en novembre
— 1.4 en décembre (1)
Le rapprochement de ces chiffres
démontre que
le plus grand intervalle,
entre le maximum et le minimum, observés clans le cours de chaque mois, a eu lieu dans les mois d'été. Donc 1° c’est en été qu’ont lieu les plus grandes oscillations de température.
2" A côté de ce fait le point le plus important à noter pour l’étiologie, c’est que pendant l’été à Rome, la température a eu une élévation portée jusqu’à oo° centigrades à l’ombre en juin-juillet, et jusqu’à 83° centigrades au soleil en août, température, qui, pour l’homme agissant, peut être regardée comme incompatible avec l’état physiologique. Demandons-nous en effet ce qui doit se passer dans l’organisme de l’homme qui ayant agi ruisselant de sueur, sous un soleil de 33°, est mis ensuite en faction, par exemple, dans un lieu pouvant se refroidir la nuit à 13°. Différence 401 — Nous avons noté pour notre part une différence se rapprochant beaucoup de celle-là, en 14 heures de temps. Le 11 août 1830, par un ciel pur et une légère brise du nord-nord-ouest, le thermomètre suspendu à un mètre au-dessus du sol, a marqué à 2 heures et au soleil 33° centigrades, et s’est abaissé la nuit suivante à 18n5 4, vers 4 heures du matin différence : 1G°1|4.
Ajoutons encore que ces variations nycthémérales déjà si dangereuses, en s’effectuant graduellement d’une aube à l’autre, sont rendues plus pernicieuses, si elles procèdent par brusques saccades, comme en temps d’orage.
Ainsi pour en citer un cas : le 12 août 1 830 ,^le thermomètre marquant, dans l’embrasure d’une fenêtre grandement ouverte, auypremier étage, a 10 heures et demie et au soleil, 30’ centigrades, le temps s’étant brusquement couvert par un vent du nord-ouest, la température s’abaissa en demiheure de 9’, et à 2 heures de 17" 12.
Anémologie. — Entre tous les courants aériens, le vent du nord reste généralement dominant, en 1830 même ou les autres ont régné plus fré-
l D’après M. Secelii, directeur de .l'observatoire de Home . (Lu lotir os l à 100- pieds Hii-dr*ssus du sol . dont le niveau est a 13 mètres au-dessus dë lu mer )
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
queminenlqu’à leur moyenne ordinaire, d’après les tables de l’observatoire de Rome nous trouvons qu’à midi :
Le vent du nord a .soufflé . . . . 125 fois
Le vent du sud • . 117
Le vent d’ouest 58
Le vent d’est 25
Dans les temps calmes les brises boréales se font sentir la nuit et dans la matinée, pour le céder dans l’après-midi aux brises du sud sud-ouest. Ces bri ses de mer qui régnent habituellement tous les jours, apportent leur fraîcheur et surtout leur grande humidité dans toute l’atmosphère.
Le vent d’ouest exerce les mêmes influences, mais plus marquées encore par le froid humide qu’il répand. Plus rabaissement de température est sensible, et plus sûrement 011 peut le considérer comme le précurseur de la pluie. Cet abaissement de température est bien plus perceptible aux sens qu’à l’échelle thermométrique. Il y a même cela de remarquable qu’à la suite d’une journée, où la sensation de froid humide a été très prononcée par le vent d’ouest, il survient une belle journée qui ne fait pas varier le thermomètre. Ainsi, par exemple, le 25 février 1854 : temps couvert: vent d’ouest-sud-ouest; thermomètre intérieur (les fenêtres dé l’appartement laissées ouvertes) 40° c. 4/4 c., sensation de froid humide prononcé.
Le 26, beau temps, vent du nord, beau soleil, même température au thermomètre intérieur (les fenêtres étant ouvertes), pendant qu’on éprouvait relativement à la veille, une sensation de douce chaleur. L’état thermal était le même thermométriquement, mais l’état électro- hygrométrique était essentiellement différent; de là des sensations opposées dont le thermomètre seul ne saurait rendre compte.
Le vent du nord, quand il déverse ses raffales refroidies par les cimes des Apennins*, dans la campagne de Rome, est plus particulièrement désigné sous le nom de Tramontane. Elle coïncide avec le Mistral de France dont elle est congénère. La violence avec laquelle elle fouette même les localités qui comme Tivoli, Palestrine, etc., sont situées sur les pentes de la ceinture montagneuse, qui forme le rempart naturel du bassin du Tibre, est une preuve de plus de la trop grande facilité qu’on a, à admettre que les chaînes de montagnes abritent efficacement des grands vents, à peine en modifient-elles le cours, sans en diminuer notablement l’intensité.
Le vent du sud desséchant tout, lors des chaleurs, de ses bouffées embrasées, est appelé Sirocco, comme en Algérie. Ce redoutable enfant des déserts de la Lybie, ne tempère que faiblement ses ardeurs, en glissant sur la surface de la Méditerranée, et, pour n’être pas aussi brûlant qu’en Afrique, il n’en est pas moins, pour l’Italie méridionale, un visiteur très incommode et très dangereux.
Ces deux courants principaux, tantôt par leur action extrême, tantôt par leurs alternances fréquentes, occasionnent de brusques variations de température, exercent une pernicieuse influence sur la santé, et consli-
CLIMAT DF. ROME. 565
tuent un des plus grands dangers auxquels l’homme est exposé, dans la campagne de Rome.
Lancisi l’avait, parfaitement signalé dans son traité : De nativis cœii romani quahlatibus , et une de ses observations vient fournir un argument de plus contre les miasmes. Il avait remarqué que les vents du sud, passant sur les marais Pontins, pour arriver à Rome, étaient salubres, si le ciel était serein, tandis que leur influence était toujours fâcheuse, funeste, quand ces vents coïncidaient violents, avec une atmosphère lourde et chargée d’humidité.
Bien évidemment si les marais Pontins dégagaient des miasmes, ces miasmes réputés si légers, si subtils, si impondérables, seraient déversés sur la campagne de Rome, par tous les vents courant du sud, quels qu’ils soient.
D’autre part on observe toujours, pendant la saison endémo-épidémique, qu’il y a une recrudescence dans le chiffre des entrants aux hôpitaux, lorsqu’au milieu des chaleurs accablantes de l’été, le vent du nord, la Tramontane vient à souffler avec violence, et amène un brusque abaissement de température. Cependant, n’est-ce pas alors que le vent du nord, refoulant au sud les prétendues émanations des marais Pontins, et les empêchant de refluer vers la campagne de Rome, l’état sanitaire de Rome devrait être le plus satisfaisant! Sans doute la théorie de l'intoxication le voudrait, mais nous le répétons encore, les faits ne le veulent pas.
Ainsi le 24 août 1850 : beau temps, vent du nord calme, thermomètre à sept heures du matin 25° centigrades, à deux heures 56 1/2, à quatre heures 55°. Le 26 août beau temps, la Tramontane souffle forte et froide toute la journée, thermomètre à sept heures du matin 20°, à deux heures 31 1/4, à quatre heures 28 5/4. C’est-à-dire que la température moyenne de la journée a été abaissée, par la Tramontane du 26, de plus de cinq degrés par rapport à la température du 24 août.
Or, quel a été le résultat de l’influence de cette variation de température? Les chiffres ci-après vont le dire : D’après le mouvement établi par périodes de cinq jours, il y avait dans les hôpitaux de Rome 797 malades avant cette intempérie, trois jours après le 29 août il y en avait 950, soit une augmentation de 155, malgré une évacuation de 49 malades sur Civita-Vecchia.
Force est donc de se rendre à l’évidence, et de reconnaître que les vents, selon leur violence, selon leur température et leur état électro-hygrométrique, sont par eux-mêmes causes de perturbations physiologiques, et par suite de maladies, et notamment de fièvres dans les pays chauds, ce que nous pouvons traduire en langage étiologique : la nocuité des vents, est en raison de l’intensité et de la variabilité d’action des influencés thermo-électro-hygrométriques qu’ils exercent sur l’organisme.
Hygrométrie. — Les observations hygrométriques prises à l’observatoire ont été pour 1849 :
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
maximum .
minimu m
à put
•tir (l'Avril .
Juin .
Juillet
Août . . .
Septembre .
Octobre .
Novembre .
Elles font ressortir un état de l’atmosphère bien plus hygrométrique, dans la saison chaude qu’en hiver. Les observations des années précédentes confirment ce fait météorologique. Presque tous les vents apportent de l’humidité à l’atmosphère de Rome, tels sont le nord-ouest, l’ouest, le sud et le sud-est. De même les brises de mer, qui s’élèvent quotidiennement, excepté les jours où la tramontane souffle avec impétuosité, poussent sur la campagne de Rome les vapeurs de la Méditerranée. Aussi l’air frais et humide est-il déjà sensible avant le coucher du soleil, pour augmenter encore avec le serein, qui tombe abondamment, et les fortes rosées qui se condensent à la surface du sol, par suite du refroidissement prononcé qu’il subit dans les matinées.
Un autre indice irrécusable delà grande humidité de l’atmosphère, se trouve dans la fréquence des brouillards qui apparaissent, en toute saison, mais se condensent plus épais le long du littoral et du cours du Tibre, au point de retarder les mouvements de la navigation, souvent bien avant dans la matinée (U.
Les pluies viennent à leur tour apporter leur contingent. La quantité d’eau .qui tombe annuellement à Rome a varié depuis l’année 1782, d’où date la série des tables météorologiques de l’observatoire,
entre les chiffres 527,10 lignes (en 1825).
et 147,01 « (en 1854).
En général c’est en été qu’il pleut le moins. Ainsi au 1er trimestre 1 835 il tomba 113.80 lignes d’eau (dont 106,20 pour janvier).
au 2me » 136,66 »
au 3mc » 01 »
au 4me » 203 » (dont 103,74 pour novembre).
Et en 1840 :
Les 5 premiers mois de l'année ayant fourni. . . . 122,59 lignes;
les 4 derniers 263 »
on a noté pour, juin 0 >•
» pour juillet 0 »
» pouraoîit 0 »
Le nombre des jours pluvieux est très vai
iable aussi, selon les années.
1) En août 1849, charge d’accompagner une évacuation de malades par nier, sur Civita-Vecchia, nous ne pûmes lever l’ancre qu’à 9 heures du matin; rarement les convois purent par! ir piustût .
CLIMAT DK ROME.
Le relevé de notre journal nous fournit les jours de pluie ci-après pour les 12 premiers mois de notre séjour en Italie
Juin
Juillet
Septembre ....
Octobre
Novembre
Décembre
Janvier
Février
Mars
Avril
Total.
Ce chiffre est bien au-dessous de celui de la moyenne des jours de pluie, qui est de 114, et n’a pas dépassé de beaucoup le minimum 56, observé dans une période de 59 ans (en 1828).
Il est vrai que nous n’avons noté que les pluies que nous avons essuyées, mais en rayonnant dans la campagne de Rome, il nous est arrivé fréquemment de voir des orages se passer, sans nous atteindre (1), surtout le long du Tibre, et fondre sur la ville, et ce n’est pas un des phénomènes les moins curieux de son horizon, si fantastique alors pour les effets de lumière, ainsi en mai et en juin 1849, nous n’avons éprouvé que quatre jours de pluie aux camps de Palo, d’Acqua-Traversa et de Santucci, pendant qu’il a plu onze fois à Rome.
En janvier, février et mars 1850 (2), nous n’avons eu que 25 jours de
(1) Serait-cealors comme on l'a avancé que la pluie en tombant s’évaporerait entièrement? Dans la campagne de Rome, comme en Afrique, toute notre attention pour surprendre ce singulier phénomène météorologique a été inutile, toujours lorsque la nue nous a paru se résoudre en pluie les rayons aqueux qui en partaient arrivaient jusqu’à terre, aux points correspondants.
(2) Les jours de pluie durant notre 2fi année de séjour ont été de :
1 1 en mai .
1 o en juin.
7 en juillet .
0 en août
8 en septembre
15 en octobre .
12 en novembre
7 en décembre
8 en janvier
7 er. février .
12 en mars .
10 en avril
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
pluie à Frascali, pendant qu’il a plu trente-trois lois à Home, dans le même temps.
Il pleut donc a Home comme centre, bien plus souvent qu’à la circonférence de sa campagne, et cela à cause du Tibre qui, pour nous servir de l’expression usitée, attire les orages. Nous insistons sur cette particularité météorologique très remarquable, elle met au relief l’intensité et la varia-
bilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, au voisinage et à la surface des eaux, dans les contrées chaudes et basses, notamment dans les marais, et par suite nous met à même d’apprécier les modifications morbides que l’organisme subit plus facilement dans ces milieux, que nulle autre part.
Mentionnons comme complément aux observations météorologiques, que les oscillations barométriques s’effectuent depuis 09 ans,
entre 28i10 1 11' 8 maximum (observé en décembre 1801) et 20 Tl 8 minimum (observé en janvier 1784)
différence 2f’° O 0 soit 54mm144.
Topographie de Rome.
Nous avons vu que le sol de la campagne de Rome est ondulé, il en résulte que le Tibre, en y creusant son lit, a laissé sur l’une et l’autre rive des séries de monticules, dans la plus grande partie de son cours. C’est sur l’un de ces monticules, situé sur la rive gauche, à peu près au point d’intersection des deux diamètres de l’Agro-Romano, sur le Palatin, que Romulus jeta les premiers fondements de la ville qui devait perpétuer son nom, et qui s’étendit successivement sur l’Avenlin, le Capitolin, l’Esquilin, le Cœlius, le Quirinal, le Yiminal, et sur la rive droite le Janicule, plus tard enfin sur le Vatican.
Primitivement la ville s’étendait donc sur les sommités de tertres peu élevés, séparés les uns des autres par des vallons boisés et humides, quelques-uns même marécageux comme le grand Vélabre, entre le Palatin et TAventin, le petit Vélabre et le lac Curtius entre le Palatin et le Capitole. Ces lieux bas furent successivement déboisés et déssèchés. Le petit Vélabre et le lac sous lesquels fut creusé, au temps de Tarquin l’ancien, l’égout cloaca maxima (1), devint la place du monde la plus célèbre, le forum, et les marais de Caprée qui longeaient le pied des collines de la rive gauche, furent transformés en champ de mars, que sillonnèrent les voies triomphales et Flaminia. Au pied du mont Vatican (de Vaticinia prédictions), où le temple de l’oracle Etrusque fit place à la chapelle de S'-Anaclet, audessus de la grotte des gladiateurs; cette chapelle à la basilique de Constantin, et. cette dernière à la basilique entre tonies la plus grandiose, se
(1) Cotte remarquable, consiruelion est en gros blocs de travertin sans aucun ciment comme les voûtes des prisons mamertines (d’Ancns Marlius) qui sont de quelques années plus anciennes.
CLIMAT DE HOME
trouvaient les bas-fonds du Campus Vaticanus, où surgirent tour à tour : le cirque de Néron, dont l’enceinte même avec son obélisque, est entourée aujourd’hui du double portique de S‘-Pierre: l’hippodrome, la villa et les superbes jardins de Domitien, près desquels Adrien voulut avoir, rivalisant avec Auguste, un mausolée devenu depuis le fort S'-Ange, et l’arc du Campus Triumphalis, d’où après une revue d’honneur, précédé des vaincus et de leurs dépouilles, suivi de l’armée victorieuse, le triomphateur débouchant par le pont triomphal, s’acheminait, à travers des Ilots de population, vers, le Capitole où l'attendaient les consuls, dans le temple de Jupiter.
D’autre part, l’emplacement du grand Velabre, servit à la construction du plus vaste cirque qui ait existé, appelé aussi Circus maximus, lieu primitivement rendu célèbre par l’enlèvement des Sabines, et où plus tard, quatre cent mille spectateurs pouvaient successivement assister tantôt aux courses des chars, tantôt aux joutes navales, quand, inondée par l’Euripe, l’arène était transformée en naumachie; plus souvent aux combats sanglants des bêtes féroces et des gladiateurs, dont le plus heureux fut Androclès; d’autres fois même aux tortures des chrétiens, quand la main de la persécution lassée de frapper, allumait ses bûchers ; ailleurs, de toutes parts, ce furent des théâtres, des jardins, des gymnases, des basiliques, et une foule de lieux publics, concourant à l’agrément et à l’hygiène.
Par suite des bouleversements que subit la capitale du monde, les ruines, autant que les souvenirs, se sont accumulées sur la plus grande partie de son périmètre, de la rive gauche principalement. Le septicollis s’est dégarni des temples et des palais qui couronnaient ses têtes, et ornaient ses forums, et Rome moderne s’est tassée au nord, dans la partie la plus basse de la vallée du Tibre, surtout au champ de Mars et au Bourg, n’occupant guère que le quart de l’enceinte qui circonscrivait la vaste ceinture Aurélienne, ressemblant ainsi à un lambeau éraillé, disputé à la faux du temps.
Par suite de cette concentration, des habitations sur le bord du Tibre, quelques rues sont exposées à être inondées, lors des débordements extraordinaires, de même que certains quartiers de Lyon et d’Avignon, par exemple, l’ont été en 1840, par les débordements de la Sâone et du Rhône. Mais à Rome, comme dans ces villes de France, les eaux ne tardent pas à se retirer, et n’y stagnent nulle part, ni en étangs ni en bourbiers, et l’on peut affirmer que le sol y est moins hygrométrique qu’à l’époque où, semé de bois sacrés aux bas-fonds humides, et longtemps respectés par la superstition religieuse, la population des anciens Romains croissait cependant sur de rapides proportions (*).
(1) En automne 1 850, on passait en barque clans la rue ftipelta (rive gauche); or le mou vemenl des hôpitaux militaires, qui était de 1230 entrants au mois d’août, loin d’augmenter, est successivement tombe à 1070 en septembre, (501 en octobre, 289 en novembre et 177 en décembre. En 1831. meme débordement et meme diminution progressive, en s’éloignant de l’époque des chaleurs : 900 entrants en août, 462 en septembre, 2 17 en oc lobre.
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES F.T MÉDICALES
D’ailleurs, clans ces quartiers, très accidentellement atteints par les grandes crues, on ne voit pas seulement les maisons des gens peu soucieux des règles hygiéniques, loin delà; on y compte, sur l’ancien champ de Mars : les palais Borghèse, Farnèse, Spada, et sur la rive droite, le Vatican, le palais Corsini, la Farnesina, qu’on croira sans peine, n’avoir pas été hatis à plaisir, dans des quartiers fangeux.
Quel que soit le besoin, pour les intoxicationnistes, d’invoquer la présence de foyers paludéens, dans une ville où les fièvres sévissent avec tant d’intensité, dans tons les quartiers, qu’ils soient bas ou élevés, nous ne pouvons que le réitérer, parce qu’on en a la preuve irrécusable en la parcourant, Rome n’es! pas marécageuse, à moins qu’on ne veuille prendre au sérieux cette supposition empruntée d’un écrivain du xrsiècle (*), à savoir que le sol farci de décombres et fissuré de toutes parts, ferait l’olfice par ses nombreux interstices, d’une vaste éponge pompant les eaux, dont l’évaporation lente deviendrait une source de méphitisme. Tant il est vrai que l’hypothèse de l’intoxication, ne pouvant se soutenir que sur le terrain des marécages, va jusqu’à en voir, avec les yeux de l’imagination, même dans les lieux où ils font défaut, et à attribuer des influences délétères à des lieux, desséchés depuis plus de 2000 ans, c’est pire en vérité que si dans la topographie médicale de Paris, on faisait figurer parmi les lieux insalubres, le faubourg St. Germain, parce qu’il fut jadis le Pré-aux-Clercs, parfois inondé par les débordements de la Seine, ou les boulevards parce qu’ils furent au moyen âge les fossés de l’ancien rempart, ou le quartier du Marais, dont le nom indique l’origine.
Mais à quoi bon chercher, inutilement sous ses pieds, ce qu’on a si évidenl au-dessus de sa tête? Nous avons exposé les qualités nuisibles des éléments atmosphériques de la campagne de Rome ; dire que ces éléments sévissent aussi à l’intérieur, c’est répéter ce qui n’a besoin de l’être. Le soleil qui darde sur les champs, darde aussi sur les rues et les places. L’humidité qu’il produit par l’évaporation des eaux, surtout à la surface de la Méditerranée, et qui se répand sur la campagne, pénètre aussi dans la ville. Comme la campagne, la ville est exposée au rayonnement des nuits, au serein du soir, aux rosées du matin, aux perturbations des orages, comme en plein champ, la Tramontane saisit en ville ou le sirocco y étouffe. En un mot, les phénomènes météorologiques, par leur intensité et variabilité d’action, rendent dangereux le climat de Rome, dans la ville, avec une intensité relativement moindre, il est vrai, comme dans ses environs, pour quiconque brave ses rigueurs, surtout dans la saison des chaleurs.
Ainsi s’explique cette particularité bizarre, de voir les habitants du centre de la ville, accuser le Transtevère de donner la fièvre, ceux du Transtevère de tenir la porte du peuple pour insalubre, ceux de la porte
(1) Ex cavernosis et ruhlosis circa Urbertt locis Irislibils erumpenlibüS et exbalanlibüS nebulis, lotus vicinus crassatur aer. (Pierre de Damien).
CLIMAT DF. ROM F
lu peuple attribuer l'insalubrité aux monts (0, ceux des monts aux bords j u Tibre, aucun quartier ne voulant posséder, à lui seul, la source d’un mal qui est partout.
Les considérations qui précédent, prouvent que c’est pour rester dans le vrai, et non pas systématiquement, que nous avons montré la campagne de le Rome, telle que nous l’avons dit, puisque, loin de contredire nos vues biologiques, la présence de nombreux marais, ne ferait que les confirmer. En effet, si Rome était au milieu de marais, comme les marais Pontins, plus la variabilité et la nocuité des agents atmosphériques serait grande, et plus facile serait à expliquer l’apparition de la saison endémo-épidémique.
C’est qu’en effet les fièvres qui sont si dominantes dans la campagne de home, sévissent avec plus d’intensité encore dans les marais Pontins, de sorte que ces deux milieux insalubres, ne différent que du plus au moins, ijuant aux influences thermo-électro-hygrométriques.
Signalons ici une particularité propre aux Paludes Pomplinœ : il est de notoriété publique à Rome, que le voyageur les traversant, en voiture, la nuit surtout, s'expose presque infailliblement à prendre la fièvre, s il s’endort. Les gens du pays ne manquent pas d’en avertir l’étranger, en lui citant bon nombre d’individus qui, n’ayant su résister aux fascinations de Morphée, ont payé leurs rêves de quelques heures, de longs jours de fièvre. Voilà le fait bien avéré : celui qui dort en diligence, à travers les marais Pontins, prend la fièvre bien plus facilement que celui qui se lient en éveil, et cependant l’un et l’autre parcourent invariablement la même ligne, dans l’atmosphère, respirant absolument le même air. Pourquoi cette différence de résultat? par la même raison que nous avons donnée sur les dormeurs d’Afrique. Parce que dans les marais Pontins, comme en Algérie, celui qui s’endort subit passivement toutes les influences thermoélectro-hygrométriques du lieu, tandis que celui qui se tient éveillé, a beaucoup plus de chances pour réagir contre ces mêmes influences. L interprétation de ce fait, comme de ceux qui précèdent ou vont suivre, est donc toute physiologique, et les miasmes n ont qu’y faire. Ces deux milieux, la campagne de Rome et les marais Pontins, sont-ils donc deux points isolés, disgraciés de la nature, où le mal’aria aurait été exclusivement confiné? Il s’en faut bien ; mieux étudiés, ils sont plus connus, mais le littoral méditerranéen, qu’il s’appelle Italie ou Algérie, Espagne ou Egypte, Sicile ou Morée, dans tous les points où il offre des conditions. climatériques analogues, produit des effets semblables à degrés variables. Ces elïels, nous l’avons vu, sont d’autant plus marqués que les influences thermoélectro-hygrométriques sont plus prononcées, et que les lieux sont plus bas et plus rapprochés de l’équateur, c’est-à-dire de moindre altitude et latitude.
(1) Mesurés à la taille des événements dont ils ont été le théâtre, ce sont des monts, orographiqueinent ce ne sont que des monticules. Le Janieule, qui est le plus élevé, est à peu près comme la buite Montmartre (ton à 150 mètres).
ÉTUDES CLIMATÉniQL'ES ET MÉDICALES.
Pathogénésie. Nous venons de voir que l’intensité et la variabilité des phénomènes thermo-électro-hygromélriques, de la campagne de Rome, la rangent parmi les climats excessifs; aussi le résultat de son action est-il frappant ; en Afrique, nous pouvions dire que les affections dominantes étaient les fièvres d’accès, escortées ppr la dyssenterie ; ici, bien que la djssenteric ne soit pas inconnue, les fièvres régnent en souveraines ; endémiques dans les autres saisons, elles sont endémo-épidémiques en été sur de prodigieuses proportions, car elles sont à la dyssenterie :: 20 : 1. et a toutes les autres affections internes réunies :: IG : 1.
Disons d’abord sur quelle base nous nous appuyons pour établir ces proportions. De tous les groupes d’hommes dont se compose une armée, le bataillon est, sans contre-dit, le plus favorablement constitué, pour permettre au médecin, qui en a le service de santé, de contrôler, d’une manière incessante, les influences des divers milieux où l’on se trouve. Huit compagnies, chacune de cent hommes en moyenne, forment un effectif assez considérable, pour lui offrir des éléments suffisants d’observation, sans excéder les limites qui permettent d’en embrasser tous les détails.
Le bataillon qui nous a fourni ces données statistiques, était des premières troupes débarquées, il a rayonné dans diverses directions, à travers la campagne de Rome ; il a fait partie de celles auxquelles sont plus particulièrement échus les travaux et gardes de tranchée; dès notre entrée dans Rome, il a séjourné dans les quartiers insalubres du Transtevère; plus tard, il a été cantonné au pied de l’Apennin, en hiver, pour rentrer à Rome en 1850 a la saison de la mal aria, il s’est donc trouvé dans toutes les conditions voulues, pour ce qui a trait à son état sanitaire, puisse donner une idée exacte de ce qu’ont été les constitutions médicales qui ont régné, depuis notre arrivée dans l’Italie centrale.
A notre embarquement à Marseille, nous avions été en butte au froid humide, par un temps de Msitral et de pluie, qui nous retint deux jours au mouillage. Cette intempérie n’exerça pas une action bien marquée, sur la santé du plus grand nombre, mais produisit, chez quelques-uns, des angines et des troubles digestifs, plusieurs eurent, à notre troisième journée de navigation, des accès de fièvre de première invasion chez les
uns, ou récidivss chez d’autres, dont quelques-uns furent laissés à Civilta- Vecchia.
Aux premiers jours de mai le mouvement des ambulances fut considérable, à peu près exclusivement alimenté par les blessés de la journée du 50 avril.
La fin de mai, par des journées de Sirocco, fournit déjà quelques accès pernicieux, sur les plateaux d’acqua Traversa, en amont de Rome. En juin, il en fut de même, sans que cependant les cas de fièvres fussent nombreux, car nous n’avions eu en mai que 15 fiévreux entrés aux ambulances, et nous n’en eûmes que 21 en juin, ce qui est minime sur plus de 800 hommes qui, par une fatale compensation, payaient alors un sanglant tribut aux armes à feu.
CLIMAT DE HOME
Cet état sanitaire ne répondait pas à certaines prédictions sinistres qu’on nous lançait, et qui ne devaient commencer à se réaliser qu’un mois plus tard. On a avancé que la cause principale de ce retard, dans l’apparition de l’endémo-épidémie dans l’armée française, tenait à l’état de surexcitation des esprits; sans entrer dans des considérations politiques étrangères a notre sujet, nous dirons que nous ne partageons point cette manière de voir, par un double motif : d’une part, cette surexcitation morale n’existait pas, et d’ailleurs, aurait-elle eu passagèrement sa raison d’être, qu’elle était physiologiquement impossible, pendant tout le temps que nous avons passé sous Rome. La position du corps expéditionnaire n’était point celle d’une armée courant à la frontière, repousser une invasion, ou livrant une bataille d’où va dépendre le sort de sa nation; ce n’était pas non plus celle d’une garnison assiégée qui se défend en désespérée, etc. toutes circonstances où l’animation résulte bien plus de l’étal des esprits que du bruit de la poudre. Dans les États romains, le cachet de la situation était le calme de l’obéissance, et l’incertitude des événements : à la première marche sur Rome, serait-on reçu en amis ou en ennemis, telle était la question générale restée douteuse jusqu’au 29 avril, jour dans la soirée duquel une décharge de mousqueterie sur : 25 chasseurs à cheval, envoyés en reconnaissance, fut le sinistre présage de la journée du 50 ! Les portes de Rome seraient-elles ouvertes par la diplomatie ou par le canon, telle fut ensuite l’alternative qui s’agita longtemps, avec des chances diverses, et laissa régner pendant plus d’un mois une sorte d’anxieuse incertitude faite bien plus pour fatiguer les esprits que pour les surexciter.
Enfin, le 5 juin, la poudre parle de nouveau, la prise de la villa Pamphili, et l’ouverture de la tranchée, tiennent pendant trois jours tout le monde en émoi ; puis les parallèles se creusent progressivement, sous une grêle de projectiles, aux sifflements desquels les hommes furent bientôt habitués. C’est si vrai qu’aux premières gardes de tranchée on put maintenir en éveil, l’arme au poing, des bataillons entiers, mais aux suivantes, quoiqu’on fit, il s’en rapportaient aux factionnaires de donner l’alarme, s’il y avait lieu, et dormaient profondément. Comment d’ailleurs en eut-il été autrement? Lorsqu’ils étaient à la sape, ils avaient du moins 12 heures de travail actif, mais étant de garde, 24 heures d’immobilité dans un fossé, en juin, ne pouvaient moins faire que de provoquer un irrésistible sommeil. Ce sommeil, au milieu du danger, où tout homme en définitive, quelque courageux qu’il soit, reste, sinon avec l’appréhension, du moins en face de la possibilité d’être atteint, comme ses voisins, surtout par les éclats d’obus, était-il aussi réparateur que celui du camp? Nous ne le croyons pas, mais ce n’était pas là une source d’excitation. L’on peut même dire, que, à part quelques journées, militairement plus chaudes que les autres, où l’on enlève des positions, où l’on ouvre la tranchée, où l’on repousse des attaques ou des sorties, où l’on monte à l’assaut, de toutes les opérations de la stratégie, celles d’un siège sont celles qui se
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font avec le plus de sangfroid, parce que ce sont les plus lentes, et celles dans lesquelles l’action individuelle est absorbée dans l’action collective.
Enfin, les circonstances eussent-elles été de nature à tendre plus fortement les esprits, que force eut été à l’impressionnabilité, quelque aî\<‘ qu’elle eût pu être, de s’émousser à la longue, car nous n admettons pas qu’une surexcitation morale eût pu rester continue, d’avril en juillet, époque de notre entrée dans Rome.
Si donc l’endémo-épidémie a éprouvé un peu de retard dans son développeinent, c’est surtout aux deux particularités suivantes : i" 1 état sanitaire des troupes était excellent au débarquement; 2" le printemps de 1849 fut moins variable que de coutume, double circonstance qui a îendu plus lentes, les modifications physiologiques que subit préalablement! organisme, pour arriver à l’aptitude, à l’imminence et à l’état fébrile.
En effet, quelle que soit l’inclémence d’un milieu, en règle générale, l’organisme réagit toujours un certain temps, contre ses influences, aAanl de les traduire en formes morbides. De plus en invoquant les analogies du climat de Rome, avec celui de l’Algérie, oû le mois d’avril, de mai, de juin encore, sont les plus favorables pour les expéditions, on pouvait prévoir qu’avant juillet, les troupes françaises ne seraient pas trop maltraitées. par les maladies.
Mais il n’y avait pas à se faire illusion, ni à compter sur 1 immunité; placés au centre de ce vaste miroir concave tourné au sud, que forment l’encadrement et l’inclinaison du sol, exposés aux bivouacs ou a la hanchée, aux rayons d’un soleil ardent, aux brusques variations atmosphériques, à l’humidité froide des nuits transformée en vapeur d’étuve chaque jour, en butte aux fatigues, parfois aux privations, avisés sur les maladies du lieu, tenus en éveil par un certain nombre de fièvres et un plus grand nombre encore d’embarras gastriques, nous devions les considérer comme les prodromes de la saison endémo-épidémique.
Endémo-épidémie de 1849.
L’endémo-épidémie a développé son intensité avec les chaleurs ; en voici la preuve : un bataillon de 8o0 hommes du 56 de ligne, adonnéen fiévreux, entrés aux hôpitaux, les chiffres ci-après :
En mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre.
Un bataillon du 66e a eu pai
En mai, juin, juillet, août, 43 02 U8 287
'cillement en proportion des chaleurs :
septembre, octobre,
300 107 fiévreux.
Enfin, pour démontrer que colle progression .les fièues,, suivant I» P1'0'
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gression des chaleurs, a bien été un fait général, nous ajouterons les chiffres des entrants fiévreux, dans les ambulances et les hôpitaux, pour l’année entière :
En mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre.
Voilà des données qui sont, bien assurément, de nature à faire revenir de la croyance que les fièvres régneraient, plus particulièrement, en automne. Dans les pays chauds, c’est au plus fort de la chaleur qu’il y a le plus de fièvres, l’Afrique et l'Italie nous l’ont trop amplement prouvé. Vainement on objecterait qu'il arrive parfois, que le nombre des fébricitants présents dans les hôpitaux, se maintient considérable en automne. Cela tient à ce que la durée du traitement augmentant aAec la mauvaise saison, en même temps que les récidives deviennent plus fréquentes, il y a alors défaut d’équilibre entre les entrants et les sortants, doù accumulation dans les salles. Mais cela n’infirme en rien notre assertion, l’endémo-épidémie a sa période d’augment, d’état et de déclin, qu’on calcule d’après les invasions, or les chiffres que nous donnons ici, comme ceux que nous avons enregistrés pour l’Afrique, prouvent que son apogée esta l’apogée des chaleurs.
Actuellement qui fournit un pareil contingent à la fièvre, qui la pienc cl qui l’évite à Rome? Voici ce que répond l’expérience de tous les jours. Les manœuvres qui, après avoir travaillé aux ardeurs du soleil, vont se reposer dans des lieux frais, couchent le plus souvent à la belle étoile, tantôt, en plein champ, tantôt, le samedi et le dimanche, sur les places publiques ou sous le porche des églises (0, qui mal abrités, mal vêtus, mal nourris, restent soumis pendant six jours de la semaine aux grandes fatigues, aux plus dures privations, pour se jeter au septième, par une absurde compensation, dans l’intempérance, tous ceux, en un mot, qui par nécessité ou par ignorance enfreignent les lois de l’hygiène, paient un fort tribut aux fièvres.
Au contraire, celui auquel il est donné de vivre calme de corps et desprit qui peut s’abriter convenablement de toutes les intempéries des saisons., celui-là évite la fièvre, du moins tant qu’il reste prudent observateur des prescriptions hygiéniques, car s’il s’en écarte il sera d’autant plus accessible aux influences fébrigènes, que sa constitution est plus impressionnable, plus apte à subir celle modification physiologique que nous avons désignée, dans son ensemble, par ces mots . prendie chaud cl tioid.
Ainsi s’explique comment, dans tous les quartiei s, il se tiou\c des gens pour crier à l’insalubrité, ou a la salubrité, selon que, par leuis habitudes, ils peuvent ou non, se soustraire aux influences du climat.
De tout temps, les quartiers du Vatican ont passé pour être au nombre
(I) Ces sortes d’asiles sont nombreux, car on compte jusqu'à 360 églises à Home.
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s’y soustraire, que les Papes venaient passer l’été sur la rive gauche au mont Quirinal. Plus osé que ses prédécesseurs, Léon XII dédaigna, une année, cette ancienne coutume prophylactique, et resta au Vatican pendant la saison de l'endémo-épidémie. Chose surprenante, aucun de ses gens n’eut la fièvre, et tous de s’ébahir du prodige. Le merveilleux aurait cessé si, par contre-épreuve, le Pape, au lieu d’abriter toute sa suite dan* son palais, en avait mis une partie dans les maisons voisines, au milieu des conditions défavorables où vivent les habitants du Borgo. Or, nous le demandons, est-il plus rationnel de croire que les prétendus miasmes se seraient arrêtés à la porte du Vatican, ou de trouver la raison de la différence d’état sanitaire, dans la différence des conditions hygiéniques des habitudes?
Autre fait : il est bon genre à Paris, d’habiter au 1 • r étage, le bon genre à Rome est d’habiter au 23 ou au 3e étage, c’est là que font élection de domicile les connaisseurs du climat, c’est là que la mal’aria a le moins accès, tandis qu’elle sévit aux combles et au rez-de-chaussée.
Ce n’est point-là un préjugé, mais un fait mis en relief par ■ l’expérience de tous les temps. Voilà une particularité assez embarrassante pour les intoxicationnistes, auxquels il ne reste guère pour la tourner, qu’un expédiant analogue à celui des académiciens de Florence, à propos de la nonascension de l’eau au-dessus de 52 pieds, à savoir, que probablement les miasmes auraient horreur des 2e et 5e étages. Tandis que ce fait bien avéré que les étages moyens sont plus salubres que les étages extrêmes, trouve son explication toute naturelle, si l’on veut bien réfléchir que c’est aux parties supérieures, sous les plombs, qu’on est le plus en butte à l’insolation (C, que c’est au rez-de-chaussée qu’on est le plus en butte à l’humidité froide qui s’v condense la nuit surtout, dans l’intérieur des cours, où sont des fontaines jaillissantes, selon la coutume presque générale à Rome, et que c’est aux étages moyens qu’on est dans le medium le plus convenable, pour avoir une température constamment plus égale, comme aussi de moins grandes oscillations électro-hygrométriques.
Le danger du voisinage des fontaines a été rendu manifeste encore en 1849, chez une compagnie du 5Crac, au Transtevère. La 4e du 5" bataillon occupait le rez-de-chaussée et le 1 " étage d’une caserne, sur la place étroite de St. Calixte, au milieu de laquelle jaillit une abondante fontaine dont les eaux fournissent une grande évaporation. Les courants frigorifiques, produits par l’humidité qu’elle entretient à ses abords, sont saisissants, pour ceux qui ne font que passer, à fortiori exercent-ils leur influence fâcheuse sur ceux qui y habitent, le plus souvent portes et fenêtres ouvertes, jour et nuit, comme nos soldats s’obstinent trop fréquemment à le faire, danger rendu plus grand encore, par l'état de sueur où sont les hommes, au retour de toutes leurs courses. Aussi, bien
f l Dr là II* (lancer des [ilomlis on prison* de V.iiise.
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que cette caserne, récemment disposée pour des troupes romaines, fut en apparence la plus élégante de celles que nous avions, la 4mc compagnie n’en fut pas moins la plus maltraitée, parce que les hommes s’y trouvaient placés comme au voisinage d’un marais, pour subir l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’air ambiant.
Deux chiffres suffiront pour faire juger de l'aggravation de son état sanitaire : pendant que la 2me, par exemple, autre compagnie du centre, casernée aux Quarante-Martyrs, sur la même ligne, à environ 150 mètres de là, mais dans la rue St. François, avait en juillet, août et septembre (1849) (26 fébricitants entrés aux hôpitaux, la 4e en avait (>7, différence en plus 41 0).
Ajoutons que la 4°, placée en 1850 dans les conditions communes aux autres compagnies, a eu un état sanitaire infiniment plus satisfaisant, car pendant son séjour à S'- Marie dell’Olmo, elle n’a eu que 15 fébricitants entrés aux hôpitaux, en juillet, août et septembre.
Voilà les faits d’observation journalière dont on est partout témoin, et dont l’interprétation toute naturelle permet de reconnaître, sans se tromper, les quartiers relativement salubres ou insalubres, et de désigner presque à coup sûr, ceux des habitants qui prendront la fièvre ou pourront l’éviter, selon que les lois de l’hygiène seront violées ou observées, selon, en un mot, toutes les habitudes.
Examinons actuellement dans quelles conditions s’est trouvée l’armée française dans Rome. Après deux mois d’excessives fatigues, trente-mille hommes ont dû occuper une ville immense, oû rien n’était disposé poulies recevoir. 11 n’y avait pas de casernes, on ne pouvait songer à loger chez l’habitant, d’ailleurs, les circonstances critiques où l’on se trouvait, exigèrent tout d’abord des bivouacs permanents, sur les places, dans les cours des principaux édifices, de sorte que la première quinzaine fut ainsi passée, on pouvait dire sous les armes, en piquels, en gardes, en patrouilles, pendant qu’un certain nombre d’hommes étaient employés à des travaux d’installation et de déblai, au milieu des décombres et des barricades.
Graduellement les couloirs, les corridors des palais et des couvents furent mis à contribution, mais là encore il n’y avait que des dalles pour se coucher. Ces vastes corridors transformés en casernes, étaient convenables pour s’abriter du soleil; mais, ouverts à tout vent pour la plupart, ils ne tardèrent pas à nous montrer leur mauvais côté. Les hommes, revenant des corvées, des gardes, des exercices, des grandes manœuvres, des revues, des travaux du génie, en un mot, de toutes les courses nombreuses, et le plus souvent très longues que nécessitait le service, rentraient ayant chaud; ils se refroidissaient tout d’abord dans de grands courants d’air,
t) Sur la môme place, dos officiers cl des ordonnances!! officiers furent pris de fièvres, dont un cas pernicieux .
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plus prononcés vers le soir, et avaient véritablement froid pendant la nuit, et cela se traduisait, dans les mêmes lieux où les gens à habitudes sédentaires et hygiéniquement réglées venaient respirer l’air pur, par un nombre désolant de lièvres de tout type, pendant les premiers mois que dura cet état de choses (U.
Ce fait du danger des courses pénibles et multipliées, qui mettent les hommes en nage, et sur lequel nous insistons tout particulièrement pour sa valeur étiologique, fut eu général d’autant plus saillant, que l’éloignement des casernes était plus considérable; c’est par celles de la circonférence (pie fut fourni le plus grand nombre de malades.
Entre tous les lieux où ces résultats se produisaient fatalement, les corps de garde occupaient le premier rang; situés au rez-de-chaussée, les locaux sombres et inévitablement humides qui leur étaient affectés, manquèrent longtemps de lits de camps, les hommes accablés de fatigue et de sommeil, se couchaient sur des briques que l’air et le soleil ne séchaient jamais, et dont leur demi-couverture ne prévenait pas la pernicieuse influence, et ils subissaient les perturbations physiologiques qui entraînent la fièvre. L’indigène traduit le fait par l’intervention de Varia cultiva ; pour nous, c’est dans l’action du froid humide, la soustraction du calorique par épuisement, qu’est le phénomène primordial qui trouble le jeu fonctionnel du système nerveux, chez l’individu qui de l'état de sueur passe au refroidissement, et à la suppression de la transpiration. Il se réveille courbaturé, pris de pandiculations, et après avoir une heure auparavant, incommodé par la chaleur, recherché l’ombre et le frais, il ira frissonnant, s’exposer aux rayons d’un soleil d’aplomb, qui ne le réchaufferont pas, des frissons vagues alternant avec des bouffées de chaleur seront autant de signes de la perversion de la calorification, une céphalalgie intense se déclarera, le pouls sera fréquent, la soif intense, l’estomac pris sympathiquement, rejelera les aliments et les boissons, le pl us souvent mêlés de bile. Le soir il y aura une forte chaleur acre, de l’agitation, de l’insomnie, suivies le malin d’abondantes sueurs. Un peu de rémission sera bientôt suivie le jour suivant d’un nouveau paroxysme. Telle est en juillet et en août surtout, l’invasion d’une fièvre rémittente, chez l’homme qui, jusqu’au moment de son imprudence, n’offrait aucun trouble fonctionnel caractérisé.
Citons les données étiologiques fournies par un lieu célèbre, parmi tant d’autres. Sur le sommet del’Aventin,à 1 extrémité sud-sud-ouest de lav illc, et sur la rive gauche du Tibre, se trouvent les couvents de S1 Sabine et de S1 Alexis, auxquels est adjacente une habitation, appartenant a la maison d’Espagne. Des troupes du GG" furent casernées dans toutes ces constructions, qui dominent le Tibre de 50 mètres environ. Or, ces troupes furent excessivement maltraitées par la fièvre. Si nous ajoutons que ce point,
il) Ce ne fui qu'à fa lin de fêté qu’on lit distribuer, aux troupes, des paillasses el des clialils.
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malgré son élévation, est parfois atteint par la traînée des brouillards qui couvrent fréquemment le Tibre, les intoxicationnistes objecteront tout d’abord, que c’est là une condition d’intoxication.
Mais voici le revers de l’argument : en face du mont Aventin, sur la rive droite et tout à fait au bord et au niveau du Tibre, sur le port de Ripetla, par conséquent dans un point où le brouillard est épais, et où les miasmes invoqués devraient être plus denses, se trouve l’établissement de S‘ Michel, où des troupes du o6me étaient casernées. Or, ces troupes du 56me, qui auraient du dès-lors être plus intoxiquées, et fournir plus de malades, en donnaient relativement moins que le G6me.
Nous ne pensons pas que la doctrine de l’intoxication puisse se donner une raison plausible de ce fait, qui s’explique par la raison ci-après. L’une et l’autre de ces localités sont éloignées du centre de la ville, mais on arrive à S' Michel sans quitter le niveau du Tibre, pendant que, pour arriver à S1 Alexis, il faut, après un long circuit, gravir au sommet de l’ Aventin. Courses plus longues, plus pénibles, fatigues plus considérables, voilà pour S1 Alexis, qui étant plus en butte aux courants aériens, mettait les hommes qui y remontaient haletants, dans toutes- conditions pour prendre froid et contracter la fièvre.
C’est si vrai que les moines qui habitaient précédemment les mêmes lieux, y bravaient la fièvre par les avantages de leur position sedentaiie surtout. C’est si vrai que la cour d Espagne, a d autres époques, s y abi itaient contre la mal’aria.
Une question se présente ici : les troupes se composaient de corps ayant été en Afrique, et d’autres qui venaient de quitter la France, pour la première fois. Qu’a fourni le résultat de l’observation, sur la proportion de malades qu’ont donnée respectivement ces corps ! on le devine, les derniers ont eu plus de malades, ainsi les dragons (11e), ont été si maltraités qu’à la fin de l’été, un escadron de 140 hommes était réduit à 112 hommes pouvant faire le service, tandis que les chasseurs a cheval (1"), rentrés d’Afrique depuis dix mois seulement, ont relativement moins souffert.
Nous disons relativement, car tous les corps, même ceux qui avaient , séjourné en Afrique, ont eu considérablement de fiévreux. Ainsi le 5 Gn,< a compté plus d’entrants aux hôpitaux de Rome, en juillet, août et septembre 1849, que dans les mois correspondants de 1848 a Bougie, 1 une des garnisons les plus, mauvaises du littoral de l’Algérie. Donc l’acclimatement d’Afrique, c’est-à-dire le degré d’habitude ‘de l’organisme aux influences du climat, a été de quelque utilité en Italie, mais n a pas été et ne pou\ait pas être un brevet d immunité parfaite, car 1 immunité pai laite n existe nulle pari, pas môme pour les indigènes. Chaque climat, en effet, piélcw son tribut spécial sur les populations. A Rome, en temps ordinaiie, le cinquième des troupes romaines a la fièvre, a la saison des ehaleuis, ( I a cette époque l’hôpital <*i\ il du St. Esprit atteint le maximum de son mouvement, pour les entrées, ainsi que le démontrent les chiffres ci-apiès.
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Entrées mensuelles à l’hôpital St. Esprit (1848) :
Janvier . . . mo
Février 815
Avril 3y>
Iüai 456
Juin 413
Juillet . . 873
Août 1210
Septembre . . . . . il 70
Octobre 978
Novembre 1093
Décembre 830
Ce qui avait eu lieu en 1848 a eu lieu pareillement en 1849 :
Janvier 708
Février 382
Mars 522
Avril .... 400
Mai 280
Juin 180
Juillet 004
Août. 1310
Septembre 1290
Octobre 1123
On voit bien manifestement par ces chiffres que, comme pour l’Algérie, c’est encore au mois d’août que l’endémo-épidémie est à son apogée, dans la campagne de Rome, tant sur les indigènes que sur les étrangers, quelle que soit du reste entre eux la différence proportionnelle.
Les quartiers de la ville réputés plus salubres, ont-ils préservé notablement ceux qui les habitaient? Non, car les dragons étaient dans le quartier du Quirinal, dans les palais Barberini et Albani ; or les dragons ont plus souffert, que les chasseurs éparpillés et mal logés, surtout à la porte du Peuple, point réputé moins salubre.
De deux régiments rentrés d’Afrique, et ayant été dans les mêmes conditions, durant et après le siège, lequel a le plus souffert de l’endémoépidémie? Toujours celui qui a été caserné le plus loin, et qui a eu à faire les courses les plus pénibles (l). Ainsi le 15me léger, quoique rentré d’Afrique avant nous, a eu moins de malades que le 5G'no,qui étant relégué à la porte Portèse, au. fond du Transtevère en aval de Rome, allait pour les distributions diverses, par exemple, à l’extrémité opposée de la ville, à la porte du Peuple et bien au-delà lors des grandes manœuvres.
Par la même raison, dans un régiment, les hommes qui, par la nature de
(lj Aussi le far-iuenlo. prolongé et la siesle au milieu du jour, soûl deux obligations hygiéniques instinctives, chez l’Jlalien connue chez l'Arabe.
CLIMAT DF. HOME
leurs fonctions, étaient les moins exposés aux grosses fatigues, fournissaient le moins de malades. Nous en avons tous les jours une preuve manifeste dans la section hors rang, composée des ouvriers tailleurs et cordonniers, des musiciens, des sapeurs qui, formant un effectif presque aussi considérable qu’une compagnie, ont à peine fourni quelques malades dans le cours de l’été.
De tous les régiments, quel est celui qui a le plus souffert? Le 6Gme et cela parce que, partageant les conditions défavorables communes à tous les corps, il était le plus éloigné des lieux de réunion pour toutes les exigences du service. Relégué d’abord sur l’Aventin, point culminant, pénible à gravir, en butte aux courants aériens, il fut ensuite éparpillé au loin à S'-Grégoire, à la villa Mattéi, au Forum, exposé aux fatigues de longues courses, sous les ardeurs d’une insolation pernicieuse.
Aussi, sur près de 1000 hommes qui restaient dans ce régiment, quand nous en avons pris le service de santé par intérim, il nous est arrivé d’en visiter 95 dans un jour, et d’en envoyer 55 aux hôpitaux. Au 21 octobre, la compagnie de grenadiers du 2e bataillon, comptait GO hommes à l’hôpital, et 40 à la caserne, dont 27 seulement pouvaient faire le service. Si des hommes de choix et anciens soldats, donnaient autant de malades, on comprendra comment à une compagnie du centre du lPr bataillon, il ne restait, en octobre, que deux hommes n’ayant pas été encore envoyés à l’hôpital. Enfin, à la même époque, on comptait dans les hôpitaux de Rome, 800 hommes du GGP, c’est-à-dire, la moitié de l’effectif venu en Italie.
Les partisans de l’intoxication miasmatique pourraient nous dire : « le GGe a d’autant plus souffert, qu’il a été plus exposé aux émanations qu’ont dû fournir les remuements de terres, à la tranchée. »
Mais si là avait été la source du mal, pourquoi le 5Gra(', qui a partagé les mêmes travaux, n’a-t-il pas eu autant de malades? Pourquoi surtout le 15mc léger dans le même cas, en a-t-il eu moins encore que le 5Gme, et pourquoi enfin le 1 l ne dragons, dont la mission n’a pas été de venir creuser les parallèles, a-t-il eu relativement, plus de malades que le 15me léger et que le 5Gme (1).
Qu’on le croie bien, les vrais dangers de la tranchée n’étaient pas dans les remuements de terre, mais, outre le feu du rempart, dans les fatigues de la sape, l’insolation vive, la privation de sommeil; l’humidité glaciale des nuits, fatigues qui ont produit leurs effets plus prononcés chez ceux, qui, par leurs antécédents ou leur position ultérieure devaient être plus vulnérables.
Où s’est arrêtée la période ascendante de l’endémo-épidémie? A celle des chaleurs, dont elle a suivi les phases comme en Afrique. Puis à mesure
(1) Sous le rapport étiologique des fièvres rémittentes, auxquelles les dragons furent en butte, il faut tenir compte de l'influence du casque, dont le poids et la chaleur concentrée facilitent les insolations, d’autant plus qu’on est dans un climat plus chaud. — Ce fait avait été observé en Egypte.
que la chaleur a perdu de son élévation, la période de déclin de l’épidémie s’est manifestée, pour marcher aussi vile que celle de la température (•). C’est ce qu’indiquent les mouvements cités plus haut, où nous avons vu le chiffre des entrants aux hôpitaux s’élevant pour le 5Ge
à 151 en août et à 150 en septembre, tomber successivement à 90 en octobre,
à 00 en novembre, à 58 en décembre et 51 en janvier.
Notons encore qu’à la saison froide, les cas de lre invasion devenant de plus en plus rares, au point de constituer l’exception, les récidives étaient d’autant plus fréquentes, car rien n’est plus à redouter pour un convalescent, môme de longue date, que les refroidissements.
Aussi, de même qu’au gros de l’été, et c’était là une observation que nous avions déjà faite en Afrique, nous avions toujours plus de malades aux premières visites qui suivaient une prise d’armes, une revue, une grande manœuvre, après toute circonstance, en un mot, valant aux hommes des fatigues plus fortes ; de même, nous avions pareilles recrudescences en automne, après un coup de Tramontane ou de vent d’ouest, suivi de pluie, car toujours alors le nombre des fièvres et des récidives était plus considérable. Il est bon d’ajouter toutefois, que le nombre de nos malades n’augmentait dans ce dernier cas que d’une manière relative, sans jamais approcher de ce que nous avions à nos visites d’été.
Dans tous les chiffres, que nous venons de donner sur le bataillon, la proportion des fièvres, avons nous dit plus haut, a été seize fois plus considérable que la somme des autres affections internes réunies. Le total des fièvres étant :: 16,
les intermittentes ont été :: 8,
les rémittentes :: 4,
les intermittentes récidivées :: 4.
Plus nous avons avancé vers l’automne et l’hiver, plus nous avons vu le chiffre de notre mouvement tomber bas, au point que le chiffre général des entrants aux hôpitaux, s’élevant en août à 5801, est successivement descendu à 2952 en septembre,
1828 en octobre,
1240 en novembre,
1113 en décembre,
662 en janvier 1850.
Nous devons le redire, l’hypothèse de l’intoxication miasmatique, reste sans défense sous le coup de pareil résultat expérimental.
(1) Il est tellement reconnu qu’au milieu de l’automne, le nombre des fièvres diminue toujours considérablement, que, dans ses éludes statistiques sur Rome, M. de Tournon va jusqu’à dire: « Octobre se montre enfin comme un port, après la traversée de la saison néfaste. »
CLIMATS nr. RO MF..
On aurait pu penser qu’avec la saison froide nous viendraient en grand nombre les maladies inflammatoires, telles que les pneumonies, les pieurites, les rhumatismes aigus, etc., ces affections ont été très rares, à peine en avons nous eu quelques cas qui aient nécessité l’entrée des hommes à l’hôpital . C’est que déjà dans l’Italie centrale, les modifications physiologiques subies en été, rendent l’organisme moins apte aux réalisations franchement inflammatoires, quand vient la saison froide.
Endémo-épidémie de 1850.
Tout ce que nous avons observé en 1850, est venu confirmer ce que nous avons établi pour 1849.
Et d’abord, c’est encore de la manière la plus évidente que le nombre des fièvres s’est progressivement accru, en raison de l’accroissement des chaleurs.
En effet, les premières ardeurs du printemps de 1850 ont occasionné une certaine recrudescence, dans le mouvement des hôpitaux, surtout en juin. La perniciosité s’est dessinée à la fin de juillet, et les chaleurs considérables du mois d’août ont porté, comme en 1849, à son maximum, le mouvement des entrants, qui a commencé à baisser à partir de septembre. Ainsi le mouvement des fiévreux entrants chaque mois dans les hôpitaux militaires, sur un effectif moyen de 9000 hommes, composant la garnison de Rome, s’est successivement élevé :
de 174 en février à 207 en mars,
186 en avril,
242 en mai,
224 en juin,
579 en juillet,
et 1250 en août, pour s’abaisser ensuite à 1070 en septembre,
601 en octobre,
289 en novembre,
177 en décembre.
Il reste donc bien avéré que l’endémo-épidémie, quant au nombre des fébricitants, croît jusqu’au mois d’août (1), et que la période de déclin commence en septembre, aussitôt que se prononce l’abaissement de la température.
Que si actuellement nous abordons l’examen en détail, de la manifestation de l’endémo-épidémie par quartiers, et par corps de troupes, nous allons voir que les faits viennent, à chaque pas, infirmer les croyances qui
(1) Ajoutons que le mouvement des entrants fiévreux a été encore pour 1851 : en janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, de 141 133 213 275 22S 24(5 537 000 402 247
ÉTl'DF.S CLIMATÉ NIQUES ET MÉDICALES.
ont cours sur la salubrité relative des lieux, mettre la doctrine de l’intoxication en défaut, et faire ressortir l’importance étiologique des influences thermo-électro-hy'gromélriques de l’atmosphère, comme sources fébrigènes.
Nous avons vu que Rome occupe en partie les pentes des collines qui l’entourent. Tous ses quartiers ont été divisés par les étiologistes en lieux salubres et insalubres. Doni (!) a môme admis une 3mn catégorie, celle des des lieux médiocrement salubres. Dans sa classification on trouve rangées parmi les lieux salubres, pur position , les places de Venise et de Gésu, beau quartier de la ville, que décorent une foule de palais au pied du Capitole. Eh bien ! c’est précisément au centre de ce quartier, à la caserne Gésu, que l’endémo-épidémie de 1850 a commencé à sévir sur des compagnies du 15me léger, avec une intensité si spéciale, que l’autorité militaire fit faire une enquête, sur les causes présumées de cette localisation plus marquée des influences fébrigènes. Comment les prétendus miasmes paludéens auraient-ils franchi d’autres casernes de la périphérie, en les respectant sensiblement, pour venir se concentrer dans celle-là, située presque au cœur de la ville? Le cas était embarrassant, on dut donc examiner les particularités défavorables inhérentes au local même. Tout compte fait, on conclut que les latrines, défectueusement disposées, étaient les principales sources d’où partaient les influences délétères, et cela au grand étonnement de plusieurs officiers supérieurs, qui invoquèrent leui\longue expérience pour protester que non-seulement les fosses des lieux d’aisance n’étaient point des causes d’insalubrité, mais exerçaient bien plutôt (quis credat?) une salutaire influence sur l’état sanitaire des troupes logées dans le voisinage, ils ne manquèrent pas, le colonel du génie surtout, de citer, à ce propos, plusieurs autres casernes où les mêmes dispositions locales ne produisaient pas les mêmes effets que dans celles de Gésu.
On fit alors ressortir cette particularité que la plupart des hommes qui étaient pris de fièvre, avaient monté la garde aux portes S‘. Paul et S‘. Sébastien, point réputés très propices à l’intoxication miasmatique. Mais alors si les hommes allaient, comme on dit, s intoxiquer dans ces localités, pourquoi les mêmes compagnies du régiment (13e léger,) qui montaient la garde à leur tour dans les mêmes lieux, mais qui habitaient dans d’autres casernes, avaient-elles, dans le principe, peu de malades; relativement à celles de la caserne Gésu? Voilà ce que les intoxicationnistes n’ont pu et ne pourront expliquer d’une manière satisfaisante.
Au contraire, au point de vue des influences thermo-électro-hygrométriques, la caserne Gésu rend parfaitement compte de 1 apparition prématurée de l’endémo-épidémie de fièvres, dans ses chambrées. En effet, ce vaste bâtiment, par ses dispositions, le voisinage de son église et les hautes murailles du palais de Venise, ne laisse que fort peu d accès aux rayons du soleil. En jardin intérieur d’orangers et de citronniers, avec des fon-
(t) De rrstil. salut»', agri romani .
CLIMAT DR HOME
taines jaillissantes, répand une grande fraîcheur dans toutes les parties de rétablissement, dont toutes les pièces et galeries étant voûtées sont fraîches, quelques-unes très humides et sombres. Au retour des gardes, des corvées, des exercices quotidiens en plein soleil, les hommes en sueur, passaient brusquement d’une température très élevée à celle d’un frais caveau, et y prenaient froid, subissant ainsi inévitablement, toutes les modifications physiologiques défavorables que produit, sur l’organisme, la répercussion trop rapide du mouvement expansif périphérique. Le système nerveux était atteint dans son jeu fonctionnel, et dénotait bientôt sa souffrance, par les perversions de calorification et de circulation qui caractérisent la fièvre, cette manifestation morbide dominante des pays chauds.
En confirmation de cette loi pathogénésique, dont nous avons ici l’incessante réalisation, ajoutons la particularité qui suit. En visitant ces lieux, après avoir examiné la portion occupée par les compagnies, nous vîmes la partie de celles qui, placées absolument dans les mêmes conditions, est réservée aux jésuites. Un employé du réfectoire nous fournit plusieurs détails sur leur manière de vivre et leur état sanitaire que nous trouvions du toutau tout supérieur à celui des soldats; « c’est que, dit-il, leur régime est bien différent ! » Sans ôter à cet argument la part qui lui revient et dont les Italiens font si grand cas, nous n’hésitons pas à reconnaître que dans les pays chauds, l’état sanitaire des gens sédentaires, dans un même lieu, l’emporte sur celui des gens à grande activité, parce que surtout les premiers évitent l’insolation et les brusques transitions de température auxquelles les seconds sont constamment exposés. Les hommes du 15e léger, notamment, étaient de ceux que les exigences de leur service journalier tenaient le plus en mouvement, ajoutons encore qu’ils relevaient les gardes au plus fort de la chaleur; le défilé se faisait de onze heures à midi.
Qu’on le croie bien, dans un même climat, c’est en s’occupant des habitudes des individus, plus encore quedel’étatdeslieuxqu’ils habitent, qu'on aura la raison de ces prétendues bizarreries étiologiques faites, il est vrai, pour embarrasser les intoxicationnistes, et qui cependant sont la conséquence toute naturelle des circonstances, des conditions où ont été placés les individus.
Après avoir vu que l'endémo-épidémie avait progressé en raison des chaleurs, qu’elle avait éclaté avec une intensité tonte particulière dans un des quartiers réputés les plus salubres, nous allons voir maintenant qu’elle a épargné sensiblement, des quartiers placés de tous temps dans la catégorie des lieux insalubres. Ainsi, le Transtevère, portion misérable de la ville sur la rive droite du Tibre, a toujours passé pour payer un fort tribut aux endémo-épidémies de fièvres sévissant à chaque saison chaude; le 3Ge qui s’y trouvait caserné en 1849, put par lui-même confirmer le fait en ce sens, qu’après le GGP, il était des régiments ayant le plus souffert. Pour tous ceux donc, qui croient que la cause de la fièvre gît dans la
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
viciation miasmatique de l’air, le Transtevère est l’un des points les plus exposés à la pernicieuse influence de la mal’aria.
Or, qu’est-il arrivé en 1850, que le 52' qui l’a occupé en partie, a eu un état sanitaire des plus satisfaisants, par rapport aux autres corps; mais nous le demandons, dans des localités restant les mêmes, les influences météorologiques ayant été au moins aussi défavorables en 1850 qu’en 1849, comment se fait-il que la mal’aria, qui y sévissait sur nos troupes la Ie année, y ait perdu en partie son empire, l’année suivante, sur des compagnies du 52(;. Si les étangs de l’est et de l’ouest, si même les marais Pontins lancent des courants d’effluves sur Rome, aux distances de G, 12 ou 14 lieues, pourquoi le courant qui de tout temps aurait passé sur les rives du Tibre, aurait-il tari en 4850? la doctrine de l’intoxication miasmatique ne saurait trouver aucune raison plausible de ce fait embarassant, qui devient au contraire, un fait très naturellement explicable, au point de vue de l’étiologie, basée sur les influences thermo-électro-hygrométriques.
D’après les renseignements qui nous ont été fournis par notre obligeant confrère le Dr Clavey, aide-major au 52% nous avons su que ce régiment avait eu des exercices peu fréquents et peu fatigants, pendant la saison chaude, que son service de garde surtout était calculé de telle façon, que les hommes avaient toujours plusieurs nuits de repos, quatre ordinairement entre deux tours qui leur incombaient. Ajoutons encore, que dans certains cas, par exemple, pour monter ou descendre la garde, ils avaient de moins grandes courses à faire que ceux qui allaient aux postes de la périphérie sud-est de la ville, en un mot, par suite de la distribution du service, le 52e avait à supporter une somme de fatigues bien moins considérable que d’autres corps, dont nous parlerons, et c’est là qu’il faut chercher la véritable cause de la différence signalée dans son état sanitaire.
Autre exemple démontrant que, dans un autre quartier, les fièvres sévissent sur les habitants en proportion des fatigues qu’ils supportent. Dans le même quartier du Transtevère, à l’extrémité nord de la rue Longara, se trouve, sur la pente du Janicule, le monastère S'-Onufre, dernierrefuge du Tasse. Ce point passe tout à la fois, pour 1 un des plus fa\ niables et des plus agréables de Rome; tout près de ce couvent et dans la même exposition, se trouve aussi celui du Sagro-Ritiro, où était casernée une compagnie du 5GC, en 1849 (5e du 5”), qui, au moment de 1 endémoépidémie, fournit un nombre considérable de fiévreux, pendant que l’état sanitaire du personnel de S'-Onufre restait excellent. Or, la cause de cette différence ne saurait être cherchée autre part que dans la différence de> habitudes des deux catégories d’individus. Car, les influences d’un climat étant connues, c’est peu de savoir où sont logés ceux qui 1 habitent, il est bien plus important à Pétiologistc de savoir ce qu’ils font.
Nous ne quitterons pas la rive droite, sans signaler encore une particularité très embarrassante pour la doctrine de l’intoxication miasmatique.
CLIMAT DE ROME
Entre le Transtevère, réputé insalubre, et le Borgo et le Vatican , anciens quartiers de V in f amis aer, le fort St. Ange, fait l’angle nord-est du quadrilatère irrégulier que forme la partie de Rome sur la rive droite. Or, à ce fort, dont la position passe déjà pour être insalubre, on a fait de grandes réparations en 1850, tant pour curer les fosses, que pour refaire les parapets, les banquettes, les terre-pleins, en un mot tous les ouvrages en terre préalablement exécutés pour mettre des canons en batteries. Tous ces travaux ont nécessité de grands remuements de terre. Tout concourait donc, au point de vue de l’intoxication miasmatique à rendre ce lieu très insalubre, à en faire un foyer d’infection inévitable, et cependant, la garnison du fort St. Ange a fourni peu de malades, relativement à d’autres casernes.
Nous devons à l’obligeance de notre confrère le docteur Nicolas, les chiffres ci-après :
La garnison du fort se composait de deux batteries d’artillerie,
l’une de 145 hommes,
l’autre de 117 »
etde 54 hommes du train,
Total 296.
Eh bien ! sur ces 296 hommes en octobre 1850, il n’y en avait que huit aux hôpitaux, soit moins de 5 pour 100, pendant qu’au 1er octobre, le 15™ léger, par exemple, caserné à l’autre extrémité de la ville, comptait 22 p. c. de son effectif dans les hôpitaux.
Voilà assurément un cas très significatif pour démontrer l’innocuité des remuements de terres, auxquels les intoxicationnistes font jouer un si grand rôle en étiologie. Ajoutons au sujet des terrassements, que les soldats du génie se trouvant constamment dans les remuements de terres, et que l’état sanitaire de cette troupe s’est maintenu relativement très satisfaisant. Mais d’ailleurs est-il besoin de rappeler que les anciennes troupes romaines campaient, toutes les nuits, au milieu de terres profondément remuées, pour faire leur retranchements. Or, on sait combien les légiops romaines se maintenaient vigoureusement constituées. Que si de la rive droite du Tibre, nous passons sur la rive gauche, nous allons trouver à l’extrémité nord de la ville, la porte du peuple, dont les alentours sont réputés insalubres, et précisément dans le quartier de cavalerie, immédiatement hors de la porte, il y eut eu en 1849, un nombre assez considérable de malades fournis parles escadrons qui l’occupaient.
Cette circonstance semblait venir corroborer l’opinion publique, mais, voilà qu’en 1850, la batterie qui s’y trouvait n’avait en octobre que douze malades aux hôpitaux, soit six p. °/0, tandis que le 15" léger avait alors plus du cinquième de son effectif à l’hôpital.
En vérité, la doctrine de l’intoxication ne saurait donner une explication rationnelle de ees faits, qui sont bien de nature à l’embarasser. La mal’aria se fait sentir à Rome en 1850, pendant la saison chaude selon la règle
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annuelle, et précisément ce sont les quartiers du Transtevère, du fort St. Ange, de la porte du Peuple, trois points réputés très insalubres où l’endémo-épidémie sévit avec peu d’intensité. Pourquoi pareilles bizarreries dans l’action des miasmes, s’ils infectaient toute l’atmosphère de Rome, pourquoi et comment un air généralement vicié ne serait-il pas, en vertu de la loi des mélanges aériens, identiquement le même dans tous les quartiers de la ville, dont l’étendue n’est en définitive qu’un point au milieu de l’agro-romano?
Nous l’avons dit, sous un même ciel, il faut surtout s’enquérir des habitudes des individus pour se rendre compte de leur état sanitaire. Eh bien! en 4840, les troupes, casernécs dans le fort St. Ange et la porte du Peuple, avaient supporté comme toutes les autres les longues fatigues du siège, et quand vint l’endémo-épidémie, c’est-à-dire 1 action énervante du climat portée à son maximum, elle eut d autant plus de prises quelle rencontrait des organismes plus affaiblis. En 4850, au contraire, les troupes de cavalerie n’ont pas eu, tant s’en faut, les mêmes fatigues, et quoique très occupées, on peut de plus affirmer qu’elles ont un service moins pénible que celles de l’infanterie, les premières sortent toujours à cheval pour les manœuvres, les promenades etc., et ont encore 1 immense avantage de faire un service de garde bien moins pénible. Ajoutons aussi que les moyens de transport dont elles jouissent leur épargnent la partie la plus fatiguante des corvées de toute sorte qui incombent au soldat, toutes circonstances favorables pour être moins exposées au chaud et au froid, c’est-à-dire aux brusques transitions thermo-électro-hygrométriques; aussi l’artillerie, le train, les dragons ont, relativement, peu souffert en 1850.
Poursuivons notre exploration topographique de Rome au point de vue étiologique. Le mont Quirinal passe pour très salubre, pour jouir d’un aria ottima ; on le devinerait au choix qu’en ont fait les papes pour leur séjour d’été, et les princes Rospigliosi, Albani et Barberini pour y ériger leurs palais. Dès 4849, les dragons occupèrent les palais Albani et Barberini séparés du côté du dernier par une cour d’une cinquantaine de pas et par la rue Pia. Or, il advint que les dragons eurent beaucoup à souffrir de l’endémo-épidémie, et de plus on remarqua cette particularité que la proportion des malades fournie par les hommes du palai Albani, était relativement bien plus considérable. On fouilla alors dans les antécédents des escadrons, pour dénombrer les chances diverse, qu’ils avaient pu avoir, disait-on, de s’intoxiquer plus ou moins, selon les lieux où ils avaient campé; on fut même, soulevant des îiv alite, d’amour-propre, jusqu’à établir des différences dans le degré de solliCi tude dont les hommes étaient l’objet. Puis on finit par où on aurait « commencer. On fit permuter les escadrons, et on vit alors que e. hommes qui d’abord l’emportaient par leur état sanitaire, fourmssaien «J leur tour au palais Albani encore, plus de malades que ceux qui etaieni
allés les remplacer à Barberini.
CLIMAT DU HOME
Dès lors, plus de doute, la salubrité de ces deux casernements n’était pas la même, le palais Albani était un casernement moins bon que le palais Barberini; restaient à déterminer les conditions locales qui rendraient raison de ce fait en apparence extraordinaire. On fit ressortir alors que le palais Albani était de quelques mètres plus élevé que le palais Barberini, nous évaluons la différence de niveau à six mètres (un étage), que par suite de cette disposition il devait être plus directement en butte aux courants miasmatiques, et que les hommes s’y intoxiquaient plus aisément. C’est absolument comme si l’on prétendait à Paris, qu’à moment donné, l’atmosphère qui enveloppe le palais du Luxembourg, diffère de celle qui enveloppe l'Üdéon.
Libre aux intoxicationnistes de se contenter de pareilles explications ; pour nous, en visitant attentivement ces lieux dont, l’air ne peut être qu’identiquement le même, et où habitent des hommes' placés de tout points dans les mêmes conditions pour toutes leurs habitudes, nous n’avons pu découvrir qu’une seule différence entre les deux casernements, mais cette différence est capitale. Les pièces occupées au palais Albani sont, par leur disposition, par leur percement et le mode défectueux de leur fermeture, beaucoup plus ventilées que celles qu’occupe l’escadron du palais Barberini. Donc encore, si le palais Albani fournit plus de malades, c’est uniquement parce que les hommes qui 1 habitent, en rentrant des pansages, des promenades, des manœuvres, des corvées etc..., y sont plus exposés au courants d’air, à subir par conséquent la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère. Or, il faut avoir été dans les pays chauds, pour savoir de quelle impressionnabilité on devient aux saisissements frigorifiques, quand le corps est en sueur.
Nous venons de dire comment, en 4850, les troupes de cavalerie avaient moins souffert qu’en 1849, même dans des points censés insalubres ; examinons pourquoi des corps d’infanterie ont plus souffert a leur tour à la 2' année qu’à la 4ri:, en dépit des prévisions de ceux qui s’exagèrent la portée du mot acclimatement. Nous pouvons dire, tout cl abord, que le chiffre des malades s’est élevé dans les corps, en raison directe, de la somme de fatigues que les hommes ont eu à supporter, soit par le fait de l’éloignement, de leurs casernes, soit par la fréquence des corvées ou des exercices qu’ils ont eu à faire.
Le 1' bataillon de chasseurs à pied, qui a passé lété de 4850 dans les délicieuses villas de Frascali, n’a eu pour moyenne d hommes a 1 hôpital, en juillet, août, septembre et octobre, réunis que . . . - h. 40 %•
Le 52 de ligne, caserné en partie au milieu du Transtevère, en partie sur la rive gauche, au voisinage du pont Sixto, se rapprochant déjà de la portion centrale de la ville, et placé, quant a ses habitudes, dans les conditions dont nous avons parlé, a eu la moyenne la plus satisfaisante des
troupes de Rome h. 80
Le 25" léger et le 22", qui étaient casernés plus au centre de Rome.
ÉTUDES CLIMATÉKIQUES ET MÉDICALES
dans la portion plane de l’ancien Campo Marzo, ont eu l’un et l’autre peu de chose plus que le 52" 4 h. •%.
L’artillerie éparpillée au Transtevère, au palais Corsini, au fort S'-Ange, à la porte du peuple, a eu la moyenne de . 4 h. 00
Le 111' dragons aux palais Albani et Barberini . . . . oh. 90 °/0.
Le 2~ bataillon de chasseurs à pied, rélégué au fond du Transtevère, à S'-Michel et autres points voisins de la porte Portèse, a dépassé de plus des deux tiers la moyenne du \cr bataillon 7 h . 70 °/0.
Le 30e de ligne, répandu sur les monts Viminal et Esquilin, a eu une moyenne de 12 h. 10 °/tll
Enfin, le 13e léger, qui du côté nord du Capitole se répandait le long du Forum, a eu pour les 4 mois précités . . . . 15 h. °/0.
de son effectif dans les hôpitaux et un maximum de 22 h. en octobre.
Comment se fait-il encore, que ce dernier régiment, qui, dans les douze mois de 1849, n’avait eu que *571 fiévreux entrés aux hôpitaux, en ait eu en 1850, rien que dans les trois mois de juillet, août et septembre 72G (I)?
En parlant de la portion de ce régiment, casernée à Gésu, nous avons déjà dit dans quelles conditions fébrigènes elle s’était trouvée, complétonsles par quelques autres considérations. E11 1849, le 15e léger occupait le centre de la ville, ou à peu près, tandis qu’en 1850, il s’est trouvé éparpillé vers la circonférence, ce qui l’a astreint à des courses de toutes sortes beaucoup plus fatiguantes. De plus, l’exposition du casernement, surtout des quartiers du Forum, était plus défavorable en 1850. Ces quartiers plus isolés, plus directement exposés aux ardeurs du soleil et aux courants aériens, moins abrités sous tous les rapports que les quartiers du centre de la ville, exposaient les hommes à des variations plus considérables de température.
Mais une particularité principalement à noter, c’est que ce régiment a eu longtemps à fournir les postes de S-Paul et de S‘-Sébastien, les plus éloignés de toute la ville, car pour aller à ce dernier il y a une lieue de chemin. Les hommes pour s’y rendre se mouillaient de sueur, et passaient ensuite la nuit dans les lieux bas où l’humidité se condensait en abondant serine et souvent en brouillards.
Un autre inconvénient de ces postes, consistait dans les courses que chaque homme faisait au moins deux fois par garde, pour venir au Corso, accompagner, au bureau de la place, les étrangers arrivant à Rome, il advenait, donc, qu’outre le service des factions à ces postes, les soldats avaient en moyenne, six lieues de courses supplémentaires, pour aller prendre le poste, venir à la place et descendre la garde, sous les ardeurs de la plus vive insolation. Aussi, soit pendant la garde, soit le lendemain, ou les jours suivants, les hommes qui revenaient de ces postes, étaient pris de fièvre en grand nombre.
;i) D’après le relevé de >1. Volage, chirurgicn-nnjor du 13e léger.
CLIMAT DE ROME
De son côté, le 36° est après le 13e léger, le régiment qui a eu le plus de malades, il était caserné aux Thermes de Dioclétien et dans les environs de S1 -Marie-Majeure, et comme tous ces points sont découverts, les intoxicationnistes de s’en prendre aux prétendus courants miasmatiques que vomirait l’agro romano, hypothèse que les faits sont venus infirmer de la manière la plus évidente.
Et d’abord : si le quartierMes Thermes de Dioclétien était essentiellement insalubre par l'air qu'on y respire, il faudrait que tous les individus qui y habitent fussent pris de fièvre sur des proportions analogues et c’est ce qui n’a pas lieu, tant s en faut.
Dans ce quartier se trouvent les couvents de St. Bernard et des Chartreux, or, ces cénobites, grâces à leurs habitudes sédentaires, fournissenttrès peu de fébricitants; il y a de plus les institutions des Sourds-Muets et des Orphelins de Marie des Anges, qu’on ne laisserait point assurément en séjour infect, si ce quartier était aussi insalubre qu’on a voulu le dire.
Invoquons de nouveau les chiffres; l’établissement des filles pauvres adjacant à la grande caserne des Thermes et comptant 478 filles, avait, en août 1830, d’après l’affirmation de madame la supérieure, 30 malades, tandis qu’un même nombre de nos hommes en fournissaient le double.
L’exemple suivant est bien plus frappant encore; en face de la même caserne et toujours sur la même place des Thermes, se trouve une prison où étaient 470 détenus en 1830, or, au plus fort de l’endémo-épidémie, le 23 août, ces 470 prisonniers n’avaient que 1) fiévreux, pendant que la compagnie de grenadiers du l'rbataillon,qui se trouvait casernée dans lecorps de bâtiment de la même prison, sur un effectif de 80 hommes, en avaient le tiers aux hôpitaux. Pourquoi cette énorme différence entre individus vivant sous le même toit.
Objecterait-on, que les prisonniers étaient plus épargnés parce qu’ils étaient originaires du pays? Mais la population romaine, loin d’être réfractaire à la fièvre, paie un fort tribu annuel à l’endémo-épidémie. Les hôpitaux civils, presque vides au printemps, nous l’avons vu, s’encombrent de fébricitants au gros de l’été ; c’est ainsi, par exemple, que le chiffre des malades de l’hôpital St. Esprit, de 280 en mai, s’est élevé à 1310 en août 1819.
Ce que nous avons dit des troupes casernées au Forum, est applicable aussi â celles des Thermes et de S" Marie-Majeure, si l’état sanitaire des deux bataillons qui s’y trouvaient est presque arrivé a la gravité de celui du 13,ni! léger, c’est que, dans des conditions analogues la somme de toutes les fatigues du service a été pour eux très considérable aussi. Et d’abord on comprend que, disséminées sur les sommets du Vitninal et de l’Esquilin, les compagnies du 3G,n<!, avaient tout â la fois conlre-elles et la longueur des courses quand elles descendaient en ville, et les inconvénients de la montée au retour, inconvénients notables surtout quand l’homme est sous les armes, ou sous le fardeau au jour de distribution (•), car mis en nage,
(t) Los hommes sentaient si bien los inconvénients des corvées de distribution, qu ou . en vint à louer, sur les deniers des compagnies, dos charrettes pour le transport des denrées et du bois.
ÉTUDES CLIMATÉIMQUËS ET MÉDICALES
en rentrant dans des casernes à courant d’air, il subit les refroidissements dont nous connaissons les dangers.
D’autre part, le 5Gmc avait la garde des portes Salara, Pia, Tiburtine, Prenestine et St. Jean-de-Latran, s’éloignant toutes à la périphérie Est, Sud-Est, la dernière a i/2 lieue des quartiers. Or, outre les fatigues résultant des courses plus longues et plus multipliées, pour aller occuper ces postes, ou aller à la place accompagner les étrangers, il y a de plus un véritable danger pour les factionnaires à s’exposer en sueur, sous les arcs de ces portes, par lesquelles s’engouffrent toujours des courants aériens saisissants, à tel point que fréquemment des hommes jusques là sans trouble notable dans leur santé, étaient, relevés de faction pour des accès qui éclatent soudainement, preuve évidente qu’il n’y a d’incubation nécessaire, que pour les étiologistes qui s’obstinent à ne voir que des causes occasionnelles dans des faits si significatifs.
Nous devons de plus ajouter en ligne de compte étiologique quelques détails de service intérieur, concourant à aggraver les fatigues du soldat. Ainsi, par exemple, le service de place est réglé d’après le chiffre des effectifs des corps, c’est d’après les situations indiquant le nombre d’hommes qu'ils comptent, qu’on désigne le nombre de ceux qu’ils auront à fournir quotidiennement pour les gardes, les corvées, etc. Eh bien ! par une erreur regrettable, la situation du 36mü était enflée, par celui qui était chargé de l’établir. C’est-à-dire qu’on y laissait figurer comme hommes disponibles les détachés, les malades, ou convalescents à la chambre, les sous-officiers comptables, etc. toutes non valeurs qui n’ayant pas été défalquées, occasionnaient des tours de garde plus rapprochés, pour les hommes présents aux compagnies, on en arriva au point, surtout quand l’endémo-épidémie fut à son apogée, à n’avoir à l’appel de cinq heures du soir, moment où depuis quelque temps on relevait les gardes, que le nombre d’hommes nécessaires pour aller remplacer ceux qui occupaient les postes. C’est-àdire que la moitié des effectifs disponibles des compagnies couchaient à la caserne, et l’autre moitié dans les corps de garde, ce qui, en dernière analyse, faisait que les hommes n’avaient qu’une nuit de repos dans leur lit entre deux gardes, au lieu de cinq que, réglementairement, ils auraient dû avoir, au lieu de trois et de quatre que le 52e avait; on finit enfin par s’apercevoir de ce fâcheux état de choses, mais on ne put y remédier qu’en partie, car le service de place de Rome, en temps d’épidémie surtout, dépasse par ses nombreuses exigences, les forces de la faible garnison qu’on y a laissée.
Ce n’est pas tout, les exercices, dans un pays où on n’en devrait pas faire à la saison chaude, venaient accabler le soldat d’un surcroît de fatigues. Deux fois par semaine, le 5GC se rendait sur le terrain de St. Jean de Latran, pour les évolutions de ligne; les autres jours, excepté le samedi, il faisait l’école de bataillon aux Thermes de Dioclétien, puis en plus de ces exercices, cinq fois par semaine, il y avait encore exercicesde théorie pratique pourles sous-officiers et caporaux, de 2 heures à 'i heures I 2 du soir.
CLIMAT UK I\OME.
Aussi les adjudants-majors, chargés de ces derniers exercices, ne tardèrent pas de voir ces sous-officiers et caporaux, tous soldats faits cependant, pris de fièvre par lignes entières. Pour nous servir de leurs expressions, ces pelotons de théorie pratique fondaient chaque jour, au point de se réduire à rien.
Aces exercices réguliers il faut ajouter les prises d’armes accidentelles pour les revues du dimanche, les détachements fournis pour assister aux cérémonies religieuses, les compagnies commandées de piquet, le peloton de punition pour les hommes de la salle de police, etc.
11 y a en outre ce que les hommes appellent ironiquement les revenants bons; à l’époque où les gardes relevaient à neuf heures du matin, il arrivait que les hommes rentrants de l’exercice qu’on faisait au jour, avaient à peine le temps de manger la soupe, qu’ils devaient prendre le sac; de leur côté ceux qui descendaient la garde venaient à peine de rentrer au quartier qu’ils en repartaient aussitôt, pour la promenade militaire ou les grands exercices. De sorte qu’il arrivait parfois que des hommes ayant la veille fait l’exercice et monté la garde, ayant passé la nuit sans repos suffisant, étant restés tout le lendemain sur leurs jambes à une grande manœuvre, aux collines d ’acqua acetosa ou d ’acqua traversa en amont, fussent désignés au retour à 5 heures, pour aller encore porter la soupe aux corps de garde, astreints ainsi à ne revenir manger la leur que vers les sept heures du soir. Des faits pareils disent d’eux-mêmes que tout homme montant ou descendant la garde, devrait être dispensé des exercices du jour, sinon partout et toujours du moins en été dans les pays chauds. C’est un faux calcul de croire utiles à la troupe des exercices longs et;
multipliés, et de les rendre obligatoires pour tous. C’est en exigeant trop delà force des hommes, qu’on épuise les organismes, qu’on les rend plus impressionnables aux influences morbigènes, et plus aptes à contracter les maladies endémiques, qui les tiennent d’autant plus longtemps impotents qu’ils ont été plus exténués. C’est ainsi que les effectifs se fondent, que les hôpitaux s’encombrent, tandis que le contraire aurait lieu, si le semestre d’été se passait au repos, sauf à rattraper le temps perdu au semestre d’hiver. Daus les pays chauds surtout, les sévices du climat s’exercent en raison de la dépense des forces et du défaut de réparation. Voilà le terrain étiologique dans lequel le médecin militaire doit se retrancher, sans négliger les détails locaux, pour obtenir des mesures prophylactiques qui tourneront tout à la fois au bénéfice de la santé des troupes et au profit de l’État.
Nous devons actuellement faire la part d’insalubrité qui provient de la position des casernes, dans des quartiers déshabités. Plus un bâtiment est isolé, plus il reçoit directement les influences solaires. La température s'y élève considérablement dans le jour, et s’y abaisse d’autant plus encore pendant le rayonnement des nuits, surtout sur les points culminants comme les Thermes ou Sl,-Marie-Majeurc. De plus, un édifice isolé, en butte a tout vent, expose encore bien plus ses habitants à l’action de toutes les
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
viciscitudes atmosphériques qui se produisent à intervalles, plus ou moins rapprochés, dans le climat de Rome.
Toutes ces oscillations dans l’état lhermal-éleetrique ou hygrométrique, qui sont peu senties par les gens sédentaires, dans les lieux abrités par de grandes masses d’édifices serrés (•) les uns contre les autres, et la juiverie ou Ghetto en offre un exemple remarquable, sont très vivement sensibles aux Thermes, par exemple, et très dangereuses pour des hommes actifs, comme les soldats, rentrants toujours en sueur dans leurs chambres.
Toutes ces réflexions s’appliquent exactement au palais de la Villa Midici, où se trouve l’académie de France, adossée au sommet de la colline du jardin (2; (le Pincio, promenade publique), dominant de plus de toute sa hauteur, les édifices, les plus élevés de la place d’Espagne complètement isolée. On y jouit, par son altitude et sa position, non seulement d’un des plus beaux points de vue, mais d’une aération aussi bonne que ce puisse être à Rome. Mais précisément en raison de ces conditions, c’est un belvédère pernicieux, l’aération y étant trop vive et trop changeante comme la température, ses vestibules, son escalier, ses salles tout y étant d’une fraîcheur glaciale qu’augmentent encore des touffes d’arbres et les fontaines jaillissantes qui l’avoisinent.
Or, comme il n’est pas possible aux pensionnaires de l’académie des beaux-arts, en été surtout, de remonter de la ville sans être en sueur, en arrivant chez eux, ils sont infailliblement exposés aux refroidissements. Aussi il est rare que ceux qui ne payent pas leur tribut à la fièvre, la première année, y échappent à la deuxième ou à la troisième, au moment enfin où les modifications physiologiques subies plus ou moins brusquement, ou plus ou moins lentement, font passer l’organisme, de l’imminence morbide, à ces dérèglements du système nerveux et de la circulation qui caractérisent la fièvre.
Enfin, il arrive encore, d’une façon bien évidente, que dans un même corps de bâtiment, les pièces les mieux abritées, donnent le moins de malades. Ce fait a été très manifeste à la fic compagnie du 1er bàtaillon. Ce bataillon occupait aux Thermes quatre grands couloirs situés au-dessus de la Colonnade du rez-de-chaussée, circonscrivant un vaste jardin carré, de 125 pas de côté. Ces quatre couloirs communiquant aux quatre angles, forment ainsi une galerie continue de plus de 400 mètres de tour, dont toutes les fenêtres donnent, à la mode arabe, sur le jardin intérieur, de sorte que l’aile sud regarde au nord, l’aile nord, au sud, l’aile ouest, à l’est, et celle de l’est, à l’ouest.
(1) La valeur de ce fait élait connue de longue date; rappelons le regret que Tacile formulait ainsi sur la destruction des vieux quartiers de Rome, par l'incendie de Méron, Erant qui cenderant vétéran illam fonna'n salubritali magis conduxisse quoniain Augustin iltinerum et alliludo leclorum non perinde solis vapore perrumperenlur ut nunc palulatn latiludinem et nulla umbra de fensam graviore ardescere. Ann. lib. XIII.
(2) Colle dagli orluli. — Dénomination dérivant des superbes jardins do Salluslo.
CLIMAT DE ROME
Il résulte de cette disposition, que le soleil , dans sa course, donne directement et successivement dans les trois ailes regardant à l’est, au sud, à l’ouest, tandis que le couloir qui fait face au nord, ne recevant pas le soleil, ne s’échauffe point dans la proportion des autres, aussi y seril-on toujours une température plus agréable dans le milieu du jour, or, la 6e compagnie qui occupait ce côté, a eu notablement moins de malades que les autres. En effet, en août, septembre et octobre 1850, elle a eu 36 entrants aux hôpitaux, pendant que sa voisine la 4% placée sous le même toit, dans le couloir faisant face au sud-est, en a eu dans le même trimestre 54. Différence 18. La cause de celte différence d’état sanitaire recherchée minutieusement n’a pu être trouvée, à nos yeux, que dans la différence d’exposition des portions d’un même casernement, car ainsi l’a dit Hippocrate: Non æquales sunt vires ad seplcntrionem silœ et vergentes ad austrum aut soient exorientem aut occidentem.
Si nous ajoutons encore que les quartiers des Thermes sont entourés de vastes jardins, où se font de fréquentes irrigations, nous trouverons dans l’abondante évaporation qui s’y fait, par des eaux ainsi étalées sur un sol fortement chauffé, une nouvelle et puissante cause de fluctuations thermoélectro-hygrométriques de l’air ambiant, dangereuses surtout pour les gens de grande activité comme les militaires.
Que si on objectait que c’est là une cause de dégagements d'effluves, s’ajoutant à tous ceux qu’est censé répandre l’agro-romano, on explique alors pourquoi, dans ces mêmeslieux,’ l’état sanitaire des sourds-muets, des orphelins, des chartreux, des bernardins, des prisonniers entourant la place des Thermes, reste relativement si satisfaisant, à côté de celui de nos soldats, dont Eâge et la constitution devrait les rendre plus réfractaires.
Pourquoi surtout dans le régiment même trouve-t-on de si notables différences, dans les états sanitaires des compagnies? Les ouvriers cordonniers et tailleurs de la section hors rang, par exemple, ont été épargnés complètement par l’endémo-épidémie, il n’y a pas eu de fiévreux parmi eux. Evidemment, c’est grâce au bénéfice de leur position sédentaire qui les soustrait aux dangers de l’action solaire et aux grandes fatigues. C’est si vrai, qu’à côté d’eux, dans la même section hors rang, les musiciens qui ont a assister aux prises d’armes, auxquels incombent de plus des corvées accidentelles, qui ont par conséquent un service plus actif, ont déjà quelques fièvrieux par intervalles.
Puis les compagnies qui ont le gros service et les gardes de nuit ont le plus à souffrir, et les plus maltraitées sont toujours celles qui par suite de leur position, ou des circonstances, ont eu la somme la plus considérable de fatigues à supporter, et cclà quand bien même elles se trouvent composées, comme les compagnies d’élite, d’hommes de choix et d’anciens soldats. Ainsi les grenadiers surtout ont eu plus de malades que la plupart des compagnies du centre; par exemple, les grenadiers du I r bataillon (I), ont eu en août, septembre et octobre 1850, 55 fiévreux
I) Casernes à la prison des Thermes
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entrés aux hôpitaux, tandis (pie la 6e compagnie du centre, nous venons de le voir, n’a eu pour le même trimestre que 56 entrants, différence 19.
C’estjque les compagnies d’élite partageant de tout point le service commun à toutes, avaient de plus un service hebdomadaire, consistant à se rendre en armes, aux églises où avaient lieu les cérémonies (dlicielles. Or, on ne saurait croire quelle transition brusque de température on subit, en passant du soleil de la rue sous les froides voûtes des églises. Les compagnies d’élite qui avaient un long trajet à parcourir pour se rendre d’un pas rapide (0 à ce service exceptionnel, y trouvaient tout à la fois un surcroit de fatigues et de nouvelles occasions de subir les influences fébrigènes du refroidissement, le corps étant en sueur, car c’est toujours là la pierre d’achoppement. Terminons ce qui a trait au 56", parla mention d’une particularité qui donne un nouveau démenti aux préjugés qui ont doté si arbitrairement les différents quartiers de Rome d’air salubre ou insalubre, d’ana otlima ou cuttiva , de buon'aria ou de mal’ aria.
Le quartier de S1*- Marie Majeure passe pour jouir d’une grande salubrité, et les Thermes sont regardés comme très insalubres. Cependant ces deux points sont à une semblable altitude, séparés de 500 mètres environ, et notons-Ie,les Thermes sur la crête nord du Viminal, etStJ Marie Majeure sur la crête sud au point où commence l’Esquilin. A l’époque où nous eûmes connaissance de cette croyance, nous eûmes la curiosité de comparer le nombre des malades aux hôpitaux, fournis tant par le bataillon qui était dans les quartiers de S1' Marie Majeure, que par celui qui était caserné aux Thermes, celui-ci en avait, en août 1850, 105, et l’autre en avait 100. Il n’était pas possible, on le voit, que l'endémo-épidémie réclamât ses contingents d’une façon plus égale, c’est que ce que nous avons dit des hommes habitant aux Thermes, s’applique pareillement à ceux de S‘ Marie Majeure.
Partout oû les troupes françaises ont stationné, nous avons assisté à de grandes expérimentations qui sont venu contredire les opinions vulgairement accréditées, quant à la salubrité relative des différents quartiers de la ville, le Transtevère, le fort Stn Ange, la porte du Peuple, lieux au niveau des rives du Tibre et réputés insalubres, ne l’ont pas été en 1850, toujours d’une manière relative pour le ô!2', l’artillerie, le génie, et le train des équipages qui y ont habité. La caserne Gésu placée dans la portion plane de la ville, passant pour très salubre, a vu l’épidémie sévir avec intensité sur les quelques compagnies du 15' léger qui l’occupaient. Les sommets du Viminal, l’insalubre quartier des Thermes comme on l’appelle, a fourni moins de malades cependant (pie le quartier déprimé du l orum.
; | )A. pas accéléré est habituel à nos troupes ; plus modérés, les carabiniers romain* vont au pas ordinaire. On peut même distinguer les cavaliers par les seules allures de
leurs chevaux.
CLIMAT DE HOME
où était le 15'* léger, et ainsi de suite d’une foule d’autres points.
L’air de Rouie est donc de même nature aux quatre points cardinaux de la ville, et si l’état sanitaire de la garnison diffère dans les mêmes lieux de celui de la population’civile, si des corps de troupe diffèrent entre eux, si dans le môme corps des compagnies diffèrent entre elles, si dans un même corps de logis les habitants diffèrent entre eux encore quant à leur état sanitaire, c’est surtout dans les différences d’habitudes et certaines différences locales exposant les individus, plus ou moins, à l’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques du climat, que l’étiologiste doit en chercher la cause, et non dans une viciation miasmatique de l’air, hypothèse toute gratuite, qui n’a pas même pour elle de fournir une interprétation rationnelle des faits d’observation.
Aussi, dernièrement, l’impuissance de la théorie de l’intoxication, était dénoncée en ces termes, à propos de la mal’aria; « D’où vient cette influence? On ne sait; elle règne ici et non pas là, sans raison apparente, tantôt elle monte, tantôt elle descend, elle attaque un quartier et respecte l’autre, le Ghetto, au bord du Tibre, aux rues étroites et sombres peut passer pour être sain, de délicieuses villas où 1 eau vierge murmure dans le marbre blanc, où les pins parasols balancent leur ombre sur des massifs de fleurs, recèlent la mort, dans de riants asiles que la maladie choisirait pour sa convalescence, et M. Carrière ajoute « Quelle cause produit le mal' aria, on n’en sait rien, on n’en peut rien savoir. La science essaie encore de balbutier des explications, mais 1 expérience a démenti toutes les hypothèses. »
Eh bien ! nous le déclarons, la science a un moyen certain de n’en plus recevoir de démentis, c’est de faire trêve d hypothèses, qui ne sont que le statu-quo de l’erreur, quand oubliant qu’elles ne sont que pour marquer des temps d’arrêt, des moyens d’attente de recherches ultérieures, on les prend pour la réalité, et qu’on plie, à leurs exigences, l’interprétation des faits, aux dépens de leur rigoureuse signification. Poursuivons notre analyse d’observation : De même que le climat peut exercer sa pernicieuse influence, à degrés variables, dans tous les lieux, de même aussi il peut atteindre tous les tempéraments, toutes les constitutions et tous les âges. Le relevé de nos malades entrés aux hôpitaux nous fournit, en effet, la série, ci-après :
19 ans, 20. 21, 22, 25, 24, 25, 20, 27, 28, 29, 50, 51, 52, 55, 54, 55, 50,57,58,59,40,41,42,45 . . . 47, 48, 51 , 55 ans, ce dernier
atteint de fièvre rémittente bilieuse.
Toutefois, les hommes âgés, étant peu nombreux, on comprend que c'est parrnis les moins âgés, qu’il v a le plus de malades. Ainsi, nous trouvons parmi les fébricitants du 50B entrés aux hôpitaux de Rome, en septembre et octobre 1850 :
4 hommes de 22 ans 39 » de 23 ans
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
35 hommes de 24 ans
24 » de 25 ans
13 •> de 2fi ans