‹ Traité de composition musicaleChapitre 200 sur 328 · NEGLIGENCES DANS LA PROSODIE · texte numérisé non relu

NEGLIGENCES DANS LA PROSODIE

8 719.— Il fut une époque où nos meilleurs compositeurs français faisaient assez bon marché des règles de la prosodie, quand elle gênait leur inspiration mélodique.

§ 7'20.— Malgré l'admiration (je dirai même le culte ) que nous professons toujours pour ces Maîtres vénérés qui furent les nôtres, nous ne pouvons nous empêcher de regretter leurs négligences à cet égard.

$ 721.— Nous savons bien que les librettistes ne taillèrent pas toujours leurs vers d'une manière favorable à la musique, et qu'ils fournirent, parfois, aux musiciens, des paroles qui leur rendaient la tâche très difficile.

Mais, en pareil cas, au point de vue de l'art pur, il faut de deux choses l'une: ou trouver le moyen de vaincre tri difficulté (sans la faire sentir) ou bien, obtenir de l'auteur les changements qui peuvent être nécessaires pour mettre d'accord les paroles et la musique.

§ 722.— Nous savons aussi, qu'à l'époque dont nous parlons, laquelle fut, d'ailleurs, très fertile en ouvrages lyriques remarquables, on était fort épris de mélodie franche, bien rythmée et exempte de complications.

§ 723.— Nous savons encore que certains compositeurs, chez qui les idées mélodiques affluaient, étaient comme entraînés par une inspiration débordante, et composaient spontanément des motifs, sur lesquels ils faisaient ensuite ajuster des paroles.

(*) Lire, dans l'ouvrage de M' s U M su \s intitulé Harmonie et Mélodie, le Chapitre consacre à "In poésie et la mttaique*

AL. «Hit?.

S 7*24.— Ce système peut réussir quelquefois.; mais, eu principe, il n'est pas bon; car, il est plus naturel de faire de la musique sur des paroles que de placer des paroles sous la musique: La poésie, c'est Vidée; la musique, c'est l'expression, l'accent, le mouvement, la ne,1 c'est, enfin, la déclamation chantée. Or, l'expression d'une idée ne saurait précéder Vidée elle-même.

$ 725.— C'est qu'en effet, le langage des mots a un sens précis que le compositeur connaît et doit comprendre parfaitement, ce qui lui permet de le traduire fidèlement en musique, celle-ci étant, d'ailleurs, d'une telle s ouplesse, qu'elle se prête,a la fois, et merveilleusement, a une adaptation parfaite des paroles et à V expression exacte des sentiments qu'elles expriment.

$ 726.— Tandis que le langage des sons, beaucoup plus subtil que celui des mots, a quelque chose de vague, dont le sens peut échapper au poêle (fut-il doublé d'un musicien, letque.d'ailleurs, le comprît-il absolument, il lui serait bien difficile, sinon impossible, d'en exprimer les nuances les plus délicates, tout en développant son sujet. Et la preuve, c'est qu'il n'y a guère de traductions qui puissent satisfaire entièrement Vauteur de la musique, par la raison qu'il peut suffire d'une inversion dans les paroles pour fausser l'accentuation et la vérité d'expression; d'où le proverbe italien: (radultnre, traditore. (traducteur, traître) (*)

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