C24 TUMEURS CONJONCTIVES DE LA PEAU
La forme arrondie est la plus foininuno. La luinour est lisse ou lobulée; elle est pédiculée et, avee le leuips, pend de jilus eu plus. Chassaignac a fait voir eu I8()G à la Société de chirurgie un malade dont le fibrome, inséré sur le haut de la poitrine, avait alloui^é son pédicule jusqu'à venir toucher le pubis. On conçoit c()nil)ien est mobile cette masse ipii oscille comme un pendule. Sur elle, la peau est normale ou pigmentée, quelquefois sillonnée de veines bleuAtres; elle est tantôt lisse, tant()t ridée, rugueuse. L'état des poils est variable; écartés, vu la distension de la région, ils sont, comme volume, normaux, hypertrophiés ou atrophiés, absents mémo. Les orifices des follicules sébacés sont souvent élargis, et la peau, grasse, ressemble à une passoire. La palpation démontre que cette masse est molle, tluctuante même. Ou bien la poche est mal tendue, ilasque, et la consistance est celle des mamelles qui pendent flétries. On peut sentir h la pression une lobulalion grenue, capable d'en imposer pour un lipome.
Dans la forme aplatie, on est en présence de ce que certains auteurs appellent ilermatoli/fiis. A la face, au cou, au tronc, s'insère un pli cutané qui tombe plus ou moins bas. La ressemblance était grande, dans un cas de Nélaton, avec un manteau vénitien qui de la nuque descendait en arrière jusqu'au sacrum, en avant jusqu'à l'épigastre. Valentine Mott (') a vu un pli analogue aller de l'oreille à l'ombilic. On pourrait citer bien des faits de ce genre, dus à Lucke ('), Fritsche, Stokes, Wedden Cooke, etc. Un des plus célèbres est celui d'Eleonor Fitzgerald, femme vue parJ. Bell : un énorme repli, long de ■1",50, naissait de l'oreille et de derrière la tête, couvrait le cou, la poitrine et l'abdomen, et tombait en bourrelets volumineux, semblables à des paquets d'intestin ; quand la femme était assise, elle devait tenir sur les genoux, des deux mains, cette tumeur monstrueuse.
Pronostic, complications. — Il est inutile d'insister sur la difîormité, sur la gêne mécanique. Chez les malades de Nélaton, de Marcacci (^), le poids du néoplasme a luxé l'articulation sterno-claviculaire. Mais — qu'il s'agisse de la forme arrondie ou de la forme aplatie — l'indolence est complète et les sujets ont volontiers une insouciance qui étonne. Pozzi a enlevé un molluscum pesant 1 1 kilogrammes et siégeant dans une région où pourtant il devait gêner, car il pendait de la mamelle à la cuisse ; il avait mis dix ans à se développer. A la face même, où cependant la difformité est précoce, le volume est quelquefois surprenant : témoin les observations de Lucke, de J. Bell.
Quelques accidents sont cependant notés. Pour les moUuscums de la grande lèvre, Marfan, Budin, signalent les congestions pendant les règles, pendant la grossesse. Les frottements répétés sont capables de produire des ulcérations par lesquelles Marfan a vu se faire des liémorragies graves. Les complications in/ïammatoires ne sont pas rares, et il y a là une analogie avec l'éléphantiasis. La peau devient rouge, luisante, tendue, un peu douloureuse, et, après une série de poussées de ce genre, elle reste rugueuse, mamelonnée, fissurée, quelquefois exulcérée et saignante; les ganglions correspondants sont un peu engorgés. L'abondance des cellules embryonnaires dans un cas de ce genre a fait admettre à tort par Lagrange et Duret une dégénérescence sarcomateuse.
(') V. Mott, Remarks on a particuliar form of lumor of the skin denominaled pachyde^^mocele. In Med. chir. TransacL, 1854, t. XXXVII, p. 155.
(*) R. SciiCLTZE, Ein Fall von sehr grossem Fibroma molluscum. In Deutsche Zeitschrift fur €hir., 1880, t. XIII, p. 573.
(^) yixnCACCi, Di uti raroesemplo di fibroma mollusco. In Giorn. ital. délie mal. ven.^1879, p. 193.
lA. BROCAri
FIBROMES DK LA VEW. — FIBROM A MOLLLSCUM. 025
Celte dégénérescence n élé coiislalée (l;ins le inollnscimi siolil.iirc jiar K. ^^';^l4■n(M^ Malnssez ('), dans le niolliiscinn ninlliplc, par (^iniinino, par \\'eslphalen. On |>lnl(M ce deiiiier anieur a donné ses soins à nn lionnne de li'cnlecincj ans (pii, alleini de nenro-lilti'onies cnlanés mniliples, snccoml)a -^ nn sarcome dn crenx j»oplité, j)rol)al)lemenl (•onsécnlir<\ nn neni'o-fihronie profond (*).
La tlr(j(''ii(''rc!<ccnrc cnnci'reitxc, épithéliale on carcinomatense, a été constatée j)ar Cham])ard snr une pièce de Trélat, par Lerei'ait (^). Quoique dans ces observations la tumeur ait été enlevée avant d'avoir»présenté des phénomènes cliniques spéciaux, ces constatations anatomicines, jointes à la possibilité de la transformation sarcomateuse, doivent conduire à quelques réserves pronostiques.
Sauf ces complications rares, le pronostic est bénin. Il dépend avant tout du volume de la tumeur et des diflicultés opératoires qui en résultent. Après aljlalion, ces tumeurs ne récidivent pas.
Diagnostic. — Le diagnostic différentiel n'est pas à débattre. Les diverses lésions cutanées appelées molluscum ne se ressemblent que par le nom, et il serait superflu de résumer ici les caractères de Facné varioliforme, de la lymphadénie cutanée. La description des myomes cutanés viendra plus loin.
Pour les molluscums généralisés, on doit se demander s'il ne s'agit pas de neuro-fdjromes et l'on doit examiner avec soin tous les troncs nerveux accessibles à la palpation.
Pour le molluscum pcnduluni volumineux à consistance grenue, la sensation ressemble assez à celle d'un lipome. Or le lipome, lui aussi, peut se pédiculiser, devenir vraiment pendulum (^). Le diagnostic n'en est guère possible. Cette erreur, rare il est vrai, n'a d'ailleurs aucune importance pratique.
Traitement. — Le seul traitement de ces tumeurs est l'ablation.
L'extirpation des tumeurs solitaires et volumineuses est absolument indiquée. On a dit qu'après l'ablation des grosses masses au bistouri, les érysipèles, les lymphangites ont une grande fréquence; ces fibromes éléphantiasiques ressembleraient ici encore à l'éléphantiasis. Aussi a-t-on préconisé le fer rouge, et récemment encore Pozzi a usé de la ligature élastique. Mais depuis l'emploi des méthodes antiseptiques on doit recourir exclusivement au bistouri, et les succès se sont multipliés, même pour les molluscums énormes qui, jusqu'à ces dernières années, donnaient une grande mortalité. Certains fd^romes diffus ne peuvent pas être enlevés entièrement, on en excise alors des fragments en forme de quartier d'orange et l'on suture les lèvres de la plaie. Plusieurs opérations de ce genre ont été conduites avec succès, à la face surtout.
Lorsqu'on se trouve en présence de fdîromes cutanés généralisés, l'abstention est la règle. Il y a toutefois quelques indications opératoires : on enlèvera les tumeurs qui tendent à s'accroître et celles qui sont cause d'une difformité.
(*) Malassez, Bull, de la Soc. anal., 1871, p. 25, 87, 145, 151.
(*) Westphalen, Virchoiv's Arch., 1887, t. GX, p. 29. — Cimmino, Giorn. ital. délie mal. ven. e délie pelle, mars 1891, p. 28.
(^) Outre la thèse de Lerefait, Thèse de Paris, 1884-1885, n° 155, consultez sur ce point spécial : Sciimidt, France méd., 1879, p. 481 ; Ohs. de Trélat, exam. histologique par Cham- BARD, Arch. de pliys., 1879, p. 350. — Chamdard, Ann. de derinat. et de sypii., 1883, p. 61.
(*) Decaisne, Bull, de la Soc. anat., 1876, p. 363. — Bailly (de Ghambly), Ibid., 1886, p. 424.
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