TUMEURS COMPLEXES OU A TISSUS MULTIPLES
Nous rt^scrvons le nom i\o lionetrrs comph'xefi aux luniours qui ivsulfonl de la combinaison île plusieurs tissus, sans quil soil possible dallribuer à lun ou à l'autre une priorité bien évidente dans le processus néoformatif ; elles ont été successivement décrites sous le nom de tératomes ou tumeurs lératoïdes (Virchow), de tumeurs mixtes (Cornil et Ranvier), de tumeurs conj^énilales, de tumeurs à tissus multiples (Bard), ou polykystiques (Verneuil). Si nous préférons la dénomination de tumeur complexe, c'est qu'elle est plus générale et ne nous entraîne davance vers aucune théorie, tout en marquant assez bien qu'il s'agit d'autre chose que du simple rapprochement dans une même masse de tissus pathologiques diiTérents. Souvent, en elïet, il apparaît dans ces tumeurs complexes comme une ébauche, ou tout au moins comme une tentative d'organisation, ce qui leur avait justement l'ait donner le nom de tératoïdes ou d'organoides par Virchow, par opposition aux tumeurs purement hislioides.
La plupart des tumeurs complexes sont congénitales, on pourrait même soutenir qu'elles le sont toutes, et que celles au développement desquelles on assiste chez l'adulte, existaient déjà à l'état de germes depuis la naissance: cette thèse a été généralisée, comme on le sait, par Conheim. qui a répandu partout de nombreux germes inutilisés, susceptibles de donner naissance à tous les néoplasmes aussi bien simples que complexes. Restreinte aux tumeurs complexes, la séduisante théorie de l'inclusion de Conheim nous paraît devoir être pleinement admise. Il y aurait, par suite, deux sortes de tumeurs : des tumeurs développées aux dépens des tissus de l'adulte, c'est-à-dire de tissus parlailement dilTérenciés, et des tumeurs développées aux dépens de germes embryonnaires, c'est-à-dire aux dépens d'éléments, pouvant tenir de leur origine une pleine et entière indilTérence. Cette indifl'érence complète ou incomplète, suivant l'Age où le germe a été déposé, nous expli(|uerait l'existence et le mélange, dans une même masse néoplasique, de tissus que nous avons, dans nos généralités, considérés comme absolument indépendants et non transformables les uns dans les autres, à partir de la formation des trois feuillets, c'est-à-dire des tissus de substance conjonctive, des tissus nerveux, musculaire et épilhélial. Nous accepterions bien volontiers pour toutes ces tumeurs le titre de congénitales, s'il était entendu qu'il signifie tumeur développée aux dépens d'un germe congénital ('). Dans les tumeurs de l'adulte, le mélange et la combinaison des tissus nonl'lieu que dans les limites de l'indifTérence cellulaire, telle que nous l'avons admise chez l'adulte, c'est-à-dire de l'indifférence restreinte aux tissus de substance conjonctive; de là, les combinaisons si fréquentes des tissus myxomateux, fibreux, lipomateux, sarcomateux, etc., qui ont fait inventer les noms de chondro-fibromes, fibro-sarcomes, etc.: on rangerait à tort ces productions parmi les tumeurs
(•) De même qu'on appelle hernie congénitale toute hernie développée, par suite d'une malconformation dune région herniaire, à une époque plus ou moins éloignée de la naissance.
IQVÉNU ]
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complexes, ce sont des lumeurs simples, car elles soni ronncVs de tissus de mi^mes types, la tumeur complexe doit i^tre formée de tissus <le types «iilîérenls. Noud)re de lumeurs épithéliales sont, il est vrai, composées de tissus de types <lilTérents, telles sont le carcinome, l'adénome, les faux adénomes, etc.; mais il a été euirntlu, dés le début de cet article, <[ue le «léveloppement des tissus multiples devrait être simultané, j)aralléle, et non la conséquence d'une influence réactionnelle exercée par l'un d'eux sur les autres; nous savons à qui revient la priorité évolutive dans le carcinome et l'adénome vrai ; nous ne le savons pas aussi exactement dans les tumeurs adénoïdes, nous avons même gardé une certaine réserve au sujet du classement de ces tumeurs, nous demandant si elles ne devaient pas constituer une espèce particulière de tumeurs mixtes ou complexes. Il est vrai tpi'on ne peut raisonnablement faire remonter leur apparition à la naissance; mais, d'autre part, la mamelle est un organe spécial qui reste embryonnaire juscpi'à la poussée imprimée par la première grossesse, et il y aurait peut-être lieu de l'aire des tumeurs dites adénoïdes une classe de néoplasmes intermédiaires aux tumeurs congénitales proprement dites et aux tumeurs de l'adulte.
Anatomie pathologique.
Presque toutes ces tumeurs sont kystiques ; la néoplasie peut être représentée par un kyste si))iple, par un kyste multiloculaire, par une véritable tumeur kystique, composée en partie de kystes et de parties solides, plus rarement enfin par des productians pui-ement solides.