‹ Traité de chirurgieChapitre 77 sur 199 · TUMEURS DU TYPE V.\SCULO-CONNECTIF · texte numérisé non relu

TUMEURS DU TYPE V.\SCULO-CONNECTIF

„ { Sarcomes.

Tumeurs conjonctives embryonnaires ] i.»„„„^„„

( Myxomes.

i Fibromes.

Tumeurs conjonctives adultes . . . < Lipomes.

( Endolhéliomcs.

Tumeurs cartilagineuses Chondromes.

„ ( Tumeur à ostéoblastes.

Tumeurs osseuses j Ostéomes.

Tumeurs lymphatiques Lymphadénomes.

IQVENV.-i

412 TUMEURS DU TVPK VASCULO-CONNECTIF.

SARCOWES (')

Los sarcomes iorinonl dos tumours charnues, ^généralement volumineuses, arrontlies. bosselées et entourées d'une capsule fibreuse. On les observe partout où il existe du tissu conjonctif. c'est-à-dire dans tous les organes; ils ont toutefois quelques sièges de prédilection, parmi lesquels je dois mettre en première ligne les os, les aponévroses, les muscles (*), la peau et, parmi les glandes ou les viscères, le sein, le testicule, l'utérus et le rein.

Mentionnons encore le poumon, la parotide, l'œil, les nerfs, la vessie. Sa localisation dans l'ovaire, la langue, l'œsophage et surtout dans le foie, est beaucoup moins fréquente.

Les sarcomes ont pour caractéristique d'être composés de cellules conjonctives eml)ryonnaires; il ne faut pas, bien entendu, en conclure que tout amas de cellules conjonctives embryonnaires, que tout tissu de granulations est du sarcome : les bourgeons charnus, les fongosités ont une structure fort analogue h celle des sarcomes globo-cellulaires ; leur nature et leur évolution sont dilîérentes. J'admets encore que la tuberculose donne naissance à des produits simulant <le toutes pièces le sarcome (^), que le diagnostic clinique et même que le diagnostic analomique sont susceptibles d'ofïrir de réelles difficultés.

Les mêmes réflexions s'appliquent aux granulomes de nature syphilitique. Esmarch (^) a remarqué que certaines tumeurs, en tout semblables au sarcome, guérissaient par le traitement anti-syphilitique. Rose a fait des observations du même ordre. La pierre de touche, pour ces derniers, c'est le traitement spécifique' pour les autres, pour les granulomes tuberculeux, c'est non la constatation de tubercules élémentaires, de cellules géantes ou d'amas caséifiés, tout cela peut se rencontrer dans certaines variétés de sarcomes (^) ; la pierre de touche, c'est l'inoculation au cobaye, c'est le développement d'une tuberculose typique après linoculation. Que vient-on nous parler de séparer les tumeurs tuberculeuses et syphilitiques des sarcomes vrais (®)? il y a beau temps que cette séparation est faite, du moins dans nos livres français.

Que nous soyons encore exposés à commettre des erreurs cliniques ou histologiques, c'est incontestable ; mais il y a loin d'une erreur de diagnostic à une confusion nosologique. La première n'est que le résultat d'une insuffisante observation et le fait d'une erreur personnelle. Le même raisonnement peut s'appliquer aux pseudo-tumeurs engendrées par l'actinomycose. On sait que

(•) FoLLiN, Arch. de méd., 1854. — Lax.nelongue, Histoire des tumeurs fibroplastiques. In Mém. de VAcad. de méd., 1868. — E. Nélaton, Tumeur à myéloplaxes. Thèse et bibliographie des tumeurs en général, 1860.

(-) GtiTTON, TJièse de Paris, 1894.

(•'j D'ailleurs les deux productions peuvent exister côte à côte. Témoin l'observation de Labbé à la Société d'anatomie, 29 avril 1895. Chez un tuberculeux il se développa un sarcome du corps thyroïde. A l'autopsie on trouva dans le poumon des foyers tuberculeux et des nodosités sarcomateuses bien distincts des précédents.

(*) Vingt-quatrième Congrès de la Soc. allemande de chirurgie, 19''-20' année, Berlin, 1895.

(5) Voy. plus loin les sarcomes à myéloplaxes.

{^) Delbet, Traité de chirunjie clinique, p. 628.

SARCOMES. 413

primiliveiiu'ut cos fiiniours. occu|i;ml la inAchoiro ou lo poumon, ot obsorvées principaliMiitMil chez lo Ixinif, l'urcnl considérées connue des sarcomes. Aujourd'hui nous savons qu'elles ne sont autre chose que la réaction des tissus devant un champig'non d'orip:ine vép^étale, raclinomyces (').

Donc le démembrement de Ynncicnne clat^se de sarcomes est chose fort ancienne; ce qui est nouveau, c'est d'éliminer, non seulement du groupe des sarcomes, mais encore du cadre des tumeurs, les productions connues sous le nom de tumeurs ou sarcomes h myéloplaxes. Ce serait de pures lésions inllammaloires (*).

Mais dans l'état actuel de nos connaissances, qu'est-ce qu'une lésion inflammatoire, sinon un mode de réaction des tissus devant un micro-organisme ou une substance étrangère introduite dans l'organisme? Or, avons-nous quelque notion sur cette substance ou sur ce micro-organisme? va-t-on se baser sur une simple analogie de lésions anatomiques? c'est un mauvais critérium.

On a constaté la présence des myéloplaxes dans la moelle osseuse normale dont ils forment un élément important ; on les a rencontrés dans les granulomes syphilitiques ou tuberculeux, dans de simples et banales inflammations : Monod et Malassez les considèrent comme des cellules vaso-formatrices arrêtées dans leur évolution; quelques-uns, en effet, présentent des points d'accroissement et sont creusés de cavités remplies de globules rouges, seulement leur protoplasme devient exubérant, au lieu de se développer en vaisseau : les myéloplaxes seraient de véritables vaisseaux métatypiques. C'est évidemment cette interprétation des cellules géantes, étant donnée leur présence en plus ou moins grand nombre dans toutes les variétés de sarcomes, qui a suggéré à Pilliet (^) sa conception du sarcome en général, considéré essentiellement comme un tissu formateur de vaisseaux. Mais inversement. Désiré de Fortuné, élève de Bard (*), s'appuyant sur la présence des cellules géantes dans les produits d'inflammation vulgaire, en conclut que les sarcomes à myéloplaxe ne sont que des néoplasies inflammatoires. Quelque important que soit un élément, il ne saurait suffire, par sa présence, à caractériser nettement une lésion : le raisonnement qu'on a fait pour la myéloplaxe, on pourrait l'adapter à la cellule ronde, à la cellule fusiforme; elles aussi se rencontrent dans les inflammations banales. Ce raisonnement aboutirait non plus au démembrement, mais à la suppression des sarcomes.

J'admets cependant que les tumeurs à myéloplaxes présentent une évolution qui les dilTérencie notablement des sarcomes globo et fuso-cellulaires ; elles jouissent d'une bénignité relative, récidivent moins après une extirpation complète, et se généralisent rarement, mais ce n'est là qu'une affaire de degré; j'ai vu des épulis (reconnues à myéloplaxes par l'examen histologique) récidiver malgré une large résection du point d'implantation alvéolaire; il est des cas avérés de généralisation ("').

Jadis on eût regardé comme une monstrueuse confusion que d'établir un lien quelconque entre les sarcomes, dits encéphaloïdes, et les fibromes, aujourd'hui,

(*) Voy. une excellente revue sur l'actinomycose par Chrétien. Sem. méd., janv. 1895, p. 17.

(*) Bard, Delbet.

(^) L'auteur dit en propres ternies que les sarcomes dérivent des tissus angioblastiques et qu'il faut les rattacher aux angiomes. Bull, de la Soc. d'anat., 1894, p. 621.

(*) DÉSIRÉ DE Fortuné a soin d'ajouter que les considérations qu'il expose auraient besoin d'un contrôle expérimental. Revue chir., 1887, p, 780.

{^) Terrillon et Bez, Soc. d'anat., mars 1872.

414 TIMKLHS Dl' TVPK VASCULO-t:ONNECTIF.

10 rattacheinont dos fil)roinos ot <lcs sarcomes à une m^^me l'aniille de néoplasmes est ilevenu t'ait admis et classiijue: nous ne voyons plus, entre ces productions, en apparence bien plus séparées que les ^loho-cellulaires ne sont des tumeurs à mvéloplaxes, qu'une dilVérence dévolution et non une diflerencc de nature. La clinique elle-même nous a appris que des tumeurs d'aspect fibreux, stationnaires jiendant des (juinze et vin^t ans. tout d'un coup subissaient un développement vers le type embryonnaire et se généralisaient : c'est ce qu'on appelait autrefois la transformation des tumeurs. Il n'en demeure pas moins vrai que les til>romes. tinncKrx ronjonctii'cs (uhiltrs, sont des tumeurs bénignes, curables par l'extirpation, curables même spontanément.

Ne pourrait-il exister entre les ditTérentes tumeurs à mvéloplaxes, des diflérences analoi^ues. réelles, sinon aussi tranchées? C'est là une opinion <pi'a émise Heurlaux (') dans son intéressante étude des myélomes des gaines tendineuses, et (piont reprise mes deux élèves, Longuet et Landel (*). Les tumeurs que ces dilî'érents histologistes appellent myélomes seraient nettement caractérisées par les trois éléments suivants : 1" la prédominance des cellules à noyaux multiples ou myéloplaxes; 12» l'existence de tissu conjonclif adulte au sein de la tumeur; r»" l'organisation parfaite ou la sclérose des parois des vaisseaux du néoplasme.

11 V aurait donc îles tumeurs à myéloplaxes embryonnaires et des tumeurs à mvéloplaxes adultes ou myélomes, celles-ci manifestant leur type adulte par l'absence de lacunes et de capillaires endjryonnaires, la présence, au contraire, de vaisseaux à parois scléreuses; j'ajoute à ce qu'ont dit Heurtaux, Longuet et Landel. ynanifestant leur type adulte par la dégénérescence granulo-graisseuse <les cellules comme par la production du tissu fibreux au sein du néoplasme. La double évolution fîbro-caséeuse n'est pas spéciale au tubercule ou à la syphilis, elle est l'aboutissant possible, à des degrés divers, je l'accorde, de toute réaction conjonctive à l'égard des inflammations banales dont nous connaissons la cause, comme à l'égard des productions, dites néoplasmes, dont nous ignorons l'essence : elle ne saurait suffire à distraire une néoplasie de la classe des tumeurs.

Anatomie pathologique (^).

Au point de vue anatomique, nous décrirons quatre variétés de sarcomes principales : 1" des sarcomes à cellules rondes, encore appelés cncéphaloïdes, (flobo-cellulaires: 2° des sarcomes à cellules fusiformes ou sarcomes fuso-cellula ires ou encore fascicules; 5" des sarcomes riches en cellules angio-plasliques ou sarcomes à myéloplaxes, sarcomes myéloï'les; /t<»des sarcomes à cellules chargées d'un pigment noir spécial ou sarcomes mékiniques.

(') Hel'RTacx, Arrh. gén. de inéd., 1891, p. 40 et 100.

(*J Lf)NGLET et Landel, Sarcomes à myéloplaxes de la gaine des péroniers latéraux. Ardi. de iiiéd. expér., 1895.

(') Le sarcome a été confondu jusqu'au milieu de ce siècle avec les tumeurs cancéreuses. Lebert l'en a le premier difTérencié en le désitrnant sous le nom de tumeur fibroplastique. Deux hommes. Roijin et Paget. ont complété ro'uvre anatomo-palhologique de Lebert. Robin a fait voir, en effet, que le groupe des tumeurs fibroplastiques contient, en outre des tumeurs à corps fibroplastiques. des tumeurs à cellules rondes qu'il appela embryoplastiques, et des tumeurs renfermant des éléments spéciaux, signalés par Muller, de véritables plaques cellulaires, auxquelles il imposa le nom de myéloplaxes. De son côté, Paget avait observé dans les os et décrit sous le nom de tumeurs myéloïdes. les tumeurs à myéloplaxes de Robin.

IQVÉNV ]

SARCOMES.

1** Sarcomes a c.ki.liîi.ks hondks. — Crs tiiiiioiirs, dont Tasport a éiô comparé à la laitance de poisson (Uindlleisch) ou à la chair de lapin (Lancereaux), prc-

FiG. T'.t.

Sarcome à petites cellules (préparation de Nicolle)

FiG. 80. — Sarcome à petites cellules (à un plus fort grossissement).

sentent à la coupe une surface lisse, rougeàtre, ne donnant par le raclage qu'une très petite quantité de suc clair et pauvre en éléments figurés. Elles sont com-

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Jm

Fia. 81.

Sarcome fuso-cellulaire.

FiG. 82. — Cellules sarcomateuses (à un plus fort grossissement).

posées de cellules rondes à protoplasma peu abondant et à noyau relativement volumineux, d'une faible quantité de substance intercellulaire et de vaisseaux

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