‹ Traité de chirurgieChapitre 170 sur 199 · MVOSITi: OSSlI'lANTi · texte numérisé non relu

MVOSITi: OSSlI'lANTi

l{<ii)(ii;iîs, Ossilicatidii du li^sii miisculaiio. Anal. (iaz. ntciL, lxr»i, p. Tii". — Ti;sti;li.n cl l»AMitiii:ssi, Uliiiiualisiin' Icniiiui' par l'ossilicaliori des muscles, floz. )itéd.. lX.7.t, p. 170. — \'ii!(:u(i\v, Trailt" dfs luincurs. — Z(>i.i.in<;i;h, FAn Fall von ausp:ed(*luilen palliolofiisclien \'('ikutMlieruiii,MMi. Inaui,'. Dissert. Ziiiicli, 1S(>7. — IMiNc.uMKYKH, L'ehcr Myosilis ossilicaiis pii)i;ressi\a. /eilsi-lirift fiiv ration. Mcd., ISd'.l, Hd. XWIV, p. 'J. — (JKiuucii, L'cl»er Myosilis ossilieans proirressiva. Inaui^. Disserl. Wiu'/.buri,', 1X7'). — IIayem, Art. Mi'sniL.viiu; (palliolou:ie)- iJict. l'nrj/rl.. 1X70. — Ki'.M.Mix, Myosilis ossilîcans pro^rcssiva. Arrh. fiir klin. Cliirid-iiic, 1XS5, Hd. X\!X, p. 015. — Lkiim.vnn, Kiu l'ail von Myosilis ossiMeans lipoiuatosa. Deulscht; nicd. Wocli.. 1X8X, \l\, p. 735. — Faviki!, 1)o rostéonie des muscles adducteurs chez les cavaliers (ostéomc du cavalier). Airli. de nu'd. et. de jjIkwih. milil.. IX.SX, XI, p. Ti'JTj. — \\'iL.M, l.'cber Kxercicrknochcii. Inaui"-. Disserl. Berlin, l€S87. — F. Caukx, lieber Myosilis ossilicans. Deutsche Zeilsrhrift fiir Ch'ir., 18'JO-lX'Jl, Bd. XXXI, !>. ."72. — Swanson, i:in Fall von Myosilis ossilicans progressiva multiplex. Jfyyira, mars 18î»l. — A. SriiiMiDï, De l'oslêome des muscles de la cuisse. Revue de cliirnniie, IcSDO, j). S.ll. — Mlmîo, A case of ossiTylng- Myosilis, opeiation. Tl>e Laurel^ 1X91, I, W?. — Biu:.\nsoii\, Zur C.nsuislik der Myosilis ossilicans nuiiliplcx (|»roi>ressiva). Bcrliner klin. Wuch., 181)2, XXIX, p. 1105. — Poi.LAiu), A case of Myosilis ossilicans. The Ijuirct, 1882, 1491. — Boppe. Deux cas d'osléoines nuisculaires. .l;r/(. de niéd. milit., 1892, t. I, j). 125. — Demmlkiî, Un cas d'ostéomc du droit antérieur. Flioloi^ie de ces tumeurs, llndem, août 1X92. — Nimier, Ostéomc des muscles. Oa:. hebd., 18 mars 189."). — BEnf.ER, Sur rosléomc du cavalier. BtiU. de la Soc. de chir., 1895, l. XIX, p. 758. — Dei.orme, Ihid., 1895, t. XIX, p. 217, et lX9i, t. XX, p. 5i0. — Bamonet, llématostéomc du moyen adducteur. Arch. de niéd. niilit., 1895, XXI, p. 450. — A. Beutuiei!, Étude hislologiquc expérimentale des osléomcs musculaires. ArcJi. de méd. expér. et d'anat. jxtthoL, 1894, VI, p. 001. — Virguow, Ueber Myosilis progressiva ossificans. Dcvtiner klin. Wocli., 1894, n" 32. — Bollinger, Démonstration eines Fallcs von Myosilis ossificans progressiva. Miinchencr mcd. Woch., 1X95, XLII, p. 151. — Eichiiorst, Ueber die Bczichungen zwisdien Myosilis ossificans und BiJckenmarksIvrankheilen. Arch. fiir j)ath. Anatoinie, 1X95, CXXXIX, }). 195. — Lexer, Das Stadium der bindcgewobigen Induration bel Myosilis ossificans progressiva. Arch. fiir klin. Cliir., Bd. L, p. 1. — Kuliscii, Ueber die Genèse der Exercierknochen. Inaug. Dissert. Freiburg i. Br., 1895. — V. Zoege-Manteuffel, Démonstration eines Skelcltes mit Myosilis ossificans. Congrès des chir. allemands, 1890. — Weill, Un cas de myositc ossillcante progressive. Acad. de méd., 20 mai 1890.

On la renconfre .sous deux formes : une l'orme partielle, circoitHcrite, une îorme progressive ou yénéralisée.

X" Forme cmcoNSCRiTE. — C'est à elle que se rapportent les ossifications partielles des muscles, dont les exemples sont loin d'être rares.

On les voit autour des fractures, irradiées d'un cal exubérant dans les muscles voisins ; on les voit sur les confins des articulations atteintes d'arthrite sèche : les tendons sont alors les premiers à s'ossifier, mais le processus se poursuit jusque dans les muscles, et les Bulletins de la Société anatomique en renferment de curieuses observations. Barth n'a-t-il pas vu, dans un cas d'arthrite déformante de la hanche, une production osseuse d(^ '27 centimètres de long sur 7 de large, occupant le droit anlérieur de la cuisse? El ITayem signale chez un ataxique, à la suite d'une arthrite de la jambe, la présence de plaques, de consistance cartilagineuse, et plus tard osseuse, dans l'épaisseur du biceps.

Nous rangerons ici les ostéomes musculaires, sans rien préjuger, d'ailleurs, de leur palhogénie, peut-être complexe. Ce sont presque toujours des ossifications professiojmelles : ostéomes des adducteurs, de beaucoup les plus fréquents, signalés depuis longtemps chez les cavaliers {Reitcr-Knorlieu, de Billroth), que Jose})hson avait étudiés en 1874, et t[ui, depuis queUiues années, ont fait l'objet de nombreux travaux, dus presque tous aux médecins de l'armée, et fourni matière à de nombreuses discussions; ostéomes du deltoïde, chez les fantassins, qui suecéderaienl aux pressions ou aux chocs répétés de la crosse du fusil sur le devant de l'épaule, signalés en Allemagne [f^lxercier-Knoclicn), mais

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qui no paiaissonl pas avoir élô observés dans larniée française. D'aulrcs se tlévoloppent à la suilo daccidenls traumatiquos vulgaires: ostéomes du brachial anlérieur, à la suite des entorses ot des luxalions du coude; ostéomes du droit antérieur de la cuisse (Demniler), du vaste externe (Orion), ou d'un autre muscle, à la suite dun choc, d'une contusion, d'une ru})lure partielle. De l'ait, la relation semble étroite entre les ruptures musculaires, et surtout les ruptures partielles, les pseudo-hernies et le dévelojjpement des ostéomes.

Cette relation saccuse presque constamment en clinique. Dans la forme la plus couramment observée de l'ostéomc des cavaliers, un jeune soldat, au cours d'un exercice de voltip^e, ressent brusquement une vive douleur à la partie sujH'ro-interne de lune des cuisses : la douleur s'atténue par le repos, pour se réveiller à la prochaine séance d'équitation. La région est tuméfiée, rarement ecchymosée : quinze jours, un mois, deux mois après, quelquefois à une date plus éloignée, on reconnaît l'existence de la tumeur musculaire. D'autres fois, le début en est insidieux, et c'est par hasard qu'elle est découverte.

Aux adducteurs, l'ostéome siège le plus souvent près de l'insertion pubienne des muscles, quelquefois à leur insertion fémorale (Sieur, Delorme), si bien que, dans quelques faits, il semljlait adhérent au bassin ou à la ligne àprc : son volume varie de celui d'une noisette, d'une noix, à celui d'un œuf; il est arrivé que le muscle parût ossifié sur une très grande partie de son étendue. Les noyaux osseux inira-mnsculaires sont multiples, dans quelques faits: M. Sieur enleva « quatre productions osseuses, dont lune avait 4 centimètres de haut, sur 2 centimètres 1/2 de large et 1 centimètre d'épaisseur » : ils peuvent être symétriques et occuper les adducteurs des deux côtés.

Leur forme est irrégulière, souvent pyramidale, ou encore aplatie, en lame, en segment de carapace, leur surface, rugueuse, hérissée d'aspérités, de crêtes, de prolongements, leur consistance, d'une dureté caractéristique. Ils sont situés en plein muscle, et Ion ne saurait les en séparer, au palper.

Lostéomc deltoïdien figurerait une plaque dure, étendue sur le bord antérieur du muscle et Ijordant le sillon pectoro-deltoïdien. Celui du brachial antérieur, au pli du coude, donne la sensation d'une masse épaisse, profondément accolée à l'os, soulevant l'humérale et le médian et se prolongeant souvent au-devant de l'articulation.

Ces tumeurs sont, d'ordinaire, plutôt gênantes que douloureuses, hormis les cas où elles exercent une compression nerveuse (médian, ostéome névralgique) : elles entravent léquitation, la marche, les mouvements. Tous ces désordres fonctionnels peuvent cesser au bout d'un certain temps (Berger), et la tumeur, qui a acquis tout son volume, reste dès lors stationnaire et indolente. Les accidents inflammatoires, la suppuration, qui survint dans un fait de Labrevoit, sont exceptionnels.

Il n'y a donc rien là qui rappelle les néoplasmes proprement dits. De fait, il sagit bien dune ossification, et c'est du tissu osseux qui constitue ces ostéomes. Des examens histologiques. aujourd'hui nombreux, en témoignent (Boppe, Thiriar, Orlow, Laveran) : le mémoire et les figures de Berthier sont, à ce point de vue, fort intéressants : l'ostéome est constitué « par de l'os spongieux, à moelle fœtale, entouré de tissu fibreux et de fibres musculaires striées » (fig. 167). On y décèle aussi des îlots de tissu cartilagineux, qui sont la marque d'un processus régulier d'ossification.

Ceci nous amène à la question de pathogénie. Il est bien certain qu'un héma-

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MYOSlTi:

tonio intra-nmsculaire no sauiail se Iraiisfoiuior on osléoino, ol, l»ion (|iron ail trouvô los forains ossoux néororniôs an conlacl d'nn loyer sanp;nin oncoro liquide (Ranionon. il n"v a là, selon Ionien j)i(dtal)ililé, ancnn lapiioii do eansalilé diroelo.

A. BorUiior a cliorché à démontrer oxpérimcntalemont l'origine périostéo des osléomes musculaires, toile qu'elle avait été déjà indiquée par Orlow et par le profosseur Bori?er. Le muscle arracherait, à l'une do ses insertions, soit un fragment osseux, soit, et plus Iréquemment, une lamelle périostique, et ce lambeau de périoste fertile, pourvu de sa couche osléogène, entraîné dans l'épaisseur du corps charnu par les fibres musculaires détachées et réfractées, y forait « souche d'os » et créerait l'ostéome. Sur le lapin, Berthior et Sieur découvraient los attaches dos adducteurs au fémur, et détachaient un lambeau de périoste donnant insertion aux fibres musculaires : les fibres, en se rétractant, « enfouissaient » la greffe périostique ; au bout de quinze jours, elle avait donné naissance à une formation osseuse.

Quelque séduisante que soit cette théorie, applicable sans doute à un certain nombre de faits, on ne saurait oublier que M. Delorme n'a pu obtenir l'arrachement périostique, sur le cadavre, au niveau des adducteurs, qu'en tordant violemment leur tendon ; de plus, on a signalé des ossifications occupant un muscle tout entier, ou disséminées en noyaux multiples dans son épaisseur. N'a-t-on pas affaire, alors, à un véritable processus de myosite ossifiante? Quoi qu'il en soit, si la tumeur est gênante ou douloureuse, il n'y a aucune contre-indication à en faire l'ablation, et fintervention a donné d'excellents résultats entre les mains de Thiriar, Boppe, Demmler, Diimm, Yvert, Sieur, Delorme. On se souviendra que l'ostéome fait corps avec le muscle, et qu'il faut le sculpter en plein tissu, en créant souvent une large brèche, une cavité anfraclueuse et saignante, que l'on pourra tamponner, mais dont il sera préférable de rapprocher les parois, si possible, par un ou plusieurs surjets, une fois l'hémostase soigneusement faite.

1'^ Forme génér.\lisée. — IMyosite ossifiante progressive. — On trouverait des vestiges de cette étrange maladie dans les faits de John Fieko, Robert Copping (1740-1741) et Bortrandi (174'2), mais la première observation complète est due à Rodgers, de No\v-York (1855). En 1855, Tostelin et Dambressi, sous le titre de Rlmniatisme terminé par Vossification des muscles, publient un second fait de haute importance, et par la précision des détails cliniques, et par l'examen chimique dos tumeurs dû à Poggialo et qui permit de conclure à l'existence du tissu osseux. Los ostéornes multiples, décrits par Yirchow, répon-

FiG. 167. — Coupe d'un osléonie imisciilairc. (A. Berlhicr, Archives de médecine expénincntale, 1891.

1, 2, tissu osseu.x néoformé. — 3, 5, coque fibreuse, i, fibres musculaires.

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78 i MUSCLES.

ilcMil au iiuMiio lypo. Le loiinc <lc mvosite ossifianlo progressive, déjà proposé par \'on Dusch, ne passe (léliiiilixeinenl dans la scienee qu'avec le mémoire de Miinclimever (ISCi'.l). doul on lail dalcr. eu Allematcne. l'hisloiiv de l'atleelidM.

Depuis, les ol»ser\alions se soni multipliées surtout en Allemagne el aussi en Angleterre.

Étiologie. — La stati>tiipie d(> l'iutei- (') serait aisément doublée, mais les proportions générales quelle indique restent vraies : sur 'i'i o])Scrvalions, 10 avaient été recueillies en Allemagne. (5 en Angleterre, !2 en Amérique, et une seulement en France, en Russie, en Autriclu', en Suisse.

Le sexe masculin est de l)eaueoup le plus souviMd atteint : sur !2i cas, 5 seulement ont trait à des femmes.

C'est à un âge très précoce, et. che/ «pieUiues nialades, très peu de temps après la naissance, que i-emoident les jiremières ti-aces de ralTection : le garçon de treize ans dont Kiimmel a publié Ihisloire n'avait encore que quatorze jours, quand sa nourrice s'aperçut dune difTormité des vertèbres et du dos. Dans les "l"! faits relevés par Pinter, le délnil avait eu lieu 15 fois au-dessous de la quinzième année, et 7 fois au-dessus : d'ailleurs aucun malade de la seconde catégorie ne vécut au delà de vingt ans. Pourtaid, dans l'observation de Testclin et Dandiressi. c'est à làge de vingt-six ans que se manifestèrent « des difficultés dans les mouvements des membres ». On ne saurait donc en aucune façon poser en règle la congénialité de l'affection.

De quelle influence procède-l-elle donc? Florschiïtz, Ilawkins et de nombreux observateurs après eux, ont fait ressortir l'action du traumatisme, des compressions, (jui font naître souvent, à leur niveau, les ossifications, et Abernethy citait déjà un malade chez lequel la moindre contusion sur les muscles était suivie d'une exostose. Mais il n'y a là qu'une inlluence de localisation.

Virchow avait invoqué une prédisj)osition héréditaire, el créé le mot de; « diathèse ossifiante », qui, du reste, n'explique rien. D'autres ont incriminé la sy|diilis (voy. plus loin, Syp]nlifi des muscles).

Friedrei(di. Miinchmeyer, Nicoladoni, etc.. avaient attribué au parenchyme musculaire lui-même la lésion originelle: c'était une myosile parenchymateuse généralisée, sorte de trophonévrose qui devait prendre rang à côté de l'atrophie musculaire progressive et de la paralysie pseudo-liypertrophique.

Depuis les recherches de Mays, on admet ({ue le siège primitif de la maladie ossifiante est, non dans la fibre charnue, mais dans le système conjonclif intra et périmusculaire et toutes ses dépendances, tendons, aponévroses, etc. C'est jtar là que débute l'ossitication, et l'on ne peut scmpè('her d'y voir un trouble de nutrition analogue à ceux qui succèdent aux lésions des nerfs périphériques ou de la moelle : telle est la théorie émise par Ilayem, el celle qui séduit le plus. Les recherches de Schwartz, de Klemm, de Eichharl, qui ont découvert des lésions médullaires, lui ont apporté depuis une confirmation.

La question n'est pourtant pas tranchée : encore que vague et insuffisante, ridée «l'un trouble central de la nutrition persiste seule (-).

(•) PiNTEiî. Inniiii. Disspii. VVur/.l)urK. 1885.

(-) ("est dans ce sens <|iril y a lieu de rapprocher la myosile ossifianlc de celle aulre afTcclion si éli-anije : les exostoses niullii»ies (voy. ce mol). Chez le malade de ]\I. Weill, il existail, en oiUre des f)ssificalions mnsculaiies, de nondueiises exo'^loses et hypei-osloses, surtout aux nicndjrcs inférieurs.

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MYOSITi:. TSâ

Anatomie pathologique. — La myosilo ossifianio progressive poul ciivaliii' tous les muscles slriés : ceux de la luujue, du dos, du cou, jusqu'au plancher tlo la bouche, des épaules, des uKMuhres supérieurs, du bassin et des membres inférieurs : seuls, le eoLMir, la langue, le diaphragme, les sphinders, les muscles du larynx et du périnée, ne sont pas signalés dans les observations.

-Miinchmeyer a divisé en trois stades la marche anatomiciue de rafTcction.

i" C'est d"al)Ord une i)i/lltr(ili()ii ciiibrijojumire plus ou moins abondant(^ du tissu interstitiel cpii grossit le muscle et sa gaine, : le tissu musculaire luimême n'a cpi'un rùle passif; il s'atrophie sous la striction de la gangue fibreuse (jui l'envahit (Lexer) ;

!2" Puis la gangue conjonctive, devenue fibreu><e, rétracte et indun; le corps charnu, et rossifie en certains points;

5" Le terme définitif est donc Vof<sification, et ce qui est bien démontré, c'est qu'il s'agit là d'une ossification véritable. « Sur un fragment ossifié enlevé au biceps, on pouvait suivre au mieux la série des différents tissus musculaire, conjonctif, cartilagineux, osseux, étages de la périphérie au centre de la tumeur osseuse. » (Kûmmel.)

Du reste, on avait constaté depuis longtemps qu'il se produit alors de l'os vrai, pourvu de tous ses caractères histologiques : les examens de Rodgers, de Testelin et Dambressi, Miinchmeyer, von Gerber, en faisaient foi.

L'ossification atteint chaque muscle sur une étendue plus ou moins grande; et plus souvent elle se fait par noyaux, qui se fusionnent plus tard : la direction des faisceaux musculaires reste empreinte à la surface des plaques ossifiées qui les remplacent, « le muscle est comme pétrifié ». Chez le malade de Testelin et Dambressi, le bord antérieur du deltoïde gauche se continuait en haut directement avec la clavicule, et en bas avec l'humérus : de plus, ce pont ossifié était traversé par un canal nourricier.

Ces adhérences au squelette ne permettent pas toujours de reconnaître si l'ossification émane de l'os lui-même, ou si la continuité s'est établie secondairement : il semble, du reste, que le double processus puisse se réaliser.

Un muscle ne s'ossifie jamais en totalité : autour des zones ossifiées, les fibres musculaires s'atrophient.

Symptômes. — C'est par la nuque et la colonne vertébrale que l'affection débute le plus souvent, et cela, sans douleur vive ni réaction très marquée, par une série de déformations qui s'établissent peu à peu. Les apophyses épineuses se tuméfient en masses arrondies à leur sommet, pendant que Je rachis s'incurve par une sorte de scoliose : la tête est infléchie ou inclinée sur le côté; la nuque devient rigide, et des productions osseuses se retrouvent déjà, au palper, dans l'épaisseur des muscles rétro-vertébraux.

Ces ossifications se produisent par poussées : les muscles deviennent douloureux, des bosselures se soulèvent à leur surface, d'abord œdémateuses, demifluctuantes : on dirait autant d'abcès sans rougeur ni réaction fébrile. Leur consistance devient pâteuse; elles se concrètent et s'indurent.

On trouve alors une série de tumeurs arrondies ou irrégulières, qui font corps avec la masse charnue, ou encore des plaques, des crêtes, des sortes de « côtes saillantes, séparées par des intervalles où le tissu musculaire conserve sa consistance ordinaire ». A côté des zones osseuses, ou dans les muscles voisins, on trouve des plaques fibreuses : le muscle est aminci, rétracté, induré,

TnAITlî DE CHIRURGIE, 2" édit. — I. 50

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sans donner au doigt la consislaïuo dnn bloc solide, comme au niveau des ossifications: le sierno-niastoïdien, les autres muscles antérieurs du cou, le grand droit de labdonien, etc., permettent de constater très nettement ce stade préosseux.

On devine les attitudes qui en résultent. Les figures 168 et 109 en donnent un excellent aperçu. La tête s'incline en avant et à droite; la colonne cervicale

Fie. Itj8. — Myosile ossifiante progressive. (Mém. de Kiimmel. Arch. f. Idin. Cliir., 1885.)

s'infléchit aussi, il semble quelle ne forme plus qu'une seule masse compacte, et le ligament de la nuque s'en détache, épaissi et noueux. Le thorax, en arrière, proémine plus à gauche : collés au tronc, les bras ne s'en écartent que d'un rayon tort restreint, la flexion et l'extension sont également difficiles. Aux membres inférieurs, l'ossification du psoas maintient les cuisses dans une flexion moyenne. Les désordres peuvent aller plus loin encore et l'on a vu les articulations entièrement immobilisées; chez le malade de Testelin et Dambressi, « les deux mâchoires étaient fortement rapprochées l'une de l'autre et ne pouvaient s'écarter; on introduisait la nourriture par une brèche résultant de la perte de deux dents ».

A part ces gènes fonctionnelles, les désordres viscéraux sont généralement peu accusés, et c'est ce qui explique la longue durée ordinaire de l'afl^ection : dix, douze ans.

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MYOSITK.

Parfois, au niveau dos saillies osseuses, la peau s'irrite et se gangrène par la compression : il en résulle des abcès ou des eschares, complications locales qui acquièrent parfois une cerlaine gravité à la période ultime.

Avec le temps, el à nu^sure que s'ossifie la musculature thoracique, le jeu respiratoire devieul moins lihre: sous celle carapace osseuse, le poumon ne l'onctioniu* plus ré^iilièreuuMil : des bronchites répétées, des congestions

Fio. 109. — Myosile ossifianle progressive. (Méni. de KUmmel, Arcli. f. Idin. Chir., 1883.)

pulmonaires se succèdent, el presque tous les malades succombent à une complication broncho-pulmonaire.

Mais la guérison ne serait pas impossible, el Talum (*) prétend que la myosite ossifianle progressive a fini par guérir chez son malade. Le fait ne s'est pas renouvelé.

Diagnostic. — Bien caractérisée, une telle affection ne saurait donner prise à l'erreur. Le cancer des muscles, les gommes, n'acquièrent ni celte dureté, ni celle généralisation; les exostoses multiples, qui se voient parfois, ont un point de départ nettement squelettique.

(') Holmes Coote, ^1 sijstem of surQenj, p. 5Ô6.

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Aussi li> (liaiiiioslic a-l-il ('li' posé dans la prosciuo lolalilé des obsorvalions connues: au déhul seuhMnenl, les l»()sselures arrondies et nuclnanles pourraient l'aire hésiter sur leui- \érilal»le nature, mais leur indui'alion progressive la lévèle bien lot.

Traitement. — Les ressources en sont Tort bornées.

L'action chirurgicale ne trouve guère à s'exercer, en présence de tumeurs aussi nondjreuses et aussi disséminées; Ilawkins praticpui Textirpalion d'une tumeur osseuse située entre le rhomboïde et le grand dorsal, et, chez le malade de Kiïmmel. on avait l'ait aussi une extirpation locale; mais on ne saurait enlever toutes les tumeiu-s, et sans doute n'arrêterait on pas l'évolution du processus ossifiant. Il faut se borner à agir sur celles qui provoquent des douleurs trop vives ou des gènes l'onctionnelles trop accusées.

C'est donc au traitement général qu'il faut recourir; mais, lui aussi, no s'appuie encore ([ue sur des données très vagues. L'iodurc de potassium a été surtout employé.

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