CHAPITRE II
Cette vaste région est naturellement exposée à de fréquentes blessures. Les plus communes sont produites par des armes de toute nature. Des accidents divers : chutes sur des objets pointus ou tranchants, coups de cornes, éclalenicnt de machines, explosions diverses, en fournissent aussi un certain nombre.
Les instruments vulnérants sont le plus souvent picjuants : tels la pointe d'un lleuret, d'une épée ou d'une baïonnette, un poinçon, une lame de canif, le bout acéré d'un piquet, etc.; ou piquants et tranchants à la fois : couteau, pointe de sabre, tranchet de cordonnier, etc. Une corne de bœuf constitue un instrument à la fois piquant et contondant. Les débris provenant de l'explosion d'une machine ou d'une meule agiront à la fois par section et par contusion.
L'action des balles est tout à fait particulière et les blessures qu'elles l)roduisenl méritent à tous les points de vue de former une classe à part. Il faut du reste distinguer, parmi ces dernières, les plaies par balles de fusil et les plaies par balles de revolver.
Dejiuis quelques années, la pratique civile dans les hôpitaux de Paris fournit un nombre de plaies de poitrine beaucoup plus élevé qu'autrefois. Dans un registre de Jarjavay que j'ai eu entre les mains, je n'avais pu relever, pour environ 0000 malades traités par lui entre 1860 et 1868, que 10 plaies de poitrine. Actuellement, à l'hôpital Lariboisière, sur un millier de malades qui passent annuellement dans mon service j'atteins presque ce chiffre. Les blessures par balle de revolver, à peu près inconnues il y a vingt ans, sont aujourd'hui plus communes que les plaies par instruments tranchants.
A la guerre, la poitrine est très fréquemment atteinte. Selon Lœffler, les tî!) 100 des soldats tués sur le champ de bataille succombent de cette façon. Dans les ambulances, 1/10 des blessés sont atteints à la poitrine (Santi). Les blessures par arme blanche deviennent dans les guerres modernes de plus en plus rares comparativement aux blessures par balles. Les relevés de la guerre de Sécession montrent que sur 11 620 plaies de poitrine, [\ 547 furent l)roduites par des armes à feu ; 71 seulement, soit environ 6 pour 1000, étaient dues à des armes blanches.
Division. — La division classique des plaies de poitrine en pénétrantes et non pénétrantes soulève une légère difficulté. Quelques auteurs classiques appellent pénétrantes celles qui intéressent la paroi thoracique tout entière et atteignent l'un quelconque des organes contenus dans la poitrine. Moins soucieux d'employer un langage rigoureux que de mettre en lumière les faits cliniques les plus inqjortgnis, d'autres, parmi lesquels Boyer, réservent cette
PFAIES NON PÉXKTRAXTKS OU PARIKTAI-KS. 23
qualifiralioii aux ])laips seules qui ouvrent la cavité pleurale. Il est ceilain que ces dernières blessures sont les plus communes et les plus intéressantes, à cause de la physionomie toute particulière qu'elles doivent à la lésion des organes respiratoires.
Nous diviserons, pour la commodité de leur étude, les plaies de poitrine en quatre catégories: 1" les plaies pariétales ou non pénétrantes; 2" les plaies pénétrantes de la plèvre et du poumon; ."»" les })laies du cœur et du péricarde; i" les plaies du médiastin.