TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE
La campagne de Rome est comprise entre l’Apennin, ou ses ramifications, et les rives de la mer Tyrrhénienne (1), c’est-à-dire entre un grand arc montagneux dont le littoral serait la corde, et dont, pour continuer notre comparaison, le Tibre représenterai t la flèche. L’extrémité nord-ouest, de l’arc montagneux, s’avance à la hauteur de Palo, presque jusqu’au bord de la mer; de ce point, les montagnes de l’Étrurie courent du nord à l’est, en formant la chaîne du Cimino, à laquelle succèdent vis-à-vis du mont Oreste (le soracte au nord de Rome), les montagnes de la Sabine. C’est en face de ces dernières que la campagne de Rome offre sa plus grande profondeur, (vingt-cinq lieues environ sur vingt de largeur), puis elle se rétrécit au sud, par le contour des monts Albains qui la séparent des marais Pontins, aux environs de Velletri.
« Nous avions sur notre main gauche l'Apenin, le prospect du pays bosse, » plein de profondes fendasses — le territoire nud sans arbres, une bonne » partie stérile... » Cette esquisse convient encore à la campagne de Rome, comme au jour où Montaigne la formulait (2 . Elle offre, en effetdans toutes les directions, comme autant de vagues figées lors du dernier cataclysme, des ondulations de terrain constituées par des séries de mamelons nus, séparés les uns des autres par des ravins ou des vallons profonds, dans l’un desquels Rome disparaît presque entièrement, masquée qu’elle est par ses collines historiques. C’est pour celte dispositon qu’on dit la campagne et non la plaine de Rome. Cependant, considérée dans son ensemble, d’un point culminant, les accidents de terrain s’effacent avec la distance, et l’on saisit, très pures, les lignes d’un vaste horizon, se dirigeant en plan incliné de l’Apennin à la mer.
Sur cette immense étendue, où florissaient jadis de nombreux centres d’habitations, le temps a semé partout la désolation. Aussi le souvenir du passé rend-il plus sensible encore le morne silence de ces vastes solitudes, qui n’offrent et n’offriront jamais peut-être que des tombeaux (3).
A part quelques villas, oasis clair-semées, ce ne sont que vastes et maigres pâturages, délimités par de simples barrières, dans lesquels paissent de nombreux troupeaux de bœufs, de buffles, de chevaux et d’espèces ovines. Puis çà et là quelques cabanes en chaume, où sont souvent pêle-mêle bêtes et gens, et par intervalles des chapelles isolées et vides, comme les marabouts des plaines africaines.
Le sol, dont les bancs coquilliers et les couches d’alluvions n’occupent
(1) De Turrlienus qui avait conduit une colonie de Lydiens dans le Lalium, et qui fonda une ville portant son nom, e<ttc 'ïvpprjvtx 7ro).iç (Strabon).
(2) Montaigne voyageait en 1550 en Italie, pour se guérir et se distraire.
d) Cette réflexion date de 1852.
CLIMAT DE HOME
que la surface la plus basse, mais qui est généralement dénaturé ignée, et dans la gangue volcanique duquel on retrouve mélangés les tufs granulaires, la lave poreuse, la lave basaltique compacte, la terre brûlée connue sous le nom de pouzzolane, les scories vitrifiées, etc., craque souvent sous les oscillations menaçantes des tremblements de terre. Par son inclinaison vers la Méditerranée il permet a tous les cours d’eau de trouver un écoulement facile. Il y a cependant, dans l’intérieur des terres, quelques lacs dont les eaux limpides ont pris, dans l’infundibulum d’anciens cratères, la place de la lave incandescente, tels sont ceux de Bracciano, de Gabies, de Nemi, de Castel-Gondolfo, ou qui contiennent des eaux sulfureuses, comme les trois petits lacs que forment les eaux Albulées, dans la plaine Tiburtine et qui se déversent cà plein canal dans la petite rivière de l’Anio (Teverone).
Quant au Tibre, ses eaux, rendues bourbeuses par de l’argile blanche qu’elles tiennent en suspension, roulent dans un lit profondément encaissé, entre le double gradin des berges. Les gradins inférieurs contiennent les eaux en temps ordinaire, et au-dessus se voient, bien plus distants l’un de l’autre, les gradins qui ont été façonnés par les crues extraordinaires, qui surviennent cà de très grands intervalles, car on n’en compte que 47, avant l’ère vulgaire, et ol du premier siècle à nos jours, soit une par période de 40 ans environ, depuis la fondation de Rome.
Ces crues qui ont coïncidé tantôt en automne avec des pluies prolongées, tantôt au printemps avec la fonte de quantités considérables de neiges, dans les Appennins, sont arrivées parfois à inonder les quartiers bas de la ville (G, mais n’ont pu inonder, au loin, la campagne, par suite de la disposition accidentée des terres, et de la hauteur des berges, qui est partout considérable, soit en amont soit en aval de la ville.
Une question se présente ici : le lit du Tibre, dans sa portion qui traverse Rome, s’est-il excavé depuis les temps historiques, ou, au contraire, tiendrait-il, comme celui du Pô, à s’élever insensiblement? Si nous réfléchissons que des restes de quais, une partie de la proue du navire en pierre qui portait le temple d’Esculape dans l’île Tiberine (2), des piliers des ponts Sublicius et Palatin, tous vestiges datant environ de deux mille et tant d’années, restent découverts aux basses eaux, que surtout le niveau du Tibre est toujours au-dessous de celui de l’égoût Cîoaca-Maxima, creusé il y a 2470 ans, nous pourrions affirmer en toute sécurité, que si le lit ne s’est pas considérablement creusé, il ne s’estmpas du moins exhaussé.
(1) C’est ce qui est arrivé aux premiers jours de novembre 1851 .
(2) A l’occasion d'une pesle, une députation envoyée à Epidaure, au temple d’Escülape, en rapporta un serpent protecteur, qui fut confiné dans Pile Tiberine, appelée depuis- Lycaonie; un temple ayant pour base le vaste pont d’un navire en pierre, qui porta aussi les temples de Jupiter et de Faune, y fut érigé au Dieu de la médecine, auquel des tables, voiives rapportaient les cures du portique, opérées par les prêtres ( auLpolius nalurâ). On voit encore, à tribord, les images du serpent et d’Esculape. Ces lieux comme tant d’autres changeant de maîtres n’unt pas changé de destination : aux prêtres Lycaoniens ont succédé des moines, l’ancien portique est l’hôpital et le temple l’église de San Bartolomoo.
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Si en thèse générale, la campagne de Home n’est pas marécageuse, on ne saurait en dire autant du littoral ; dans le voisinage d’Ostie et de Fiumicino, points où ont leurs embouchures les deux branches du Tibre qui embrassent le delta de File sacrée, se trouvent les deux étangs salés de Ponente et de Levante, qui sont, comme les anciennes salines, à six lieues de Rome.
Mais à l’exception du littoral, c'est à tort que les étrangers connaissant la prédominance des fièvres de la campagne de Rome, l’ont dotée de marais qu’elle n’offre pas, et d’autre part c’est à tort encore que quelques médecins romains, appuyés sur l’étattopographiquedeleurpays, qu’ils affirment avec raison n’être pas’marécageux, ont cru être autorisés à le donner comme plus salubre qu’il n’est réellement. Non Rome n’est pas au milieu de marais; oui les fièvres sont très nombreuses, très dominantes à Rome. Ces deux propositions ne se repoussent qu’en apparence, nous le verrons en retrouvant, au climat de l’Italie centrale, une constitution météorologique analogue à celle de l’Algérie, or les mêmes causes doivent produire les mêmes effets.
Quant aux marais Pontins, ils ne sont pas compris dans le territoire de la campagne de Rome proprement dite, car ils sont relégués à plus de quinze lieues de la ville, au-delà du massif des monts Albuins.
Du pied du versant sud de ce massif volcanique, que le feu central de la terre a soulevé comme une touffe de champignons, en face de l’Apennin, les marais Pontins et le territoire qui les environne, affectent la même configuration générale que la campagne de Rome. C’est encore un arc partant de Velletri, pour aboutir à Terracine, dontla courbure est aux monls Lepini ou du Samnium, et la corde à la mer, vaste demi-cercle de 16 lieues de longueur, sur 8 de largeur. De sorte que si des monts Albains comme pivot, on faisait converger par la pensée, les deux arcs, ils formeraient ainsi un seul bassin circulaire. Telle est l’idée qui vient à l’esprit, quand suivant en spirale la via Numinis, laissant au nord un vaste cratère, presque entièrement comblé, dont Annibal s’était fait un camp retranché, arrivant an sommet du Monte Cavo, ce cône volcanique, qui portait autrefois le temple de Jupiter Latial, on saisit, dans son ensemble, ce majestueux panorama, s’étendant de Naples à Civita-Vecchia, encadré par les cimes blanchies de l’Apennin et la courbe azurée de la Méditerranée, et dont le point central, le Latium, offre tout à la fois les vestiges du berceau du trône et du tombeau du peuple-roi.
Disons-le, si la configuration de ces deux centres offre la plus grande analogie, les conditions hydrographiques sont autrement plus considérables dans les marais Pontins; entrons dans quelques détails historiques, pour voir ce qu’ils ont ôté, et arriver à dire ce qu’ils sont actuellement.
Leur bassin, que nous avons dit s’étendre des monls Albains à Terracine, et du Samnium à la mer, autant qu’on peut l’inférer de l’examen de sa disposition et de ccrlafnes particularités géologiques, fut recouvert par les eaux d’un golfe. Au temps où l’administration française cherchait a
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donner à Rome l'impulsion de grands travaux d’utilité publique, dont elle a tant besoin, les sondages de MM. Prony et Scaccia firent connaître, au-dessous de couches de tourbe, d’argile et de laves, à 22 mètres de profondeur, un banc de coquillages et de débris marins, incliné de l’ouest à lest; à quelle période géologique, tant par les soulèvements et les éruptions volcaniques, que par les matériaux, enlevés aux montagnes par l’action des eaux, ce golfe a-t-il été comblé dans sa presque totalité, ne conservant qu’un large godet central, où les eaux pluviales stagnent encore? C’est ce que nous ne saurions préciser, d’autant plus que la rétrocession de la mer n’a pas été brusque, mais graduelle, en raison des atterrissements successifs que les volcans et les dégradations des Apennins, des monts Albains et Lepini ont lentement étalés à leurs pieds.
Ces atterrissements continuent encore; nous verrons qu’ils avaient couvert, en certains points, la voie Appia.Le Tibre, à son tour, les produit d’une façon plus sensible, au nord du Bassin ; tous les jours, l’île sacrée, son delta, gagne d’étendue : le port de Trajan est à plus de 2200 mètres de la mer; tous les jours aussi, Ostie voit le rivage s’éloigner, et des tours, bâties dans les temps modernes comme vigies et refuges contre les excursions barbaresques, sont maintenant en pleine terre.
De ces points partent des séries de dunes, s'étendant jusqu’au Cap Circé, et de là, jusqu’à Terracine, formant une sorte de digue à la mer, de 8 à 10 mètres de hauteur moyenne, et faisant ainsi, par un arc convergeant vers celui des montagnes, une ceinture circulaire qui encaisse le bassin Pontin, et dont la circonférence est plus exhaussée que le centre. Toutefois le bourrelet des dunes est légèrement déprimé au sud, où les eaux trouvent en partie une voie lente d’écoulement.
La constitution hydro-géologique de ce milieu a donc été l’œuvre progressive du temps; aussi l’époque de formation échappe à toute donnée chronologique, mais l’histoire nous apprend que des populations purent s’établir à sa circonférence est-nord-ouest surtout, dès les temps les plus reculés. Au nord furent les Rutules, dont Ardée était la métropole ; les Volsques s’étendaient plus au sud, et leurs villes Corioles, Polusca, Longula, Aphrodisium, Suessa-Pometia étaient à la circonférence même des lieux inondés, dans des portions du territoire aussi boisées et cultivées, au témoignage des anciens auteurs , qu’elles sont nues et stériles aujourd’hui. Et c’est là une particularité très importante à noter, et qui nous expliquera pourquoi des populations nombreuses, pouvaient aisément prospérer là où quelques groupes de pâtres, de faucheurs et de pécheurs ont tant de mal à résister à la fièvre. Car il ne faut pas s’y tromper, ce serait méconnaître d’autre part toutes les données géologiques du lieu, que de supposer que les marais ne se seraient formés que depuis la dépopulation. Le bassin Pontin, à part diverses oscillations dans l’état de sa surface, selon l’intervention de main d’homme, a été d’autant plus aquatique qu’on remonte plus haut dans le temps.
Lorsque Rome eut, successivement, fait la conquête de toutes ces cou-
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trées, quelle se les fut appropriées, elle les sillonna de voies de communication, dont la plus importante fut exécutée en 442, par le censeur Appius.
La voie Appia coupait, à peu près en ligne droite, le bassin Pontin, et traversait la portion centrale des marais, ce qui nécessita la construction d’un grand nombre d’arches, jetées comme séries de ponts sur la surface inondée, d’où le nom de station des ponts, donné à celle qui se trouvait à cette hauteur de la voie. Toutefois, avant d’arriver à Terracine, à la hauteur du mont Arthémisien, le sol ne fut pas assez résistant, et Appius dut, à son grand regret, faire décrire, à sa jetée, un coude, se rapprochant du pied des monts Lepini. Céthégus, 140 ans plus tard, entreprit à son tour de grands travaux de dessèchement. Plus tard, encore parallèlement à la voie Appia, le long de sa portion traversant les marais, Auguste fit creuser un grand canal navigable, servant en même temps à l'écoulement des eaux. Après lui, Nerva et Trajan firent exhausser la voie Appia, qui s’enfonçait dans la vase, et firent construire une foule de ponts.
Bien qu’à cette époque, ces grands travaux témoignent des efforts de Rome, tentés de ce côté, bien que des villes et surtout un nombre considérable de villas, fussent échelonnées sur le territoire Pontin, jusqu’au voisinage de la partie marécageuse, la contrée n’en fut pas moins soumise à des influences morbigènes, signalées, d’une façon caractéristique, par Strabon et plusieurs autres écrivains postérieurs. Aussi Théodoric entreprit-il, mais en vain, le dessèchement de ces marais, et en confia la direction à Cecilius Dec.ius.
Plus tard encore, quand les irruptions des barbares eurent préparé la nuit du moyen-âge, que Rome fut tombée aussi bas qu’elle avait été puissante sur le monde, cette contrée subit toutes les dévastations qui en ont fait un désert; les centres d’habitation furent ruinés, les forêts et les cultures détruites, les voies d’écoulement s’obstruèrent, le niveau des eaux augmenta dans le bassin marécageux, la voie Appia fut en partie submergée, les couches de limon arrivèrent à la couvrir en quelques points, et les joncs et les roseaux en masquèrent le tracé. Tel était l’étal des lieux, quand au XIIIme siècle, Boniface VIII recommença des travaux, pour réunir les eaux supérieures dans un même canal. Vers 14oo, Calixte III fit continuer les travaux entrepris, mais on n’arriva à opérer véritablement des dessèchements que sous Léon X, qui chargea Jean Scotti de faire élargir le canal principal de dégorgement.
Sixte-Quint, à son tour, fit réunir les eaux de la portion qui se rapproche de la mer, en un seul canal qui a pris le nom de Fiume sisto. Ce canal qui reçoit les eaux de la Ninfa, suit à peu près la courbure interne des dunes.
Clément XIII tenta aussi de réunir les eaux des parties supérieures, mais des barrages établis pour favoriser la pèche, firent perdre à peu près tout le bénéfice des travaux précédents.
Pie VI fit exécuter des travaux de dessèchement plus considérables, et
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obtint de notables résultats. De son temps, la surface submersible était de 50,000 hectares, dont 17,000 étaient constamment inondés.
En 1778, l’ingénieur Rapini commença par procéder au curage du canal d'écoulement., le portatore di Badino. Le Naviglio grande ou canal d’Auguste fut rétabli et élargi, la voie Appia fut rendue à la circulation, et cette nouvelle voie, par terre et par eau, est appelée aujourd’hui Linea-Pia.
Notons une particularité faisant ressortir la continuation des atterrissements et du tassement des. couches d’alluvion. En partant de Terracine, Pie VI, au lieu de suivre le coude de la voie Appia, aboutissant au mont Arthémisien, coupa en droite ligne la partie la plus basse des marais, par une nouvelle jetée.
Parallèlement au Naviglio grande, d’autres canaux furent creusés dans la portion comprise entre la voie Appia et les monts Lepini, puis tous ces canaux furent mis en communication par d’autres canaux perpendiculaires, qui complétèrent ainsi un réseau de dessèchement aussi complet que possible, car les quatre cinquièmes de la surface des marais purent être livrés à la culture.
Le bas-fond inondé à. été ainsi réduit de 17 mille hectares à 2 mille; malgré cela, le climat reste très inclément.
Le régime des eaux comprend :
I” Les lacs qui longent le littoral du nord au sud. Les quatre principaux sont ceux de Fogliano, de Monaci, de Caprolace et de Paola.
2° Plus avant dans les terres, les rivières de Sisto, de Ninfa et d’Amascno.
5° Dans le centre et sous forme d’ovale, coupëdu nord au sud par la voie Apienne, les bas-fonds marécageux, les étangs temporaires.
4° Le réseau des canaux de dégorgement, parallèles à l’ancien canal d’Auguste (le Naviglio grande), qui sillonnent les marécages, et qui réunissant leurs eaux à celles- des rivières, aboutissent du nord au sud à la mer, par deux embouchures, près de Terracine.
La surface de toutes ces eaux étalées dans des lieux bas, fournit par l’évaporation une abondante humidité, qui s’ajoute à celle qu’apportent chaque jour les brises de mer. Ces lieux sont donc dans toutes conditions pour que, sous rinfluence de la chaleur de l’été surtout, les phénomènes thermo-électro hygrométriques de l’atmosphère arrivent au summum d’intensité, et déterminent, dans l’organisme, cette série de troubles fonctionnels qui aboutissent à la manifestation morbide que nous appelons fièvre d’accès. Aussi les fièvres de tout type y régnent-elles endémo-épidémiquement, et les individus qui hantent ce milieu, paient un énorme tribut à la cachexie fébrile; nous appelons de ce nom, cette détérioration : générale et profonde de l’organisme qu’entraine l’habitude de la fièvre. A mesure qu’on s’éloigne du centre des marais Ponlins, des points les plus déclhes pour se rapprocher des premières pentes de l’Apennin, les conditions hygrométriques vont diminuant déjà; aux étangs et aux pâturages
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succèdent les cultures, puis les centres d’habitations (pii forment ainsi, au bassin marécageux, une bordure en amphithéâtre, dont la salubrité va croissant, en raison de l’altitude.
Tandis que si, comme on le suppose, ces lieux dégageaient des miasmes, et si ces miasmes étaient transportés avec la facilité qu’on tente de faire admettre, que devrait-il arriver? Que, par suite de la disposition topographique dont nous avons parlé, le bassin des marais Ponlins ouvert largement par le sud-ouest, donnant libre accès aux brises de mer qui soufflent quotidiennement, la plus grande partie de la journée, les miasmes seraient balayés du littoral à l’Apennin.
De sorte que le littoral où se trouvent Pratica, Ardée, Neptune, Portod’Anzo, et le centre où est Cisterne, devraient être plus salubres que la lisière montagneuse formée par Terracine, Piperne, Sezze, Ninfa, Ginetti. Velletri, Genzano; or c’est le contraire qui a lieu.
De même, dans la campagne de Rome, si les étangs de Levante et de Ponente qui sont, avons nous vu, aussi au voisinage des bouches du Tibre, déversaient sous l’impulsion des brises de mer, ou des vents du sud, des trombes de miasmes, comme on le prétend, sur la campagne de Rome, il n’y aurait pas de motifs pour quelles ne fussent transportées tout aussi bien à Frascati, par exemple, qui se trouve à la même distance que Rome du littoral, et qui, de plus, est à 5 lieues plus près des marais Ponlins; or Frascati jouit d’une salubrité tout à fait supérieure à celle de Rome, ce tpii fait rechercher son séjour, comme un des meilleurs refuges contre la mal’ aria.
Et c’est bien ici le lieu de réfuter une de ces assertions faciles, qu’on accrédite sur le jeu bizarre des prétendues miasmes. On a dit que les obstacles qui, comme les collines, reçoivent l’action des courants aériens, censés chargés d’effluves marécageux, seraient les points où les corpuscule. s miasmatiques se déposeraient en plus grande quantité, et deviendraient d’une insalubrité très marquée. De sorte, ajoute-t-on, que l’insalubrité de la partie moyenne des collines, est plus grande que celle des lieux interposés entre ces collines et les marais.
D’après ce Me manière de voir, Rome interposée entre les étangs du littoral et Frascati, devrait jouir d’une salubrité plus marquée; on sait ce qu’il en est.
Frascati, les Rocca, Marino, Grotla-Ferrata, Castel-Gondolfo, Albano, Genzano, Velletri et toutes les localités des collines albanes, qui présentent un arc de cercle, constamment en butte aux courants aériens qui viennent surtout de la campagne 'de Rome, du littoral et des marais Pontins, jouissent d’une salubrité incomparablement supérieure, et sont des témoignages permanents contre l’assertion erronée que nous venons de signaler. La salubrité de tout temps reconnue des villes Albanes, ne provient donc pas d’une distribution supposée inégale de miasmes, mais existe en raison d’une assiette d’une altitude différente. — Frascati est à cinq lieues sud-est de Rome, à mi-côte d’une de ce s nervures qui s’irrâ-
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(lient en divergeant en forme de patte d’oie, des massifs des monts Albains, sur la campagne de Rome. Il surgit au milieu d’un tapis de verdure et de nombreuses villas, à une altitude de 550 mètres, ce qui l’expose, il est vrai, aux frimas d’hiver, car nous y avons eu plusieurs fois de la neige et de fortes gelées, pendant l’iiivcr de 1849-50, mais qui en été lui vaut aussi moins de chaleur qu’à Rome, ce dont nous nous sommes assuré au moyen du même thermomètre consulté dans l’un et l’autre lieu, dans des conditions semblables (l). En raison de cette différence, et aussi en raison d’une aération plus vive, tour à tour entretenue par les courants des gorges et par la brise de mer, la sensation de fraîcheur qu’on éprouve, en montant à Frascati, est très marquée, et semble au dessus de la différence , . \ thcrmome trique.
Ce n’est pas tout, chaque matin à 0 heures, il était rare que nous n’eussions pas à consigner dans nos observations météorologiques : brouillards sur le Tibre , enveloppant Rome fréquemment, et parfois s’étendant sur la plus grande partie de la campagne, pendant que nous avions un ciel pur à Frascati. 11 suffit de signaler ces particularités, pour juger combien, tant dans le jour que pendant la nuit, les influences des phénomènes thermo-électrohygrométriques sont plus marquées à Rome qu’à Frascati, et pour se rendre compte de la différence de salubrité des deux villes, dont nous avons eu une preuve frappante dans la circonstance ci-après.
Le 1er bataillon du 5Gme de ligne ayant reçu l’ordre de quitter Frascati, à la mi-juin 1850, pour rentrer à Rome, nous laissâmes à l’ambulance 15 hommes seulement, pendant que l’autre bataillon qui nous avait précédé de trois mois, comptait à la même époque 10G malades aux hôpitaux de Rome, soit un sur huit de son effectif. Le surlendemain de notre arrivée, nous eûmes revue. La disposition du terrain (aux thermes de Dioclétien), nécessita de déployer les deux bataillons face à face. Rien n’était frappant en passant devant les rangs, comme la différence qu’il y avait entre la physionomie de ces hommes. Ceux de Rome avaient généralement le faciès pâle et jaunâtre, qui caractérise l’aptitude ou l’imminence fébrile plus ou moins lentement, plus ou moins brusquement, selon le milieu et les habitudes, selon le mode dont on subit les influences thermo-électrohygrométriques. Ceux qui venaient de Frascati avaient le teint frais et coloré.
Aussi, bien que cette dernière ville, participant des influences climatériques de l’Italie méridionale, n’en ait pas moins la fièvre pour maladie dominante de l’été, sa salubrité relative restant cependant tout-à-fait supérieure à celle de Rome, de tout temps le séjour de Frascati a-t-il été recherché pendant la saison des chaleurs, c’est avec raison que cette localité fut choisie pour l’établissement des dépôts de convalescents de l’armée française, et c’est dans le moderne Tusculunuque Cicéron, s’il se
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réveillait de son sommeil de dix-neuf siècles, irait encore, pour se soustraire a la mal’aria,au risque de s’écrier, il est vrai, à la vue du lieu dévaste où fut son séjour de prédilection : quantum mutatus ab illo!
bu effet, de la villa que le grand orateur-philosophe avait au sommet de la colline, le temps n’en a pas même gardé une parcelle, et c’est à peine si au bout de la voie romaine, aux polygones basaltiques, qu’on suit encore, on retrouve, comme vesliges de l’ancienne ville, les ruines d’un cirque et d'un théâtre, qu’on appelle habituellement l’école de Cicéron, dernières pierres laissées debout par la razzia de 1191 par les troupes pontificales.
Température. — • En abordant en Italie, la température nous parut notablement plus douce que dans le midi de la France. Il est vrai que, lors de notre embarquement à Marseille, le mistral mêlé de pluie soufflant avec violence, nous retint au port jusqu’au 23 avril; mais tout en tenant compte de cette particularité, la chaleur était bien plus élevée à Civita-Vecchia (O, qu’elle ne l’avait été aux derniers jours calmes que nous avions passés en Provence. Toutefois la chaleur ne fut réellement forte, que vers le dernier tiers du mois de mai, sous l’influence du vent du sud. A cette époque le séjour sous la tente devint incommode, au point de nous forcer à recourir aux gourbis, ces abris d’importation algérienne. Les chaleurs de juin s’élevèrent encore, accrues qu’elles furent par plusieurs journées de sirocco. En même temps, l’atmosphère était lourde, humide, et rendue plus débilitante par les brouillards du matin. Dès lors nous pûmes pressentir que juillet et août nous réservaient des ardeurs caniculaires, qui ne le céderaient guère en intensité à celles d’Afrique, cette prévision fut bientôt justifiée en effet, avec ses fâcheuses conséquences, nous voulons dire l’aggravation énorme de l’état sanitaire des troupes.
L’époque des chaleurs pour 1849 a été de la fin de mai à la mi-septembre, soit de quatre mois, durant lesquels précisément les troupes ont été soumises à tous les dangers, à toutes les fatigues qu’entraînent les opérations multipliées d’un long siège, suivi d’une occupation pénible et d’une installation défectueuse.
1) Quelques dates sont nécessaires pour avoir la position des troupes à diverses époques :
Débarquement à Civita-Vecchia, le 35 avril 1849.
Marche sur Rome le 28 cl 29.
Attaque le 30.
Retraile sur Palo du ir au 3 mai.
Relour offensif, le 10.
Commencement des opérations du siège le 3 juin 1er Assaut le 21 juin. — 2°, le 29-30.
Entrée dans Rome le 3 juillet. Occupalion successive d’Albano, de Fiascali, de Tivoli, puis de VPorbe, de Givila-Caslellana, rie.
CLIMAT DE ROME
Le maximum de température, observé à l’ombre eu lieu élevé etàéré, fut de 28° (Reaumur) (b', hâtons nous de dire qu’on resterait bien au-dessous de la réalité, en prenant ce chiffre, comme exprimant le maximum de chaleur que les troupes aient eu à supporter. 11 faut bien y ajouter, pour approcher de la température à laquelle on était soumis, à l’exposition perpendiculaire des rayons du soleil, soit aux camps, soit dans les boyaux de tranchée, ou sur tout autre point du théâtre des opérations du siège, jusqu’aux premiers jours de juillet, et plus tard après notre entrée à Rome, dans toutes les courses nécessitées par les exigences du service.
Octobre rendit les chaleurs plus supportables, et nous valut non seulement l’agréable sensation d’une température modérée, mais aussi les bénéfices qu’elle comporte, car tout aussitôt que nous ne fûmes plus accablés par les ardeurs de l’été, l’état sanitaire s’améliora manifestement, surtout quant au nombre des entrants aux hôpitaux.
La température s’abaissa davantage encore, dans le cours de novembre, et les premières gèlées qui apparurent à la fin de ce mois, se montrèrent très fréquemment ensuite en décembre.
À Frascati, le plus souvent le soleil de midi fondait alors les glaçons, mais ils persistaient dans les expositions au nord et à l’ombre, surtout dans le cours de la 2me quinzaine. La sensation de froid était d’autant plus incommode, qu’elle contrastait davantage avec celle de l’été. Après une pluie mêlée de grésil le 27 décembre, il tomba le 28 quinze centimètres de neige, qui couvrit la campagne de Rome jusqu’au o janvier, et fondit en partie ce jour-Ià,par la pluie qu’amena le vent du sud. Il neigea de nouveau du G au 7 janvier, mais les pluies des jours suivants reculèrent la limite des neiges, jusqu’aux premiers gradins des Apennins, dont les cimes restaient blanches en permanence ; aussi pouvait-on dire comme au temps d’Horace :
alla sial ni vc candidum soracie.
Ce n’est qu’à la seconde quinzaine de février, que la colonne thermométrique quitta le voisinage de zéro, pour osciller entre G et 10 degrés. Depuis plusieurs jours la végétation (2; était en pleine activité, dans la
t) D’après les observations de plusieurs années, les oscillations llicrmomélriques s'effectuent enlre
5° Reaumur sous zéro et 33° au-dessus
18307"^ ÏsTT^
(2) La présence de certains végétaux, dont la géographie botanique détermine les latitudes qui leur sont hospitalières, dénote que la température de la campagne de Rome, peu différente de celle du nord de l’Algérie, a surtout de grandes analogies avec celle du littoral de l’Espagne et du midi de la France. Le palmier nain et le grand palmier croissent dans les jardins, comme à llvères ; il en est de même des caclus el des alocs, des myrtes,
FTU DES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
première portion de Mars, les arbres fruitiers étaient en fleurs, et déjà nous pensions être au printemps, par anticipation , quand, à la suite d’un grand orage le 15, suivi d’un abaissement très considérable de température, le 17 et jours suivants vinrent nous prouver que nous avions compté à tort, sans leurs giboulées et leurs glaçons. En effet, du 17 au 27 mars, nous eûmes delà glace tous les matins; le 20, il tomba six centimètres de neige et du grésil le 22, enfin le 24, le 25 et le 20 nous assaillirent de leurs giboulées.
Ainsi des gêlées très fréquentes, des pluies, des neiges et les raffales glaciales de la tramontane, ont signalé d’une façon très marquée la saison froide de 1849-1850, qui a duré de la fin de novembre à la mi-février, pour finir par une dure recrudescence durant la 2me quinzaine de mars. Notons toutefois, que d’après le témoignage des italiens, l’hiver aurait été plus rigoureux que de coutume, ce qui parait avoir été un fait général, car de toutes parts, dans le levant et en Algérie, des froids considérables furent signalés.
Nous ne nous hâterons donc pas d’en conclure que la climature de l’Italie centrale est changée, ce n’est là qu’un fait accidentel, comme on en trouve notés par les auteurs anciens.
Tite-Live s’exprime ainsi en parlant d’un hiver exceptionnellement rigoureux :
« Insignis hyems gelida ac nivosa fuit, adeo ut vice clausœ Tibéris inna- » vigabilis fuerit. »
Aux jours rigoureux de l’hiver dont nous venons de parler, le Tibre charria quelques glaçons, mais assurément sans le moindre obstacle à la navigation.
Aux données précédentes ajoutons celles de 1850, exclusivement pour Rome. En avril, une douce température à commencé à se faire sentir. En mai, la chaleur est devenue sensible, et dès le mois de juin, s’est fermement établie cette haute température estivale qui est accablante dans le milieu du jour, surtout dans le cours de juillet et d’août.
L’abaissement thermométrique s’est prononcé à partir de septembre, pour descendre rapidement ensuite pendant le mois d’octobre, et jusqu’à zéro vers la fin de novembre, époque à laquelle s’est ouverte encore la saison froide, qui toutefois ne nous a pas amené les neiges jusqnes dans Rome; comme l’hiver précédent, mais dont l’humidité froide et prolongée n’a cédé qu’aux chaleurs de juin 1851 .
des citronniers cl des orangers, ces derniers qui ne résistent pas au froid qui dépasse fi° sous zéro (I), ne pousseni pas en plein vent dans la campagne, il n’en est pas de même du laurier, qui esl commun partout, el de l’olivier (pii s'est principalement approprié les rideaux des rnonls Albains.
(|) l> II, il'aprcs M Rurcau du la Malle.
CLIMAT DE ROME
.Maximum
Minimum
Thcrm.
Réaumur.
La température ayant été de.
— 4°3 en janvier
— 0 4 en février