EFFET DES EAUX
alluvions, ou terrains modernes, appartiennent tous aux. êtres qui vivent avec nous sur la surface du globe. Ce sont surtout des infusoires dans tous les limons, des coquilles terrestres, des coquilles d’eau douce et des coquilles marines, suivant la nature des dépôts. Il fautrapporter à l’époque moderne les dépôts coquilliers marins qui renferment des débris de l’industrie humaine.
Action des causes extérieures . — Les plus importantes de ces causes sont les phénomènes météorologiques et les eaux. Les changements de température, l’action de l’air, la violence des vents, la sécheresse et l’humidité, agissent d'une manière très sensible sur toutes les roches qui constituent l’enveloppe terrestre. Ces alternatives tendent à les désagréger, leurs débris se divisent de plus en plus, convertis en fragments tenus ils ne tardent pas à se mêler aux détritus des végétaux et des animaux, pour constituer une couche meuble, d’épaisseur variable, qui recouvre presque toute la surface du globe, et dans laquelle croissent la plupart des végétaux, c’est la terre végétale.
Les vents, par l’impulsion qu’ils impriment aux eaux, produisent des changements marqués dont nous parlerons; mais ils n’ont par eux-mêmes qu’une action bien faible sur les masses minérales solides. Leurs effets ne se font guère sentir que sur les dépôts de sables meubles et fixes. C’est ainsi que dans les déserts, de l’Afrique principalement, les vents soulèvent des sables pour les entasser en vastes collines et monticules, les repousser plus loin, et les amonceler dans dix^erses directions et sur de grandes étendues. C’est ainsi que dans la Perse, par exemple, le désert envahit chaque jour des provinces jadis fertiles et habitées, actuellement désolées par le silence lugubre de la nature morte. Les dunes des côtes plates et sableuses, aux envahissements désastreux, sont le résultat du même phénomène.
Effet des eaux. — Les changements les plus importants dont la surface du globe a été ou est aujourd’hui le théâtre, sont dus à l’action des eaux. Leur action délayante, leur pouvoir dissolvant, leur poids et surtout les mouvements impétueux et désordonnés dont elles sont animées, telles sont les causes des modifications diverses dont nous devons énumérer l’importance et l’étendue.
Lorsque les eaux chargées d’acide carbonique s’évaporent, en laissant dégager une partie de leur gaz, les matières dissoutes se déposent sous forme de sédiments solides, ayant parfois une structure plus ou moins cristalline. C’est à l’évaporation de ces eaux, par exemple, que sont dues les stalactites de toute espèce que l’on rencontre dans les cavités souterraines et dont la masse est surtout considérable dans les grottes et les cavernes des pays calcaires. C’est à la faveur de l’acide carbonique qu’elles tiennent en dissolution que ces eaux ont pu dissoudre des quantités notables de carbonate de chaux. Le phénomène est encore plus remarquable dans certains cas où les eaux sont assez riches en matières dissoutes, pour abandonner à la surface du sol des dépôts fort étendus.
GEOLOGIE.
Certaines sources s’emparent de l’acide carbonique de l’air, puis en coulant le long des roches calcaires, elles y creusent de profonds sillons verticaux qui sans cesse vont s’approfondissant. Enfin ces eaux se réunissent, et forment des ruisseaux à canalicules et canaux calcaires, des lacs même dont le fond est tapissé d’amas connus sous le nom de tufs calcaires. Tel est le cas de la grande source bouillonnante sur la fumarolle volcanique dite le Bollicame, à Viterbe dans les états ci-devant Romains (1).
Ailleurs les eaux incrus tent les végétaux, les incrustations s’agglomèrent, se superposent et finissent par former des roches plus ou moins considérables. D'autrefois elles cimentent les débris qui gisent au pied des montagnes, ou consolident les sables rejetés par les vagues sur les bords des mers et des lacs d’eau douce. Souvent les eaux, surtout lorsqu’elles sont thermales, renferment en même temps que le carbonate de chaux une certaine quantité de silex. Elles donnent alors lieu à la formation de tufs calcaires plus ou moins siliceux.
L’action délayante des eaux produit dès phénomènes très considérables : lorsque des courants roulent sur des terrains meubles, ils les ramollissent, les désagrègent, les entraînent en partie, et vont au loin déposer les débris qui les constituaient. On voit des torrents descendus des montagnes, des rivières, de grands fleuves charrier la terre, le sable, les cailloux et même des blocs de pierres et de roches qu’ils rencontrent sur leur passage ou qu’ils arrachent, et vont au loin transporter des amas immenses de terrains de transport, comme par exemple le Pô, le Rhône, le Rhin et tous les grands fleuves à cours rapide, à travers un sol montueux.
On nomme alluvions, avons nous dit, les terrains formés par l’accumulation des matériaux divers entraînés par les eaux. A l’embouchure des fleuves ces alluvions affectent souvent une forme triangulaire, plus ou moins étendue, qui les a fait désigner sous le nom de Deltas. Ces atterrissements empiétant sur le domaine de la mer, la refoulent, et c’est ainsi que des villes, où se trouvaient jadis des ports fréquentés, sont maintenant à plusieurs kilomètres au milieu des terres. Souvent aussi les rivières transportent de grandes quantités de débris organiques, principalement des végétaux. Le Mississipi, dont les affluents sont si considérables, en charrie des masses énormes qu’il arrache à ses rives couvertes d’une luxuriante végétation. Ces amas flottants que les américains nomment Rafts, c’est-à-dire radeaux, arrêtés dans leur course par les ensablements, les bas-fonds, les îles, s’amoncellent çà et là ensevelis sous les alluvions, avec les ossements des animaux qui ont péri dans les inondations du fleuve, ou qui y ont été jetés comme bêtes mortes, ainsi que cela a lieu sur une si grande échelle par les riverains du Gange notamment.
Ces phénomènes nousdonnent une idée delà manière dont s’est déposée, dans les couches terrestres, la masse des débris végétaux qu’on y rencontre, et nous expliquent en partie la présence des animaux éteints au
(1) V. Les Eaux de Vilerbe cl son climat, (Italie)