DU MODE DES MANIFESTATIONS MORBIDES
Nous venons de signaler les sources générales des influences fébrigènes, examinons en détail, les circonstances où elles exercent le plus particulièrement leur action. Toutes les fois qu’on interroge un fébricitant, on est frappé de celle particularité, à savoir : que le malade fait toujours remonter l’invasion de sa fièvre, à une circonstance où il a été soumis à
(1) L’efieolif a oscillé entre 1900 cl 1300 hommes.
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un refroidissement, le corps étant en sueur, en voici quelques exemples fournis par le 5G'\
Observation Ire. — M. C., sous-lieutenant, en juin 1850, rentré chez lui en sueur, après un exercice, prend une boisson froide, et vêtu à la légère se mit à table dans une pièce à courant d’air. Pris de frisson, il a une indigestion accompagnée de céphalalgie et de réaction fébrile. Le lendemain et jours suivants, il éprouve les vomissements bilieux et les paroxymes propres à la fièvre rémittente bilieuse dont il devait avoir plusieurs récidives.
Obs. II. — M. G., capitaine, au retour d’un exercice, le 20 août 1850, se refroidit en changeant de linge dans une pièce aérée. Il éprouve un saisissement, le froid persiste surtout aux bras, dans la soirée; le lendemain courbatures et perte d’appétit, suivies d’un accès de fièvre intermittente qui prit le type tierce.
Obs. III. — Le 20 août encore, le grenadier Y., va porter la soupe au corps de garde de S'-Jean-de-Latran. De retour à la caserne, il boit de l’eau froide, ayant chaud, et éprouve des nausées et de la céphalgie dans la soirée. Le 27, malaise continu. Le 28. Il entre à l’hôpital av.£c une fièvre rémittente nettement caractérisée.
Obs. IV. — M. B., sous-lieutenant, descendant la garde du Vatican, rentre chez lui dans le quartier de Sl"-Marie Majeure ; ayant très-chaud, il quitte sa tunique, traverse ainsi plusieurs pièces à tout vent, et ne reprend d’autres vêtements que lorsqu’il s’aperçoit qu’il avait froid. Vainement il s’enveloppe d’un grand caban, le frisson et la céphalalgie le fatiguent le reste de la journée. La réaction avec chaleur vive ne se fait que la nuit. La fièvre revient le lendemain et se continue avec le type quotidien.
Obs. V. — A la suite des observations qui précèdent, disons ce que nous avons éprouvé nous-même, le 21 septembre 1850; nous trouvant dans un état de santé normal, à part cependant ce degré de fatigue résultat inévitable de la saison chaude, d’un service toujours plus pénible en temps d’épidémie, d’un travail de cabinet trop continu peut-êlre, qui nous astreignait de plus à un régime trop peu réparateur, nous nous rendîmes vers 8 heures du soir, du quartier des Thermes à la tour de l’Observatoire, oû nous arrivâmes en sueur, ayant franchi d’un pas rapide près d’une demi lieue. L’œil au télescope du savant astronome le P. Secchi, exposé à la brise humide du soir, nous nous aperçûmes trop lard du froid glacial qui nous saisissait, et dont nous ne pûmes nous débarrasser en allongeant le pas, pour rentrer à notre domicile; le sommeil fut peu réparateur, et quelques troubles digestifs se manifestèrent dès le lendemain. Courbatures, insomnie la nuit suivante.
Légère céphalalgie, le 25, au matin, vers 8 heures, à la fin de notre visite aux casernes ptyalisme, nausées et frissons gagnant rapidement d’intensité. Nous n’eûmes que le temps de rentrer à toute bride, grelottant et vacillant en selle. Toutes les couvertures, dont nous nous enveloppâmes
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ne purent nous empêcher de trembler de tous nos membres» claquant des dents. Les nausées augmentant, trois vomissements bilieux survinrent, la peau était crispée, froide et le pouls petit ordinairement à GO, battait 80. Respiration courte et entrecoupée, malaise général extrême. Le froid dura aussi intense jusqu’à M heures; à midi, chaleur acre, pouls relevé à 90, courbatures, céphalalgie, prostration, soif très-vives. Ces symptômes vont croissant, (le pouls dépasse 100), et durent jusqu’à 4 heures du soir. Ainsi commença, pour avoir, le corps étant en sueur, inconsidérément encouru la funeste influence du refroidissement, le 1er accès d’une fièvre intermittente qui devait être suivie de nombreuses récidives, circonstances qui nous ont permis, non pas d’achever une conviction depuis longtemps pleine et entière, mais d’en vérifier un à un tous les éléments.
Si, l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électrohvgrométriques, peuvent chez l’homme jusqu’alors bien portant., pervertir le jeu de l’innervation et ajouter aux troubles du système nerveux, toutes ces complications de désordres fonctionnels du système locomoteur, de la respiration, de la circulation et de la calorification qui caractérisent la fièvre, à plus forte raison on comprend, qu’après une première atteinte, l’organisme reste plus impressionnable encore ; de là, la fréquence des récidives observées chez les convalescents de fièvre intermittente. Ces récidives, qui semblent se reproduire en raison du nombre des atteintes antérieures, apparaissent avec la plus grande facilité, si la Tramontane vient à refroidir brusquement l’atmosphère, où si le vent d’ouest rend le temps humide ou pluvieux.
Ainsi, M. P., ayant eu deux atteintes de fièvre rémittente dans l’été de 1849, a compté 4 récidives d’intermittente quotidienne, par des temps pluvieux de la saison froide.
M. B., sous-lieutenant, ayant eu les fièvres d’Afrique; fièvre rémittente en été de 1849, trois récidives en automne (type quotidien), coïncidant avec des abaissements de température notable.
M. B., (obs. 4), eut une récidive à forme rémittente bilieuse pour avoir pris chaud et froid, par une journée de carnaval, où trop légèrement vêtu, il était allé prendre ses ébats à l’une de ces batailles aux bouquets et aux confetti qui se livrent 8 jours durant au Corso.
M. C. (obs. lrc) convalescent de fièvre rémittente bilieuse, prend le parti de se rendre à Frascati vers la fin de l’été, mais il fait 1 imprudence de se mettre en route par un temps pluvieux ; saisi par le froid humide, il fut pris de fièvre en voiture, et dut être transporté à l’hôpital avec tous les symptômes d’un accès pernicieux.
Après plusieurs autres récidives, dans la saison d’hiver, toutes consécutives à l’impression brusque des agents atmosphériques, cet officier a été envoyé en congé de convalescence.
Nous avons su qu’à son débarquemenl par un froid mistral de mars,
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une dernière récidive I a contraint à passer quelques jours à l’hôpital de Toulon (l).
Nous même, convalescent de fièvre intermittente depuis une quinzaine, passâmes l’après-midi du 14 octobre 1850, au tir à la cible dans le champ de manœuvres de Ponte-Molle, après avoir été vivement incommodé par un soleil ardent, car le thermomètre Réaumur marqua ce jour-là 40° sous les rayons solaires, à 2 heures ; nous fûmes saisi du notable abaissement de température qui se fit au coucher du soleil.
Diner avec moins d’appétit qu’à l’ordinaire; à la suite impossibilité de nous mettre à nos occupations habituelles du soir, lassitude insolite et céphalalgie occipitale prononcée. Quelques frissons à 9 heures, insomnie, rêvasserie, chaleur, avec le reste de la nuit.
Le 15, à 8 1/2 heures, au moment où nous achevions notre visite, des frissons nous prirent, qui, croissant avec rapidité, malgré la promenade faite à grands pas et au soleil, ouvrirent la marche d’une récidive.
Le 5 novembre, nous assistons à une revue lentement passée de 11 heures à 1 heure sur la place des Thermes, sous un soleil brûlant, faisant monter le thermomètre à 42', tandis qu'à l’ombre le thermomètre intérieur marquait 15° 1/2.
Le saisissement que nous éprouvons, en subissant instantanément une aussi notable transition de température, est rendu plus sensible encore par un changement de tenue, car, jusqu’en novembre, il est difficile àRome, de rentrer chez soi sans être mouillé de sueur. Le refroidissement se continue, une heure après des frissons se déclarent : deuxième récidive à type quotidien.
Le 20 novembre 1850, frissons, à la suite de courses multipliées, par un temps orageux qui nous expose aux influences fébrigènes des phénomènes thermo-électro-hygrométriques.
Le 21, violent accès, oP récidive à type quotidien.
Le 1 décembre, notre état de santé étant dans d’excellentes conditions, nous nous rendons aux allées du Mont-Pincio, pour la revue du général inspecteur, pendant laquelle nous restons soumis à l’impression désagréable d’un vent d’ouest très frais et très humide, par un ciel brumeux.
Frissons dans la soirée dont nous n’écoutons pas assez la signification.
Le lendemain, autre revue à S'-Jean-de-Latran, exposition de 10 heures à 1 heure à un soleil fatiguant, nouvel accès le soir; 4e récidive à type double tierce.
Dix jours après, 5e récidive à type quotidien, à la suite d’une promenade intempestive, par un vent d’ouest frais et humide.
Une 0e récidive survient le 25 décembre, pendant le cours d’un traitement arsénical (2).
(1) Rentre à Rome entièrement rétabli.
(2) V. Gaz . Med., 1S51.
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À partir du 4 janvier 1851, nouveaux accès fébriles, par un temps orageux.
Idem, à partir du 25, par un temps pluvieux.
Idem, à partir du 15 février, par un temps pluvieux.
Idem, à partir du 1 1 mars, par un temps pluvieux.
Idem, enfin, à partir du 7 avril, encore par un temps pluvieux.
Toujours, en un mot, pour notre part, c’est après avoir subi plus notablement l’influence des phénomènes thermo-éleclro-hygrométriques de l’atmosphère, que nous avons été pris de récidive de fièvre intermittente (1).
Nous disons récidives et non pas rechutes, car la fièvre coupée et suivie d’une période quelconque où la convalescence se dessine, est une fièvre bien et dûment passée. Le germe de la fièvre, comme les intoxicationnistes l’entendent, n’existe plus chez le convalescent, mais ce qui existe chez lui, c’est une plus grande impressionnabilité qui l’expose, il n’en saurait être autrement, infiniment plus que l’homme jusques là bien portant, aux influences fébrigènes des agents atmosphériques. Si donc un fébricitant, après une convalescence nettement établie, reprend la fièvre, il a une récidive et non pas une rechute.
Les nombreuses récidives que nous avons eues, pour nous être trop prématurément exposé de nouveau aux influences d’un climat «indûment, ne nous ont pas permis non plus de vérifier cette assertion trop facilement admise de la périodicité par septénaires, de ce que les intoxicationnistes appellent des rechutes. Ainsi nos récidives se sont produites à compter du premier accès de l’atteinte précédente au 24e jour, au 21e, au 18e, au 12e, au 12e, au 12e, au 15, au 10e, au 11e, au 22e, au 27e, au 28e, tous chiffres qui, à l’exception de deux, ne sont pas des multiples de 7.
Que si nous comptons du dernier jour de l’accès de l’atteinte précédente, au premier de la récidive subséquente, nous trouvons encore que nos jours néfastes ont été : le 20e, le 17e, le 15e, le 9e, le 6e, le 9e, le 11», le 7e, le 9e, le 21% le 25% le 26e, périodes qui, excepté deux encore, ne se composent pas d’un nombre exact de septénaires.
Les récidives dépendent donc des circonstances fortuites où l’on subit l’action fébrigène des intempéries du climat, et non pas des évolutions périodiques des mystérieux agents qu’on a appelés dernièrement miasmes des marécages internes.
C’est ici le lieu d’examiner une autre question étiologique comme corollaire de la principale. Après avoir contesté, à la doctrine de 1 intoxication miasmatique, son hypothèse sur la cause première ou éloignée, le langage
(1) Les récidives sont en perspective presque inévitables, pour peu que le convalescent s’expose trop tôt aux fatigues ou aux intempéries. Sur 100 malades, dont nous consultons les antécédents sur ce point, nous trouvons qu’en quatre ans de séjour, tant en Afiiqut qu’en Italie, 23 ont eu la fièvre une seule fois, 28 à 2 reprises, 24 à 3, G à I, 10 à 5 et 7 à G reprises différentes.
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des faits vient encore lui contester cette autre hypothèse qui place la cause prochaine de la fièvre dans la rate ; ayant toujours apporté chez les fébricitants la plus grande attention du côté des viscères et de la rate en particulier, nous avons acquis la conviction que son engorgement, loin d’être la règle, n’était que l’exception dans les accès de première invasion. Son hypertrophie, avec ou sans douleur à la pression, est le plus généralement consécutive à des atteintes plus ou moins longues, plus ou moins répétées encore n’est-ce pas une règle absolue, car il arrive que chez des individus ayant eu plusieurs récidives de fièvre, leurs propres sensations, la percussion, la palpation et la mensuration ne dénotent pas toujours un état anormal de cet organe. Nous déclarons avoir été personnellement dans ce cas durant la plus grande partie de nos récidives. Ce n’est qu’à la longue, lors des dernières atteintes que nous avons éprouvées, que la rate a révélé sa souffrance. Et, notons le, son engorgement avec douleur à la pression et par le decubitus du côté droit, nous portant à nous tenir de préférence sur le côté gauche, n’ont été sensibles qu’avec les derniers accès, pour se dissiper entièrement aux premiers jours de la convalescence. Aussi tant parce que nous avons observé sur autrui, que sur nous-même, et ce que nous observons tous les jours encore sur nos fébricitants, nous a donné, nous le répétons, la conviction la plus entière qu’on s’est exagéré le rôle de la rate, que son engorgement loin de précéder les accès de première invasion ne coïncide pas même avec eux, et quand il se produit c’est généralement après une durée plus ou moins longue de l’état pyrétique ; qu’en un mot il est consécutif aux accès et que le prendre pour la cause prochaine de la fièvre, c’est s’exposer à prendre l’effet pour la cause.
Mais qu’entre tous les organes la rate jouisse d’une aptitude toute spéciale aux congestions, sous l’influence répétée des accès, que ces congestions, en certains cas de récidive surtout, puissent aller jusqu’au ramollissement et à la déchirure de son tissu, c’est ce que les accès pernicieux mettent parfois en évidence (t).
Toutefois la rate n’a pas, à elle seule, le funeste privilège de ces congestions, d’autres organes peuvent les présenter aussi à divers degrés, avec altérations plus ou moins considérables de couleur, de volume, de consistance de leur tissu ; mais alors ne devrait-elle pas partager avec ces organes la propriété qu’on lui attribue de produire la fièvre? Puis quand on trouve seulement des altérations dans d’autres organes, tels que le cerveau, le poumon, l’estomac, le foie surtout, que dire alors du rôle de la rate? Enfin, si une altération locale était indispensable, quand on n’en
(1) Un artilleur du .septième, atteint de fièvre intermittente récidivée, fut pris, le 21 septembre 1850, d’un accès algide pernicieux, qui, malgré un traitement quinique à doses élevées, par la bouche et par le rectum, se termina par la mort le 22 septembre à l’hôpital Ste Thérèse. Nécropsie : caillots sanguins autour de la rate, pouvant être évalués à un litre environ de sang épanché, volume considérable de cet organe qui offre : 1°, une érosion et une déchirure du parenchyme de deux à trois centimètres, 2° une déchirure ' de toute la longueur de la scissure.
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trouve nulle part d’appréciable aux sens, faudrait-il donc admettre des effets sans cause? Évidemment il faut remonter plus haut pour avoir la raison qu’on cherche. C’est sur le système nerveux surtout qu’agissent les influences fébri gènes que nous avons cherché a mettre en relief , c est dans la perversion de son jeu fonctionnel, que prend sa source lacté morbide que nous appelons lièvre et c’est dans l’arrêt de ce jeu fonctionnel, dans la sidération en quelque sorte du système nerveux, qu’il faut chercher la cause de ces accès pernicieux où l’on peut dire : morbus sine muteiia.