SYNCOPE TRAUMATIQUE
On nomme syncope traumatique un étal morbide consécutif à une violence extérieure et que caractérisent la suspension des battements du cœur, l'arrêt de la respiration et une perte absolue de connaissance.
Historique. — Cet accident semblait plus fréquent avant la vulgarisation de l'anestlîésie chirurgicale. Maintenant la syncope, si elle survient au cours d'une intervention opératoire, est toujours mise sur le compte de l'éther ou du chloroforme, qui endossent toutes les catastrophes. Aussi cette complication est-elle peu connue malgré les recherches entreprises à ce sujet. Parmi les publications les plus importantes, nous signalerons :
PÉRONNE, Des accidents nerveux consécutifs aux plaies. Thèse de Paris, 1864. — François Frank, Recherches sur le mécanisme des accidents cardiaques causés par les impressions douloureuses. In Gaz. hcbcl., p. 773 et 789, 1876. — EfTets des excitations des nerfs sensibles sur le cœur et la respiration, etc. In Comptes rendus des travaux du laboratoire de M. Marey, p. 221, 1876. — Engel, De la syncope traumatique. Thèse de Paris, 1877. — Hostang, Essai sur la syncope. Thèse de Paris, 1877. — Straus, art. Syncope. In Nouveau dict. de médecine et de chirurgie pratiques, t. XXXIV, 1885. — Bertin-Sans, art. Syncope. In Dictionnaire encyrl. des sciences méd., Z" série, t. XIV, p. 165, 1884. — Terrier, Éléments de pathologie chirurgicale générale, p. 542, 1885.
Étiologie. — La syncope traumatique a une double origine : tantôt elle succède à une abondante effusion du sang et tantôt à des troubles nerveux,
[P. RECLVS/i
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svncope par liémorrof/ie et syncope par action réflexe. La première survient à la suite de plaies opératoires ou accidentelles. lors(jue les artères et les veines, largement ouvertes, permettent une énorme déperdition tlu liquide nourricier. La quantité joue un rôle prépondérant dans celle complication: mais la rapidité n'est pas sans influence et, à portion égale de sang répandu, la blessure d'un gros vaisseau produit plus iacilemenl la syncope que celle d'un petit. Le siège même de l'hémorragie est à considérer, et lorsqu'elle a lieu près du cerveau, la syncope serait plus prompte: il y aurait « saignée du bulbe ».
Dans tous ces accidents, la syncope a pour cause Tanémio cérébrale : les centres nerveux exsangues cessent leurs (onctions et le cœur s'arrête. Aussi, sans amener la moindre déperdition de sang, certaines interventions peuvent provo([uer l'arrêt du cicur. par simple déplacement de la masse sanguine (jui, abandonnant le cerveau, compromet l'injection encéphalique; à la suite des ponctions d'ascite, les vaisseaux de l'abdomen dilatés emmagasinent, au détriment des centres nerveux, une énorme quantité de sang et les lipothymies surviennent : on les a notées après la thoracentèse, mais, dans ces cas, les déplacements du cœur et du diaphragme refoulés par le liquide pleural peuvent rendre compila des accidents syncopaux dont le mécanisme n'est pas identique à celui des faits précédents. Mêmes réserves dans les plaies du cœur et lorsque ses mouvements sont entravés par un épanchement péricardique.
La violence extérieure, le choc peut n'avoir provoqué aucune déperdition sanguine; aucun vaisseau n'a été ouvert et la syncope se produit par « hémorragie nerveuse », comme disait Dupuytren, qui pensait qu'un excès de douleur suffisait pour amener la mort. Aux conceptions vagues de cette époque on a substitué la théorie réflexe, et nous savons que la syncope a pour cause une excitation périphérique, exercée par le traumatisme sur les nerfs centripètes de la vie animale ou végétative. L'excitation gagne le bulbe et se réfléchit sur les pneumogastriques qui réagissent en arrêtant le cœur. Ces faits n'étaient pas ignorés, mais les recherches de François Frank en ont démontré l'exactitude avec une rigoureuse précision, et l'on connaît le circuit que parcourt le réflexe. L'excitation porte sur les nerfs centripètes émanés de l'axe cérébro-spinal ou sur ceux qui proviennent du grand sympathique. Dans le premier cas, l'excitation peut s'aggraver d'une vive douleur, mais la syncope et ses dangers sont loin d'être en raison directe de l'importance de la blessure. On a cité des observations où une plaie insignifiante a eu pour conséquence l'arrêt définitif du cœur : Yerneuil na-t-il pas même signalé un fait où la mort survint par syncope au moment où, du dos de son bistouri, il traçait le trajet de la future incision «ju'il projetait pour une trachéotomie? Observation identique publiée par Cazenave. Si ces malades avaient été soumis à l'inhalation chloroformique, on eût porté cet accident au compte de l'anesthésie. Les traumatismes qui ont pour siège le territoire innervé par le grand sympathique provoquent aussi la syncope; on connaît les expériences de Goltz, répétées par Vulpian, qui, chez des grenouilles, déterminait l'arrêt du cœur par la percussion de la paroi abdominale. De Bernstein, par l'excitation électrique du nerf vague, et Brown-Séquard, par la dilacération des ganglions semi-lunaires, sont arrivés au même résultat. Mais la syncope est conjurée lorsqu'on pratique, au préalable, la section du pneumogastrique, ou lorsque, comme François Frank, on le paralyse avec le curare; l'arc réflexe est rompu; l'excitation arrive au bulbe, mais le conducteur manque pour la transmettre au cœur, et les accidents syncopaux sont conjurés.
[P HrCtt7S.]