DEUXIEME PARTIE PEAU ET TISSU CELLULAIRE SOUSCUTANÉ
CH.VPITRE PREMIER LÉSIONS TRAUMATIQUES
Il est d'usage, dans les traités de pathologie externe, de ne rien ajouter, à propos de la peau, à ce qui a été dit des lésions traumatiques en général. Cette coutume, justifiée pour les violences de quelque intensité, devient vicieuse pour les actions extérieures superficielles. On en vient, par exemple, à ranger les cors et les durillons parmi les « hypertrophies épidermiques et papillaires », sans souci de leur origine indiscutablement traumatique. Je crois donc devoir consacrer un court chapitre aux lésions traumatiques de la peau.
Ces lésions sont produites par des agents mécaniques, thermiques et chimiques. Les altérations superficielles causées par les agents thermiques sont suffisamment étudiées avec les brûlures et les gelures en général. Restent donc les actions mécaniques et les irritations chimiques.
Avant d'entrer dans la description des cas particuliers, il est utile d'affirmer l'influence considérable que l'état général du sujet et l'état local préalable à l'action extérieure exercent sur l'évolution de ces lésions.
Les localisations des manifestations diathésiqnes autour d'une injure traumatique ont une grande importance. Tous les chirurgiens y insistent pour la syphilis. Ils s'occupent moins de certaines déterminations cutanées qui semblent bien relever d'une prédisposition générale, de l'arlhritisme probablement. C'est une discussion avant tout dermatologique, que de se demander quel est le rôle exact des causes externes et internes dans la production de l'eczéma, du psoriasis. Mais, quelle que soit l'opinion théorique à laquelle on se rallie, le chirurgien
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doit être averti, et cela surtout pour l'eczéma, que, sur un sujet prédisposé et avec l'aide d'une infection locale encore niai déterminée, une irritation extérieure peut provocjuer une éruption tenace.
Une excoriation de cause mécanique peut avoir ces consé(|uences. Mais c'est surtout pour les irritants chimiques que ces notions ont de l'intérêt, car la plupart des substances employées pour les pansements antiseptiques ont une action irritante manifeste. De là des accidents locaux, dont les principaux ont la peau pour siège. Je ne veux pas entrer dans le détail ('), mais je crois utile de bien montrer que ces complications cutanées sont de deux ordres. Les unes, douées d'une sorte de spécificité, si l'on veut, sont des dermites d'une forme particulière; tout comme, par exemple, les frictions d'huile de cade provoquent une acné spéciale. Les autres sont, au contraire, des déterminations locales d'une cause générale, associées à plus ou moins de lésions d'ordre purement local. Parmi ces dernières dermatoses, l'eczéma est la plus importante, en raison de la facilité avec laquelle il est appelé par l'acide phénique, par le diachylon. Certains eczémateux sont incapaljles de supporter le contact de ces substances, atteints qu'ils sont, sans tarder, d'une éruption au point touché, éruption qui môme tend parfois à se généraliser.
Ce rapide aperçu est suffisant. La description des lésions cutanées en particulier appartient au dermatologiste, et le chirurgien doit se borner à avoir l'esprit en éveil sur les quelques points de pathologie générale que je viens de signaler. Pour de plus amples détails, je renverrai aux leçons si remarquables de Bazin, Sur les affections cictanées artificielles (Paris, 1862).
J'en arrive donc à l'influence de certaines prédispositions locales ci, avant tout, à l'action du système nerveux. Ici encore, il sera assez de quelques mots : un simple rappel de ce qui a été dit des ulcères en général; une rapide préface à ce qui sera dit des complications des varices, des troubles consécutifs aux névrites, aux plaies des nerfs.
La division précédemment donnée pour les actions irritantes trouve encore son application. Sur les téguments qu'une innervation défectueuse transforme en lieux de moindre résistance, des éruptions diathésiques se localisent volontiers. Les jambes variqueuses en sont un excellent exemple, avec leurs eczémas, avec leurs syphilides. JMais ce n'est pas tout, et ces tissus infirmes sont prédisposés à des lésions locales où interviennent et des actions mécaniques et l'insuffisance de l'innervation. Sur ces membres, les durillons sont vulgaires, aux points qui supportent des pressions : c'est par un durillon que le mal perforant débute souvent, puis, par un procédé variable, une petite perte de substance a lieu qui, peu à peu, s'agrandit, parce que des micro-organismes pullulent sous ce derme et cet hypoderme à vitalité insuffisante. De même, sur un membre variqueux, la moindre solution de continuité tourne trop souvent en ulcère.
Pousser plus loin cette esquisse de pathologie générale serait sortir du cadre d'un traité de pathologie externe, et j'entrerai, sans plus larder, dans l'élude des agents traumatiques principaux.
Des irritations chimiques il ne sera plus question : il suffit d'avoir signalé les deux variétés de lésions qu'elles peuvent engendrer.
Les actions mécaniques provoquent soit des contusions, soit des solutions de continuité.
(') Pour les descriptions spéciales, voy. F. Brun, Thèse d'agrég. en chir. Paris, 188C.
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