EFFET DES EAUX
milieu île ces couches. Ce qui se passe aujourd’hui se passait aux époques primitives de notre globe. Ainsi lorsque nous trouvons, dans l’intérieur des continents, des minéraux accumulés en dépôts plus ou moinsconsidérables et semblables aux cailloux roulés, aux sables, aux limons, nous devons conclure à l’existence d’anciens cours d’eau qui les ont charriés. Les dépôts, formés par les eaux douces, se reconnaissent par les débris organiques qu’ils renferment : ce sont les restes des êtres organisés qui vivaient à la surface du globe. Dans les ail uvions modernes on trouve les débris des Coquilles fluviatiles qui vivent encore dans les mêmes lieux, ( pain dîna , vivipara, planorbis corneus , limnea stragnalis), ou des coquilles terrestres comme diverses espèces du genre hélice. On y rencontre des branches et des troncs d'arbres, des débris végétaux quelquefois, particulièrement bituminisés, des ossements ou débris de l’industrie des hommes.
Les dépôts anciens formés par les eaux douces renferment des débris d’animaux différents mais analogues à ceux de nos rivières et de nos lacs actuels. On y remarque surtout des restes des empreintes de moules, de coquilles appartenant au genre limnea , paludine, hélice, etc. Les coquilles bivalves, plus rares que les précédentes, se rapprochent des mulettes, des anodontes, des cyclades et des cyrènes. Les dépôts formés par les eaux douces ne renferment jamais de polypiers, d’encrinides et d’echinides, ce caractère négatif est très important pour leurdistinction. L’action corrosive des eaux douces courantes est très-considérable aussi. Les roches les plus dures finissent par céder, de là les escarpements si fréquents dans certaines contrées.
Les mers sont pareillement une puissante cause de dégradations et de dépôts; sans cesse elles battent en brèche les côtes, et en détachent des matériaux de tout sorte qu’elles emportent dans leurs profondeurs, et qu’elles entrainent sous les côtes basses en amas de cailloux et de sables. Les effets produits, par l’action des vagues et des marées, sur les terrains meubles, sont quelquefois d’une soudaineté prodigieuse. Les côtes basses et sablonneuses de la mer du Nord, depuis les bouches de l’Escaut jusqu’au canal du Jutland, en offrent depuis quelques siècles de notables exemples.'
Les alluvions formées par les mers, sur les côtes, renferment des débris marinsdetout espèce, mêlés souvent avec des débris fluviatiles et terrestres, transportés par les rivières. Les dépôts anciens se distinguent aussi par les différences que présentent leurs débris organiques, avec les dépouilles des animaux qui vivent dans les mers actuelles. Les débris les plus éminemment caractéristiques des dépôts marins sont les polypiers, différentes espèces d’encrinides, enfin un grand nombre d’échinides.
Indépendamment des mollusques, des polypiers, des échinides et beaucoup d’autres débris appartenant aussi à des animaux qui vivant dans les eaux ont concouru à la formation de puissants dépôts, les foraminifères, les infusoires eux-mêmes accumulés en quantités incalculables, constituent des couches géologigues très étendues. La terre à polir, le tripoli de Bohême, la farine fossile, sont composés presque exclusivement des
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carapaces siliceuses de ces êtres microscopiques. Dans la Virginie, (Amérique du Nord), par exemple, il existe une couche fort étendue et épaisse d’environ 9 mètres qui est formée d’infusoires fossiles, appartenant pour la plupart au genre navicule et gallionelle. La capitale de l’État de Richemond est bâtie sur cette couche.
Si des cailloux, des blocs souvent considérables, peuvent être roulés par les eaux loin de leur place originaire, on comprend que les glaces, au moment des grandes débâcles, pourront produire des effets plus surprenants encore. Les glaces venues des régions froides du Groenland, du Spitzberg,de la Nouvelle-Zemble, etc., viennent échouer sur les rivages des pays éloignés, se fondent et laissent des blocs rocheux à peine émoussés sur leurs arrêtes et leurs angles. On a vu des masses de granit de plusieurs milliers de kilogrammes, des débris de montagnes, transportés par des îles de glaces flottantes. Les glaciers, qui occupent les grandes vallées et les fleuves de certaines chaînes de montagnes, sont encore les moyens de transport d’une puissance énorme, et qui ont joué autrefois un rôle des plus importants.
Glaciers. — Les lignes qui tracent les limites des neiges perpétuelles ne circonscrivent point les limites des glaces. Les glaces descendent bien au-dessous des neiges perpétuelles. Dans les vallées qui s’étendent au pied des Alpes, on est surpris de se trouver tout à coup en face de. véritables fleuves qui semblent gèlés sur place. Au milieu d’une végétation vigoureuse, entre des champs cultivés et des forêts de sapins, on voit briller des masses énormes de glaces qui résistent à l’action des chaleurs de l'été, comme elles ont résisté à l’action des siècles : ces fleuves solidifiés sont les glaciers. L’existence d’une période glaciaire de notre globe est une découverte de la science moderne, prenant de plus en plus de l’importance. L’explication du phénomène de la vie est peut-être au moment de subir de grandes modifications, par suite de l’application des vues qui en découlent. Ces longs fleuves immobiles et glacés descendent sans discontinuer de la région des neiges perpétuelles, d’où ils tirent leur origine, et s’alimentent à cette source permanente. Un glacier n’est autre chose qu’un vaste réservoir d’eaux solidifiées, qui fondent peu à peu, et arrivent dans les vallées inférieures où elles forment des cours bienfaisants.
Dans les plaines et les vallées, la chaleur solaire vaporisant les eaux des rivières, des étangs, des lacs et principalement celles de la mer, les soulève à l’état de vapeurs dans l’atmosphère, d’où elles retombent en partie à l’état de neige, sur les monts élevés, pour s’y convertir en glace, puis en sources vivifiantes. En un mot les glaciers sont les coulées solides des neiges perpétuelles. Par leur marche lente, mais progressivement continue, les glaciers transportent à des distances considérables des blocs erratiques parfois d’énorme dimension. D’après la connaissance des traces que les glaciers laissent sur les roches qu’ils ont labourées de leur masse, on a admis l’existence des glaciers dans l'histoire du globe bien au-delà de