins qu'on ail nettement constaté le mode de reproduction des parasites, ou trouvé le moyen de les cultiver. Or les phénomènes de reproduction n'ont pas été observés dune manière suffisante, même dans la maladie de Paget où leur évolution a été le mieux suivie. On sait que les divers états par lesquels passent les psorospermies sont les suivants. La masse d'abord amœboïde s'enkyste. Dans le kyste se forment deux, quatre ou une quantité plus considérable de spores suivant les genres. Chaque spore donne naissance aux corps falciformes, qui, mis en liberté, ramènent à la phase amœboïde. Wickham a décrit des kystes énormes de psorospermies. Nous verrons que ces figures sont également susceptibles d'autres interprétations. Quant aux corps falciformes, ils n'ont pas été bien nettement observés. Reste la

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question des cultures : or jusquici elles n'ont jamais donné le moindre résultat ('). Il ne faudrait pas s'appuyer uniquement sur cet échec des cultures pour nier la nature parasitaire des corps en question, car il est très difficile, presque impossible d'obtenir des cultures des psorospermies les plus vulgaires. Cet échec ne permet donc ni d'affirmer, ni de nier. Mais comme jusqu'ici on n'a pas trouvé de matière colorante ayant une action élective, comme les phénomènes de reproduction et particulièrement les corps falciformes n'ont pas été nettement observés, comme les cultures n'ont donné aucun résultat, on peut dire qu'on n'a pas fourni une seule preuve pércmptoire que les corps qu'on trouve dans l'ulcération de la maladie de Paget et dans certains épihtéliomes pavimenteux sont véritablement des coccidies.

D'autre part, on peut donner des figures qui ont été considérées comme des coccidies d'autres interprétations très rationnelles. Avant les travaux de Darier on les considérait comme dues à des altérations cellulaires et depuis des micrographes de la plus grande valeur s'en tiennent encore à cette interprétation. A. Borrel(^) considère les figures intercellulaires comme des formations dégénératives et, pour lui, les formes inti'a-cellulaires sont dues à des formations endogènes de cellules. « Une partie du noyau s'isole, s'entoure d'une masse protoplasmique propre dans la cellule mère, et plus tard se sécrète une membrane. J'ai vu, ajoute-t-il, tout ce processus dans mes préparations. » Quant aux prétendus kystes à psorospermies, ce seraient « des globes réticulés » comparables aux globes épidermiques, et non des sporanges de coccidies. Le processus de formation endogène qui donne naissance à des cellules filles incluses dans des cellules mères, avait été déjà entrevu par Butlin et il a été minutieusement étudié par Cornil sur une tumeur épithéliale de l'ovaire. Il le décrit dans tous les détails et ajoute : « Nous avons tenu essentiellement à décrire en détail et à figurer l'histoire de ce développement de cellules filles, car si l'on n'était pas éclairé sur les diverses phases et les différentes formes de leur évolution ascendante puis régressive, on serait exposé à les prendre pour des parasites, pour des amibes ou des coccidies (^). » Fabre-Domergue se range à l'interprétation de Borrel ('), Thin {') pense de môme. Enfin il faut ajouter que Kiener(^) a trouvé des figures semblables aux coccidies dans des portions d'épiderme simplement enflammé et épaissi recouvrant une fongosité tuberculeuse, et que Pilliet(') a trouvé des figures analogues, mais non tout à fait semblables, dans le thymus et le sillon balano-préputial des nouveau-nés. En résumé, on n'a fourni aucune preuve directe de la nature parasitaire des figures qu'on rencontre dans l'ulcération de la maladie de Paget et dans certains épithéliomes ; d'autre part, on a donné de ces figures d'autres interpréta-

(') Shcridan Delepinc {Sem. méd., 18'Jl, p. '251) a trouvé un procédé (jui perinel de cultiver les psorospermies du foie du lapin. Ce procédé permettra peut-être de trancher cette grosse question des coccidies.

(*) A. Borrel, Arch. de méd. expér., l"' nov. 1800, p. 7S().

p) CORML, Jonrn. de Vanat. et de la phys., mars, avril 1891, p. 97.

(*) Fabre-Domergue, Congrès de chir., 4 avril 1891.

(*) TiuN, Mercredi méd., 'io mai 1891, p. 258.

(**) RicHER. cité par Borrel.

(■) PiLLET, Bull, de la Soc. anal., mars 1891, \). '219.

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lions 1res ralionnellcs, liés salisfaisanles; enfin on en a Irouvé d'analogues en des régions où elles ne peuvent pas ôtre parasitaires. Force est donc de conclure que rexislencc des coccidics dans la maladie de Paij;ot cl dans les épi- Ihéliomes est bien loin d'être démon Irée.

Après celte conclusion négalive, il n'y aurait rien à dire du rôle pathogène de? corps en question. Mais, pour disculer ce rôle, supposons qu'il s'ngisse bien réellement de coccidics. Là encore, la prouve manque. Les inoculations tentées sur les animaux et par \\'ickham sur lui-môme n'ont donné aucun résultat. Mais si le rôle pathogène n'est pas prouvé, peul-on dire qu'il soit au moins probable. Il faut distinguer dans la maladie de Paget deux choses, l'ulcération elle cancer. Pour l'ulcéralion, on pourrait soutenir le rôle pathogène des corps d'apparence psorospermique, puisqu'on les trouve presque toujours. Mais, j'ai déjà eu l'occasion de faire remaniucr que Wickham rejette le diagnostic de la maladie de Paget dans deux cas où tous les symptômes de cette alïeclion existaient, simplement parce qu'on n'a pas trouvé ces prétendues coccidics. C'est là une véritable pétition de principe. On pourrait tout aussi bien dire que ces corps ne jouent aucun rôle dans l'ulcération de la maladie de Pagel, puisque celle-ci peut exister sans eux. Pour le cancer, il faut encore distinguer deux variétés, l'épithélioma superficiel d'origine cutanée et l'épithélioma profond d'origine glandulaire. Dans les épithéliomas cutanés, rien d'étonnant à ce qu'on trouve les mêmes corps que dans l'ulcération, puisqu'il y a continuité directe. Pour le cancer mammaire proprement dit, la question ne se pose même pas, puisque les prétendues coccidics n'y ont jamais été rencontrées.

Mais en prenant la question à un point de vue plus général, on peut se demander si les coccidics véritables sont capables de produire des cancers épithéliaux. Malassez a étudié les altérations que déterminent les psorospermies dans le foie des lapins domestiques. Voici ce qu'il a constaté. Au début, il se forme des végétations épithéliales avec dilatation des conduits et léger soulèvement de la paroi. Puis le tissu conjonctif réagit et forme dans l'intérieur du conduit dilaté des végétations abondantes. Mais alors l'épithélium disparaît complètement; les végétations s'anastomosent et forment par leur union des loges purement conjonctives dans lesquelles on ne trouve plus d'épilhélium, mais seulement des coccidics. On voit qu'il s'agit là d'un processus inflammatoire qui n'a rien de commun avec les néoplasmes épithéliaux, puisque l'épithélium finit par disparaître complètement.

Ainsi donc, pas plus que les microbes de Rappin et de Scheuerlen ('), que les parasites de Thoma (-), les coccidics ne peuvent permet Ire d'affirmer la nature parasitaire du cancer et l'origine des néoplasmes reste encore profondément énigmatique.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de l'opinion qui consiste à considérer l'ulcération de la maladie de Paget comme étant d'une nature spéciale. Je dois ajouter qu'on l'a considérée comme étant dès le début cancéreuse. Il est vrai que l'ulcération peut devenir l'origine d'un épithéliome cutané; mais à son début elle

(') Yoy. pour ce sujet l'article de Ouénu, t. I de ce traité, p. 400 (-) Thoma, Fovtschr, der Med., [" juin 1880, p. 413.

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