Ann. de ch. et dephyt
CRISTAaOGIUPHIE, T. 11. 37
Avec un tétraèdre de cuivre gris, le résultat est le même qu*avec le cuivre.
Avec un tétraèdre de chalcopyrite, le sens est inverse, ce qui prouve que le signe thermo-électrique de la chalcopyrite est, par rapport au platine, contraire à celui du cuivre gris.
Avec les lames de cuivre gris et de chalcopyrite, le sens des courants pyro-électriques est donc le même que celui qu'on aurait si on remplaçait les lames par des ^tétraèdres ayant leurs sommets dirigés vers celui du cristal dont la lame était détachée. On expliquerait donc les phénomènes observés en supposant que les molécules de ces deux matières ont une forme tétraédrique semblable à celle du cristal. La face placée du côté des pointes moléculaires se refroidirait ou s'échaufferait plus vite que celle qui serait lournée du côté des bases.
On voit que dans ces phénomènes la pyro-électricité paraît se compliquer de la thrrmo-électricité, et peut-être même celle-ci est-elle seule enjeu.
Régie délermlnaiit celui des sommets du erlstal qui est positif par eompression oa par refroidissement. — En comparant entre
elles toutes les substances sur lesquelles on a, jusqu'à ce jour, constaté la pyro-électricité, ou, ce qui est la même chose, la piézo-électricité, MM. Curie sont arrivés à formuler une loi curieuse et intéressante.
Lorsqu'on considère une droite susceptible de prendre à ses deui extrémités, par compression suivant sa direction, des électricités de noms contraires, ces deux extrémités sont cristallographiquement difTérentes. Or, rexlrémilé qui prend par compression (ou par refroidissement) rélectricité positive, est toujours tournée du côté où les faces du cristal donnent le sommet le plus pointu.
Ainsi le sommet positif par compression est tourné, dans la tourmaline, du côté du pointemente* ; dans la calamine, du côté du pointement e,; dans les tétraèdres de blende et de chlorate de soude, du côté du sommet du tétraèdre. 11 parait d*abord y avoir une exception pour h boracite, dont le sommet positif est tourné du côté de la base du tétraèdre. Mais cette exception confirme ici la règle, car nous venons de voir que la boracite est réellement terbinaire et que la droite qui joint deux sommets pseudo-ternaires est Taxe d*hémimorphisme. Or il esl facile de voir que les faces létraédriques sont, dans le cristal terbinaire. des faces du biseau a*. Le pôle positif par compression, étant touniô du côté de cette face pseudo-ternaire, est donc en réalité tourné, suivant la règle, du côté du biseau a*.
Cette règle ayant ainsi un haut degré de généralité, on peut conjecturer qu'elle a sa raison d'être dans la forme même de la molécule, qui serait plus pointue du côté du pôle positif.
Phénomène réciproque de la pyro-éleetrlelté. — De même que
réleclrisation produite par la compression entraine la dilatation produite par l'électrisation, Télectrisation par le réchauflement doit entraîner le refroidissement par Télectrisation. Un cristal de tourmaline qui, paréchauffement, prend à une certaine extrémité un pôle positif, doit donc se refroidir lorsqu'on communique à la même extrémité de Télectricité positive. Cette conséquence de la théorie, qui a été formulée par H. Lippmann, peut être considérée comme certaine, quoiqu elle n'ait pas encore été vérifiée par l'expérience.
Essais d*explleatlon théorique de la piézo et de la pjnn'électrl-
clté. — M. Gaugain^ à la suite de ses remarquables travaux sur L\ pyro-électricité de la tourmaline, avait émis, pour expliquer ce phénomène, la théorie suivante. Il supposait que, dans la tourmaline, la dyssymétrie de la molécule est due à ce que deux portions opposées d^^ cette molécule ont des pouvoirs thermo-électriques différents» et s'échauffent ou se refroidissent inégalement quand la température du (^orps varie. La variation de température constitue alors la molécule à l'état de tension opposée à ses deux extrémités.
On peut matérialiser en quelque sorte cette conception, comme l'a fait M. Gaugain, en soudant ensemble alternativement, par la base et par le sommet, de petits cônes de cuivre et de bismuth. Lorsqu'on plonge le tout dans une étuve, les pointes s*échauffent plus vite que h s bases, et, jusqu'à ce que Téquilibre de température soit obtenu, il so produit un courant attesté par un galvanomètre. Le courant change de sens lorsque la variation de température change de signe; la quantiié d*électricité dégagée est indépendante de la longueur de la chaîne; elle est proportionnelle à la variation de température. On retrouve doiio les principales lois de la pyro-électricité.
Mais cette ingénieuse idée ne rend pas compte de la piézo-électriciu's et les deux phénomènes paraissent si intimement liés que l'explicutiuii de Tun doit aussi convenir à l'autre.
Sir W. Thomson a cherché de son côté à expliquer la pyro-électricilé en admettant qu'un cristal pyro-électrique est toujours à Tétat de polarisalion électrique, les deux extrémités dissemblables de la molécule