PLAIES PAR MORSURES. — PLAIES PAR MACHINES
contusion, par torsion et par arrachement, suivant Tanimal qui les a laites ou la machine qui les a produites.
Historique. — Les plaies par morsures ont été connues de tous temps; au xvH^ et au xvni^ siècle, Wentzel et Haller avaient décrit les accidents qu'elles provoquent; les travaux se sont multipliés depuis et le nombre dos publications sur cette question est considérable. Les recherches sur les plaies par machines sont moins nombreuses. C pendant Layet les a étudiées; puis Guermonprez, qui exerce à Lille dans un milieu où abondent toutes les industries, a rendu sien ce sujet par la richesse de ses observations et la sagacité avec laquelle il les a commentées.
DuMiNS, Morsures des animaux qui ne sont ni enragés ni venimeux. Thèse de Paris, 1815. — RiEKEN, Observation d'une fièvre vésiculeuse produite par la morsure d'un chien non enragé. In Ann. des sciences méd. et nat. de Bruxelles, p. 109, 1840. — Moore, Two cases of wounds from human bites. In Dublin med. Press, t. XXX, p. 257, 1852. — Dauvé, Des plaies par morsure simple. Thèse de Paris, 1855. — Sous, Plaies par morsures de cochon. In Journal de méd. de Bordeaux, t. VI, p. 124, 1861. — Fayrer, Wolf t)ite of fore-arm, etc. In Med. Times and Gaz., t. I, p. 5, 1869. — Gillette, Des diverses traumatismes produits par la bouche du cheval. In Bulletin et mém. de la Société de chir., t. II, p. 410, 1876. — Gosselin, Morsure du cheval, etc. In Revue méd. franc, et étrang., t. I, p. 437, 1880. — Chauvel, art. Plaie. In Dict. encycl. des sciences méd., 2'= série, t. XXV, p. 611.
Étiologie. — Les morsures les plus fréquentes chez nous sont celles du chien, du cheval et de l'homme. Dans les morsures du chien, les incisives et les canines des deux mâchoires pénètrent dans les chairs, se rapprochent et l'animal tire à lui; pour peu qu'il soit de forte taille et morde vigoureusement, il y a à la fois piqûre, coupure et déchirure. Dans les morsures du cheval, étudiées par Gillette, les incisives saisissent les tissus, les écrasent, mais sans mâcher et sans tirailler; il y a contusion et broiement; s'il y a un arrachement, il est dû aux efforts de la victime pour échapper à la morsure. Dans les morsures de l'homme, incisives, canines et môme premières molaires s'enfoncent dans la peau qu'elles mâchent et tirent : il y a coupure et arrachement comme pour le chien, broiement comme pour le cheval.
On peut observer des morsures plus rares : celles des oiseaux, par exemple ; lorsqu'ils sont de petite taille, leur mandibule fait à peine un léger pincement, mais les rapaces, les milans, les buses, les éperviers, les aigles blessent cruellement; leur bec pénètre dans les tissus qu'il coupe, puis ils tirent avec violence, en prenant un point d'appui sur leurs serres qui s'enfoncent dans les chairs : ils peuvent ainsi mutiler et déchiqueter une large région. On a vu, dans nos muséums et dans les ménageries, des morsures de grands carnassiers ; les lions et les tigres font des déchirures telles, ils lacèrent si profondément les tissus, que ces plaies défient toute thérapeutique. Les ruminants écrasent les tissus; les plaies qu'ils font sont des plaies contuses.
Nous ne ferons que signaler les plaies par machines. Les plaies par peignes de filatures de lin ou de coton peuvent ne « ratisser » que la peau, mais elles peuvent aussi pénétrer dans les chairs et les labourer profondément. Les coups de hache, les coups de scie à vapeur, les coups de machines à raboter produisent des blessures de toute sorte. Lorsqu'un membre ou une portion du membre est pris entre deux cylindres, il y a contusion au point d'application et les tissus refoulés « éclatent » plus loin. Les brunissoirs font des plaies par usure, les épissoirs, les engrenages provoquent d'énormes désordres qui tiennent des plaies
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contuses cl des plaies par arrachement. Ces blessures présentent une complexité qui défie toute description.
Symptômes. — Les morsures ont un aspect différent, selon Fanimal qui les a produites; en général faciles à reconnaître en médecine légale, elles forment une ellipse qui dessine les arcades dentaires vulnérantes. Cependant on peut s'y tromper, et les plaies par arrachement que produisent les morsures du cheval ne sont pas toujours irrégulières et mâchées. Dans deux cas, dit Chauvel, Saucerolte. à l'examen de la cicatrice, a pu croire à une amputation régulière. Il s'agissait de conscrits soupçonnés de s'être volontairement mutilés. Mais, d'habitude, la blessure est anfractueuse, les bords en sont frangés, déchiquetés, le fond en est meurtri: elles ne saignent pas, bien que des caillots sanguins puissent .^^'accumuler dans la profondeur. Les muscles sont broyés et les os brisés par une fracture esquilleuse. La douleur est vive, mais rien n'est plus variable que ces symptômes, et telle plaie qui devrait réveiller les plus atroces souffrances, ne donne qu'une sensation de pesanteur indéfinissable.
Leur évolution est souvent grave et les complications s'abattent sur ces foyers irréguliers, anfractueux, qu'encombrent les caillots, les débris mortifiés, et où les microbes colonisent d'autant mieux que l'organisme affaibli par le choc se défend avec moins d'énergie. Les suppurations, les gangrènes, les septicémies étaient autrefois fréquentes; elles ont diminué avec l'antisepsie, mais on les y rencontre plus souvent que dans les autres plaies. Il en est de même du tétanos signalé par tous les auteurs comme une complication à redouter. Gillette l'a relevé 5 fois sur 66 observations. Dans les morsures de cheval qu'on rencontre surtout au bras, le radial peut être contus et, sur les 66 cas dont nous avons parlé. 4 fois des paralysies ont été la conséquence du pincement de ce nerf.
Le pronostic est redoutable par les meurtrissures profondes, les altérations étendues du foyer, l'état de choc du blessé. Il y aurait d'autres raisons et, pour les morsures des mains, on a invoqué la pénétration dans les tissus d'une certaine quantité de salive qui contient une foule de microbes dont l'invasion dans les chairs n'est pas indifférente; ils peuvent y amener la suppuration. Xe savons-nous pas. depuis les recherches de Clado et Verneuil, que les spirilles de la salive se trouvent parfois dans les adéno-phlegmons d'origine dentaire?
Traitement. — Il doit être rigoureux et une désinfection soignée de la plaie est indispensable si l'on veut éviter les complications. Pour les seules morsures faites par l'homme, Gross rapporte 5 cas, tous accompagnés de phlegmons diffus, d'abcès, de rétraction des doigts qui nécessitèrent l'amputation. Aussi la surveillance la plus étroite sera-t-elle exercée; les pulvérisations phéniquées. la balnéation continue, l'enveloppement humide seront prescrits jusqu'à détersion de la plaie . On pourra alors rapprocher les lambeaux, essayer de la réunion immédiate secondaire pour hâter la cicatrisation. Comme les muscles sont souvent broyés, les os brisés, que la peau est détruite, il faut se résoudre parfois à des sacrifices énormes et proposer l'amputation. Mais avec une antisepsie rigoureuse, on peut essayer de la conservation systématique.
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Lorsqu'un corps mousse pèse lourdement sur nos tissus, ou les frappe avec force, il provoque clans la peau et clans les couches sous-jacentes une attrition plus ou moins grave. Si les téguments ont été rompus comme les tissus ([u'ils recouvrent, on dit qu'il y a plaie contusc; il y a contusion c[uand le derme, à peu près intact, s'étend encore sur le foyer traumaticpie. L'élasticité de la peau explique comment, dans un grand nombre de cas, elle fuit devant le choc et résiste tandis cjue les tissus sous-cutanés plus rigides sont écrasés. Verneuil propose une définition s'appliquant aux contusions et aux plaies contuses, qui sont pour lui des traumatismes dans lescjuels « la diérèse est produite par pression et s'accompagne d'attrition au point lésé ». Mais l'usage a prévalu de scinder l'étude des deux lésions, et nous commencerons par les plaies contuses qu'on peut définir : une attrition des tissus avec solution de continuité de la peau déterminée par un corps mousse.
Historique. — Les plaies contuses comprennent un grand nombre de variétés, et l'on pourrait leur annexer les plaies par morsures et les plaies par machines que nous avons passées en revue dans l'article précédent; les plaies par armes à feu leur appartiennent aussi, mais elles ont une importance telle cju'on leur assigne une description spéciale : la bibliographie en est plus étendue que celle des plaies contuses simples. Nous ne signalerons ici c[u'un petit nombre de travaux, rappelant c{ue quekjues auteurs, comme Verneuil et Marchand, ont étudié en même temps les contusions et les plaies contuses; aussi consulterat-on avec fruit l'historique de la contusion.
VoiLLEMiER, Clinic(ue cliirurgicale, 18G2. — Bouglé, Quelques considérations sur les écrasements des doigts de la main et du pied. Thèse de Paris, 18G.3. — L.\.roche, Plaies produites par des corps circulaires mus par la vapeur. Thèse de Paris, 1865. — Perhin, Pansement par occlusion dans les plaies contuses. Thèse de Paris, 18C5. — De Beaurepaire, De l'écrasement et de l'amputation des doigts. Thèse de Paris, 1872. — Quesnel, Plaies de la main par machines à battre. Thèse de Paris, 1877. — CouiJToux, Des plaies contuses de la main et des doigts. Thèse de Lille, 1861. — Chauvel, art. Plaie. In Dict. encycl. des sciences mécL, p. 607. — Terrier, Éléments de pathologie chirurgicale générale, p. 251, 1885. — Paul Reclus, De la conservation systématiciue dans les écrasements des membres. In Revue de chirurgie, janvier 1896.
Étiologie. — Parmi les plaies contuses, on range les écorchures et les excoriations, éraflures, sillons étroits, peu profonds, à bords irréguliers, et qui résultent du frottement sur la peau d'un corps rugueux et dur : le heurt oblique d'un caillou, la surface raboteuse d'une pierre, d'un morceau de bois, l'arête d'un meuble, ou même un objet pointu tel qu'une épingle, provoquent de ces lésions douloureuses, à peine saignantes, et qui, dans certaines régions, à la jambe, par exemple, ou chez des individus prédisposés, mettent un temps fort long à guérir et deviennent le point de départ d'un ulcère atone. Aussi doit-on les traiter rigoureusement. Lorscjue la plaie a des tendances à l'ulcération, les lavages répétés à l'eau chaude en modifient la surface et hâtent la cicatrisation.
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