TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE LA BASSE-COCHWCH1NE
sanitaires en temps normal ou ordinaire, c’est-à-dire, après les expéditions principales, pendant un semestre, avec ce qui a eu lieu durant une même période dans le nord de la Chine, à Tien-Sin, les effectifs de l’une et l’autre garnison étant en moyenne de 2000 hommes.
Pendant le premier semestre de 1861, il y a eu à l’hôpital militaire de
1 ien-Sin 552 malades
en traitement, ayant fourni 70 décès.
Nous avons eu à Saigon, dans le deuxième semestre
de 1861 1504 malades
ayant fourni 51 décès.
Pourquoi y a-t-il eu proportionnellement plus de malades à Saigon? Parce que c’est un climat chaud équatorial, où les affections prédominantes sont les fièvres rémittentes et intermittentes, reprenant souvent plusieurs fois les mêmes malades, ce qui fait que, comme en Algérie par exemple, le chiffre annuel des entrées aux hôpitaux dépasse souvent le chiffre de l’effectif de l’armée .
Mais d’un autre côté, pourquoi la mortalité a-t-elle été relativement moindre à Saigon. Parce qu’à part les accès pernicieux et les fièvres rémittentes graves, les affections les plus faciles à enrayer ordinairement sont les fièvres d’accès, et cela par le sulfate de quinine et le quinquina. Il y a toujours un grand nombre de malades dans les pays chauds, mais la médecine y est facile à faire, à condition qu’en s’abstenant des saignées en règle générale, on sache se servir de l’antipériodique, qu’on mette promptement les malades à un régime tonique et réparateur, et les plaçant en même temps dans les meilleures conditions hygiéniques, surtout quant à l’aération. Sous ce dernier rapport encore, nous avons été bien servis par les circonstances à Saigon. L’hôpital militaire fut installé dans une quinzaine de corps de bâtiments séparés les uns des autres, au milieu de belles plantations d’aréquiers et de bananiers, au bord de l’Aroyo ou fleuve Chinois. Or, ces bâtiments, ouverts des quatre côtés, formant des salles de 40 à 80 lits, étaient plutôt de grands hangars à vastes toitures en prismes creux, supportées par des colonnes en bois dur de teck. Car en Cochinchine, le principe de l’habitation n’est pas de se clore, mais seulement de s’abriter des averses et surtout du soleil, de se mettre à l’ombre en restant en plein air. Rappelons, en effet, que la moindre chaleur qu’on y éprouve, même la nuit, en décembre et en janvier, est encore de -{- 17° centigrades. Par suite de celte heureuse disposition locale, aidée des précautions hygiéniques d’usage et malgré l’excessive humidité, qui après l’élément chaleur est l’élément prédominant du climat de la Basse-Cochinchine, nous n’avons eu chez nos blessés aucune de ces complications graves putrides et gangréneuses dont se sont plaints quelquefois nos confrères de la marine. Il est vrai qu’on a eu l’idée de leur faire un fort bel hôpital à la Française et non point à l'Annamite.
Nous empruntons à notre confrère, M. le Dr Richaud, médecin principal de la marine, les chiffres ci-après sur la mortalité à Saigon en 1862. Sur
578 MALADIES CLIMATÉRIQUES
8,000 hommes d’effectif 700 décès, dont 100 parmi les convalescents trans-
portés de Saigon à Suez : Causes de décès :
Dyssenterie 502
Choléra 159
Accès pernicieux. 118
Fièvre typhoïde 42
Phthisie pulmonaire .... 14
Hépatite 12
Affections céréhro spinales
(sic) 12
Ulcères phagédéniques ... 10
Variole 0
Coliques sèches 2
Syphilis 2
De l’ulcère de Cociiinchine. — On observe souvent chez les indigènes, chez les Chinois, parfois sur les matelots qui lavent nu-pieds le pont des navires, plus rarement sur les militaires, des ulcères aux jambes, qui tiennent tout à la fois de l’ulcère de Mozambique décrit par Vinson, mais surtout de l’ulcère de la Nouvelle-Calédonie. Toutes les excoriations, principalement chez les individus qui vont les jambes nues, s’envéniment. aisément, soit par la macération dans l’humidité, par le contact des poussières terreuses et végétales, surtout par les piqûres de moustiques et par le grattage avec les ongles, auquel se livrent les individus qui ne peuvent résister à des démangeaisons intolérables, que donnent les bourbouils du lichen tropicans, si commun, si inévitable pourrait-on dire en Cociiinchine. Quoiqu’il en soit, on voit bientôt survenir comme des pustules d’ecthyma qui s’ulcèrent rapidement. L’ulcération va s’élargissant en cercle ou en ovale, plus ou moins irrégulier, intéressant toute l’épaisseur delà peau, fournissant une sanie ichoreuse, abondante et fétide. Ces ulcères peuvent contourner toute une jambe, ils sont parfois pultacés et peuvent arrivera la pourriture d’hôpital, à la gangrène. Ils sont à bords déchiquetés et taillés à pic avec ourlet livide, blafard, mais ils ne sont pas contagieux. Le mal est un accident local, une plaie ulcéreuse accidentellement développée. Nous croyons cependant que les fatigues, les privations, les misères, et une pauvre constitution y prédisposent. C’est, surtout chez les coolies-chinois portefaix auxiliaires, marchant nu-pieds, que nous en avons observés des cas remarquables, voici nos principales observations :
Obs. i. Aplio, coolie chinois, 25 ans. Vaste ulcère occupant la face antérieure interne et externe de la jambe gauche, à sa partie moyenne : en hauteur o centimètres, en largeur 10, en profondeur 1 1/2. Origine : piqûres de moustiques excoriées, boutons et pustules d’ecthyma; ulcération consécutive, état pultacé voisin de la pourriture d’hôpital pendant quelques jours; pas d’accidents syphilitiques ni actuels ni antérieurs. Traitement : larges applications d’alun calciné en poudre, répétées et continuées plusieurs jours. Perchlorure de fer, vin aromatique. Régime tonique et réparateur : demie de viande et riz (I); demie de vin, thé, café, vin de quinquina.
(0 Pour les Chinois, le riz c'est le pain.