CHAPITRE XVI. — IMPORTANCE DES DIVERSES FORMES SIMPLES
que cette aire est d'autant plus petite que le symbole du plan est plus simple, c'est-à-dire que les caractéristiques sont plus petites.
Il est donc permis de donner à la loi d'Haûy Ténoncé suivant : La nature choisit les formes simples qui limitent le cristal parmi celles dont l'aire élémentaire est la plus petite.
Ce nouvel énoncé a, ce grand avantage que les formes simples y sont définies par un caractère précis, car Taire élémentaire d'un plan réticulairé est connue lorsque le système réticulaire est connu. On peut donc, lorsqu'on a fixé le système réticulaire par des hypothèses arbi- . traires convenables, ranger toutes les formes simples suivant l'ordre croissant de leurs aires élémentaires, et comparer l'ordre ainsi obtenu avec celui qu'on obtient en rangeant les mêmes formes suivant leur importance physique décroissante. Il semble très-vraisemblable à priori que les deux classements doivent coïncider, puisque lorsque l'aire élémentaire prend une valeur trop forte, la forme prend une importance physique si faible qu'elle ne se produit plus. Si Ton admettait la nécessité de cette coïncidence, on y trouverait un moyen bien plus parfait que tous les autres, de déterminer avec précision le système réticulaire du cristal, le nombre des hypothèses arbitraires initiales qui donneraient la coïncidence entre les deux séries étant toujours très-petit.
On pourrait démontrer la loi expérimentalement ; il suffirait de chercher pour un grand nombre de cristaux, à déterminer un mode de réseau qui amènerait la coïncidence entre les deux séries. Si l'on parvenait, pour tous les cristaux, h obtenir un semblable résultat, la loi pourrait être <îonsidérée comme établie. Malheureusement, dans des recherches de ce genre, on se trouve très-vite arrêté. La première raison en est que s'il est toujours aisé, le système réticulaire étant supposé connu, de classer les formes suivant la grandeur croissante de l'aire élémentaire, il l'est beaucoup moins de les classer suivant Tordre décroissant de l'importance physique à cause du vague avec lequel cette importance est définie»
En second lieUj il est très-évident que la loi qu'il s'agirait de démontrer ne peut être rigoureuse^ puisqu'elle n'établit un lien qu'entre la forme cristalline et le réseau, tandis que la forme cristalline doit être nécessairement modifiée^ en outre, par la nature du polyèdre cristallin; car, s'il n'en était pas ainsi, l'importance physique des deux formes conjuguées d'une substance hémièdre serait la même, ce qui reviendrait à dire que la dissymétrie de la molécule ne se traduirait pas dans
le polyèdre cristallin. L'observation dément absolument une semblable conclusion.
Nous devons donc nous attendre à trouver, en essayant de vérifier l'exactitude de la loi, non-seulement des difficultés tenant à l'imperfection de nos connaissances, mais encore de véritables contradictions qui tiendront à ce que la loi est, sinon inexacte, du moins très-certainement incomplète.
Démoaatration théorique de la loi de Bravais. — 11 vaut donc
mieux suivre une marche différente, et essayer d'établir la loi non par l'observation, mais par des raisons théoriques. Si l'on y parvient, les faits d'observation contradictoires avec la loi ne feront pas douter de Tcxactitude de celle-ci, mais pourront servir à apprécier l'influence de la forme du polyèdre moléculaire sur la forme cristalline et, par conséquent, à acquérir de nouvelles et précieuses données sur ce point si important et si mystérieux de la constitution des corps.
Nous avons déjà acquis sur la structure intérieure d'un corps cristallisé une donnée certaine ; nous savons qu'un semblable solide est formé par des agrégats matériels tous identiques entre eux, et qu'on peut appeler les molécules cristallines. Les centres de gravité de ces molécules, toutes orientées de la même façon, marquent les nœuds d'un réseau à maille parallélipipédique. Il est facile de voir que les centres géométriques de ces mailles forment à leur tour les nœuds d'un réseau identique au premier, orienté de la même façon, et dont les mailles ont chacune une molécule en leur centre. On peut donc dire encore que le cristal est constitué de telle sorte que les centres de gravité des molécules cristallines occupent les centres géométriques des mailles paral-
' lélipipédiques d'un certain réseau.
% Le centre de gravité de chaque molécule cristalline est d'ailleurs immobile, car il ne pourrait avoir qu'un mouvement oscillatoire, qui serait identique pour tous les centres à cause de l'identité complète du milieu autour de chacun d'eux. Le mouvement moléculaire serait ainsi transformé en un déplacement vibratoire du centre de gravité du corps. Les vibrations calorifiques d'un cristal ne peuvent donc être que des vibrations autour du centre de gravité, lesquelles s'exécutent vraisemblablement, de telle sorte que les éléments de symétrie de la molécule sont conservés.
Faisons passer par le centre de gravité A d'une molécule un plan réticulaire quelconque P, qui divise le milieu cristallin en deux parties, l'une supérieure M, et l'autre inférieure N. Les actions moléculaires