INFLUENCES DES CLIMATS
SIR l’état dk santé de l’homme et maladies qu’elles déterminent.
Les influences climatériques exercent leur pernicieuse influence sur l’homme, par deux éléments principaux : le premier c’est l’élément chaleur, le deuxième c’est l’élément humidité. Les perturbations physiologiques qui résultent de ces deux influences alternées ou combinées, aboutissent le plus généralement à l’état fébrile ; aussi la fièvre est-elle la maladie prédominante dans le cadre pathologique. Nous disons la fièvre, mais avec
toutes ses variétés symptomatologiques qui au fond reconnaissent le même primum oriens , et qui varient à l’infini selon le mode, la nature, l’intensité, la marche, la gravité des manifestations morbides.
Ainsi, par exemple, dans les climats tempérés mais humides et surtout marécageux, les alternances de chaleur humide et d’humidité froide aux journées et aux nuits du printemps, occasionnent plus particulièrement, la fièvre intermittente simple ou compliquée de fièvres éruptives.
Dans les pays chauds et humides à l’excès, l’intensité des phénomènes thermo-hygrométriques fera prendre, à l’élément fébrile, la forme rémittente et même continue. L’élément bilieux s’ajoutant à l’élément rémittent, on arrive, danslespays équatoriaux surtout, à des manifestations morbides qualifiées à juste titre de fièvres bilieuses, souvent avec le caractère pernicieux et des complications cérébro-spinales.
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
Ces manifestations morbides bilieuses, dans certaines régions et conditions climatériques, deviennent tellement exagérées, qu’on a cru devoir recourir a une dénomination plus caractéristique, la fièvre jaune, à cause de l’ictéricie générale de la peau des malades. La fièvre ictéro-hémorrhagique est intermédiaire à la fièvre rémittente bilieuse et à la fièvre jaune. Les accès pernicieux de toutes ces formes graves des fièvres, se compliquent souvent de l’état typhoïde.
Dans les fièvres rémittentes bilieuses, comme dans la fièvre jaune, les mouvements congestifs et tumultueux du côté du foie sont constants et souvent tellement violents, qu’après la simple exagération fonctionnelle bilieuse des fièvres simples, on voit survenir, dans les fièvres graves, depuis l’hypérémie jusqu’à l’hépatite généralisée et quelquefois suppurée.
En même temps qu’il y a toujours un retentissement plus ou moins notable du côté du foie, soit sourd et latent, soit manifeste, dans toutes les fièvres graves des pays chauds, il y a souvent aussi, et concurremment, retentissement sur les intestins, de là cette maladie grave, la plus grave peut-être dans les pays équatoriaux, la dyssenterie, appelée à juste litre la fièvre dyssentérique.
Fait extraordinaire, dans les pays chauds équatoriaux de l’Indo-Chine surtout, toute cette série morbide, ayant pour point initial la fièvre, puis la complication hépathique et gastro-intestinale, au lieu de se traduire au début par une exubérance de colorification sudorale, est caractérisée par l’algidilé, avec des vomissements et des selles de nature particulière et blanchâtres, c’est le choléra, mais qui, comme toutes les fièvres, a sa période de réaction, est souvent mortelle quand ne l’a pas été l’algidité.
En Orient et en Egypte, surtout la fièvre rémittente bilieuse, se complique d’accidents phlegmoneux, charbonneux et gangréneux, c’est là peste.
Ainsi, on peut dire, en thèse générale, que la fièvre intermittente simple est plus d’ordinaire la caractéristique des pays tempérés et humides et surtout marécageux.
Les fièvres chaudes, dites rémittentes, bilieuses à tous les degrés, de même que la fièvre dyssentérique prédominent dans les pays où les éléments chaleur et humidité, mais chaleur surtout, exercent leur influence excessive et pernicieuse.
Dans le nord, au coulraire, par suite de la tonicité générale de l'organisme et l’état plastique du sang, l’élément fébrile entraîne presque toujours des complications ou localisations franchement inflammatoires, faisant contraster la pathologie du nord avec celle des pays chauds, qui semble se lier à l’état dilïluent du sang et à l’érethisme nerveux.
Mais dans le nord, si les conditions hygiéniques sont mauvaises, si l’alimentation surtout est insuffisante et de mauvaise nature, ce ne sont plus les maladies inflammatoires qui prédominent, c’est le scorbut des régions polaires.
Tel est le cadre général (pie nous allons parcourir, au point de vue de
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l 'étiologie, de la pathologie, de la thérapeutique, de la prophylaxie, en y rattachant des formes morbides, qui nous donneront le tableau nosologique de ce que nous appelons les muludies climatériques. Nous ne nous arrêtons pas dans les subtilités nosologiques, endémiques, épidémiques, endémo-épidémiques, etc; ce ne sont là que des divisions théoriques et arbitraires. Par exemple, le choléra est endémique dans l’Indo-Chine, endémo-épidémique plus loin, épidémique en Europe où il reste parfois sporadique. Autant de la fièvre jaune, autant de la dyssenterie. La dénomination générale de maladies climatériques convient infiniment mieux, car elle embrasse tout l’ensemble des manifestations morbides, qui se développent à la surface du globe.
ETUDES ETIOLOGIQUES.
Fievres climatériques.
Et d’abord commençons nos études par les manifestations morbides les plus généralisées, les fièvres climatériques, qui sont aussi les plus variées de formes, de complications, de gravité, en raison de la diversité des climats. Tout en reconnaissant que dans un climat donné, nulle part la fièvre ne se développe avec autant de facilité, de rapidité et d’intensité qu’au voisinage ou au sein des contrées basses et marécageuses, nous ne les appellerons pourtant pas fièvres paludéennes, celte dénomination serait trop restrictive, car il est bien démontré, par la géographie médicale, qu’il y a des fièvres de tout type, dans de nombreuses et vastes régions dépourvues de marais. D’autre part, il est bien avéré aussi que, dans nombre de contrées même très marécageuses de l’hémisphère sud, la lièvre intermittente est rare, sinon inconnue.
Encore moins faut-il les appeler fièvres miasmatiques, car celle dénomination qualificative préjugerait, bien à tort, la question étiologique, en admettant pour cause un principe qui n’a jamais été qu’une hypothèse commode en théorie, faute d’avoir su ou voulu interpréter les influences complexes des agents physiques des climats.
Oh! nous ne l’ignorons pas, s’il est un point de doctrine qui paraisse irrévocablemenl admis, qui soit accepté par la majorité des médecins, on pourrait dire comme un article de foi, c’est assurément l’hypothèse do l’intoxication miasmatique paludéenne, intoxication considérée comme cause première des fièvres d’accès.
Nous disons hypothèse, car aucune des nombreuses expériences de vérification, qui ont été tentées n’a pu aboutir à la démonstration de cette cause cachée. Elevé cependant dans son culte, lors de notre stage aux écoles, nous l’avons aveuglément acceptée, comme on l’y accepte, c’est-à-
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dire, comme une prétendue nécessité théorique. Mais bientôt, transporté sur un vaste champ d’observation, nous n’avons pas tardé devoir qUe, devant la pratique, elle était loin de conserver le prestige qui l’entoure dans la théorie : car la trouvant fréquemment, à chaque pas, prise en délaut par les laits, tantôt embarrassée pour en fournir une explication rationnelle, tantôt en recevant des démentis formels, nous avons été nécessairement amené à la réserve à son endroit.
Nos doutes sur son orthodoxie remontent à la saison endémo-épidémique de 1845 à Alger. Puis, en 1845, placé au milieu de corps de troupes dont nous étions à même, chaque jour, de contrôler les oscillations sanitaires, pendant les expéditions ou dans les camps de travaux d’utilité publique, notre scepticisme marcha à grand pas; nous entrâmes alors dans cette période de transition, où la croyance qui s’en va. s’ébranlant de plus en plus, résiste néanmoins vivement encore à la croyance qui se forme, tentant avec nous-même une transaction impossible, pour allier le langage de I’hypolhèse de l’intoxication à celui des faits d’observation. Cette position était fausse ; chaque jour, il aurait fallu rendre plus élastiques les données de la doctrine de l’intoxication; chaque jour, il aurait fallu y ajouter de nouvelles hypothèses, de nouvelles subtilités pourplierlesfailsaux exigences croissantes d’une théorie qui avait, tout à la fois, contre elle d’ajouter les contradictions à son insullisance. Nous dûmes renoncer à la tâche, parce qu’elle était par trop illogique, parce que le rôle de la cause réputée première allant toujours s’amoindrissant et jusqu’à s’effacer, s’anéantir, devenir impossible même devant les causes dites occasionnelles qui surgissaient partout plus dominantes, plus exclusives, la signification des faits, devenant de plus en plus lumineuse, elle devait détruire, à nos yeux, jusqu’au dernier vestige d’une mystérieuse croyance.
Nous indiquons les phases que nous avons suivies pour passer du doute à l’incrédulité et, en définitive, â la négation formelle de l’hypothèse qui attribue la cause directe des fièvres à l’absorption de miasmes paludéens. Toutefois, ce n’est pas tout d’arriver â une opinion arrêtée, quelque fondée qu’elle soit; quand on veut la faire partager, il ne suffit pas de l’exprimer, il faut la motiver, la justifier, et c’est lâ ce que nous avions entrepris, dans un travail spécial sur l’Algérie, lorsque nous eûmes amassé des éléments suffisants sous le climat brûlant de la Lybie. Déjà nous poussions activement notre œuvre dans les limites des rares loisirs que nous fait habituellement, pour écrire, la vie nomade de médecin militaire, aussi propice à l’observation qu’elle l’est peu, le plus souvent, pour l’élaboration des matériaux qu’elle permet de recueillir, quand d’autres évènements surgirent et nous firent suspendre. A peine, en effet, venions-nous de rentrer d’Afrique, que nous fûmes inopinément transporté dans l’Italie centrale (1).
Disons toutefois que le retard qu’en a éprouvé notre travail, n’a pas été
(1) Expédition de Rome ,'1849-^3.
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sans compensation, car, en tenant compte de cc qu’un lointain écho de la presse médicale nous apportait, par intervalles, sur la question qui nous occupe, ayant pu étudier ce nouveau climat et ses influences, en assistant à toutes les périodes de l’endémo-épidémie de fièvres qui a assailli l’armée française, dans la campagne et dans les murs de Rome, et qui s’est reproduite, selon la règle annuelle, en été ou saison de la Malaria , dans les années 1850 et suivantes, nous lui avons reconnu de telles analogies avec celui que nous venions de quitter, qu’elles équivalent, pour ainsi dire, à une identité complète. Aussi avons-nous trouvé, à chaque pas, une éclatante confirmation de nos vues étiologiques, et avons-nous puisé, en outre, dans les données géographiques et historiques des marais Pontins, un grand enseignement contre l’autorité des noms, invoquant ici le privilège de cette maxime, palladium de la dissidence motivée : Amiens Plato , sed magis arnica veritas.
Ne s’agirait-il que d’un débat purement spéculatif, que nous n’hésiterions pas, par intérêt pour le vrai, à une époque de sévère contrôle qui a ouvert une nouvelle ère à la science; à plus forte raison poursuivrons-nous notre but avec ardeur, en pensant que le problème à résoudre intéresse tout à la fois la théorie et la pratique. De la théorie découlent les préceptes, selon les préceptes, la prophylaxie, l’hygiène, sont efficaces ou non, et selon l’efficacité des mesures hygiéniques, les sociétés, les colonies naissent ou avortent, s’étiolent ou prospèrent.
Avant tout, nous prions le lecteur de ne pas perdre de vue la déclaration que voici : Dans le procès que nous intentons, il n y a en cause que l’hypothèse de l’intoxication miasmatique; quant à l’influence paludéenne, nous la proclamons incontestée et incontestable, car, tout en tenant le marais comme n’étant pas indispensable pour la production de la fièvre, il n’en est pas moins le milieu qui en offre le plus les conditions pathogénésiques, mais nous verrons comment et pourquoi ; là git le point capital de la question, et ce point a une immense portée.
Nous ne décréterons pas le cours forcé de notre manière de voir : nous l’exposerons telle qu’elle résulte des faits qu’il nous a été donné d’étudier, se déroulant sous nos yeux; nous ferons de ces faits les interprétations qu’ils comportent logiquement, et nous en déduirons les conséquences naturelles qui en découlent. De plus, nous aurons soin, en toute occasion, de nous adresser à no us-même les objections que feront naître nos propositions, pour la plus entière élucidation de la question. Tel est le principe auquel nous nous conformerons, dans le cours de nos études, dussionsnous, quand elles seront dans le domaine de la publicité, fournir ainsi des armes à une critique qui ne voudrait pas aller au fond des choses, et resterait plus superficielle que solide.
Lorsque toutes les pièces de ce débat auront passé sous le contrôle du jury médical auquel nous en appelons, il prononcera son jugement : nous l’attendons avec confiance, car nous nous appuyons sur des faits tangibles, le plus souvent corroborés par des chiffres de la plus haute signification,
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et notre conviction est que, si la vérité a pu être méconnue, elle ne saurait être systématiquement repoussée.
Que ceux dont nous allons mettre l’opinion aux prises avec l’inflexible rigueur des faits, veuillent bien trouver notre justification dans ces paroles de Raglivi : Soins veritatis amor et communis uliiitatis sludium , ad lius suscipiendus impuleruut.