‹ Traité de chirurgieChapitre 71 sur 199 · C.ARCINOMi:. r · texte numérisé non relu

C.ARCINOMi:. r

iiiomliiv cancéreux : ses conclusions sont donc déravoraljles à 1 hcrétlilé, mais on jicul lui faire celle objeclion : quel A^e avaienl ces 78 sujets bien perlants? Ils navaicnl j)as de cancer, mais ils y avaienl droil encore, et il n'eùl fallu lirer ile conclusion de ces cliillVes qu'après leur mort (').

11 send)le, en somme, bien prouvé qu'un individu appartenant à une famille ■entachée de caïu-er a j)lus de cliances ipi'un autre de devenir cancéreux.

MainlenanI faul-il à celle prédisposilion appli(|uer le terme « hérédité »? Y a-l-il Iransmission par les parents d'un germe spécifique, comme cela peut se concevoir pour la syphilis? ou l'hérédité ne consiste-t-elle que dans la transmission de tissus ayant des (jualilés et des aptitudes semblables? Je me rallierais plus volontiers à celte dernière interprétation, qui est celle d'Hutchinson (*). Il faudrait dire alors non pas que le cancer est héréditaire, mais que la prédisposition au cancer, et mieux encore ([ue la prédisposition aux néoplasmes est héréditaire. Il en serait des tumeurs comme des difîérentes maladies infectieuses, que des espèces animales, des races d'hommes, voire même des familles, ont une aptitude spéciale à contracter. En d'autres termes encore, il y aurait hérédité non du cancer, mais de la constitution apte à la dégénérescence cancéreuse.

Peut-on aller plus loin et dire quelle est celte constitution apte aux néoplasmes? Les « constitutionnellistes » l'ont tenté. Bazin (^), observant que le cancer se rencontre fréquemment chez les personnes qui ont présenté à plusieurs reprises des éruptions dartreuses, a fait du cancer une manifestation tardive de la dartre et de l'arthritis, une sorte d'aboutissant de ces diathèses. Hardy (*) n'accepte pas cette identité de nature, il se borne à constater la fréquence des éruptions dartreuses chez les cancéreux, et à considérer l'existence antérieure de ces éruptions comme indiquant une prédisposition au cancer. Il me semble être dans le vrai : il est inutile, à mon sens, de créer ou de supposer une dialhèse cancéreuse ou néoplasique : la prédisposition aux néoplasmes me paraît résulter de conditions multiples, au premier rang desquelles on peut placer tous les processus qui amènent une déviation dans les phénomènes nutritifs des éléments anatomiques et des tissus : l'arthritisme est un de ces processus, voilà tout ce qu'il est actuellement permis de dire (*).

Causes générales diverses. — Je n'hésite pas à placer, à la suite des causes diathésiques, les inftnences capables de déprimer le système nerveux, en particulier les émotions tristes, les chagrins répétés, etc. Des exemples cités par Lasègue dans ses leçons cliniques m'avaient beaucoup frappé. Deux auteurs, H. Snow et Hughes C), viennent d'attirer à nouveau rattenlion sur ce point. On peut d'ailleurs soutenir que la dépression nerveuse n'a d'importance que par les troubles dans la nutrition qu'elle entraîne.

C'est de même que pourrait s'interpréter V influence du régime et de Valimenta-

(') Il est curieux de noter que, d'après les différentes statistiques, la transmission cancéreuse paraît se faire surtout par le côté maternel.

(*) Un homme sans richesse peut transmettre à son fils les capacités intellectuelles qui le feront riche (Coats, Glasgoiv med. Journ.. 188C). Cette opinion est d'ailleurs celle de Williams, de Maylard, l^ercy, Dunn, etc.

(^) Bazin, Leçons sur les affections cutanées. Paris, 1860.

(*) Hardy, Leçons sur les maladies dartreuses. Paris, 1858; et Dict. Jaccoud.

(5) Tuffier {Arcli. de méd.. 1888) a noté la coïncidence frécpiente des néoplasmes et du diabète; il l'explique par l'arthritisme dont relèveraient l'un et l'autre.

(") Hughes, Saint-Louis med. and surg. Journal, 1887.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2° édit. — I. 25

IQUÉNU]

r.SC, TUMEURS KPITIIKMAMIS.

tiiDt. On i\ siipposi''. pliihM t|iu> prouM". (1111111 n'i^imc li'()|) juiiiiialisr pivdisiioso au caiicor : 011 sait (pie l.clilanc (') a s(^ulonu (pio le chat cl le eiiien y étaient pins sujets ([ne les herbivores. On a eili'' encore rexcessive rarelé du carcinome chez les 'rrapi>isles (-) el v\\c/. les C.annéliles, an\(piels l'usai^e de la viande est inlerdil. tandis (juc les Aiiirustines, qni usent dun ivi^iiue animal ou mixte, s(M-aienl assez souvent atteintes. Van den OorpuI expli(pie par la diiïerencc d'alimentation la plus ijfrande lré(pience du mal dans les pays froids où la nourriture est riche en phosphates, en azote et en sel, tandis ({ue, dans les pays chauds, ce réifime est xéi^étal et exclut les salaisons : ce serait la cause <lo la rareté du cancer en Ki<-ypte. dans la Perse, dans llnde, etc.

^'erneuil(■•) avait soup<jonné, sinon admis, (jne la viande de porc prédispose au cancer; celle opinion n'a rec^u des laits aucune sanction ('*). Un autre auteur, Arnaudel (*) (de Cormeilles), remarquant que le cancer sévit dans certaines rég'ions du Calvados el de lEure. s'elTorce de prouver que l'eau, et spécialement l'eau qui sert à la fabrication du cidre, est le principal agent de la propagation du cancer. Une enquôtc faite par Brunon (") n'a aucunement confirmé l'hypothèse dArnaudet.

Il faut bien se garder d'exagérer l'importance de toutes ces causes : d'après P. Dunn, le cancer est inconnu aux îles Fœroë el en Islande, dont les habitants ne sont pas des végétariens; d'autre part, les herbivores ne sont nullement indemnes de tumeurs malignes : sans compter le sarcome mélanique, on a cité chez le cheval des cas d'épithéliomc du fourreau de la verge, de la vessie, de la conjonctive, de la rate(^); il y a des exemples de carcinome mammaire chez les biches, et les vaches n'échappent pas aux kystes de l'ovaire (*). Il est possible (pie la plus grande fréquence des néoplasmes chez les chiens et les chats ne soit qu'apparente el tienne à ce qu'on laisse en général parcourir à ces animaux le cycle entier de leur existence (").

Le carcinome nest pas davantage l'apanage dos animaux à sang chaud; Formad signale l'histoire d'un python du Zoological Society garden qui mourut de cachexie, et chez lequel on trouva, à l'autopsie, des nodules de carcinome alvéolaire dans les ovaires, dans les poumons, les reins el le foie.

'L'influence de la race sur le développement du cancer semble a jiriori un corollaire des idées émises sur l'influence de la famille, mais la complexité du problème devient plus grande encore. Les individus d'un même pays obéissent aux mêmes habitudes, ont une alimentation analogue et vivent dans des milieux climalériques absolument semblables; il faudrait faire le départ de chacune de ces inlluences avant d'attribuer à la race la part légitime qui lui revient. Par exemple, d'après Jourdanet, les tumeurs malignes sont à peine connues dans les terres chaudes du Mexique, tandis que dans les hautes régions elles atteignent

(•) Cité par FoUin.

(*) Van dex Corput, Btill. de VArad. rnij. de méd. de BcUjiquc, ISGiî.

(') Vebnecil, Gazelle hebdomadaire, juin 189ô.

(♦) Bauly, Congrès de Lyon, 1894.

(*) Arnacdet, Normandie médiralc, 1889 et 1890.

(«) Brunon, Enquête sur le tancer en Normandie, Rouen, 1893. — Niquet, Reclierches sur les causes du cancer en Normandie. Thèse de Paris, 1895.

(') SUTTON, Journal of anal, and phys., 1884-1885.

(•*) Formad, /our/if«i of romparalive med. and surj/en/, 1881.

(^) Duchaussoy dit avoir (lonné des soins à une colonie de Suisses végétariens chez lesquels il a constaté deux cas de cancer (Soc. de méd. pral., 1888).

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