II
traité
(U'oit, (les points r, on mène les lignes ry perpendiculaires sur Az, on aura quatre nouveaux rapports, savoir, celui de kxa.tx, celui de zx k tx , celui de kx k rx, et celui de zx à ræ , ce qui fait en tout huit rapports, dont chacun a les mêmes termes de V^2 dl de i .
Remarquons maintenant qu’un corps cristallisé n’est autre chose, ainsi que je l’ai dit ailleurs, qu’un assemblage de molécules similaires disposées symétriquement depuis le centre jusqu’à la surface , en sorte que la considération des noyaux et celle des décroissemens que subissent les lames apphquées sur leurs différentes faces sont des données qu’emploie la théorie pour expliquer la diversité des formes qu’une même substance est susceptible d’offrir à nos observations.
Il suit de là cpie si parmi les formes primitives qui sont les limites des autres, savoir, le cube, l’octaèdre régulier et le dodécaèdre rhomboïdal , on en choisit une à volonté, par exemple celle du cube, considérée comme étant le résultat d’un arrangement de molécules cubiques, la forme du même solide pourra naître également d’un autre arrangement de molécules semblables soit au tétraèdre régulier, soit à celui dont les triangles sont isocèles.
Les formes originaires du tétraèdre régulier , comparées à celles dont le noyau est le dodécaèdre rhomboïdal , offrent un exemple remarquable d’une corrélation du même genre. J’ai fait voir dans l’article où
je traite du premier de ces solides , (pie les variétés auxcpielles il donne naissance dans l’espèce du cuivre gris , offrent la répétition des faces qui terminent la variété érnarginée du second, telle que la présentent certains cristaux de grenat; seulement elles sont distribuées de manière que l’aspect du type auquel elles se rapportent se retrace dans celui des formes (jui naissent de leur ensemble.
Or, si l’on assimile la manière d’être des molécules élémentaires à celle des molécules intégrantes, comme cela paraît naturel, il faudra concevoir que les premières ont elles-mêmes des formes déterminées , et il suflira que celles de telle nature qui se combinent avec celles de telle autre nature, conformément au principe des proportions définies , aient entre elles des dimensions commensurables dans uii certain rapport, pour que leur réunion imprime à la forme de la molécule intégrante qui en résultera un caractère de limite ; et il pourra arriver cpie diverses combinaison^ soumises à la même condition s’arrangent symétricjuement dans cette forme comme dans un moule commun. C’est ainsi que nous avons vu la forme cubique, considérée comme primitive, servir successivement d’enveloppe à divers arrangemens de molécules intégrantes de trois formes différentes.
I O. 11 en est tout autrement des autres formes qui s’écartent plus ou moins des précédentes. L’observation a prouvé jiwju’iei qu’aucune d’elles n’appartient
à dffux niiiiéraiDiL tic nalnre différente. J'ai dit pïuà ou moins , parce qu’il y a ici une distinction à Mre que je crois importante. Parmi ces formes dont je viens de parler , il en est qui participent jusqu’à un certain point des formes primitives dérivées des trois molécules limites, en ce qu’elles offrent dans quelques-unes de leurs parties une configuration que l’on peut aussi regarder comme la limite des autres du même genre. Tel est le prisme hexaèdre régulier, à l’égard des autres prismes du même nombre de pans. Tel est encore le prisme à base carrée. On peut aussi ranger dans la même classe le rhomboïde , qui jouit de cette propriété , que les six perpendiculaires jnenées de ses angles latéraux sur l’axe sont égales et font entre elles des angles égaux de 120**, en sorte que le solide dont il s’agit peut être inscrit à vui prisme hexaèdre réguher. De là vient que dans la plupart des espèces où il fait la fonction de forme primitive, il passe souvent à la forme du prisme dont il s’agit, en vertu de deux lois très simples de décroissement, l’une par ime rangée sur l’angle supérieur , et l’autre tantôt par deux rangées sur les angles inférieurs, et tantôt par une seule rangée sur les bords inférieurs.
Il suit de là que le prisme hexaèdre régulier, quoiqu’il ne soit pas une véritable limite, peut cependant,, par cela seul qu’il en présente le caractère sous un certain rapport, appartenir et appartient réellement à beaucoup d’espèces differentes, soit
comme forme primitive , soit comme variété dérivée du rhomboïde. On peut en dire autant du piisme à base carrée, soit comme forme primitive, soit comme originaire d’un octaèdre symétrique.
• Une autre consécjuence de ce qui précède est que , si l’on se bornait à la considération isolée des prismes hexaèdres réguliers et des prismes à base carrée que présente la cristallisation dans une multitude d’en droits , on serait tenté de croire que des formes qui ne sont pas proprement des limites peuvent appartenir à des substances très différentes.
Mais l’étude du mécanisme de la structure prouve que cette identité de formes dans des especes distinctes n’est qu’apparente. A la vérité, toutes les molécules intégrantes d’une forme rbomboïïlale , quelles que soient leurs dimensions et les valeiu’s de leurs angles, partagent la propriété de donner, eu vertu de deux lois très simples de décroissement sur des rhomboïdes semblables à elles, des faces dont les unes sont perpendiculaires à l’axe , et les autres lui sont parallèles, en même temps qu’elles font entre elles des angles de 120*^ j et si l’on ne considère que les positions respectives de ces diverses faces , tous les prismes auront l’air de se ressembler parfaitement. Mais on fait ici abstraction d’un rapport auquel il est cependant essentiel d’avoir egard : c’est celui qui a lieu entre le côté de la base du prisme et la hauteur de son axe , en supposant (ce qui est le véritable point de vue auquel on doit
traité
ramener la siructure) rjue les deux sommets dit rhomboïde qui fait la fonction de noyau coïncident avec les centres des bases du même prisme, et que ses bords inférieurs soient tangens aux faces laté-
raies, dans le cas d’un décroissement par une rangée sur ces mêmes bords, ou que ses angles solides répondent aux milieux des faces latérales , dans le cas d’un décroissement par deux rangées sur ces mêmes angles. En peu de mots, le prisme est censé être exactement circonscrit au rliomboïde qui lui sert de noyau. Si cela n’a pas toujours lieu, et n’a même lieu que rarement , c’est l’effet des causes accidentelles qui empêchent la cristallisation d’atteindre son but.
Or, dans l’hypothèse que je viens de faire , et qui est la véritable , le rapport entre le côté de la base du prisme et sa hauteur (i) variera d’une espèce à l’autre, puisqu’il dépend des dimensions du noyau, qui de même suivent la diversité des espèces. Un seul joint mis à découvert suffit pour déterminer ces dimensions. Ainsi , dans la chaux carbonatée , l’égalité des angles que fait un joint obtenu par une section
(i) Si nous désignons à l’ordinaire parg, p, les moitiés des diagonales horizontales et obliques des faces du rhomboïde , et par a la longueur de l’axe dont l’expression ana- Ijrtique est V^.qp® — 3g® , le rapport sera dans le cas du décroissement sur les bords celui de l/ ^g® à a , et dans le ca* du décroissement sur les angles celui de ^ à
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sur une des arêtes au contour de la base, avec cette même base et avec le pan adjacent, fournit une donnée d’après laquelle on trouve que le rapport entre les diagonales de chacun des rhombesdu noyau est celui de y/3 à v/2, et que le côté de la base du prisme circonscrit est à sa hauteur comme y/ 16 est à y/27.
Lorstpie c’est le prisme hexaèdre lui-même qui fait la fonction de forme primitive , la division mécanique, qui a lieu parallèlement aux pans et à la hase, n’indique pas le rapport entre le côté de cette base et la hauteur. Mais la théorie déduit ce rapport des lois de décroissement d’où dépendent les facettes obliques qui, dans les variétés secondaires, naissent sur les bords ou sur les angles de la base. Ce rapport change toujours d’une espèce à l’autre , et quelquefois même celui qui est relatif à telle espèce est incommensurable avec celui qui a lieu dans telle autre espèce.
Telles sont donc les dimensions des diverses molécules élémentaires dont se composent les prismes hexaèdres réguliers, qui font, dans certaines espèces, la fonction de forme primitive, que leurs divers assemblages ont une disposition commune à se mouler dans un prisme hexaèdre régulier. Mais l’effet de cette disposition est restreint à ce qui , . dans la forme du prisme, porte un caractère de limite, savoir, d’une part, les positions des pans parallèlas à l’axe et inclinés entre eux sous des angles
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de 130'^, qui sont ceux de l’hexagone régulier, et d’une autre part , la position de la base faisant avec l’axe un angle droit qui est la limite des angles. Les différentes espèces dont il s’agit semblent se confondre en allant vers ces limites. Mais la diversité reparaît dans le sens de la hauteur, qui étant par elle-même indéfinie, prend, relativement à chaque prisme, une mesure particulière qui devient la marque distinctive de l’espèce à laquelle appartient ce prisme (i).
Les autres formes qui s’écartent plus ou moins de la symétrie des précédentes sont susceptibles d’une grande variation dans le rapport de leurs dimensions, et dans les angles que font entre elles leurs faces parallèles k l’axe , ou que forment avec cet axe celles qui lui sont obliques. Par une suite nécessaire, leur détermination est plus composée, en sorte qu’au lieu de deux dimensions, dont le rapport donne tout, dans le cas du prisme hexaèdre régulier ou du prisme
(i ) J'avais d’abord assimilé aux formes limites le rhomboïde calcaire , parce que si l’on suppose son axe dirigé verticalement, chacune de ses faces est également inclinée à un plan horizontal et à un plan vertical. La même similitude avait lieu à l’égard du prisme hexaèdre régulier de l’émeraude, dans lequel le côté de la base est égal à la hauteur. Mais ces linntes sont liées à des cas particuliers , et les propriétés dont elles dépendent manquent de la généralité qui c^aotériie les véritables limites.
droit à bases carrées , oa en a trois à comparer, dont deux ont des directions latérales , et la troisième est parallèle à l’axe ou aux arêtes longitudinales. Cette circonstance , en même temps qu’elle multiplie les coordonnées dont les diverses combinaisons donnent les expressions géométriques des formes primitives, diminue la possibilité de leurs coïncidences dans des espèces de diOërentes natures.
II. Voyons maintenant quelles sont les conséquences qui se déduisent de ce qui précède, pour l’application de la Cristallographie à la méthode minéralogique , sur quoi je dois d’abord observer qu’il ne s’agit ici que d’une chose, qui est en même temps le point essentiel, je veux dire la distinctioa des espèces, et les moyens de tracer entre elles des lignes nettes de démarcation. Quant à leur distribution par genres, par ordres et par classes, elle dépend des principes sur lesquels est basée la méthode, et du point de vue particulier sous lequel son auteur considère les êtres dont elle offre le tableau.
Or, il y a ici deux cas à considérer : l’un est celui dans lequel la forme primitive de l’espèce qu’il s’agit de déterminer n’est ni le cube, ni l’octaèdre régulier, ni le dodécaèdre rhomboïdal, et alors elle devient caractéristique par eUe-même, comme appartenant exclusivement à cette espèce. Le second cas est celui où la forme primitive est une limite. Cette forme avertit alors l’observateur qu’elle peut appartepirà des espèces différentes j mais la substance qui
la présente est distinguée par une composition chimique particulière, dont la cozmaissance ferait disparaître l’incertitude qui naît de la considération isolée de la forme. Cependant cette œunaissance n’est pas même nécessaire dans le cas présent. Car il n’est point de minéral qui ne jouisse de certaines propriétés physiques ou chimiques, étroitement liées à la nature des élémens dont sa molécule int^rante est l’assemblage. Or, ces propriétés n’exigent , pour être mises en évidence, que des observations ou des expériences simples et &ciles à faire, et elles fournissent ainsi des caractères auxibaires qui, ajoutés à l’indication de la forme , achèvent de faire ressortir l’espèce à laquelle celle-ci se rapporte.
Je choisirai pour exemple l’octaèdre régulier qui fait la fonction de forme primitive dans l’ammoniaque muriatée, l’alumine sulfatée, la chaux fluatée, le spinelle, le diamant et le fer oxidulé. Joignez au caractère de cette forme la propriété de se volatiliser en entier, par l’action de la chaleur, en une fumée blanche qui exhale une odeur particulière , et vous avez l’ammoniaque muriatée. Substituez à la propriété précédente celle d’être fusible avec boursoufflement, en laissant une masse spongieuse après le dessèchement : ce sera l’alumine sulfatée. Prenez pour caractère auxihaire la propriété de donner lieu au dégagement d’une vapeur qui corrode le verre, à l’aide de l’acide sulfurique légèrement chauffé, et vous avez la chaux fluatée. Le spinelle sera signalé
par la faculté de rayer le quarz, mais non pas le corindon, et aussi par son éclat vitreux; le diamant, par la faculté de rayer toutes les autres substances, et si l’on veut encore par cet éclat métallique qu’offrent ses faces, et que l’on a nommé éclat adamantin ; enfin, le brillant d’un gris me'tallique , et l’action sur l’aiguille aimantée, feront reconnaître le fer oxidulé. 11 en sera de même de toutes les autres espèces dont les formes primitives sont des limites.
J’ajouterai qu’à l’exception des substances métalliques à l’état natif, ou qui étant à l’état de sulfures jouissent aussi de cet éclat particulier que l’on a désigné par ce même nom de métallique , les espèces dont les formes primitives ont le caractère de limites sont en petit nombre. Parmi celles des trois premières classes, l’octaèdre régulier ne se montre que dans les cinq que j’ai citées; et en continuant de faire la même exception pour celles de la quatrième classe, on ne retrouve plus la forme dont il s’agit que dans l’arsenic oxidé, où elle n’est connue que d’après les résultats des expériences chimiques. Les seules espèces qui présentent la forme cubique, en excluant toujours les substances métalliques dont j’ai parlé , sont au nombre de huit, savoir, la magnésie boratée, la soude muriatée , l’aplome , l’analcime , l’ampliigène qui donne à la fois le cube et le dodécaèdre rhomboïdal , l’argent muriaté,le fer oxidé et le fer arseniaté. Le dodéeaèdre rhomboïdal n’appartient qu’à cinq espèces, savoir, le grenat, la sodaUte, le iazulite, le
latialite et le zinc sulfuré où il emprunte un caractère particulier du système de cristallisation auquel il sert de type.
Or , les substances métalliques dont j’ai parlé ont d’ailleurs des qualités qui leur sont communes , et qui les font ressortir vis-à-vis de toutes les autres. L’éclat métallique, auquel se joint une grande opacité, est déjà par lui-même une qualité remarquable. La pesanteur spécifique des mêmes substances l’emporte de beaucoup sur celle des autres. Toutes possèdent dans un degré plus ou moins marqué la faculté conductrice de l’électricité. Ce concours de propriétés communes suppose dans les mêmes substances une certaine analogie qui dépend de leur natvne , en sorte que l’on est moins surpris qu’elles soient encore liées entre elles par la ressemblance de la forme que l’on peut aussi considérer comme une qualité physique.
Et ce qui paraît rendre plus probable l’existence de cette analogie dont je viens de parler , c’est que quand les substances métalliques sont unies, soit entre elles, soit à d’autres principes, en sorte qu’elles ne sont plus dans l’état où elles jouissent pleinement des propriétés inhérentes à leur nature, il arrive presque toujours , même dans le cas où elles ont conservé le brûlant métallique, qui est seulement modifié par des teintes particulières , que leurs formes primitives s’écartent des limites, en sorte «pi’elles deviennent caraetéristiques par elles-mêmes.
Tels sont le rhomboïde de l’argent antimonial , celui de l’aident antimonié sulfuré, celui du mercure sulfuré, et celui du fer oligistej tels sont encore le prisme droit rhomboïdal du fer sulfuré blanc, celui du fer arsenical, celui du manganèse oxidé, et le prisme à base carrée du manganèse hydraté. Cliacune de ces formes appartient exclusivement à l’espèce qui la présente. Les seules espèces qui fassent exception sont les sulfures d’argent et de plomb, le sulfure de fer ordinaire , et les oxidules de cuivre et de fer.
Cependant les mêmes substances sont distinguées d’ailleurs par des différences essentielles , d’où dérivent des caractères auxiliaires très prononcés, qui viennent se joindre aux indications de la forme, pour compléter la détermination des espèces. Ici les épreuves chimiques quefournissentl’action des acides ou des alkalis , et celle de la chaleur , sont également simples et décisives. La pesanteur spécifique seule , quoique toujours considérable en elle-même, place à une grande distance l’une de l’autre quelques-unes des mêmes substances prises deux à deux, telles que For et le cuivre, le platine et l’argent. D’autres contrastes naissent de la ductilité de tel métal et, de la grande fragilité de tel autre. Le bismuth natif comparé au cuivre en offre un exemple. La couleur même qui, étant produite par la réflexion immédiate des rayons lunnneux sur|la surface des corps , doit être comptée parmi les caractères spécifiques, offre
des différences qu’un œil tant soit peu exercé saisit
ikcilement.
Mais les substances métalliques perdent-elles cet éclat qui les fait ressortir, en se combinant avec des acides et autres principes, qui les transforment en de nouveaux êtres , que l’on serait souvent tenté de prendre, d’après leur aspect, pour des substances pierreuses? Il arrive presque toujours que les formes primitives qui, dans ce cas, naissent de ces combinaisons, suffisent seules pour les caractériser sans aucune équivoque. Ainsi, pour nous borner à un seul genre de solides, qui est l’octaèdre, on connaît trois mines de plomb, savoir, le plomb carbonate, le plomb muriaté et le plomb phosphaté, dont les formes primitives rentrent dans ce genre de forme, avec des dimensions très différentes. Parmi les mines de cuivre, l’octaèdre se trouve répété quatre fois, savoir , dans le cuivre muriaté , le cuivre carbonate, le cuivre arseniaté et le cuivre phosphaté , mais avec des rapports entre les dimensions qui varient très sensiblement d’une espèce à l’autre. Il n’existe dans toute cette portion de série que deux espèces dont la forme primitive soit une limite, qui est le cube, savoir, l’argent muriaté et le fer arseniaté. Mais la Physique fournit des caractères auxiliaires remarquables qui, en s’ajoutant à l’indication de la forme, achèvent de préciser les déterminations des deux espèces. L’un se tire de la propriété qu’a le zinc humide de llu'ie reparaître tout à coup au moyen du frottement l’e-
clat métallique de l’argent , masqué par la présence de l’acide muriatique. L’autre est donné par le concours de la couleur verte du fer arseuiaté, et de son action sur l’aiguille aimantée dans l’expérience du double magnétisme.
Après tout, il ne faut pas oublier que dans toutes les recherclies dirigées vers l’étude de la nature, nous ne pouvons que la prendre telle qu’elle est, que nous sommes obligés de pber nos théories et nos méthodes à sa manière d’agir , et que notre but est rempli, lorsque les connaissances auxquelles nous sommes parvenus sont le fruit de notre zèle et de nos efforts pour tirer le meilleur parti possible des moyens que nous avons à notre disposition. Je crois avoir conduit le principe que j’ai adopté de préférence pour la détermination des espèces aussi loin qu’il pouvait aller, en restant isolé et abandonné à luimême. Je lui ai associé des accessoires propres à le seconder , aux endroits où il ne suffisait plus seul à ses applications. On ne peut exiger rien de plus, puisque c’était tout ce que comportait le sujet que j’avais à traiter.
12. Avant de terminer cet article, je ferai, par rapport à la composition chimique des minéraux, une réflexion qui se présente naturellement à la suite de ce que j’ai dit sur l’identité de molécule intégrante dans des espèces de diverse nature. Dans la ' notion que j’ai donnée de ce qui constitue l’essence d’un minéral, j’ai distingué trois choses, les qualités
des principes coniposans, leurs quantités respectives, et les fonctions qu’ils exercent les uns sur les autres. On peut conjecturer de là qu’il n’est pas impossible qu’on ne fût forcé de placer dans des espèces distinctes des minéraux qui renfermeraient les mêmes principes imis entre eux dans le même rapport, si la diversité des fonctions réciproques exercées par ces principes en déterminait une dans les propriétés les plus remarquables des minéraux dont il s’agit. C’est dans ce sens qu’un célèbre géomètre a pensé que les moléeules élémentaires des corps pouvaient s’unir par diverses faces , et produire ainsi des cristaux différons par la forme, la dureté, la pesanteur spécifique et l’action sur la lumière (i). Un chimiste, qui jouit également d’une grande réputation , paraît avoir en vue la même idée, lorsqu’il dit (2) qu’une même composition peut donner naissance à des qualités physiques assez différentes pour qu’il soit nécessaire de distinguer les minéraux qui la présentent. On ne peut assurer , dans l’état actuel des choses , que le cas dont il s’agit ici ne soit pas celui de la chaux carhonatée et de l’arragonite, qui contrastent si fortement par la forme de leur molécule intégrante, par leur dureté et par leur action sur la lumière, et offrent de plus une différence très appréciable relativement à leur pesanteur spécifique, tandis que
(1) Mécanique céleste, supplément au X* livre, page 70.
(2) Statique chimique, tome I, page 436.
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toutes les analyses qui en ont été faites par des chimistes d’une habileté bien reconnue, n’y ont indiqué que les mêmes quantités relatives de chaux et d’acide carbonique, à l’exception de trois ou quatre unités sur cent de strontiane carbonatée, qui ont été retirées de plusieurs arragonites , et qui ne pouvaient s’y trouver qu’accidentellement, puisque d’autres n’en ont pas oûèrt un atome.
Au reste, tout ce que je prétends conclure de ce . que je viens de dire , c’est que les cas où la distinction d’un minéral d’avec tous les autres dépendrait uniquement des fonctions réciproques de ses molécules élémentaires, sont dans l’ordre des possibles.
11 en résulte que les circonstances où ils auraient lieu seraient d’autant moins favorables à la Chimie, tpie non - seulement les caractères qui dépendent des fonctions dont j’ai parlé sont inaccessibles à ses moyens, mais qu’elle fait disparaître l’empreinte qu’elles ont laissée de ces caractères sur le minéral. Mais les hypothèses de ce genre n’ont pas fixé l’attention des chimistes , et à l’égard de l’arragonite , par exemple, ils paraissent avoir préféré l’opinion qui s’accordait le mieux avec les intérêts de la science, savoir, que l’arragonite renfermait quelque principe essentiel à sa nature, qui leur avait échappé jusqu’ici , et que ce serait d’une découverte inattendue que sortirait un jour le trait de lumière qui en manifesterait l’existence.
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V. Observations sur la substance appelée communément fer spathique (carbonate de fer des chimistes, Spatheisenstein des Allemands').
i3. Les nombreuses discussions que le fer sptbique a fait naître entre la Chimie et la Minéralogie, et le mystère qui a couvert pendant si long-temps son origine, et qui n’est pas encore tout- à-fait éclairci, l’ont rendu trop remarquable , pour ne pas lui obtenir un article à part dans cet Ouvrage. J’ai jugé d’autant plus convenable de le placer ici , que la seule objection sérieuse à laquelle il ait donné lieu contre la méthode cristallographique, consiste en ce qu’il l’aurait mis dans la nécessité d’attribuer à deux espèces de nature différente une même forme primitive qui ne serait pas une limite.
Trois opinions ont été émises sur la cause qui détermine la forme du rhomboïde que présente le fer spathique , soit comme produit immédiat de la cristallisation, soit comme résultat de la division mécanique (1). Selon M, Wollaston, ce minéral est un car-
(1) Je ne dirai rien ici du minéral dont les savans étrangers ont fait une espèce à part, qu’ils ont appelée Braunspath ( spath brunissant ) , parce que Je dois me renfermer dans la question présente , dont le véritable objet est la considération des corps dont on a formé une espèce distinguée de la précédente , que l'on a placée dans le genre du fer sous le nom de Spatheisenstein (fer spathique").
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bonate de fer, qui a pour forme primitive un rhoiiiboide obtus dans lequel l’incidence des deux faces situées vers un même sommet est de 1 07^. Si cette mesure ne lais.se rien à désirer du côte de la précision, ma méthode cesse d’être en déhmt ; le fer spathique constitue une espèce distinguée de toutes les autres, et par ses principes et par la forme de sa molécule. Il est de mon intérêt d’avoiler l’erreur que j’ai commise en assignant pour le rhomboïde primitjf wne valeur trop petite d’environ 2** qui l’assimilait à celui de la chaux carhonatée.
Mais cette erreur, qu’il faudrait rejeter .sur les mesures prises aVec le goniomètre ordinaire , est d’autant moins dans l’orchxî des pos.sible.s, que ces mesures ont été i^épétées un grand - nombre dé fois avec beaucoup d’attention, devais essayer d’éclaircir h difficulté, d’après l’observation qu’ont jvu faire ceux qui ont eu sous les' yeux des morceaux' 'de fer spàthique , tels qu’oü en trouve dans Une multitude d’endroits. Elle consiste en ce que souvent les lames dont ils sont les assemblages, au lieu d’être planes, subissent des inflexions et des courbures qui tendi^nt à faire paraître leurs inclinaison^ respectives -plus grandes qu’elleS ne le èoftt'-én effet. M. Janifêson attribue à cette cause -la différence qu’ont indiqliée les mesures mécaniques (i). Ce tpie je puis dire, c’^est que j’ai pris tous les moyens convenables pour m’as-
(1) System of Mineralogy, i8iG,t.III, note à la pa^ 37a.
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siirer du niveau des faces qui terminaient les rliomboïdcs que j’ai employés, et qu’il m’a paru que ma mesure n’était susceptible d’aucune correctimi. J’exposerai plus bas des considérations qui viennent à l’appui de ce résultat.
Une seconde opinion était celle que j’avais d’abord adoptée, et que Bergmann semblait m’avoir dictée, •en annonçant que le fer spathique contenait toujours une quantité considérable de chaux carbonatée, qui ,'dans les morceaux les plus abondans en fer, fornaait à peu près la moitié de la totaUté. J’en avais conclu que le fer spathique n’était autre chose qu’un mélange de chaux carbonatée et de fer qui empruntait sa forme de la première. > ( . .
Mais les analyses qui ont été faites depuis quelques années' par des chimistes d’un mérite distingué, et auxquelles ils ont employé des cristaux de fer spathique qui étaient dans leur état de fraîcheur et n’avaient subi aucune altération, 'n’ayant donné que du fer ^ et 'de l’acide carbonique , quelquefois avec une quantité de .chaux carbonatée égale à de la masse , il a falluirenoncer à l’hypothèse précédente. -La conséquence que l’on s’empressa de tirer de ces résultats, en les comparant avec celui de mes meisures, fut. que la méthode cristallographique avait confondu dans uneimêmé fprme primitive étrangère aux limites, deux substances entre lesquelles la Qümie venait de tracer une ligne de démarcation forlem en* prononcée. • i
La difficulté disparaît dans la troisième opinion qui a été émise par Romé de Lisle (i), et à laquelle je me suis conformé dans mon' Tableau comparatif (a). Suivant cette opinion , le fer spatliique serait le résultat d’une de ces opérations auxquelles je donne le nom de pseudomorphose , c’est-à-dire que la chaux carbonatée se serait convertie peu à peu en fer carbonaté, par une substitution des molécules ferrugineuses aux molécules calcaires. Cette transformation aurait laissé subsister le mécanisme de la structure, à peu près comme dans le bois agati6é on retrouve tous les linéamens de l’organisation primitive, en sorte que les molécules quarzcuses , en remplaçant une à une celles du bois, ont pris l’empreinte du tissu végétal. J’ai aperçu dans les fractures faites à des cristaux pseudomorphiques de stéatite, tels qu’on en trouve à Baireulh , des indices des joints naturels qui existaient dans les cristaux calcaires auxquels ceux-ci avaient succédé. Seulément ils étaient moins apparens que ceux qu’on observe dans le fer spathique. ,
Ma collection renferme un certain nombre ’ de morceaux de ce fer, dans lesquels la pseudomorphose semble parler aux yeux. Je me bornerai à en citer quelques-uns. Ici on voit des masses lami->
(1) Cristallogr. , t. III, p. c8a. Voyez aiusi lea lettres du docteur Denieste, t. II, p. Saa et suiv.,
(2) Page 373.
iiaires de chaux carbonatée enveloppées d’un fer oxide brun , qui a pénétré dans les parties situées vers la surface, auxquelles il a communiqué sa couleur, tandis que celles qui sont situées vers le centre sont restées blanches et intactes. Là, des rhomboïdes équiaxes de fer spathique en décomposition sont traversés par des lames de chaux caÆonatée pure, dont les directions s’accordent avec l’ordre de la structure , tel que l’indique la division mécanique des cristaux ordinaires qui présentent la même variété, comme si ces lames s’étaient conservées pour attester l’origine calcaire de la pseudomorphose. Ailleurs des gi'oupes de cristaux qui offrent le rhomboïde primitif ont des parties blanches entremêlées de parties bnmes, en sorte qu’il y a unité de structure. les fragmens des premières n’ont aucune action sur l’aiguille aimantée, même dans l’expérience du double magnétisme , et se dissolvent en entier avec une lente effervescence dans l’acide nitrique. Les fragmens des parties brunes attirent l’aiguille, dans l’expérieuce ordinaire , et sont insolubles dans l’acide : seulement ils y perdent leur couleur et deviennent d’un blanc grisâtre.
En soumettant successivement aux mêmes épreuves des fragmens détachés de différens morceaux, on remarque que les propriétés ont suivi une gradation dont l’effet était de rendre plus sensibles la résistance à l’action de l’acide et la disposition au magnclisnie à mesure que le corps approchait davantage du der-
nier tenue de la série , auquel répondait le fer spatbique sans mélange de chaux carbonatée.
On voit par ce qui précède que, dans l’hypothèse où l’angle saillant obtus du rhomboïde du fer apathique serait de 107*^, il faudrait, ce que personne ne sera tenté d’admettre, que cet angle, en partant (le eût varié d’un morceau à l’autre, en pas-
sant par tous les intermédiaires compris entre les (leux extrêmes.
Ou trouve aux environs de Dusseldorf en Westplialie, des cristaux qui originairement étaient composés de chaux carbonatée , appartenant à la variété métastatique. Ils sont engagés dans des masses d’un fer oligiste qui est venu se mouler sur leur surface , et dont les molécules ont été prendre successivement ' les places que leur cédaient les molécules calcaires. Dans la plupart des cristaux , le remplacement n’a eu lieu que depuis le sommet jusqu’à un certain terme au-delà duquel la chaux carbonatée est restée intacte, en sorte qu’ici la pseudomorphose est évidente. Ce n’est plus, à la vérité, le fer carbonaté qui en a fourni la matière : aussi n’ai-je cité cette observation (pie comme étant propre à diminuer la surprise que tendent à faire naître les faits précédons.
J’ajoute que l’hypothèse d’une pseudomorphose est celle (jui fournit l’explication la plus naturelle de ces dérangemens de niveau et de ces courbures (jue jirésentent les lames composantes d’un grand nomlji’e de morceaux de fer spalliique. Ou croit voir une ma-
iière qui a clé comme tourmentée , et dont les molécules, forcées de se loger dans des vacuoles qui n’étaient pas faits pour elles, n’ont pu s’arranger conformément aux lois d’une a^r^tion par&itement régulière.
Le système de cristallisation du fer spathique est encore analogue à celui de la chaux carbonatée. On y trouve le rhomboïde primitif complet , celui que i’appeUe ha&è y ensuite la variété équiaxe , puis la contrastante et celle qui porte le nom de prismatique (i). Mais il y a mieux, et en observant les fractures d’vme partie des cristaux , on y aperçoit des indices ti'ès sensibles de ces joints surnuméraires qui se montrent dans les rhomboïdes primitifs de chaux carbonatée, surtout de ceux qui sont parallèles à des plans menés par les diagonales horizontales des faces opposées deux à deux. Ainsi le rhomboïde du fer spathique aurait copié celui de la chaux carbonatée jusque dans ces modifications , qui me paraissent être
(i) Les cristaux de cette dernière , qui se trouvent dans le comté de Cournouailles , sont composés de couches concentriques dans lesquelles le progrès de la pseudomorphose s’annonce par la différence de couleur, qui , en allant de la surface vers le centre , passe du brun-noirâtre au blanc-grisâtre et au jaune-brunâtre. Les fragmens de ces cristaux agissent immédiatement par attraction sur l’aiguille aimantée, et si on les présente un instant à la flamme d’une bougie, ils acquièrent des pôles,
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dues à de simples jeux de lumière étrangers au mécanisme de la structure.
On objectera que les faits dont j’ai parlé n’ont lieu que dans des circonstances particulières et comme isolées, où la nature opérait sur des corps resserrés dans de petits espaces , et qu’on n’est pas en droit de les généraliser et de les étendre à ces couches puissantes de fer apathique qui se trouvent dans ime multitude de pays. Je ne répondrai pas que nous ignorons ce qu’étaient dans l’origine ces couches qui, dans plusieurs endroits, sont accompagnées de grandies masses de chaux carbonatée, et que nous n’avons pas non plus le droit de juger de leur état primitif d’après leur état actuel. Je me bornerai à dire que , dans la nécessité où nous sommes d’opter entre trois opinions dont chacune laisse un mystère à éclaircir, la saine raison nous prescrit de donner la préférence à celle qui nous le montre du côté le moins obscur. '
U y a du mystérieux dans tout ce qui tient aux pseudomorphoses. Je citerai surtout celles que l’on trouve aux environs de Baireuth , où des cristaux de chaux carbonatée primitive , métastatique , etc. , et , ce qui est plus étonnant, de cristaux de quarz hyalin prismé , engagés d’abord dans des masses de stéatite , ont disparu de leurs moules à mesure que leurs molécules les abandonnaient à celles de la même stéatite qui, en s’y arrangeant, ont copié fidèlement les formes dont ees moules conservaient l’empreinte. Ayant brisé un morceau de la stéatite
dont il s’agit, j’en ai vu sortir un cristal pseudomorphique qui s’est dégagé spontanément de la cavité qu’il occupait , et qui présente la forme du quarz hyalin prismé, dans toute sa perfection.
Je remarquerai, en finissant cet article, que, s’il était bien prouvé que le fer spathiquefùt un véritable fer carbonaté soumis au même rapport entre les <|uantités de fer et d’acide carbonique , que s’il avait été produit d’un premier jet, ce serait une espèce particulière qu’il faudrait placer séparément dans le genre du fer, quoiqu’elle ne se fût encore ofièrte que sous une forme empruntée, en sorte que sa forme primitive resterait inconnue, comme celle de queltpies autres substances qui sont suffisamment caractérisées jusqu’ici par leurs propriétés , en attendant que leur type géométrique ait été déterminé. Dans le cas contraire où la réunion du fer et de l’acide carbonique n’aurait été que de rencontre , le fer spaihique devrait être placé dans un appendice à la suite du fer oxide. Je serais cependant porté à placer ici un point de doute qui ne présumerait rien sur la solution définitive d’une question dont l’examen appartient à la Chimie. U me suffit d’avoir prouvé que les faits, quels qu’ils soient, ne portent aucune atteinte aux principes sur lesquels est fondée la distinction des espèces minérales.
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