‹ Traité de chirurgieChapitre 41 sur 199 · i LÉSIONS TRAUMATIQUES · texte numérisé non relu

i LÉSIONS TRAUMATIQUES

Pour iiuuno plaie contuse ou une contusion se produise, il faut, d'une part, une pression sur nos tissus, et dnutre part, un point d'appui qui empoche les tissus de se soustraire j\ la pression. Ces deux facteurs se combinent de bien des manières. En général, la pression est extérieure — une pierre, un bâton, une roue de voilure : Ténumération, pour être complète, comprendrait la presque totalité des corps bruts ou animés qui nous entourent — et le point d'appui est intérieur — une aponévrose, un muscle contrac^té, une partie du squelette. La pression peut être intérieure, produite par une extrémité articulaire luxée, et le point d'appui extérieur, le sol par exemple. La pression et le point d'appui peuvent être extérieurs : une roue de voiture écrase un membre sur le sol qui sert de point d'appui. Enfin, le môme objet peut à la fois exercer la pression et être le point d'appui : les deux mâchoires qui, en se resserrant, mordent et écrasent les tissus, remplissent cette double condition.

Lorsque la pression s'exerce perpendiculairement, son action est énergique; msTis lorsqu'elle est oblique, les tissus fuient devant elle; et les lésions que l'on observe sont dues au refoulement et à la traction des tissus : il y a plaie contuse et déchirure. Si la pression est presque parallèle au point d'appui, il y a surtout décollement, arrachement, mais peu dattrition. L'inégale résistance des tissus augmente l'étendue du foyer traumatique : un muscle, une aponévrose, un os, sont plus fragiles en certains points qu'en d'autres; sous une pression lente, une rupture pourra se faire, non au point d'application des corps vulnérants, mais à une distance souvent grande. De là ces désordres inattendus que le chirurgien doit prévoir; de là ces foyers traumatiques fermés, situés loin des foyers ouverts, ces contusions mêlées aux plaies contuses.

Anatomie pathologique . — Le caractère essentiel de ces foyers traumatiques est labsence de limites précises; les lésions ne sont pas nettes comme dans les coupures et dans les piqûres, et c'est par transition et en traversant des zones suspectes qu'on va des tissus broyés aux tissus sains de la périphérie. Vers le centre, au point d'application du choc, on trouve une bouillie qui rappelle la boue splénique, une substance rouge, diffluente, faite de débris de muscles, de lambeaux d'aponévroses, de lanières tendineuses, de filaments nerveux, d'esquilles d'os, mêlés au sang issus des artères et des veines broyées. Plus loin, les masses musculaires sont déchirées, meurtries, avec quelques foyers secondaires remplis de caillots. Plus loin encore, les tissus sont infiltrés de traînées sanguines et l'on est dans la zone stupéfiée qui peut revivre, mais que la moindre inflammation mortifiera.

A lexlérieur, la plaie contuse est caractérisée par ses lèvres meurtries, déchiquetées, irrégulières; ses bords frangent la rupture de la trame du derme à des hauteurs différentes. Parfois, il existe des décollements étendus, et des lambeaux de peau reposent sur des délabrements sous-jacents étendus. On peut les soulever et découvrir une partie du foyer traumatique. Dans les régions où les téguments sont pauvres en vaisseaux, ces lambeaux ont tendance à se sphacéler pour peu qu'ils soient meurtris, et que leur pédicule soit étroit. Mais, à la tête, où la table osseuse du crâne rend les décollements fréquents, l'abondance des artères conjure la gangrène. Les vaisseaux sont oblitérés, les parois appliquées l'une contre l'autre et leurs tuniques recroquevillées.

Symptômes. — Les phénomènes primitifs qu'on observe au niveau de la plaie

(Jilïèrenl suivant l'rtondue et la gravité des lésions : on ne saurait comparer une écorchure n'intéressant que le derme aux écrasements de la peau, du tissu cellulaire, des muscles et des os. L'écarlement des lèvres de la plaie peut être presque nul; les lambeaux cutanés meurtris, à peine enroulés sur eux-mêmes, peuvent llolter au-dessus du foyer fraumatique, sans ol)éir à une élasticité éteinte chez eux. Les bords de la solution de continuité ont une tendance à l'écartement moins nette que dans les coupures, à moins cependant qu'il ne s'agisse de blessures par instrument contondant ou par arête mousse; parfois, ces plaies ont leurs lèvres aussi peu frangées que si elles avaient été produites par une lame tranchante. Une chute sur la face amène une déchirure régulière de la peau du front, sectionnée de dedans en dehors par l'arcade sourcilière.

La douleur, dont l'acuité dépend, ici comme dans les autres plaies, d'une foule de circonstances, est en général peu intense et moindre que dans les coupures. Le malade éprouve dans la blessure une lourdeur, une souffrance sourde, mais peu d'élancements. L'écoulement du sang peut être nul : on ne trouve que quelques caillots sanguins dans les anfractuosités du foyer traumatique ; mais parfois on assiste à des hémorragies que le chirurgien tarit avec peine, car il est difficile de trouver le vaisseau ouvert dans les déchiquetures de la plaie. II n'est pas rare de constater de larges délabrements, exsangues sur une partie de leur étendue, tandis que d'autres seront le siège d'un suintement sanguin abondant. L'absence d'hémorragie, est due, non seulement à l'oblitération des vaisseaux, mais au « choc traumatique » qui affaiblit l'impulsion cardiaque pendant un temps suffisant pour permettre à un caillot de se former.

L'évolution de ces plaies est irrégulière; on ne peut guère compter sur leur réunion immédiate; il faudrait, pour l'obtenir, que l'attrition fût légère et la zone stupéfiée peu étendue ; si le foyer reste aseptique, les éléments anatomiques mortifiés sont résorbés par les tissus embryonnaires qui les cernent de toutes parts. Nous avons parlé plusieurs fois de cette éventualité clinique, impossible pour peu que les tissus frappés de mort soient abondants. La détersion du foyer est donc indispensable, et des accidents peuvent d'autant plus éclater que la plaie est anfractueuse, d'une désinfection difficile et que des corps étrangers, des lambeaux de vêtement, de la terre, des échardes la souillent parfois. C'est ce qui a fait considérer les plaies confuses comme le terrain classique des complications; sur elles, plus que sur les autres solutions de continuité, s'abattent les inflammations, les hémorragies, rérysipèle,le tétanos cl l'infection purulente.

Autrefois, ces complications étaient étudiées à la suite des plaies contuses dont on les regardait comme des terminaisons : Terrier, dans ses Éléments de pathologie générale, leur assigne cette place; nous préférons renvoyer le lecteur au chapitre qui traitera spécialement de ces affections. D'autant que, depuis l'antisepsie, les plaies contuses peuvent guérir sans suppuration : le sillon d'élimination entre le mort et le vif se creuse, sans réaction appréciable; en dehors des limites du foyer traumatique, les tissus sont souples et de coloration normale; il n'y a ni tension, ni douleur, et lorsque les lambeaux sphacélés sont tombés, une membrane granuleuse qui sécrète à peine quelques leucocytes, se rétracte, s'épidermise et marche vers la cicatrisation.

Traitement. — Il dépend de l'étendue et de la profondeur des délabrements : la rupture de muscles importants, de tendons, d'artères volumineuses et de gros nerfs, l'existence d'une fracture nécessitent une thérapeutique particulière. En

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laissant tle côté ces complications, deux cas se présentent : si les parties détruites sont sans épaisseur et la zone slnpéfiée sans étendue, on peut espérer que les anses vasculaires. en l)our£?eonnanl sur les lèvres opposées et traversant l'étroite couche des élénienls hroyés. sanaslonioseront entre elles pour former des mailles où s'absorberont les petites lamelles des tissus sphacélés. Donc, lorsque les bords ne sont pas trop meurtris et que la peau est vasculaire, comme à la lace, le chirurpfien lave la plaie, la débarrasse des corps étrangers et la désinfecte. Puis il ébarbe les franges dont la vitalité lui paraît douteuse et tente d'autant plus la réunion immédiate, qu'en ces régions découvertes, une cicatrice irrégulière présente de graves inconvénients.

Mais, s'il y a des décollements étendus, des lambeaux mal nourris, si des contusions voisines compromettent la vitalité des tissus, si les couches sous-jacentes sont atteintes, surtout quand les vaisseaux sont peu abondants et qu'il existe un mauvais état constitutionnel, chercher la réunion immédiate serait un jeu dangereux; il faut recourir au pansement ouvert. Le mieux sera, si la région s'y prête, de plonger la partie atteinte dans un bain antiseptique à la température de hO degrés: là, le foyer sera débarrassé de ses caillots et des corps étrangers qui peuvent le souiller; le liquide s'insinuera pour les désinfecter jusqu'au plus profond des diverticules anfractueux. Si la région ne s'y prête pas, nous conseillerons les pulvérisations à la marmite de Championnière, car la vapeur d'eau et les substances qu'elle entraîne, acide phénique, acide borique ou bichlorure de mercure, pénètrent dans les interstices les plus cachés.

Lorsqu'on a obtenu la rigoureuse asepsie du foyer traumatique, on le remplit d'une pommade dont nous avons déjà donné la formule et qui, pour 50 grammes de vaseline, contient 5 grammes d'antipyrine, 5 grammes d'acide borique, 5 grammes de salol, et 1 gramme d'iodoforme; nous plaçons sur la plaie des morceaux de tarlatane chiffonnée, que nous enveloppons d'une toile imperméable entourée elle-même dune lame douate. Puis, par quelques tours de bande, exerce une compression énergique qui tasse le foyer traumatique, aide à la résorption des liquides infiltrés et rapproche les chairs éparses. Cette méthode si simple a donné des succès remarquables, et nous n'y reviendrons pour l'avoir étudiée et décrite déjà dans un numéro de la Revue de chirurgie.

Lirrégularité de leurs bords déchiquetés et meurtris, un écoulement sanguin primitif modéré, la stupeur des zones voisines du foyer traumatique, rangent les plaies par armes à feu parmi les plaies conluses au premier chef. Mais leur étiologie leur imprime un caractère assez particulier pour que tous les auteurs aient voulu les étudier à part.

Historique. — Depuis la découverte de la poudre à canon et l'emploi des armes de guerre, les traumatismes faits par les projectiles ont préoccupé les chirurgiens. Mais, à chaque siècle, la question se déplace et un problème nouveau

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préoccupe les esprits. Avant Aiiihroise Paré, on veut démontrer que les plaies sont vénéneuses; puis on cherche ù prouver que leur cautérisation est inutile; puis on se demande s'il faut amputer ou conserver le membre dont l'os a été brisé par une balle; puis les avantages de la résection sont discutés; puis, et c'est la période actuelle, on cherche à prévoir quels désordres provoquent les armes qu'on vient d'imaginer et quels résultats va donner l'antisepsie qu'on n'a pas encore largement expérimentée sur les champs de bataille. Toute cette histoire s'est édifiée lentement : cha([ue guerre lui apporte son contingent de faits. Grâce aux campagnes de la République et de l'Empire, aux expéditions de Crimée et d'Italie, à la guerre de Sécession et à la guerre franco-allemande, grâce aussi à nos révolutions, médecins militaires et médecins civils ont accumulé sur la matière des travaux si nombreux que nous ne citerons même pas les plus importants.

Percy, Manuel de chirurgie d'armée. Paris, 1792. — Dcfouare, Analyses des blessures d'armes à feu et de leur traitement. Paris, 1801. — Lombart, Clinique chirurgicale des plaies faites par armes .'i feu. Paris, 1804. — Larrey, Mémoires et campagnes, 181:2-1817. — Roux, Considérations cliniques sur les blessés. Paris, 1830. — Dupuytren, Traité des blessures par armes de guerre. Paris, 1854. — Baudens, Clinique des plaies d'armes à feu, 1856. — Velpeau, Roux, Malgaigne, Amussat, Bloxdin, Piorry, Jobert, Bégix, etc., Bull, de rAcad. de méd., 1848-1849. — Scrive, Campagne d'Orient. Paris, 1857. — Legouest, Traité de chirurgie d'armée, 2" édit., 1872. — Sédillot, Traitement des fractures des membres par armes à feu, 1871. — Beck, Chirurgie der Schussverletzungcn. Freiberg i. B., 1872. — Heyfelder, Manuel de chirurgie de guerre, trad. par A. Rafle. Paris, 1875. — Esmarch, Arrh. fiir klin. Chirurgie, Bd XX, p. 166, 1877. — Gurtl, Die Gelenk-Resectionen nach Schussverletzungen. Berlin, 1879. — Chauvel, art. Plaie par armes a feu. In Dict. enryrl. des sciences méd., 2° s., t. XXV, p. 645. — Delorme, Traité de chirurgie de guerre. Paris, 1888. — Chauvel et Nimier, Traité de chirurgie d'armée, 1890. — Demostiien, Étude expérimentale sur l'action du projectile cuirassé du fusil Mannlichcr Roumain, 1894. — Nimier, art. Plaies. In Traité de chir. clinique et opératoire, t. I, p. 13, 1896. — Forgue et Reclus, Traité de thérapeutique chirurgicale, 2' éd., 1896.

Étiologie. — La blessure n'est pas toujours le fait d'un projectile; d'abord, la déflagration de la poudre peut, à elle seule, produire des accidents variés. Si le coup part à bout portant, les grains qui ont échappé à la combustion pénètrent dans la peau où leur piqueté noir transparaît sous les lames épidermiques. Si l'explosion a lieu dans une cavité close, la bouche par exemple, lors de certaines tentatives de suicide, la pression due à l'énorme développement de gaz, déchire parfois les joues, les lèvres et le voile du palais. Enfin, si la poudre déflagre à l'air libre, les désordres qu'elle provoque sont en rapport avec sa quantité, et l'on ne saurait comparer les brûlures des fusils d'enfant aux désastres que produit une poudrière qui saute, à ces écrasements qui défient toute description et que provoque l'explosion de certaines substances, picrate de potasse, fulminate de mercure, fulmicoton, dynamite, nitro-glycérine, étudiées par Eugène Rochard (') dans son intéressante thèse.

Le corps vulnérant peut ne pas être un projectile régulier, et dans les guerres de partisans, dans les mêlées des discordes civiles, on a chargé les fusils et les carabines avec des clous, des lingots de plomb, de la grenaille, des morceaux de fer. En outre le corps vulnérant ne sort pas toujours de l'arme à feu; il est souvent détaché par un projectile qui lui transmet son impulsion : « Ainsi, dans les batailles navales, les morceaux de bois et de fer arrachés à la muraille des bâtiments causent autant de ravages que les boulets eux-mêmes, et, dans les sièges, les combats d'artillerie, les hommes qui se trouvent près des pièces sont

(*) Eugène Rochard, Thèse de Paris, 1880.

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souvent alteinls par des cailloux ijue les ol)Us font voler clans toutes les directions ». Ajoutons les lambeaux d'habits, les débris de ceinturon, les boutons, les boucles, les pièces de monnaie, des morceaux d'os et des dents. Mais, d'habitude, les plaies par bouches et armes à l'eu sonl dues à des éclats d'obus, à des balles de divers calibres, à des grains de mitraille et de plomb.

Les gros projectiles sont maintenant presque tous creux; il n'y a plus de boulets, mais des obus qui éclatent et blessent par les balles libres dans leur intérieur ou par les fragments de leur enveloppe. Ces éclats sont de volume variable, irréguliers, à vives arêtes. Les projectiles moyens sont les balles de fusil, petits cylindresque termine une extrémité conique et une pointe émoussée. A cette heure, tous les fusils des puissances européennes sont en état de transformation; en France, on a abandonné le Gras pour le Lebel dont le projectile, d'un calibre qui ne dépasse pas 8 millimètres, a une enveloppe dure, difficilement déformable. Cette balle permet un tir plus juste; sa portée est plus grande, sa force de pénétration plus considérable; les blessures qu'elle produirait seraient moins graves, aussi l'a-t-on décorée du nom de balle « humanitaire », mais les expériences de Chauvel, de Bousquet, de Delorme, les effroyables lésions qu'ils ont provoquées dans le crâne, au niveau de diaphyses osseuses, ne permettent guère de souscrire à cette opinion.

Les petits projectiles sont lancés par les revolvers, les pistolets, les carabines de tir et de salon, les fusils de chasse. « Les cartouches de revolver d'ordonnance, dit Chauvel, ont une charge de 65 centigrammes de poudre superfine de chasse: la balle, évidée, en plomb pur, de forme cylindro-ogivale, pèse 11^'', 60 et a li"^"\70 de diamètre. » Les revolvers du commerce sont irréguliers. Leurs projectiles mesurent 9, 7 et même 5 millimètres de diamètre seulement. Les pistolets, vieilles armes dont on ne se sert plus qu'au fond de cjuelques provinces du sud de l'Amérique ou de l'Espagne, n'ont aucun type conforme et suivent la fantaisie du fabricant. Pour le plomb de chasse, on compte de nombreux intermédiaires entre « la cendrée », grosse à peine comme un grain de millet, et « le plomb de loup ». A petite distance, il est vrai, la charge peut « faire balle » et agir comme un volumineux projectile.

La balle subit souvent des déformations en pénétrant dans les tissus ; on peut la retrouver avec sa forme primitive, mais une fois sur deux d'après Neudôrfer, Pirogoir, Otis, Legouest, Nicaise, on observe des fragmentations sur lesquelles, au début de toute guerre, on .se base pour s'accuser réciproquement d'employer des balles explosibles. C'est ce qu'ont fait en 1870 les Français et les Allemands. Mais, de part et d'autre, on a dû reconnaître le mal fondé d'une telle assertion. Tantôt le projectile se déforme, tantôt il se divise en éclats. Bousquet montre la balle aplatie à sa pointe, ou prenant l'aspect d'un béret basque; d'autres fois elle se fragmente en morceaux qui s'éparpillent dans les tissus.

Plusieurs facteurs concourent à cette déformation et à ces éclatements, d'autant plus faciles que le projectile sera d'un métal plus malléable ; fréquents avec les balles de plomb, ils ne se rencontrent plus guère avec les projectiles à enveloppe de métal dur qui tendent à se généraliser : ces facteurs sont la force vive du projectile et la résistance de l'obstacle. Lorsqu'une balle de fusil Lebel, dont la vitesse dépasse 600 mètres à la seconde, pénètre dans les tissus et se trouve arrêtée par un os, son mouvement se transforme en chaleur et sa température deviendrait assez élevée pour amener la fusion. De là ces aplatissements, cette division en une série de gouttelettes, la couleur irisée des fragments, la

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poussière blanche ijui les recouvre. Cette opinion semblerait acceptable lorsque le projectile se brise sur un os, mais « vouloir, avec Socin, que le simple arrêt dans les tissus mous suffise à échaufler la balle, c'est aller trop loin », d'après Chauvel, Laug-ier, Beck et surtout Roger qui a montré le mal fondé de la théorie de la fusion : quand le projectile traverse des tissus mous, jamais il n'a observé la moindre trace d'échaulïement ou de brûlure; le beurre, la graisse, les couvertures de laine blanche n'étaient ni fondus, ni roussis.

Dans certains cas, et sous l'influence de la température que leur arrêt brusque développe en eux, les projectiles se ramollissent-ils, facilitant ainsi leur déformation et leur fragmentation? Les expériences de Beck démontrent que la température la plus élevée que puisse atteindre la balle serait de 80 degrés; d'autres causes doivent donc expliquer les irrégularités présentées par les balles au milieu des tissus mous; les théories émises à ce sujet sont trop hypothétiques pour que nous les exposions. Nous laisserons aussi de côté les statistiques sur la proportion relative des blessures par gros et petits projectiles : elles varient trop et ne peuvent être les mêmes lorsqu'il s'agit d'un siège ou d'une bataille en rase campagne, de l'armée victorieuse ou de l'armée vaincue, de la puissance de leur artillerie et des conditions de la lutte. Nous ne parlerons pas non plus de la mortalité relative des guerres anciennes et des guerres nouvelles : on prétend ([ue, toutes choses égales d'ailleurs, les premières étaient plus meurtrières que les secondes; c'est possible, mais l'on admet que maintenant, comme autrefois, « il faut son poids de plomb pour tuer un homme » .

On a essayé de déduire quelles régions du corps sont le plus atteintes par les projectiles. Les membres supérieurs et les membres inférieurs donnent le total le plus élevé des blessures. Dans les sièges, les plaies de la tête auraient de la tendance à devenir prépondérantes. En tout état de cause, d'après Longmore, la tète serait la partie la plus souvent frappée, si l'on ne tient compte que de la grandeur relative des surfaces exposées. Si on pousse plus loin l'analyse et que l'on considère les diverses régions du membre supérieur, on trouve que les blessures de la main sont les plus fréquentes. La proportion des plaies graves et des plaies légères est difficile à établir : telle plaie paraît insignifiante qui devient sérieuse par les complications dues à une installation défectueuse, au manque de soin, au développement d'épidémies. Les progrès de la thérapeutique peuvent transformer une plaie grave autrefois en une plaie légère : ces statistiques, intéressantes pour l'histoire d'une guerre déterminée, n'ont aucune valeur comme indication générale.

Anatomie pathologique. — Nous n'insisterons pas sur les lésions que produisent les gros projectiles, les anciens boulets et les volumineux éclats d'obus. Disons simplement qu'un obus « mort », arrivé à la fin de sa course, peut déchirer et meurtrir les tissus placés entre lui et le plan résistant des os, sans trouer les téguments qu'il refoule. On comprend quels pourraient être les désordres ainsi provoqués : un membre entier est réduit en une bouillie de muscles, de nerfs, de vaisseaux et d'os, enfermée dans les téguments comme dans une outre distendue. Sous les parois thoraciques et abdominales, intactes en apparence, les poumons, le cœur, le foie, la rate, les reins, la vessie, les anses intestinales ont été contus ou broyés. Ces lésions étaient attribuées autrefois au « vent du boulet ». Nous savons ce que vaut cette hypothèse.

Lorsque ces gros projectiles frappent en plein la tête ou le tronc, la mutila-

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lU) LÉSIONS TRAUMATIOUES.

tioii est mortolle. Mais (iiiand cos iv^ions sonl prises de ccMé, elles peuvent être lahourées sans cpie les eavilés crânienne, thoracique ou abdominale soient ouvertes: ces plaies sonl déchiquetées, ani'ractueuses; on y voit des lambeaux de téûfuments et de muscles déchirés. Lorsqu'un membre a été emporté, la surface de son moig-non est noire, ecchymotique, recouverte de bouts de tendons et d'aponévroses, de nerl's et d'esquilles osseuses ; parfois le membre tient au tronc par (pu^kpies lanières île peau et de muscles; parfois enfin le corps vulnérant s'est creusé, dans les tissus pris en écharpe, une gouttière dont les lèvres renversées en dehors sont noires, irrég^ulières et dilacérées.

Des projectiles de pareilles dimensions ne restent guère dans les blessures; ils passent au travers des tissus qu'ils laliourent. Pourtant, on cite des cas où d'énormes morceaux d'obus ont été trouvés dans la racine des membres, dans la fesse ou dans les grandes cavités viscérales. D'après des observations anciennes, des boulets de ô, de 6 et même de 9 livres ont pu se dissimuler dans les mêmes régions. Tel le fait que rapporte J. Rochard, d'après Larrey : « Le général Auger reçut tlans l'aisselle, à la bataille de Solférino, un boulet de 6 dont on ne reconnut la présence que le lendemain malin, lorsqu'on pratiqua la désarticulation de l'épaule. » Ces désordres ne peuvent être décrits, et nous allons étudier ceux (pie déterminent les projectiles lancés par les armes de main. Ici une division est nécessaire, et il faut distinguer les balles des fusils de guerre de celles des revolvers.

On connaît surtout par l'expérimentatioh sur le cadavre les lésions des balles du Lebel. Elles varient suivant que la balle atteint nos tissus à courte, à longue ou à moyenne distance. Les coups tirés à moins de 20 mètres ont une action explosive. On observe « un orifice d'entrée petit, une ouverture de sortie large et irrégulièrement déchirée, un canal conique dont les parois, dit Chauvel, sont formées de tissus broyés et comme éclatés. Si un os est frappé, les dégâts sont énormes; les deux ouvertures montrent des bords relevés en dehors et laissant passer de la graisse liquide ou des lambeaux de tissus; la sortie est d'une largeur effrayante et les parois du foyer traumatique, où logerait le poing, présentent des muscles broyés, de la poussière d'os, des esquilles libres, dépériostées, de toutes grandeurs et de toutes dimensions qui, ainsi que les débris des tissus mous, peuvent être projetés à 10 et 15 mètres en avant et en arrière du membre frappé. A la tête, c'est un vérir table éclatement. »

On a attribué ces effets à une colonne d'air que la balle refoulerait dans les tissus et ferait pénétrer devant elle; cette hypothèse de Neudôrfer n'a pas plus de base que celle qui incrimine l'explosion de la poudre, la vaporisation de l'eau des tissus, leur décomposition chimique ou la fusion de la balle. On a parlé des débris, détachés du projectile et dont la propulsion pourrait écarter les parois du foyer traumatique; mais ces particules n'ont qu'une action minime. Reste la théorie de « la pression hydrostatique ». Le projectile arrive dans les tissus mous entourés d'une enveloppe rigide : l'encéphale dans la boîte crânienne, le cœur dans le péricarde, les poumons dans le thorax, la cavité vésicale dans .ses tuniques diverses, les masses musculaires dans leurs gaines aponévrotiques. Ne peut-on assimiler ces tissus mous à un liquide, et la pression exercée en un point de leur masse ne se transmet-elle pas à tous les points de l'enveloppe qui éclatera, comme éclate le tonnelet sous la pression de la colonne d'eau, dans l'expérience de physique connue de tous?

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PLAIES PAR ARMES A FEU. i41

En cllot, iiuand on lire, à comte dislance, sur une boîte de fer-blanc, le projectile, si elle est vide, traverse les deux parois par un trou comme lait à l'emporte-pièce: mais si elle est remplie d'eau, on la voit éclater en un grand nombre de tVagnients. Aussi Kocher cl Reger, les défenseurs les plus autorisés de la théorie en tpiestion, admettent-ils que, lorsque la vitesse de la balle est considérable et son action trop rapide pour permettre une sorte d'échappement par l'orifice d'entrée, l'enveloppe des tissus frappés s'errompra soudain si elle est suffisamment résistante pour ne pas se laisser distendre : c'est ce qu'on observe pour le cerveau, le cœur et la vessie. Aux membres, l'hypothèse est moins admissible; de même pour les os, à moins qu'on ne fasse jouer un rôle exagéré aux cavités médullaires, en général si peu étendues. Mais ici, pour expliquer l'étendue des désordres, il faut faire intervenir les dégâts que provoquent les débris de tissus, surtout les esquilles osseuses chassés par le projectile. L'éclatement ne s'observe que lorsque la balle frappe droit, en plein; Reger ne l'a jamais vu dans les « coups obliques » et dans les « coups de sillon ».

Lorsque le projectile atteint nos tissus après une course trop longue pour produire ces éclatements, il peut, si sa force de propulsion est considérable, se creuser, dans les parties molles, un trajet étroit, comme à lemporte-pièce, et les lésions sont limitées à condition que la balle ne rencontre pas un os, les destructions opérées par les esquilles jouant alors le rôle prépondérant. Ses dégâts sont moins graves quand le projectile ne s'avance plus qu'avec force perdue; parfois il ne traverse même pas le derme, sur lequel il produit des contusions qui vont d'une gangrène de la peau à une simple ecchymose. Mais ces cas sont devenus rares, et, d'ordinaire, il y a une plaie dont les variétés sont nombreuses : de simples érafîures, traînées ecchymotiques, noirâtres, irrégulières, mais à peine creusées; des écorchures; des sillons qui n'ont pas détruit toute l'épaisseur du derme ; puis vient la pénétration ; les téguments sont troués, les tissus percés d'outre en outre et la plaie tubulaire, qui parcourt les parties molles seulement, se nomme séton; lorsque le projectile s'arrête dans les tissus sans traverser de nouveau la peau, il forme un trou borgne.

L'orifice ou les orifices de la plaie et le trajet des projectiles ont été étudiés de près : on a discuté sur l'aspect que présentent l'orifice d'entrée et l'orifice de sortie : les deux ont une teinte brun violet; non qu'ils soient brûlés par la poudre, comme on l'affirmait, ou noircis par la suie du projectile, mais pour cause d'infiltration sanguine dans la trame du derme. Dupuytren disait que l'orifice d'entrée est rond, à bords nets, comme à l'emporte-pièce et un peu retroussé en dedans, qu'il est de diamètre moindre que l'orifice de sortie irrégulier, à lèvres frangées et renversées en dehors. Cette question, importante en médecine légale, préoccupe moins maintenant : on sait que la loi de Dupuytren, vraie pour la masse des observations, est souvent violée, car rien n'est plus variable que l'aspect, la forme, les dimensions relatives des orifices modifiés par le volume de la balle, sa figure, son angle de pénétration, ses déviations avant d'atteindre les tissus, la densité des parties qu'elle traverse, les obstacles qu'elle rencontre et les corps étrangers quelle entraîne.

Sur l'existence de deux orifices, on juge que le projectile n'est pas resté dans les tissus simplement traversés. Cette conclusion est vraie d'ordinaire: mais si une balle arrêtée par un os ne saurait se fondre en lingots plus petits grâce à la chaleur développée, elle peut se diviser en plusieurs fragments qui parcourent isolément leur route et dont les uns sortent parfois. Un seul orifice montre que

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