TUMEURS DIVERSES
Myomes. — Les myomos de la peau prosontonl d'assez nombreuses analogies avec les libromes. Eux au^si sont de deux espèces : multiples el solitaires.
Dcf^ myoïncs ))u(ltij)lcs ont élé lioiiNés par Verncuil, en 1858, sui* un cadavre de l'Kcole pi'alupie ('). 11 y a <piel(pies années, E. Besnier (*) a observé une femme (pii en était atteinte el portait, à côté de taches arrondies, rosées, à peine saillantes, de petites tumeurs difîéranl du molluscum proprement dit surtout par une consistance plus g-i-ande. Une de ces tumeurs fut enlevée, et Balzer y trouva des fibres lisses, un peu de tissu conjonctil" et quelques filets nerveux. En 1858, Verneuil avait vu, à côté de ces éléments el de quelques fflandes sébacées et sudoripares, des fd)res striées analogues à celles du cœur. Depuis que liesnier a attiré l'attention sur la consistance spéciale de ces myomes, parfois confondus avec le molluscum fibreux, le diagnostic exact a été posé, avant l'examen histologi(iue, sur des malades dont l'observation a été publiée par Arnozan et ^"aillard, par Brigidi el SMarcacci (">).
Les myomes isolés ont plus d'intérêt pour le chirurgien. On les a rencontrés <Ians toutes les régions du corps : à la face palmaire de la main ou des doigts (Lumnitzer, Axel Key), à la cuisse (Santesson). Mais la plupart du temps ils occupent (el là plusieurs tumeurs voisines peuvent coexister) les régions où un plan musculaire lisse double la face profonde de la peau. Ces « régions dartoïques » sont le scrotum, la grande lèvre, l'aréole du mamelon. A la mamelle, on cite les observations de Virchow, de Klob, de Sokoloff; au scrotum, celles <le Forsler, de Trélat et Challand(*). J'ai déjà fait allusion aux myomes de la grande lèvre à propos du molluscum de cette région. Une discussion surgit, en effet, pour ces myames 'lartoïqucs, et il s'agit probal)lemenl de molluscums fibreux auxquels se sont mêlées des fibres musculaires lisses, en raison de la structure même de la région.
Les myomes chirurgicaux constituent des tumeurs qui tendent à se pédiculiser et sont à peu près identiques au molluscum fibreux. Dans quelques observations cependant, pour les myomes darloïques, on signale un symptôme qui permet d'établir le diagnostic. La tumeur réagit au froid, aux irritations diverses, à l'électrisation par une rétraction évidente.
Certains petits myomes sous-cutanés, non pédiculisés el durs sont une des variétés du tubercule sous-cutané douloureux. Des observations de ce genre ont été publiées par Billrolh, par Jardel(*) el surtout par Malherbe el son élève Harel.
A côté de ces myomes réellement cutanés et sous-culanés, je signalerai ceux qui, venus des parties profondes, font saillie à la peau. Le fait a été parfois observé à la région ano-périnéale, el, dans une pièce disséquée par Marcano (^),
(') VEnNECiL, Bull, de la Soc. anal., 1S58, p. 373.
(*) E. Besmer, Les dermato-myomes. Ann. de dermal. et de syph., 1880, p. 25, et 1885, p. 321. (5) G. Phélisse, Tlièse de Paris, 1886-1887, n" 38. — Lukasiewicz, Ardt. f. Derm. und Syph., 1892, p. 33.
(♦) Challand, Bull, de la Soc. anal., 1871, p. 149. (') Jardet, Bull, de la Soc. anat., 1884, p. 244. (®) Marcano, Bull, de la Soc. anat., 1873, p. 388.
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nn myomc sous-culané de ccllo région lirait son orifi;-inc des aponévroses périprostali(|ues. En pareille occurrence, un loucher rectal soigne permettrait de sentir un pédicule proi'oiul.
Xanthome ('). — Le xanlhélasnui est une lésion cutanée cpii intéresse avant tout le dermatologiste, mais qui peut cependant former de véritables tumeurs, jusiicialtles de l'ahlation et par conséquent du cliirui'gien. Ce « xanthélasma tubéreux », comme rapi)elle Hardy, succède le plus souvent aux plaques et aux tubercules du xanthélasma des coudes, des genoux, des points soumis aux pressions. Ces tumeurs, parfois hypodermiques, péri-tendineuses et périosliques, sont capables d'ac((uérir le volume d'un œuf de poule. Leur surface est plissée, gaufrée, lobulée; leur couleur est quelquefois jaune de chrome (Carry). Elles peuvent se pédiculiser. La consistance est assez ferme, cartilagineuse même (Brachet et Balzer). Chambard et Gouilloud ont observé la dégénérescence xanlhomateuse d'un fibrome molluseum.
Anatomiquement, on se trouve en présence d'une masse conjonctive d'autant plus dense qu'on se rapproche davantage du centre. A la périphérie, on voit des amas de cellules embryonnaires qui subissent une dégénérescence graisseuse spéciale et finalement s'atrophient, si bien qu'il ne reste plus que de la graisse libre, en gouttelettes ou en cristaux. C'est une tumeur bénigne.
On ignore la cause de celte alTection. On a invoqué l'arthritisme; Potain a parlé d'une combustion incomplète des matières grasses, sous l'influence de lésions hépatiques; Balzer a cru, à un moment donné, qu'il fallait incriminer des microbes. Tout cela reste à l'état d'hypothèses. Il est constant que souvent ces tumeurs atteignent les enfants, sont même parfois congénitales.
Le xanthome en tumeurs sera parfois traité par l'extirpation.
Dégénérescence colloïde du derme. — C'est une aflection rare, signalée en 1866 par Wagner sous le nom de colloïd miliiim et décrite plus récemment par E. Besnier, Balzer, H. Feulard (-). Elle occupe la face sous forme de petites élevures jaunes, peu saillantes, luisantes, du volume d'une tète d'épingle à un grain de mil, formant par places, par leur confluence, de véritables plaques. La maladie débute par des éléments discrets, sur les pommettes, et s'étend peu à peu. Elle peut gagner les oreilles, les conjonctives. Elle est indolente et ne s'accompagne d'aucun accident général.
h'cxamen idstologique montre que l'épiderme est normal ou un peu aminci. Toujours il reste séparé de la masse colloïde par une mince couche de tissu conjonctif. La dégénérescence colloïde atteint les faisceaux conjonctifs et un peu les parois vasculaires; elle siège surtout entre les follicules pilo-sébacés, mais les organes glandulaires restent sains. Ces masses colloïdes sont contenues dans de petites loges bien circonscrites. On s'est demandé si la cause première n'est pas un trouble vasculaire. En réalité, la cause est inconnue.
Le traitement consiste à racler le tissu morbide avec la curette tranchante.
Lymphangiome. — Le lymphangiome de la peau est rare. Hébra et Kaposi,
(') Feulard et Wickham, art. Xanthome du Dicl. cncyrl. des se. mécL, 1889. — Hallopeau, Ann. de dermat. et de sj/p/i., 1893, p. 9ôi.
(*) Wagner, Ardu der Heilkunde, 18G6, t. VII, p. 463. — E. Besnier, Gaz. Iiebd., 1879, p. 645, et Ann. de dermat. et de syph., 1879-1880, t. X, p. 461. — Feulard et Balzer, Ann. de dermat., 1885, p. 343,
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