Argent antimonié sulfuré, vulgairement argent rouge
jL^ La description qui va Êiire le sujet de cet article, Ket celle de la substance appelée Bournonite, durit elle sera suivie, se trouveront d'autant plus naturellement rapprochées l'une de l'autre, que nous y verrons l'antimoine sulfuré jouer deux rôles dillé- ^rens , dont le contraste servira à mieux faire ressortir K4a ligne de démarcation tracée parla Cristallographie K-cntre les minéraux dont tous les principes se sont ■;oomme concertés pour produire une combinaison HfVDique, et ceux dans lesquels leurs actions se Mnt K,^rlagécs entre plusieurs comhinaisons distinctes. K Les chimistes qui ont analysé l'aident rouge, en ■ont retiré les principes de deux sulfures, l'un d'ar- {;ent, l'autre d'antimoine. Le premier élant ductile, ne se prèle pas à la division mécanique, mai^ la forme qui domine dans ses cristanx est le cube. Quant à ceux du second, les joints naturels que l'on -met à découvert, en les divisant, indiqueut, pour t forme primitive, un octaèdre à triangles scalènes, u'ainsi que nous le verrons dans l'article suivant. D'une autre part, le solide qui fait la même fonction dans l'argent rouge, est un rhomboïde obtus dont deux faces prises vers un même sommet font entre elles un angle de iog'*28'. Or , la forme rliomboïdale est par elle-même incompatible avec celle dn cube et avec celle de l'oetaèdre ; ce qui assigne à l'ar-
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gent rouge on rang à part dans la série des espèces minérales.
Eai composition de cette substance va me foomir tme considération qni s'applique paiement à' tout; autre minéral qui se trouve dans un cas semhlafale. LcHTsque le résultat de l'affinité est un.sin|ftle mér lange, les molécules intégrantes des .composana oopaservent leurs finmieSi et cdles qui n'ont joué qu'on rôle passif dans la cristallisation sont seulement interposées entre celles dû prindpe dont l'action prépondérante a déterminé la forme cristalline. On a supposé que dans les autres substances dont j'ai parlé d'abord) les composans dont elles renfermaient les principes existaient tout fermés, en sorte que c'était ^ de la réunion de leurs molécules iht^antes que résultait la forme de celle que l'on retirait du minéral à l'aide de la division mécanique. D'après cette hypothèse, on s'est servi des expressions de sulfures, de sulfates ou d^oxides , pour indiquer la manière d'être de la composition. Ainsi l'on a dit de l'aident rouge qu'il était composé d'argent sulfuré et d'antimoine sulfure.
Pour que ce langage s'accordât avec ce que nous apprend la géométrie des cristaux , il faudrait que les molécules intégrantes de l'argent sulfuré, et de Tantimoine sulfuré fussent susceptibles de s'unir sans subir aucune décomposition, de manière à produire par leur assortiment une troisième molécule d'une forme diUerenle, qui serait celle d'un rhomboïde.
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Or, les premières étant dos ciiljcs, et les secondes des tétraèdres semblables à eeux que donne la sousdivision de l'octaèdre primitiF, jamais on ne pourra, dans quelque ordre qu'wi tes assortisse , faire naître de leur réunion un rliomboïde qui semble les repousser.
II est bien plus naturel de supposer que les élétnens de l'argent sulfuré et de l'antimoine sulfuré étaient d'abord suspendus dans le Uquide où s'est opérée la cristallisation de l'argent rouge, et qu'ils se sont ensuite réunis, en vertu de leur afTiuité mutuelle, pour produire immédiatement la molécule intégrante du minéral dont il s'agit. Cette forme aurait dépendu alors des fonctions que les molécules élémentaires exerçaient les unes sur les autres eu se réunissant, et rien ne paraît s'opposer à ce qne la quantité de soufre qiii s'est combinée avec l'ensemble des deux métaux ait été la même que dans l'Iiypo^ Aèse où ils auraient agi séparément sur le même principe; ainsi le résultat de l'opération de la uature n'aurait été que la réunion des éléniens de deux stUHires, l'un d'argent et l'autre d'autimoine, et le résultat de l'analyse aurait donné lieu de croire que ces deux sulfures coexistaient dans l'argent rouge,
Oscrai-je ajouter que nous ne sommes pas bien sûrs que les substances que nous regardons comme simples, telles que le fer, le tilJine, l'or, l'argenl ,
tle soufre, etc., ne soient réellement composées ulténeurenient de molécules principes de diOërcntc XI. 3i
48s TRAITÉ
ii^ure? Cette supposition' qui tend à direraifier et ft multiplier les formes élémentaires ^ augmente, par là même le nombre dâs chances de la cristallisation^ pour produire , avec des suUures^ des ozidesy oa même avec des corps censés simples par rapport à nous 9 des combinaisons dont les molécules intégrantes participent de la diversité que tendrait à faire nattre la sous-division de celles qui auraient appartenu aux substances dans leur état primitif. « Les phénomènes chimiques, a dit un savant oé- D lèbre(i)9 deviennent si merveilleux, l'analyae a » porté si loin son flambeau, nous décomposons et » reproduisons de toutes pièces tant de substances, }D qu'on était, il y a dix ans, tout aussi autorisé 3i> à regarder comme indécomposables que For, » qu'on ne peut point prononcer qu'où ne parvieny> dra pas à imiter la nature dans la formation des JD métaux, d J'ajoute qu'il est naturel de penser qu'il y a beaucoup trop de substances regardées comme simples, pour que toutes le soient réellement. Mais jusqu'ici on n'a pu les décomposer , et l'on a agi sagement en plaçant la simplicité à l'endroit où s'arrêtent les feits.
(i) Fiayez les Elémens de Chimie de M. le comte Ghaptal, troisième édition, tome II , page 4^5.
4. Antimoine sulfurèpïombo-cuprifère. Tripla sulfure df antimoine , plomb et cuivre- Bournon, Catal. p. 4o9* Bournonite de Thomson , Système de Chimie. Paris, i8og, tom. VU, p. 455.
Cest à M. le comte de Bournon que l'on est redevable des seules observations qui aient été publiées jusqu'ici sur les formes cristallines de la substance minérale qui va faire le sujet de cet article. Les nombreux services que ce savant célèbre a rendus à la Minéralogie sollicitaient une place pour son nom dans la nomenclature de cette science, et l'on a profité, pour lui décerner cet hommage, d'une occasion qui s'ofîrait ici comme d'elle-même , en appelant Bournonite une substance qui n'avait encore été décrite que par lui.
M. Hatchett qui a fait l'analyse de cette même substance, en a"*retiré les élémens de trois sidEures, l'un de plomb, le second d'antimoine et le troisième de cuivre. Voici le résultat de cette analyse : plomb, 4^)62; antimoine, 24,33; cuivre, 13,8; soufre, 17; fer, 1,2; perte, a,i5. M. Hatchett n'avait pas réparti la quantité totale de soufre entre les trob métaus, d'après la loi des proportions définies; mais cette répartition est donnée par la formule représentative de la bournonite, dans le Nouveau Système minéralogique de M. Berzelius, laquelle est composée de trois termes, dont cliacun exprime le rapport entre la quantité de soufre et celle de métal 3i..
tx)n tenues dans le sulfure qui lui correspond (i). Sa ferme primitive , suivant M. le comte de Boumon , est un prisme droit à hase carrée , dans lequel Je côté de la base est à la hauteur comme 5:3. Les cristaux de formes secondaires qui existent dans la Collection minéralogique du Roi , dont il est le directeur, lui ont offert les résultats de seize lois de décroissemens , les uns sur les bords, les autres sur les angles de la forme primitive; et dans la description qu'il a donnée de ces résulats, il indique les fiicettes qui en dépendent, soit avec la base, soit avec les pans de la forme primitive. Ces cristaux proviennent de cinq localités différentes, savoir, le comté de Cornwall en Angleterre , le Pérou , le Brésil et les environs de Freyberg en Saxe.
J'ai entrepris récemment d'examiner des cristaux de boumonite qui sont depuis plusieurs années dans ma collection , et quoiqu'ils soient en petit nombre , ils m'ont suffi pour fixer mon opinion sur la forme à laquelle ils se rapportent. €eux du comté de Coruouailles qui en font partie , sont groupés confusément et n'offirent que quelques facettes situées à angle droit les unes sur les autres ; mais leur tissu est très kmelleux, et ils se prêtent facilement à la divi* ston mécanique. D'autres qui viennent des environs de Freyberg ont des formes très prononcées ; mais ce <|ui m'a siv*tout guidé dans mes recherches, c'est
(i) Elém. de Chimie de Chaptal^ p. 1-99.
roI>scrvalioii d'nii cristal trouvé aux ciivimiis de Ccrvos en Piémont, qiii a environ 13 milliiuctrcs de diamètre, et auquel j'attache d'autant plus de pri\, qu'indéi>eudammcnt de ce qu'il est le plus lieau -que j'aie vu, j'en suis redevable à l'amitié de M. Re- <^ey,employé en qualité d'aide-uaturalisle au Jardin ;du Roi , et qui se distingue égaleracnt par son zèle et :par ses connaissaoces dans l'exercice des fonctions qui l'attachent à la partie géolo^que.
Voici maiuleuant ^u marche que j'ai suivie pour arriver à mon but. D'après le résultat de l'analyse de la bournonite, tel que je l'ai exposé plus haut, il (iillail de deux choses l'une ^ ou bien que les morcxiaux de cette substance fu^^fient un usseniblat;c de ,truis sulfures qui existaient solitairement dans L-i iia- \ture, l'un de plomb, l'autre d'antîmoiuY: et le Iroi- MÙuie de cuivre, ou bieu que les élémens des trois ^ulfures eussent concouru comme de concert à une même combinaison. Dans le premier cas, l'un des Coniposans devait imprimer sa propre forme à l'cn- £enible j dans le second, la forme comparée à celle de cliacuu des trois sulfures devait en être Liistinguée jKir ses caractèi"es gèoraétritjues j ce qui conduisait ù jj^mctlrc l'opinion généralement reçue, savoir tpic la bournonite constituait une espèce particulière. , Or, parmi les cristaux de cette substance, du en trouve qui présentent 1^ forme d'un jiiihnie droit .octogone, cl dans l'hypothèse d'un simple mélange , celle liHiuc, abstraction laite de ses iUiglcs, éUtit in-
compatible avec celle ^du plomb suivre , qui est le cube^ et avec celle du cuivre sulfuré qui est ud prisme hexaèdre régulier. C'est ce que concevront aisément ceux qui ont étudié la manière d'agir de la loi de symétrie, dont les indications sont seules dé^ cisives dans ces sortes de cas. Effectivement, dans l'hypothèse d'un noyau cubique, quatre des bords situés latéralement subiraient ,un décroissement dont l'effet serait nul sur les bords des deux faces qui feraient la fonction de bases ; et en supposant que le noyau fl\t un prisme hexaèdre régulier, le résultat des décroissemens sortirait de la série relative à cette espèce de forme, dont tous les termes doivent être des multiples du nombre^ô.
Restait à comparer sous le même point de vue la bournonite avec l'antimoine sulfuré. Or, cette comparaison m'a fait reconnaître ime analogie si marquée entre les résultats de la cristallisation des deux substances, qu'elle m'a paru décisive en faveur de l'opinion que la bournonite n'est autre chose qu'un antimoine sulfuré mêlé de deux autres sulfures : c'est ce dont on pourra juger, d'après les détaib dans lesquels je vais entrer.
La forme primitive de l'antimoine sulfuré, telle que je l'ai décrite dans mon Mémoire sur la loi de symétrie ( I ) , est un octaèdre à triangles scalènes (fig. 1 8) qui se rapproche beaucoup de l'octaèdre régulier.
(i) Mémoires du Muséum d'Hûr. nat. , t. I, p. 347 ^ s^i"^-
DE CRISTALI^GRAPHIE. 487
Telles soni ses dimensioDs que les trois lignes cA, cd, cf, menées du centre , l'une à l'angle A (jui est un des angles obtus du rtiombe mrf/if, la seconde à l'angle aiffidf et la troisième à l'angle^du sommet, sont entre elles comme les quantités V28, V^^iV^y- Cet octaèdre se sous-divise suivant des plans dont lus uns sont parallèles aux trois rhombcs mdht, dflp , mphf, et les autres parallèles aux arêtes latérales dit , m(, f?m, Ai, et en même temps à raie(i). 11 est nisé de voir que cette sous-divbion permet de traiis- Tormcr à volonté l'octaèdre primitif, soit en un
(1) Oq poiiirait douter, au premier aperçu , qu'une struciLire aussi compliquée que celle qui vient d'élra décrite, fût susceptible de conduire aune forme simple de molécule intégrante. Mais il est facile défaire évanouir ce doute : car, en considérant l'octaèdre conime un assemblage de petits lêtraèdrea , séparés les uns des autres par des vacuole» de figure octaèdre {voyeî- p. 016) on concevra que les trois joint* nalurels qui coïncident avec les rhombes <//}>(, Tnphf, nullit (fi;;. 18), passent successivement entre les bords de deux télraèdrea voi^ns. La même chose aura lieu pour tous les autres {oints naturels situés parsUélemcnt à ces rbombes. A Végard des joints parallèle» auï côtés dit, mt, etc., comme ils passent par les apothèmes des triangles qui sousdiviseut les faces de l'octaèdre primitif, ou en conclura qu'ils partagent chaque tétraèdre en deux tétraèdres égaux , Kct semblables qui , dans ce cas, représenlenl lej molécule» Pîntégrantes. Le zîrcon offre un exemple d'une sous-division analogue, /'riyc: te Traité de Minéralogie , t. II, p. .^SS, pramière édition.
prisme droit^ rectaDgulaire (6g. 19 ), dont les ûtoes latérales M, T oorrespoodront aux deux rhombes dfyfj mphf (fig. 18)^ et la base P(fig. 19) au troH sième rhombe mdht{ûg. 18); Bcit ea un prisme léglèreinent rhomboîdal , dont les &ces latérales ocâncideront avec des plans menés par les arêtes dh^ mt^ dm y ht parallèlement à l'axe^ et dont la base se confondra avec celle du prisme rectangulaire. Je me bornerai ici à indiquer les dimensions de ce dernier prisme^ dans lequel les trois côtés G, B^ G (fig. 19), d'après ce qui a été dit plus haut, sont entre eux
dans le rapport des quantités \/2&y V^9 \/:279 et dans ce qui va suivre, je substituerai le prisme à l'octaèdre, comme noyau hypothétique des cristaux d'antimoine sulfuré , parce que cette substitution me fournira un moyen fiicile de comparer mes résultats avec ceux de M. le comte de Boumon. Si l'on suppose que le même prisme subisse un décroissement exprimé par ' G % qui n'atteigne pas sa limite , il deviendra octogone ainsi que le représente la figure 20. L'incidence de M sur r sera de i33^57^^ et celle de T sur r sera de 1 36^ 3'. J'ai dans ma collection un cristal d'antimoine sulfuré pu qui présente cette forme , de manière que son axe surpasse de beaucoup son épaisseur, et cela par une suite de la tendance qu'a l'antimoine sulfuré à produire des cristaux très alongés. J'appelle antimoine sulfuré Wtpgottê, la variété à laquelle il appartient. intenant , parmi les cristaux de bouruaiiilc de&
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environs de Freyberg, on en trouve qui ont été cités par M. le comte de Bournou, comme étant des prismes octogones dont tous les pans font entre eux des angles de 1 35^, Les observations )que j'exposerai dans un instaut me semLleut prouver que dans ces prismes comme dans celui d'antimoine, les incidences mutuelles des pans sont réellement les unes de i36'' et les autres de i34'', au lieu d'être toutes de 1 35^. En supposant que les cristaux observés par M- de Bournon se prêtassent à des mesures rigoureuses, ou conçoit que ce savarR célèbre ait cédé au peucliant que nous avons naturellement, pour rajF porter les résultats de nos observations aux limites qu'elles touchent de si près, que la légère difTéreoco qui les en sépare nous échappe, sans que nous nous en apercevions. Pour la saisir, il l'aut être avcrli, par des considérations Qtcoriques, de la chercber, comme cela a lieu dans le cas présent.
Avant d'aller plus loin, je citerai un résultat d'observation qui doit compter pour beaucoup dans le rapprochement des deux substances sous le rapport de la cristallisation. 11 consiste en ce que cette triple structure que présente la division des cristaux d'antimoine sulfuré, se retrouve dans ceux de bournonitc. J'ai lixé sur mi socle un petit morceau de cette substance, détaché d'un échantillon qui venait du comté de Comouaillcs , et je l'ai mis on rapport de position avec un cristal d'antimoine sutluré ordi-r uaire, q^^ oSxuît h comljiuaiâou.dcs fiicca de Voclaè-
dre primitif, avec celles du prisme octogone repré* sente figure se. La division du morceau de boumonite ne donnait pas de joints continui^ ; mais , en le Êôsant mouvoir à la lumière d'une bougie , après avoir itii» son intérieur à découvert par des percussions bien ménagées, je voyais paraître successivement à difi^ rens endroits des fractures, de petites lames , d'où par* taient des reflets dont la coïncidence avec ceux que renvoyaient en même temps les faces du cristal d'antimoine qui servait de terme de comparaison , était Sensible. A l'égard de'labase qui ne se trouvait pas sur le cristal d'antimoine, les reflets qui en partaient suffisaient pour avertir l'oeil de son existence et lui donner la mesure de l'angle droit qu'elle faisait avec l'axe. Quoique ce moyen ne fi!^t pas rigoureux, la relation qu'il indiquait entre deuj^tructures compliquées, dont je ne connais aucmRmàlogue parmi les minéraux que j'ai observés jusqu'ici, oflrait déjà une forte présomption en faveur de l'identité de deui^ substanées qui s'unissaient par des rapports si intimes et si nombreux.
Je vais maintenant comparer les dimensions respectives du prisme d'antimoine sulfuré représenté fig. 19, avec celles du prisme qui lui correspond dans la bournonite. Pour prouver qu'elles sont les mêmes de part et d'autre , il me suffira de considérer successivement deux rapports, savoir, celui qui existe entre le côté C du prisme (fig. 19) et la hauteur G, et eelui qui a lieu entre les deux côtés'B , C du tnônte Jirîsme;
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Dans plusieurs des cristaux de Freyberg cjue j'ai examinés, et dans celui de Cervos, les deu^ aréles ng, "V C''g- 3o) sont remplacées chacune par une facette, qui évidiimment provient d'uii décroissement sur les bords B, B, de la base du noyau. M. de Mouleiro, qui, avant que ce décroissement eût été déterminé par la théorie , avait mesuré avec beaucoup de soin, en se servant de mon cristal de Cervos, où cette facette est extrêmement nette, ses incidences sur le pan M et sur la base P, avait trouvé l'une un peu plus forte (jue 1 23'', et l'autre un peu moindre que i47**' Or, si l'on adopte comme forme primitive de la bournonite le prisme dont les dimensions se déduisent de celles que j'ai indiquées relativement à l'octaèdre de l'antimoine sulfuré, et si l'on suppose
que le décroissement dont il s'agit ait pour signe 6 , la théorie indique la-i'' 12', pour la première incidence, et pour la seconde, 1^6^ 4^'; ce qui démontre que le ra])port entre le côté C de la base du prisme (tlg. 19) et la hauteur G , est exactement le même dans la bournonite que dans l'antimoine sxUfiiré. Je remarquerai de plus que dans une variété de cette dernière substance , que j'ai nommée sexbisoctonale,lesommet pyramidal de l'octaèdre prixuilif est remplacé par un autre beaucoup ])Ius surbaissé. Lathéoricdonnelemèmeangledc laS'' la' pour l'incidence des deux arêtes qui répondent kfh et fin .(lit;. 18} sur le pan adjacent, analogue à M. Il en
résulte que , dans l'hypothèse très admissible où ces arêtes seraient remplacées à leur tour par des &cettes qui leur fiissent parallèles, il en résulterait un nouveau hen commun entre les formes cristallines des deux substances.
Si Tincidence de M ou de T sur r avait pu être mesurée avec la même précLâon que celle à laquelle se prêtent les Ëicettes qui remplacent les bords B , B , il est extrêmement probable que la première eût été trouvée sensiblement de i34^ et la seconde de i36^. Mais les deux &ces r, r, situées sur mon cristal de Cervos , qui est le plus déterminable de tous ceux que j'ai en ma disposition , ont subi une légère altération de niveau , qui peut jeter de Tincertitude sur le résultat de la mesure mécanique à laquelle on les a employées. Mais d'abord, il est évident que les deux incidences ne peuvent être égales , ou , ce qui revient au même, que les deux côtés C, B(fig. 19) de la baâe de k forme primitive ont des longueurs différentes et ne soiit pas identiques. C'est une suite de ce que, dans certains cristaux, l'un de ces bords subit un décroissement qui ne se répète pas sur l'autre, ainsi que l'exigerait la loi de symétrie, dans le cas de l'^alité. De plus , l'altéraliou de niveau dmit j'ai patlé , est trop légère , pour ne pas pei*mettre de distinguer au moins à l'aide du goniomètre celle des deux incidences qui est plus gmnde difs petite que l'autre. Or , il m'a toujours paru s^cdk de M sur r, c|ue j'ai choisie de prcfoicncc,
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«pprocliait plus de i34^ que de i36^, ce qiiî devait être, d'après ce que j'ai dit précédemment.
J'ajoute que la valeur exacte des deux incideuces, telle que l'indique la théorie, sort si visiblement de l'ensemble des observations, que sa vérification, à Taidc de la mesure raécaniqtie, semble ne devoir être Tardée comme étant de surabondance. Si elle n'était pas rigoureusement éjijale à celle qite donne le calcul , la bournonile ne serait plus simplement un mélange , mais elle appartiendrait à une espèce toute particulière; or, une pareille supposition a contre elle l'exemple de l'argent antimonié suliiiré , et celui de la craïLoDite, dont les formes primitives contrastent si fortement avec celles des composans entre lesquels leurs élémens se seraient partagés dans le cas d'un mélange. Si donc ce dernier cas était celui de la bournonite, on ne pourrait conccvoL- •que la diiférence entre les angles de ses cristaux et de ceux de l'antimoine sulfuré fût si peu appré^ ciflbie , qu'il fallût y regarder de très près pour la «aisir, et qu'elle ne fût pas plutôt si firappante, que Tobser^ateur n'eût en quelfpie sorte besoin que d'ouvrir les yeux pour l'apercevoir.
^. CJiaux carbonatée magnésifère , vulgairement spath magnésien. Bitterspath de berner.
Tous les chimistes qui ont analysé le spalh magné- KsieD, eu ont retiré les élémciis de deux carbonates, Fuu de chaux et l'autre de magnésie, dont les qoan-
494 TRAmS
iités respectives ont variée siâyaut les dîverB pays d'où proyenaient les morceaiOL soumis à Vexférymoe. Si l'on s'en tient aux résultats offerts par ceux qui avaient été trouvés au Saint-<Sothard et dans le IV roi, le rapport entre la quantité de carbonate da chaux et celtd de magnésie est à peu près odui de lo à 9*
. Diverses opinions ont été émises sur la manière dont les trois principes, la chaux, la magnésie et l'addecarboniqué, sont unis dans la substance dont, il s'agit. Plusieurs chimistes les ont considânés comme fermant une combinaison intime, d'où résultait une espèce particulière, et le célèbre Berzelius a adopté cette opinion, en avouant cependant qu'avant de la regarder comme définitive, il serait nécessaire de soumettre à \m nouvel examen la composition du spath magnésien (i).
Une autre manière de voir consistait à supposer que les deux carbonates étaient unis par voie de mélange, et dans cette hypothèse, il s'agissait de décider lequel des deux jouait le rôle principal dans la cristallisalion. Des mesures prises sur des cristaux du Tirol m'avaient conduit à l'opinion que c'était la forme de la chaux carbonatée qui devait être considérée comme le type géométrique auquel se rapportait le mélange. A la vérité, ces mesures ne pou-
(i) Nouyeau système de Minéralogie, Paris , 1819 , p. agS «t 094.
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raient être qu'approximatives par une suile des petites imperfections des cristaux dont il s'agit ; mais la présence de la eliaux carbonatée me parais-
^aait suppléer à ce qui leur manquait pour être déci- KVes par elles-mêmes.
Cette opinion attira à ma méthode, de la part de ceux qui voyaient le résultat d'une véritable conibilaaisoii dans ce que j'avais pris pour un simple mélange, le reproclie d'assigner à deiis substances très distinguées par leur nature ime même forme priniitive qui n'était pas une limite.
Long-temps après, M. le docteur WoUaston, ayant mesuré à l'aide du goniomètre à réflexion les angles du rhomboïde qui appartient au spath magné-
Laen , annonça qu'il avait trouvé pour la plus grande inclinaison de leurs faces io6''i5'. Ce savant en conclut que la véritable opinion était celle d'après laquelle le mélange des deux carbonates aurait lieu en sens inverse de celui que je supposais , c'est-à-dire que celui qui avait dominé la cristallisation était le carbonate de magnésie, dont la forme primitive était le rhomboïde caractérisé par l'angle qui vient d'être <àié.
■ Ce résiiltat tendait à justifier ma métliode aux yeui de ceux qui continuaient d'admettre ici une espèce particulière. L'exception disparaissait dans la mesure de io6'*ï5', comparée à celle de io4'' 28' que m'avait offerte'Je rhomboïde calcaire. J'entrepris 'de vériGer le résultat du célèbre physicien anglais.
.et je fis 'd'abord réflexion que k diflSrence entre les deux ttn^eAy même dans l'hypothèse où le second serait de io5^5% ainsi que le pensait le mâme savant , exéédait de beaucoup les limites des erreon que l'on pouvait commettre en se servant dn ^qiuih mètre ordinaire. Je remarquai ensuite que lea 6agïnens rhomfaoTdaux de spalb ma^tiMten, obtenos jMir la division mécanique (i), iraient eommanément leurs 6ces altérées par des dé&uts à» niveau occasionnés par les petites portions de lames qui étaient restées a Aérentes à ces mêmes fiiccs d^me manièrepresque imperceptible. En choisissant, M. de Monteiro et moi, des riiomboldes exanpt» autant qu'il était possible de cette imperfection, nous sommes parvenus à des mesures qui ne devaient pas être éloignées de la précision, et l'angle qu'elles nous ont donné a toujours été sensiblement beaucoup plus petit que 106^, en même temps qu'il touchait de près celui de io4^ 7.
Les considérations que je vais ajouter achèveront, je l'espère, de motiver la conséquence qui se déduit des indications données par la mesure mécanique. L'une est fondée sur l'identité du système de cristallisation relatif au spath magnésien , avec celui dont la chaux carbonatée porte l'empreinte. Le premier, indépendamment du rhomboïde primitif,
(1) Lea mesures de M. Wollaston ont été prises sur de pareils fragmend.
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offre les résultats des lois d'oii dépendent le rhomboïde inverse, le contrastant, l'équiaxe, les paus et les bases du prisme bexaèdre régulier, le dodécaèdre
î dont l'expression est D, résultats qui tous reparaissent dans une bonne partie des variétés que présente la chaux carbonatée. De ces mêmes lois, les unes existent solitairement, et les autres sont combinées deux à deux de manière à produire des formes secondaires qui se retrouvent aussi parmi celles dos cristaux calcaires. D'après ce qui a été dit pins haut , au sujet des systèmes de crislalhsatiou (p. .\ii), cet accord qui naît de l'cnsenible des formes est lié à la condition d'une égalité parfaite entre les angles des deux rhomboïdes. C'est, pour ainsi dire, l'unisson, qui n'est pas susceptible de plus ou de moins.
Une autre considération qui n'a pas moins de force que la précédente, est tirée de la réfraction. En divisant mécaniquement un morceau de spath magnésien du Saint-Gotliard , j'en ai extrait une petite lame rhomboïdale transparente, qui n'avait que 2 millimètres (près d'une ligne) d'épaisseur. L'image d'un cheveu placé sous cette lame, parallèlement à la grande diagonale du rhouJje avec lequel elle était en contact , a été sensiblement doublée. On apercevait même, à la vue simple, la distinction des deux lignes produites par la réfraction , et à l'aide de 1.1 loupe, on voyait entre elles un interralle très marqué.
H nu
Or, le spalli (rislande est le seul des corps reconnus pour être doués de la double réfraction qui y i Fexception du soufre , double fortement les imageB vues à travers deux faces primitives (^posées et parallèles (i), et la petitesse du fragment employé à l'observation de cette propriété contribuait encore i en faire ressortir Ténei^e. Il faudrait élire une supposition forcée, pour accorder par une nouvelle exception à la magnésie carbonatée la forte réfraction qui a lieu dans le cas présent , tandis que la chaux carbonatée se trouve là comme pour la réclamer. Maintenant, les belles recherches de M. Malus ont prouvé que la forme des molécules et la structure des cristaux avaient une grande influence sur la réfraction ; mais on serait forcé de dire , en admettant Fhypothèse d'uA double rhomboïde, que la forme et la structure seraÎKjnt celles du carbonate de magnésie, tandis que l\i réfraction serait celle de la chaux carbonatée, ce qui aurait Pair d'une véritable inconséquence.
La éoii^lwsiiHL^qui me semble découler de tout ce ^a^ précède, est que la diversité entre les indications des inesut-es mécaniques n'est qu'apparente , et doit s'évanouir devant les résultats des lois de la structure et de la lumière réfractée.
(i) Foyez, dans la troisième édition du Traité de Physique, Yttticle qui à pour titre : Des limites relatives à la double 'éfraction^ qui existent dans la structure des cristaux , t. II, >.36Set»uiv.
DE CRISTALLOGRAPHIE. 4s9
6. Chaux anhydro-sulfatée épitrihalite , c^esi-ddirej avec addition de trois sek. PolyhaUte de Stronuyer.
Les formes relatives aux exemples que j'ai cités ])récédemment étaient de celles qui sont susceptibles d'une détermination précise. J'espère que la discussion qui va suivre sera jugée doublement remarquable, soit en elle-même, par l'intérêt que mérite d'exciter la question siir laquelle elle roule , soit en ce que la géométrie des cristaux , qui seule pouvait servir à résoudre cette même question, semblait n'avoir aucune prise sur la substance qui en est le sujet, dans l'état où celle-ci s'est offerte jusqu'à présent à l'observation.
Cette substance , que l'on trouve à Iscbel, ville de la Haute-Autriche, aux environs de Salzbourg, où elle est engagée dans des couches de sel gemme , se présente sous la forme de masses tantôt fibreuses, tantôt compactes, dont la couleur est le rouge obscur. Elle fut prise d'abord pour une variété de chaux sul&tée ordinaire; mais M. Wenier trouva qu'elle avait beaucoup plus de rapport avec la chaux anhydro-sulfatée à laquelle il la réunit sous le nom d'auhydrite fibreuse (i). Ce rapprochement a été
(i) Anhydrite eit le synonyme A^anhydro-su/faté , dans la méthode de Werner.
5oo TRAITÉ
adopté par MM. Karsten , Mohs et d'autres minéralogistes (i).
' Dans la suite, M. Stromeyer, dont llialHleté est bien connue, ayant &it l'analyse de la même substance., en retira quatre sul&tes différens, savoir, le sul&te anbydre de chaux dont on la croyait uniquement composée, le sul&te de chaux avec eau de cristallisation, connu sous le nom de gypse, le sulfate de potasse et le sul&te anhydre de magnésie avec un peu de muriate de soude et d'oxide de ter (2). Le résultat inattendu de cette analyse fit concevoir de la substance qui l'avait fourni une idée entièrement opposée à ceUe qu'avait suggérée à M. Wemer l'observation de ses caractères minéralogiques. On regarda l'ensemble des quatre sulfates comme le produit d'un même jeu d'affinités, et on alloua la conformité de l'analyse avec le principe des proportions définies, comme la preuve qu'ils
(1) Je ne connaissais pas encore la substance dont il s'agit , à répoqne où j'ai publié mon Tableau comparatif, (a) Voici le résultat de cette analyse :
Sulfate de chaux combiné avec Teau fl8,a548
Sulfate anhjrdre de chaux. • aa^ai 6
Sulfate anhydre de magnésie ao,o347
Sulfate de potasse oj^yoZj
Muriate de soude 0,1910
Oxide rouge de fer. 0,3376
98^9434 Je ne sache pas qu'aucun auteur ait cité le sulfate anhydre
DE CRISTALLOGR,U>UI£. &ok
n'étaient pas mêlés raécaniquement ou accidetttellemcrit les uns avec les autres , mais unis chimiquement de maDièrc à former une combinaison réelle, une nouvelle espèce distinguée de toutes celles de la , même classe, et l'on adopta le nom de polyhalite , c'est-à-dire, abondant en sels, sous lequel M. Stromeyer l'avait désignée. L'auteur du mémoire qui a été publié sur ce sujet, dans le Journal de Physique (i) , ajoute qu'il semble convenable à M. Stromeyer de considérer, au moins momentanéuient , le minéral dont il s'agit comme une espèce particulière de sel de potasse. Je vais prouver que, même dans l'état actuel de nos connaissances, ce minéral doit conserver le rang que lui avait assigné le célèbre professeur deFrcyberç, comme n'étant autre chose qu'un mélange d'anhydrite et de trois autres sulfates, auquel elle imprime son caractère géométrique.
Je remarquerai d'abord que ce qui a été dit plus Iiaut de l'accord entre la composition des quatre suliates et le principe des proportions délînies, est
àe magnésie, soit comme produit par la nature, aolt comme obtenu par les procédés chimiques. Son exiateuce , dans le cas présent , parait avoir été commandée par la uécesailé de répartir entre le sulfate de chaux (gypse) et le sulfate de potasse toute la quantité d'eâu cuntsuue datis le minéral, pour saliafaire au principe des ptoportiooa déGnies.
COT. XCI, novembre iSau, p. SgS et suiv. Cet auteur ae itat pas nammé.
Eo9 TRAITÉ
plutât Ëivorable que contraire k roptnioq qu'ils ite scôeot iKiia que par voie dt'm^Dge. Gir, dans cette hypothèse , ils doivent être représentés par letin. molécides intégrantes y dont lés finmes dépendent d'un arrangement déterminé. (}e'-moléca1ea âànetttaires inTariafales, quant à leurs quelitai et k kare qoèntrtés relatives, ce qui est dire en d'antres termes, i^ la manière d'être des molécules int^rantes doit s'accorder avec le |wincipe des proportions définies^ Maintenant, la fimne primitive de l'anhydrite, telle qu'elle a été décrite plus haut , est celle d'oa prisme droit rectangtdaire, divisible diagonalement par des plans «pu nécessairement font des angles iné-~ nux avec les faces latérales. La forme de la chaux ml&tée dont nous avons donné aussi la descriptiim est celle d'un prisme droit qui a pour base uo parallélogramme ohliquangle. La forme de la potasse gu?fetée est un rhomboïde un peu aigu. Quant à la magnésie hydro-sul&tée, sa forme ne pourrait être déterminée qu'autant que l'esistence du sel auquel die appertiendrait serait bien prouvée ; mais dans ce cas , elle difiërerait nécessairement de celles des trois aub'es sul&tes, soit qu'elle SU. ou non une limite, pinsqu'aucun des trois Sul&tes dont il s'agit n'oBnrait son analt^ue. D'une autre part , les formes de ces sul&tes contrastent tellement entre elles par lenr seul aspect , que si l'une d'elles caractérise la substance que nous considérons ici, on la reconnaîtra ^ pour ainsi dire, du premier coup d'œil.
DE CRISTALLOGILVPBIE. 5o3
Or, on trouve des morceaux de œtte substance dont une partie est à l'état que j'ai désigné sous le nom de fibro-laminaire , en sorte qu'elle a vers la division mécanique une tendance qui perce à travers le tissu fibreux. A l'aide de cette opération , j'ai fait sortir d'un des morceaux des prismes droits quadrangulaires d'une forme assez nettement prononcée, pour qu'en les regardant attentivement il fût facile de juger que leurs pans étaient sensiblen;ient perpendiculaires entre eux , et les bases perpendiculaires à l'axe. De plus, ces prismes offraient des in^ dices très marqués de deux joints naturels, parallèles à des plans menés par les diagonales, et en Élisant mouvoir un de ces prismes autour de son axe , on pouvait encore s'apercevoir que chacun de ces joints était inégalement incliné sur les deux pans adjacens.
Pour vérifier ces aperçus, j'ai fixé sûr un même support un cristal primitif d'anhydrite pure et une des prismes dont j'ai parlé, et en tâtonnant leurs positions respectives, de manière à fiiire coïncider, s'il était possible, leurs pans et leurs bases sur des plans parallèles, je suis arrivé à un terme où les reflets de la lumière d'une bougie étaient renvoyés simultanément à mon œil par les &ces correspondantes des deux prismes , ce qui indiquait leur similitude. Le même accord avait lieu entre les reflets qui partaient des joints situés diagonalement. Ce moyen pris en lui-même n'est pas rigoureux j mais il suifit, dans
5o4 TRAITÉ
le cas présent, pour démontrer que la Ibrme jle9 prismes retirés de la substance fibro*- laminaire ne peut être autre que celle de l'anhydrite. Pajonterai que deux des pans opposés entre eux sont plus édatans que les deux autres, et qœ les joints qui leur correspondent ont aussi plus de netteté, ce qui offre une nouvelle analogie entre les prismes dont il s'agit et ceux d'anhydrite pure.
Je dois dire encore que plusieurs des masses qui appartiennent à la substance fibreuse, renferment de petits cristaux qui ont tous les caractères de l'anhydrite, dans Fétat de pureté. D'autres morceaux sont traversés par des lames de chaux sul&t^ Ijransparente et nacrée, qui évidemment n'est altérée par la présence d'aucune matière étrangère. Ces deux espèces de corps dont la substance fibreuse est entremêlée d'une manière sensible, représentent, pour ainsi dire, en grand ce qui s'est passé pendant sa formation, où des particules imperceptibles des quatre sul&tes s'interposaient les unes entre les autres.
Ainsi la substance qui vient de nous occuper , offre sous tous les rapports une nouvelle preuve de la justesse du principe que j'ai énoncé plus haut, savoir, que toutes les fois que plusieurs composés sont unis par voie de mélange, un d'eux imprime sa forme à l'ensemble , et que c'est lui qui doit déterminer l'espèce à laquelle appartient le mélange.
La quantité d'anhydrite que contient ce mélange y
DE CRISTALLOGRAPHIE. 5o5
dans le rapport d'environ a a sur loo, ce qui fait plus (le j de la totalité, ne paraîtra pas insuffisante poiir maîtriser la forme de l'ensemble. Elle est de beaucoup supérieure à celle qui dans d'autres cas a été regardée comme exerçant la même fonction , et en particulier à celle de la strontiane carbonatée que l'on a retirée de certains arragonites, où elle n'allait pas au-delà de ^^ , et à laquelle cependant plusieurs cliîmîstes avaient d'abord attribué un pouvoir de cristallisation capable d'imprimer la forme de cette même substance aux cristaux dïrragonite, M. Stromeyer lui-même peucbait vers cette opinion (i). Une autre conséquence à laquelle conduisent le même exemple et tous ceux qui ont précédé, est que, dans une multitude de cas, on s'expose à faire dire à la Chimie ce qu'elle n'aurait pas dit, si la Cristallograpliie n'intervient pas pour lui servir d'interprète.
VII. Observations sur t'influence qu'exercent souvent les principes dont une substance minérale est TTiélangée pour contribuer à la régularité de ses formes cristallines.
i8. J'ai difiëré jusqu'ici de parler d'une 'circonstance qui rend encore plus remarquable cette sorle
(i) Journal de Physique, t. LXXIX, p. 4 14- V^yet^^i^i (Mémoîr^j du Muséum d'Hiat. uat. , I. III, pag. 387} les preuves que lea formes de la strontiane carbonatée et de l'ar^ ragonite appartiennent à deux «ystémea très dtIFéreus.
5c6 ^ TRAITÉ
de prérogative dont jouit un des composans unis par' voie .de mélange « de fidre prendre à Pensemble l'empreinte de sa propre forme. A en juger par lés apparences qui s'offriraient à l'esprit /si le résultat n'était oonnu d'avance , on serait porté à croire que les molécules du composant dont il s'agit , gênées et contrariées dans leur tendance à se réunir, par les obstacles que leur opposaient ceUes des autres comrposansy n'auraient pu produire des cristaux aussi réguliers que ceux qui s'oBSîraient dans l'état de pureté. C!q)endant l^bservation prouve que souvent ils ne perdent rien à la comparaison avec ces derniers j et quelquefois même l'emportent sur eux par le fini de leur fortne, et ceci confirme la remarque Êdte par le célèbre Dolomieu , à l'égard de plusieurs substances minérales, savoir, que l'addition d'un principe accidentel qui semblerait devoir écarter la cristallisation de son but, tendait au contraire, dans certaines circonstances, à la ramener vers la régularité.
J'ai déjà parlé des formes très prononcées et très
r^ulières que présentent les cristaux connus sous le
nom de grès cristallisé de Fontainebleau, et dont les
composaus sont le quarz réduit en grains de sable , et
la diaux carbonatée qui a servi de ciment à ces
grains et les a forcés de se prêter à sa tendance pour
™^uire le rhomboïde de la variété inverse. Il est
ifi trouver des cristaux purs de cette variété
l'a9pect annonce le même degré de perfection.
jt kr oxidulé pur et celui que j'ai nommé iitani^
DL CHISTALLOGUAPniE. 507
fère préseuteHt l'uii et l'autre des oristnux également régulier» de l'octaèdre primitif et de l'octaèdre émargiué j mais le dodécaèdre rliomboïdal qui appartietit au second est exempt des stries qiii, dans tous ks morceaux que j'ai observés , sillonnent la sur£ice de son analogue à l'état de pureté, suivant des directions parallèles aux grandes dingonales des rliombe^'.
Je reviens aux cristaux d'axioite, pour remarqut r que les violets sont presque toujours dérorœés par des cannelures qui s'étendent sur leur base parallèlement à deux côtés opposes, et se multiplieut encore davantage sur les faces latérales, tandis que les cristaux verts ont leurs angles vifs et leurs faces exactement de niveau. Dans les premiers, la couleur est produite par une très petite quantité de manganèse qui laisse subsister la transparence. La couleur verte et l'opacité des seconds proviennent d'un mélange beaucoup plus abondant d'un composant accidentel , qui est le talc chlorite.
Le même composant s'introduit dans les cristaux verts de feld-spitth imitatif que j'ai décrits plus haut , et qu'il ramène à la régularité dont la matière du feld-spath abandonnée à elle-même s'est écartée dans d'autres cristaux blanchâtres et chargés de stries, particulièrement sur leurs bases, au point de les rendre curvilignes. C'est encore à la présence du talc chlorite dans les cristaux de chaux carljonatee métastatique de la même couleur, qui ont été dé couvert au Saint-Oothard, dans la ilolomie, qa'est
5o8 TRAITÉ
due la perfection avec kquelle k cristallîaation a ékrboré 006 corps ai intéressansparlenrspropriétéa. Gdhii . que renferme ma collection et qui est isblé, a nu vautre genre de mérite à mes yeux, comme étant on présent de AL Lardy, professeur de Minéralogie 4'un mérite très distingué, dans l'établissement fermé à Lausane par les soins éclairés de M. De •Laharpe, qui a si bien justifié le choix que l'empereur de toutes les Russies avait fidt de lui pour diriger son éducation.
. Si l'on parcourt unesuite de cristaux de quarz hyalin prisme apportés de difiërenS pays, tels que la Hongrie, la Sibérie, le département de l'Isère, on ne pourra voir sans surprise à quel point la ferme qui fiiit ici la fenction de. type diflSsre d'elle-même dans les divers individus , et combien d'espèces d'irrégularités ont concouru à ses déguisemens. Les faces terminales surtout varient tellement dans leurs étendues respectives, que leur aspect écarte toute idée d'une pyramide ; et pour me borner à un seul exemple, dans une grande partie des cristaux de l'Isère , une des faces dont il s'agit anticipe tellement sur les cinq autres, qu'on serait tenté de prendre ces cristaux pour des prismes terminés par mie fece oblique.
Plus le quarz est pur et limpide, moins il semble
''voir de tendance vers la symétrie. Les irrégularités
iininencent à devenir moins sensibles dans les cris-
iux violets et transparens , connus sous le nom
■ DE CatSTALLC>GHAPHIE. Bq^ W d'améthyste, et dnns les jaunes et les bruns dont les
■ UDS ont été appelés topazes lïTnde et les autres tof pazes enfumées ; et tout à coup elles s'évanouisseat
eûtièrement dans ces cristaux opaques et d'un rouge obscur que j'ai désignés par le nom de quarz hématoïde, et dont les lois de la structure ont fait un ino^ dèle de fini et de précision. Le contraste qu'ils offrent avec les précédens est l'effet du fer oligiste ronge, interposé entre leurs molécules , et qui est analogue 8 celui dont se compose une partie des concrétions nommées hématites , et les cristaux de la même substance que l'on trouve dans l'île d'Elbe, à Framont dnns les Vosges, et dans les basaltes de plusieurs volcans.
Je ne citerai plus qu'un exemple que je tirerai des émeraudes du Pérou, que l'influence du chrome oxidé, auquel ils doivent l'agrément de leur coulem* verte, a embellis d'une autre manière aux yeu.\ du cristallographe , eu les dérobant à l'action perturbatrice qui a produit sur les faces latérales des émeraudes de Sibérie, où il est remplacé par une légère quantité de fer, ces nombreuses cannelures longitudinales dont une partie des cristaux sont tellement chargés, qu'ils se présentent sous l'aspect d'une variété indéterminable que j'ai nommée cylindroïde. M, Werner et ses disciples ont pris ce* accidens pour un caractèi-e distinctif, qui, joiats à
t quelques autres du même genre , tels que la couleur d'un jaune verdàtrc ou d'un vert bleuâtre, leur i a
5id TRAITÉ
ont fait coDsidérer les émeraudes de Sibérie comme une espèce particulière à laquelle ils ont douné le nom de berylL
Je vais essayer d'expliquer comment des molé^ cules étrangères, associées à celles dont la cristallisa-* lion semblait avoir fait choix pour les soumettre seules à son action , ont pu favoriser leur dispositioii à se réunir conformément aux r^les d'une exacte symétrie. Je prendrai pour exemple les cristaux d'axinite dont j'ai parlé.
J'ai fait voir , en parlant de la cause physique des décroissemens , que l'attraction en vertu de laquelle les molécules suspendues dans un liquide s'appro* chent les unes des autres et se réunissent pour former un cristal , est égale à l'excès de leur attraction réciproque sur celle que le liquide exerce pour les re* tenir et retarder leur union. Cela posé, concevons que le liquide dans lequel ont été produits les cristaux violets d'axinite n'ait pas eu assez d'action sur les molécules pour les empêcher de prendre, en vertu de leur affinité mutuelle, un mouvement plus accéléré que celui qui s'accordait avec une cristallisation régulière. Il se peut que dans le liquide où les cristaux verts ont pris naissance, les molécules du talc chlorite suspendues dans le même liquide , en unissant leur force à celle des molécules aqueuses , aient en quelque sorte modéré la vitesse des molécules de l'axinite, de manière à régulariser l'efiet de leur tendance les unes vers les autres.
Ainsi, l'intervention de ces principes addition* nels , qu^ l'analyse laisse passer indistinctement dans ses résultats avec ceux auxquels seub le type chimique de l'espèce doit son existence , devient au contraire une circonstance heureuse pour la Cristallographie , en contribuant à la perfection et à la net* teté des formes qui portent l'empreinte du type géométrique.
YIII. De quelques résultats de la Cristallographie, qui paraissent opposés au principe des proportions définies.
19. Parmi les diverses causes de divergence qui existent encore entre la Gristallographie et la Cliimie, relativement à la détermination des espèces, il en est une d'autant plus digne d'attention , qu'elle a sa source dans le principe des proportions définies, et que le caractère de précision qu'imprime ce principe aux formules représentatives de l'analyse , semble fournir à la Chimie une arme du même genre que celle qu'avait employée jusqu'alors exclusivement la géométrie des cristaux, et qui lui donnait un avantage marqué sur sa rivale.
Les exemples que je vais citer me serviront à motiver la préférence que je crois encore devoir accorder aux résultats de cette dernière science) dans les cas dont il s'agit ici.
Le premier sera tiré du rapprochement que j'ai \^
fait de la substance que j'avais d'abord nommée |if^'
5ia TRAITÉ
ni^^ avec la silice fluatée alumineose T vulgairement topaze). Cette substance, telle qu'on la trouve à Altenberg en Saxe, se présente sous la forme de longs prismes d'un blanc jaunâti*e, et quelquefois d'un vio* let rougeatre , dont l'aspect écartait tellement l'idée d'une topaze, que tout ce que je crus pouvoir con* clm*e de mes premiers résultats,c'est qu'elle devait être séparée du beryll, auquel M. Werner l'avait réunie, sous le nom de schorlartiger beryll. Il n'y avait qu'une observation inattendue qui pût me conduire à une détermination définitive. EUe s'est présentée à l'occasion d'un cristal engagé dans un morceau de graïsen d'Altenberg, que représente la figure !2 1 , et qui appartient à la variété que j'ai nommée septihexagonale.
Son signe rapporté au noyau prismatique dont on voit
la projeclion fig, 22 (i), est *G'MBAPj cette forme
rentre presque entièrement dans celle de la variété
déciduodécimale ( fig. 23 ) , que l'on trouve en Sibé-
rie, et qui a pour signe 'G'^G^MEB Ag- Les joints
naturels du cristal dont il s'agit avaient lieu suivant les mêmes directions que ceux des topazes. Il n'en fallait pas davantage pour m'indiquer que ce nom devait être substitué à celui de pycnite. Les auCres
CO L'adoption de ce priame» comme forme primitive de 1^ topaze, a été motivée dans raiticle relatif à la théorie de roclaèdre.
■ DE CRISTALLOGRAPHIE. 5i3
Vi^oraclèrcs vinrent à l'appui de celte îndicaLioD.
i J'aperçus dans les fractures de plusieurs des cylindres dont j'ai parlé, des indices très apparens de ce joint naturel si net et si éclatant , situé perpendiculairement à l'axe , tjui seul soUîrait pour faire reconnaître une topaze. Les fragmens qui approchaient de l'état vitreux rayaient le quarz. Quant à la pesanteur spéciGque , celle que m'avait donnée anciennement la pycnite, et qui est de 3,5 et 3,56, ne diflerc pas sensiblement de celle de la topaze ordinaire. Enfin , des fVagmens choisis parmi les plus durs s'électrisèrent par la chaleur, et acquirent deux pôles, l'un Titré, l'autre résineux, situés à leurs extrémités. L'absence de cette propriété qui n'existe que dans une partie des topazes, n'aurait porté aucune atteinte à la conséquence qui résultait de l'accord des autres caractères, et par une suite nécessaire, la' preuve qui se tire de son existence en faveur du rapprochement fondé sur ces caractères, n'en devenait que plus parlante.
Je dois dire, avant d'aller plus loin, que dans mon tableau comparatif, j'ai indiqué non-seulement la réunion de la pycnite avec la topaze, mais encore celle de la sidistance que MM. ILsinger et BcrzelÎLis avaient considérée comme une espèce particulière, et (jn'ils nommaient pyropliysalite. Ce n'est que long-temps après cette époque, que M. Ber^ lius, dans son INouvcau Système de Minéralogie, a fait de cette dernière mbstaiice ime simpU vaciélé il. 33 ■
3i4 TRAITÉ
de la topaze ; mais il y plaee dans un rang à part la pycnile, et la différence entre les deux espèces consiste, selon lui , en ce que la topaze renferme une plus grande quantité d'alumine (i).
C'est ici où j'en voulais venir pour établir une proposition qui s'étend à plusieurs autres exemples du même genre. Elle consiste en ce que quand deux minéraux qui ont la même forme de molécule, considérés relativement au résultat de leur analyse, ne diflerent l'un de l'autre que par le rapport de leurs principes , ou bien la différence disparaîtrait dans de nouvelles analyses , ou bien elle n'est qu'accidentelle , en sorte que dans la réalité ces mihéraux appartiennent à une même espèce. Pour mieux me faire entendre, je supposerai que chacun des minéraux ne renferme que deux principes que je désignerai par a et par 6; que dans Fun d'eux la quantité du principe a soit plus grande , et que dans l'autre ce soit celle du principe b qui l'emporte, et cela dans le même rapport , en sorte que la quantité totale soit égale des deux côtés. Pour que la forme de la molécule reste la même , il faut que la partie du principe a, qui est en excès dans le premier minéral , soit, relativement à l'ordre de la structure, l'équivalent de la partie du principe b qui de même est en isè» dans le second minéral. Or, les molécules de it' principes étant nécessairement différentes par
(0 Nouveau Système de Minéralogie, p. 84.
DE CRISTALLOGRAPHIE. 5i5
leurs figures et par leurs manières d'êlre , ne peuvent se remplacer mutuellement, sous la condition que l'assortiment qui résulte de l'ensemble conserve la même configuration.
D'ailleurs , si l'on considère ce concours d'analogies frappantes que présentent les deux substances, lorsque l'on compare les résultats de leur division mécanique , ceux dçs lois de décroissement d'où dérivent leurs formes, ceux enfin des propriétés physiques inhérentes à leur nature, on ne pourra se persuader que l'affinité, en réunissant leurs prin-cipes composans, ait tracé entre eux une ligne de démarcation que tant d'observations décisives tendent à faire regarder comme nulle.
Je n'ajouterai plus qu'une réflexion. Les différences notables qu'ont ofiertes les analyses des topazes faites par MM. Klaprotli , Bucholz et Yauquelin, semblent indiquer la difficulté d'évaluer exactement la quantité d'acide fluorique contenue dans chacune d'elles. Les nombres qui expriment les rapports de cette quantité au total loo, sont pour les topazes ordinaires, i g, 7 et 5, et pour la pycnitc 1 7 g^ et 4* Il est bien permis de croire que le zéro est Ta véritable Umite de la gradation de différences indiquée par ces nombres.
Ce que je viens de dire de la pycnite s'applique à l'arsenic sulfuré, qui, d'après les résultats de l'analyse, formerait deux espèces distinctes, dont l'une qui serait le jaune , différerait du rouge par une plus
5i6 TRAITÉ
grande quantité de soufre (i). Cependant, c'est (3) de paît et d'autre la même forme de molécule^ et quant à la diversité de couleur, outre qu'elle s'explique par la théorie de la lumière, la distinction qu'elle semblerait indiquer entre les deux substances disparait dans la manière dont elles sont quelquefois associées l'une'à l'autre. On voit des lames rouges sir tuées parallèlement à des lames jaunes, en sorte qu'il y a unité de structure.
On trouve encore ici une grande variation dans le rapport des principes donnés par les analyses dont les deux substances ont été le sujet, malgré l'habileté de plusieurs des chimistes qui les ont Êdtes^ et il en résulte un nouveau motif de croire que les analyses doivent finir par Raccorder, plutôt que d'attribuer aux molécules du soufre une propriété aussi étrange que celle de remplacer les molécules de l'arsenic dans l'ordre d'une structure que la Cristallo graphie a démontré être invariable.
Je terminerai par un exemple qui offre l'inverse de ceux qui précèdent , et que je tirerai de la comparaison entre les analyses de la méionite et de l'ampliigène faite par M. Arfwedson (3). La première lui a donné 58,7 de silice, 19,95 d'alumine el 3 1,4 de
(1) Nouveau Système luînéralogique^ p. aSo et suiv. (a) Voyez les Annales du Muséum d'Hist. nat. , t. X Yl ^ p. 19 et suiv.
(3) Berzelius , Nouveau Système minéral. > p. 89 et 90.
DE CRISTALLOGRAPHIE. b\j
notasse, et ta seconde 56,6 de silice, a3,io d'alumine et 21, i5 dépotasse. On voit que la difFéreuce consiste dans le rapport de la potasse à la silice, plus grand dans la méionite, et plus petit dans l'ampbigènc; et quoiqu'il y ait beaucoup d'analyses de substances évidemment identiques , pubUées par d'habiles chimistes, qui offrent des diversités moins considérables , l'accord qui rt'gne entre les rapports dont je viens de parler et le principe des proportions défmies, a fourni à M. Bcrzelius deux formules distinctes , dont l'une indique dans la méionile un Irisiliciatc de potasse uni à un bisiliciate d'alumine, et l'autre dans l'ampliigène un bisiliciate d'alumine et de potasse. Or, ici les indications de la firme coïncident avec celles de l'analyse, la molécule do la méionite étant un prisme droit triangulaire, tandis que celle de l'ampliigène est le tétraèdre que l'on obtient en combinant la structure du dodécaèdre rbomboïdal avec celle du cube.
La Cristallc^dplûc offre donc dans le cas présent une preuve de la distinction des deux espèces , et ï'ose dire même d'uue manière beaucoup plus trauchée que ne le fait l'analyse , puisque les formes des deux molécules non-seuloinent ont des dimensions très diUérentes, mais sont incompatibles dans un même système, par cela seul que l'une est un prisme et l'autre un tétraèdre.
5i8 TRAITÉ
IX. De la coïncidence des lois de décroissement , dans les variétés qui appartiennent à une même espèce.
20. Dans to!4 ce que j'ai dit jusqu'ici de la variation des formes cristallines relatives à une même es-^ pèce de minéral , je ne n^e suis proposé que de lier ces formes, soit entre elles, soit avec une forme primitive qui est leur noyau commun , à l'aide des lois de la structure combinées avec les résultats de la Géométrie et de l'Analyse mathématique ; mais cette variation peut devenir l'objet d'un autre genre de recherches, qui est important par le jour qu'il tend à répandre sur les causes dont elle dépend , et que j'ai cru devoir faire entrer dans mon plan , parce que le rapport sous lequel je vais le considérer achèvera de faire ressortir la justesse des applications de la Cinstallographie à la détermination des espèces minéralogiqaes.
L'étude des causes dont je viens de parler, jusqu'alors presque entièrement négligée, a fixé l'attention de M. Beudant, auquel elle a fourni le sujet d'un Mémoire intéressant , qui a obtenu le suffrage do l'Académie royale des Sciences. C'est dans ce Mémoire que j'ai puisé plusieurs des considérations suivantes, auxquelles j'ai seulement donné la direction qm mène au but (jue je me suis proposé.
En observant la composltiou des r^^i'aiides masses minérales qui rcnq lissent dans la nature des espaces
DE CRISTALLOGRAPHIE. 5ig,
plus ou moins consldcralilcs, et que l'on a désirées .sous le nom <lc roches, ou remarqucru O'ahord f|uc Jes cristaux d'une même substance engagés dans une masse c^ occupe un mèrae terrain et se rapporte h lelle espèce géologique , présentent généralement des formes semblables. Ainsi , les cristaux d'amplûbole , tlit trémolite, disséminés dans la chaux carbonalée magnésifère grauulaire(dite dolomie du Saint-Gotliard ) sont des prismes rliondioïdaux plus ou moins alongés, dont la couleur varie du bbncau gris cendré, et cela par une suite de ce que les parties de la roclie aus([uelles elles correspondent ont subi ellesmêmes une variation analogue; mais de plus, la même similitude a lieu entre les cristaux engagés dans les masses d'une même roche séparées paç de grands intervalles. Si au conti'airo les niasses ddlcrenl par leur composition, les cristaux d'un même uiiuéral, auquel elles serviront d'enveloppe ou du support, participeront de celle diversité. Aiuni. lem granités des diverses contrées présentent communémenl ilcs cristaux de léld-sptli de la même (orme, au uioJus à peu près, réunis deux à deux en sous contraire. Dans le département de l'Isère, la même roche «pu sert de gangue aux cristaux d'axiuitv, cl qui est un dïorite{grùn8teiu) très abondant e» leld-spalli , ruir lérme de petits cristaux de cette Ucruièrc substance sous la l'orme de la variété que j'ai ootiiméc t'eld-eputli
„ tjuadridécinial cl ([u'avaiciil mécounue les ancien.-.
V niinéL-alogisles qui î'appclaieut sdutrt blanc.
5ao TRAITÉ
Les arragonites que l'on trouve dans les rocheS^ argileuses de diflërens pays, sont des assemblages de cristaux qui ne varient que par le mode de groupement, et affectent assez constamment des formes prismatiques. Yiennent-ils à se montrer dans le fer oxidé? C'est sous la forme de cristaux adculaires, parmi lesquels ceux qui sont déterminables appartiennent à la variété que j'ai nommée apotome.
La forme prismatique est celle qui domine dans les cristaux de chaux carbonatée que renferment les filons métalliques du Hartz. En Angleterre elle est remplacée par la variété métastatique. Le rhomboïde •inverse de la même substance se montre presque constamment dans les terrains de calcaire cocpiillier.
Les exemples de ce genre ne sont pas sans exception. On rencontre aussi , dans des roches très différentes qui appartiennent à des pays très éloignés, des cristaux d'une même substance semblables entre eux par les lois de leur structure et par la forme qui en dérive; et c'est de cette observation que je me propose de tirer une nouvelle preuve des avantages qu'offre la Gristallographie pour la détermination des espèces.