OPINIONS SUIS LES PIS ET EN DUS MIASMES
1. Disons-le du reste, nous ne faisons que nous engager plus résolument qu aucun autre, il est vrai, dans une voie où des jalons ont déjà été plantés : ciiique suum !
Nous ouvrons le dictionnaire en quinze volumes et nous trouvons à l’article Miasme : « Cependant il s’est trouvé de tout temps et il se trouve même encore des hommes disposés à les révoquer en doute. »
2. Nous ouvrons le Traité de Pathologie interne de Joseph Franck, [Encyclopédie des sciences médicales, tome 1 r, p. 112), . et nous trouvons : « Que l’air des marais soit infecté par un principe particulier, son odeur spécifique semble le démontrer, quoique nous n’osions pas le regarder comme la cause directe des fièvres intermittentes; mais, quel que soit le principe, rien i l’empêche de le. désigiv r du nom reçu et vulgaiie de miasme. » Puis il ajoute : « Il ne faut pas trop relever l’influence des miasmes marécageux sur l’étiologie des fièvres intermittentes, car l’observation suivante, mieux que toute autre, prouve qu’elles peuvent survenir sans cette cause; j’ai vu plusieurs fois les fièvres intermittentes sévira Yilna, dans le mois de février, alors que le thermomètre de Réaumur marquait 20 degrés de froid et plus, à une époque où les marais, pris en une masse comme pierreuse, ne pouvaient certainement rien exhaler. »
5. Nçus ouvrons le mémoire de 31. le baron Michel : Recherches médicotopographiques sur Home et l’Agro romuno, 1815, et nous trouvons à la page 56 : « Je démontrerai également que le miasme qu’on suppose exister dans l’air de Rome, et qu’on regarde comme la cause des fièvres endémiques intermittentes, n’est qu’une fiction et une hypothèse que le défaut de recherches a accréditées, les fièvres intermittentes simples et pernicieuses pouvant se développer partout ou il n’y a pas de marais, (telle est également l’opinion du docteur Giannini), pourvu que le système nerveux acquière cette diathèse prédisposante qui leur convient et qui leur est propre. »
Toutefois de cette démonstration nous ne trouvons (pie la promesse, car tout aussitôt l’auteur allie les influences miasmatiques aux influences atmosphériques en ajoutant, p. 57 : (les vents) « entretiennent la salubrité de l’atmosphère ou la détruisent, suivant la forme qu’ils empruntent ou les miasmes dont ils se chargent. »
4. Nous ouvrons le Traité de V influence des agents physiques sur la rie, par Edwards (1824), et nous trouvons à propos des fièvres intermittentes :
FIEVRES CLIMATÉRIQUES
« Si dans un grand nombre de cas on rapporte ces fièvres aux exhalations des marécages pendant la belle saison, il en est d’autres où elles surviennent dans des lieux et dans des saisons ou règne la constitution atmosphérique dont nous avons parlé. »
o. Nous ouvrons le Compendium de médecine et nous trouvons à l’article Fièvre : « Nous venons de voir que les effluves des marais sont généralement considérés comme la cause unique des fièvres intermittentes, les autres modifications facilitent l’action du miasme. La chaleur atmosphérique et l’insolation n’exerceraient pas d’autres modifications (1). » Nous inclinons pour cette opinion qui a été combattue par M. Faure. Il soutient d’abord que le voisinage et l’influence des marais ne sont pas nécessaires à la production des fièvres intermittentes, et cependant il ajoute : « Ils en sont une cause tellement puissante, que, même sans les fautes de régime, les miasmes des marais sont, dans la saison des chaleurs, la cause la plus capable de donner naissance à ces affections périodiques. »
« Une pareille déclaration, ajoutent les rédacteurs, ôte à l’opinion de M. Faure ce quelle a d’exclusif, et nous ne comprenons plus dès lors pourquoi il lient à faire jouer à la chaleur seule ou plutôt aux alternatives de chaud et de froid le seul rôle dans la production des fièvres. »
6. Nous ouvrons le Traité des fièvres de M. Maillot, et nous trouvons à
la page 2o(> (chap. 8, Étiologie) : « Mais à quelle circonstances ces
localités (marécageuses) doivent-elles le triste privilège d’être le théâtre de ces désolantes maladies? est-ce uniquement parce qu’elles possèdent au plus haut degré ces conditions d’humidité et de variations atmosphériques dont nous venons d’apprécier l’influence? ou bien, indépendamment de ces conditions puissantes, les vapeurs qui se dégagent des marais contiennent-elles des principes directement délétères, des poissons miasmatiques, en un mot? Ces deux opinions ont eu et ont peut-être encore des partisans. Mais la première n’en a jamais occupé qu’un petit nombre, et la plupart des médecins admettent des principes morbifiques dans les effluves marécageux. »
Puis, passant en revue diverses opinions sur l’intoxication miasmatique et sur l'intermittence, M. Maillot termine par ces réflexions : « Tout étranges que paraissent ces idées, elles sont cependant de nature à n’être pas rejetées sans examen, parce qu’on ne doit rien négliger de ce qui peut conduire à faire eonnuüre le mode d'action des miasmes marécageux sur l'économie de l'homme. Mais dans ces recherches on ne doit jamais perdre de vue ce que M. Monfalcon a dit à ce sujet : « savoir qu’on ne sait rien c’est beaucoup, on est bien plus près de la vérité alors, que lorsqu'on prend pour elle des hypothèses erronées. »
7. Nous ouvrons le second mémoire de Folchi, Sali origine delle fehhri perio liche in lloma e sua Campagna (Roma 1845), et nous voyons cet auteur ne pas contester que les marais, ne fournissent des exhalaisons, ne pas con-
(!) Opinion de MM. Audnunrd ot Boudin.
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
tester que ces exhalaisons ne deviennent à la longue des causes morbigènes chez ceux qui en subissent les influences, mais il révoque en doute qu’il se dégage des eaux stagnantes une matière sni geueris , un principe malin et vénéneux, en un mot, un miasme qui soit proprement et uniquement l’origine des fièvres intermittentes.
Voici textuellement ses paroles :
« lo sono ben lonlano dal sostenerc che lepalustri esalazioni non sieno » pregiudiciali alla umana sainte, et che lenlamente non inducano uno » stato morboso in coloro che vi soggiorano dappresso ; ma che dalle acque » raccolte in massa e pigre s’innalzi un materiale di suo genere, un prin- » cipio maligno e venefico, in una parola, un miasina chez propriamente » ed unicamente dia origine aile febbri intermittenti presso di noi, questo » è ciô chesembrami postersi a buon dirilto richiamare in dubbio »
Partant de là, Folchi s’attache ensuite à mettre en relief les influences fébrigènes des variations atmosphériques, à l’exclusion des miasmes invoqués, tout en faisant cependant une restriction, car il dit plus loin : « Les exhalaisons propres aux eaux stagnantes, même en n’excitant’pas la fièvre, peuvent bien relâcher la fibre, troubler les fonctions de la vie animale et organique, entre autres la sanguinificalion, en augmentant la portion séreuse du sang aux dépens de la portion fibrineuse, variant, en un mot, la crâse de cette humeur vitale.
Santarelli a écrit dans le même sens : Voy. : Dell’origine delle febbri perniciose .
8. Nous ouvrons le livre de M. Carrière, sur le climat de l’Italie qu’il tient pour infesté de miasmes, et nous lisons à la pag. 303, après un examen topographique de la campagne de Rome :
« Voilà les donnés principales du problème qui reste à résoudre; telles sont les conditions qui, en se modifiant les unes les autres, dès qu’elles sont en présence, produisent cette cause qui a provoqué tant de travaux, donné lieu à tant d’hypothèses. Grâce au progrès des sciences physiques, le temps des hypothèses devrait être passé; mais il ne sera passons intérêt de faire voir qu’il dure encore, et que notre siècle n’est pas sans ressemblance, sous ce rapport, avec celui pendant lequel vivait Lancisi. De son temps, tout en rendant compte avec quelque exactitude des éléments producteurs de l’insalubrité, on était impuissant à dégager les ténèbres qui couvraient le jeu des réactions chimiques. On se bornait à admettre que l’air contenait quelque chose de plus lorsque, de sain qu’il était, il devenait malsain (1). Le nom qu’on donna à ce quelque chose fut celui d 'effluves miasmatiques ou de miasmes. Je les ai employés tous les deux, et la science jes emploie tous les jours : car, s’ils ne représentent pas une matière déterminée, ils indiquent au moins une sorte de poison préparé par l’élaboration chimique qui vicie l’atmosphère, cl sert de germe à la fièvre intermittente. C’est à celle école qu’appartiennent Doni, Cognati, Lancisi, Ramazzini,
(1) Lancisi, De noxîis paludum efjluviis.
FIÈVRES CLIMATÉRIQUES
Baglivi, Morton, etc. Quand les sciences physiques eurent acquis plus de précision, on ne pouvait se borner à donner un nom à la cause; il fallait s’assurer de sa nature comme de son origine, afin de pouvoir l’atteindre. Les nombreuses tentatives qu’on lit dans cette direction eurent, toutes un résultat, mais, loin de produire un accord, elles n’amenèrent que des dissidences. La plupart des matières gazeuses ou des principes qui peuvent se former pendant la fermentation, jouaient le rôle de cause auprès de chaque observateur, ce qui se réduit à dire que, si la question fut bien posée, elle ne fut jamais qu’incomplétement résolue. Parmi eux, quelques-uns tranchèrent trop nettement la difficulté, avant d’avoir en main des preuves suffisantes pour conclure; d’autres, moins hardis, se réfugiant dans le doute ou dans des nuages, interprétaient et s’exprimaient presque comme on l’aurait fait avant Morgagni, c’est-à-dire avant le progrès des sciences physiques. Voici, pour montrer un exemple, le fruit d’une longue disquisition dont l’auteur est un médecin qui vit et pratique près des marais Pontins, le docteur Giuzeppe Minzi : « 11 n’est pas impossible, dit-il, qu’un modificateur particulier non concevable à la pensée (inconceptibile dellamente), inconnu aux sens, qui échappe aux instruments de physique et de chimie, existe dans l’atmosphère des marais Pontins, et constitue l’indispensable élément des fièvres intermittentes. Mais l’observation quotidienne prouve qu’il reste complètement inactif et inoffensif pour l’économie animale, à moins que des circonstances particulières ne concourront à provoquer sa morbide activité. 0 ). »
« Auprès des partisans, rares sans doute, d’une opinion aussi timide, sont les auteurs qui étudient la cause moins dans la cause elle-même que dans les phénomènes qu’elle produit. Médecins trop exclusifs, ils ne s’occupent que de l’organisme, suns attacher une attention suffisante aux agents qui en troublent les mouvements. On constate cette direction dans beaucoup d’ouvrages spéciaux. Parmi ceux qui ont été publiés en Italie, je citerai les écrits d’un médecin très instruit dans la matière, le docteur Folchi, médecin de l’hôpital Saint-Esprit, à Rome (2). C’est ainsi qu’il exprime son opinion sur la nature essentielle des fièvres d’accès : « Les vicissitudes atmosphériques (pii régnent pendant l’été déterminent deux effets importants : un désordre grave dans les fonctions de la peau, et une soustraction du fluide thermo-électrique, fluide vital fourni par l’activité du système nerveux. La conséquence du premier effet est une altération des muqueuses intestinales, celle du second est une altération du système ganglionaire. Ainsi l’essence de la fièvre intermittente, ajoute l’auteur, consiste dans le trouble des équilibres des éléments de la vie, et principalement de ce fluide nerveux, ou de cette matière impondérable que la réaction fébrile tend à rétablir dans sa normalité. » Il y a loin, dit
(1) Sopra le rjenesi (telle febbri intermilleate , spec ialmen te di Ruina e délia sua provincia australe. Roma, 18-ii.
(2) Décédé depuis.
240 l'mJD .S CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES.
M. Carrière, de celle opinion loule physiologique, si l’on nie permet cette expression, à celle du docteur Boudin, qui rattache la cause de la fièvre au développement d’une végétation propre aux lieux marécageux (l).
« Quelque nombreuses que soient ces dissidences, elles n’en ont pas moins servi à jeter d’assez vives lumière sur les obscurités de la question. Si l’on ne sait pas tout, on en sait assez pour espérer que la science, dans ses progrès, ne tardera pas à rallier toutes les incertitudes. »
Puis M. Carrière, qui n’a du moins aucune incertitude pour un agent intoxieateur, ajoute plus loin , se rapprochant de l’opinion de Sylvius de la Boë :
« Peut-on conclure, d’après cela, (pie c’est l’hydrogène sulfuré qui, absorbé dans son mélange avec l’air par les voies respiratoires et les surfaces cutanées, constitue le poison direct qui frappe l’organisme, et soit la cause véritable de la perturbation qui a des caractères si précis? Ici s’élève la limite devant laquelle s’arrête l’investigation directe. La chimie ne va pas plus loin. » (Page 112).
9. Nous consultons l’analyse des journaux allemands (-\ et nous trouvons dans les Herbe chez sur l’étiologie de la fièvre intermittente, par le docteur Hirch :
« La théorie des miasmes se trouve en défaut : un grand nombre d endroits présentent la fièvre intermittente, avec le caractère endémique, et cependant on n’y rencontre ni marais ni exhalaisons marécageuses. »
10. Nous ouvrons un Compte rendu (3) de la séance du 13 juin 1848 de l’Académie de médecine et nous lisons ces paroles de M. Bousquet, à propos de l’engorgement de la rate, qu il ne considère point comme la cause des fièvres intermittentes : « La cause principale est antérieure et supérieure à l’engorgement de la rate : c’est l’intoxication du sang, suivant M. Piorrv; c’est une atteinte du système nerveux, suivant d’autres. » Aussi M. Bousquet dit-il, parlant du rôle prêté à la rate et aux miasmes : « Il y a là une supposition, et peut-être deux .suppositions. »
1 1 . Nous ouvrons le f>0' volume du Recueil des .1 f empires de Médecine , de Chirurgie et de Pharmacie militaires , et nous trouvons, à la page 119 de la Notice sur le climat et les maladies de l’Algérie , les lignes d’un maître prématurément enlevé à la science.
Après avoir dit que les fièvres se montrent partout en Algérie, même dans les endroits les plus secs, les plus salubres, les plus élevés .
« Tant pis pour le pathologiste théoricien, s’écrie Casimir Broussais, qui a besoin d’un miasme pour admettre le développement de la fièvre intermittente; la nature suscite autour de nous des accès sans miasmes assez souvent, pour (pie nous ne puissions douter du fait.
» Cependant (ajoute-t-il par une restriction dont on a lieu de s’étonner
p) Annales di hygiène publique, t. XXXIII, XXXVI. (2) Gazelle médicale, p. 0.30, 18.30.
(0) Union médicale.
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après un pareil trait de lumière), il me paraît; difficile de douter de la présence des miasmes dans les localités marécageuses. »
12. Voilà assez de preuves que bon nombre de médecins ont, souvent, eu des velléités de quitter les sentiers inextricables d'un labyrinthe d’hypothèses, pour entrer dans la large voie de la réalité.
Mais ces velléités, ne dépassant pas, le plus souvent, les limites de timides irrévérences, ne sont guère pour la plupart qu’à l’état de simples parenthèses sceptiques, au milieu d’un credo miasmatique général.
Comment surtout, parmi les auteurs que nous venons de citer, MM. Faure et Casimir Broussais n’ont-ils pas vu, qu’après avoir exprimé des faits aussi saillants que ceux qu’ils rapportent, il n’y avait point de moyen terme possible, quant à la nature de la cause première des fièvres? qu’après les prémisses qu’ils avaient posées, ils étaient logiquement, nécessairement entraînés à la négation formelle de l’intoxication miasmatique?
Il n’y a pas de milieu : où le miasme est cause de la fièvre partout et toujours, et là où il ne peut être, il faut le supposer quand même, et tout, le reste n’est que circonstance adjuvante, accessoire, occasionnelle; ou Jnen, si dans un seul cas une cause autre que le miasme, peut produire la lièvre, et à plus forte raison si les fièvres sporadiques, comme on l’accorde, sont dues à d’autres causes qu’au miasme, le miasme n’est plus rien nulle part, absolument rien, car la fièvre étant toujours identique de sa nature, il serait par trop irrationnel de vouloir la faire dépendre tantôt de l’intoxication du sang, tantôt d’une autre cause : l’intoxication est ou n’est pas ; ce n’est qu’entre ces deux termes que peuvent porter les débats.
Vous ne concevons donc pas comment, par exemple, après avoir dit que « les causes des fièvres intermittentes, soit intermittentes, soit pernicieuses, consistent : 1° Dans une perte successive de calorique plus grande que l’économie ne peut réparer, » M. Wanner (1) ajoute immédiatement après : « 2° Dans la résorption dans l’économie des principes de sécrétion cutanée et dans l’introduction, par l’inspiration, de plus ou moins de miasmes. »
Cette contradiction étiologique a toujours empêché les observateurs de pousser dans toutes ses conséquences logiques la signification du langage des faits, tant est grand l’empire d’une hypothèse aveuglément acceptée connue fait démontré, mais qu’on a ruinée en cherchant à la soutenir quand même.
De même que nous avons vu, pour, l’Afrique (voy. Algérie médicale, ch. iv), M. Jacquot déclarer que le marais-type est insuffisant pour rendre compte des fièvres qui y régnent, invoquer des marais infiniment petits et meme des marais souterrains, de même les inloxicalionnistes de Rome reconnaissent que tout ce qu’il peut y avoir d’étangs ou de lacs dans Yagro
^1) \ oyo7. Comptes rendus des séances de l Académie des sciences, I. XXX, 2° soin os— Iro, n°
ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
vomit no , ne peut suffire pour rendre compte, au point de vue de la théorie de l’intoxication miasmatique paludéenne, des fièvres qu’on y observe, et ont recours à un expédient plus élastique encore. Que nous dit, en effet, le docteur Puccinotti? Après être convenu que la plus grande partie de la campagne de Rome n’a pas de marais qui puissent vicier l’atmosphère, il admet que des miasmes et par suite des fièvres peuvent se développer là où il n’y a pas d’eaux stagnantes, au milieu de certaines conditions locales et sous l’influence du climat, c’est-à-dire, si le sol est plan, méridional, inculte, herbeux ou couvert de débris végétaux. Il suppose qu’en pareil cas, sous l’influence de la chaleur, il peut se développer des principes méphitiques ne différant pas de ceux des marais : « Que le développement des miasmes étant subordonné aux lois de la radiation dans les climats méridionaux, l’existence des marais n’est pas nécessaire pour leur production, et que dans quelque lieu que ce soit de la campagne de Rome où s’observent des fièvres, sans la présence d’eaux stagnantes, elles n’en ont pas moins toujours l’effet de miasmes, développés par les conditions météorologiques particulières, qui favorisent la radiation dans les terres basses et incultes (t). »
Pareille manière de voir, loin de soutenir la théorie chancelante, en bouleverse de fond en comble toute l’économie; elle la détruit et lui ôte jusqu’à son nom. En effet, la dénomination classique d'intoxication paludéenne est inexacte, par insuffisance, pour des intoxicationnistes aussi universels queM. Puccinotti; la flore fébrigène des marais devient un détail local inutile, quant au rôle étiologique qu’on a voulu lui attribuer ; l’influence paludéenne limitée à quelques centaines cle mètres : une barrière imaginaire, etc., etc.
Faut-il néanmoins que les intoxicationnistes sachent gré à Puccinotti de l’élasticité de son hypothèse, « afin que l’esprit satisfait puisse alors rattacher les fièvres d’accès à la même cause? » Hélas! non, car 31. Puccinotti finit par reconnaître qu’en dehors des marais, des étangs, des lieux plans, méridionaux, bas, incultes, herbeux, pouvant dégager des miasmes, ditil, il est aussi des lieux où, en aucune façon, il ne saurait y avoir de miasmes, ni développés, ni transportés, et où cependant il y a des fièvres. Que faire alors?
L’observateur impartial, arrivé à ce point, n’a d’autre parti à prendre que de renoncer à ùne hypothèse impuissante; mais le théoricien quand même, invoque un nouvel expédient. Puisqu’il y a des fièvres intermittentes sans miasmes, dit-il, il y a deux espèces de fièvres : les périodiques
(1) « III. Clie'lo svolgimento dcl miasma essendo soltoposto aile leggi délia radiazionc ne’ clini meridionali, non è necessaria l’esislcnza delle paludi per produrlo, e davunque nella campagna di Roma sono febbri miasmatiche, senzu la presenzadi acque stagnanli, esse sono sernpre l’effet to del miasma evolto dalle condizioni meteorologiclic particolari, che promovono nclle terre basse et iiicolte la radiazione. » ( Collezionc di opcie tncdiche , Vol. II, cap. .24, 182(5.)