‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 113 sur 377 · EXPANSION DE LA RACE IRLANDAISE · texte numérisé non relu

EXPANSION DE LA RACE IRLANDAISE

appauvrie. Le régime foncier est resté le même; la terre est monopolisée, l'aristocratie anglaise administre seule les intérêts locaux; elle lève et emploie les impôts, elle rend seule la justice. Tout Irlandais qui n'habite pas la ville est réduit 'a la condition d'un fermier-métayer, avec un bail d'un an. Il ne lui est rien dû si, a la lin de l'année, le propriétaire lui donne congé. Il perd ses avances, il doit même abandonner sa cabane en chaume; s'il n'améliore pas le sol. le sol ne lui donne pas sa subsistance; s'il l'améliore, rien ne lui garantit qu'il jouira de sa prévoyance. Eloigné, absent, cosmopolite leLandlord Irlandais est moins tyrannique qu'au siècle dernier, mais il s'est obéré, ne serait-ce que par l'effet des substitutions. Il est couvert d'hypothèques dues aux colons juifs, grecs, arméniens de Londres, races étrangères. Cette situation a nécessité le changement le plus important de cette période. Le gouvernement établit une commission de liquidation des terres hypotéquées ; il atance en partie les fonds de la liquidation mais cette liquidation appelle en Irlande une race nouvelle de propriétaires — les capitalistes spéculateurs — plus impitoyable que les landlords. Ces nouveaux seigneurs exaspèrent la population ; de nouvelles agitations se produisent. La troisième période commence en 1 870.

Elle est caractérisée par l'influence que l'Irlande exerce sur l'Angleterre. Les rùles sont intervertis ; c'est exactement le contraire dé ce que M. Léonce de Lavergne avait prévu ; cette influence se manifeste par deux faits considérables : 1" la nécessité pour le gouvernement anglais de modifier sa politique à l'égard de l'Irlande; 2" l'indépendance, chaque année plus grande, de l'Irlande. Ces deux faits sont le résultat de causes diverses, qui correspondent a des changements accomplis les uns en Irlande, les autres en Angleterre.

En Irlande : 1" la population trouve des moyens nouveaux, efficaces, de résistance dans les colonies fondées aux Etats- Unis. La race irlandaise a échappé au contrôle et à la surveillance de l'Angleterre. L'exode a été le fondement de la véritable émancipation ; argent, armes, munitions, journaux, agents, tout est fourni par ces colonies. On évalue a 750 miUions le

LES ASSOCIATIONS IltLAXDAISES 181

monlant des remises faites en Angleterre par les émigrés de 184(S a 1884; une partie de ces capitaux appartient aux Irlandais ; 2" Trois puissantes associations, le Home ruie, fondé |)ar Isaac Butt, la Land league par Michaël Davitt, la National leagne par M. Parnell, ont groupé toutes les forces. Le Home ruIe et la Land le:)gue résument toutes les aspirations de Tirlande ; l'aulononiie politique et foncière. Le Home ruIe a été un instrument de guerre contre iegouvernement anglais, la Land league contre la |)ropriété foncière, contre les landlords. Ces puissantes associations ont repris tous les anciens (ils et procédés des sociétés secrètes qui ont couvert l'Irlande pendant le wuf siècle. Elle n'ont reculé devant rien pour atteindre leur luit : menaces, violences, incendies, meurtres. La Land league a retourné contre les landlords l'excommunication appliquée aux catholiques pendant un siècle. Ceux qu'elle désigne, après les avoir prévenus, doivent quitter l'Irlande ou se faire garder par la police. La police irlandaise forme, sans compter l'armée, un corps d'année de 11,000 hommes, infanterie, cavalerie. Son principal emploi est de garder les landlords, de jour comme de nuit. La plupart ont dû construire à côté de leur château des baraques où demeure la police. Ils garaïuissent ainsi leur vie. Mais ils n'eu sont pas moins exclus eux, leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs, leurs amis, de la société irlandaise. Défense de les recevoir, défense de leur parler, défense de leur rien acheter, vendre, payer, c'est le IJoy-cottiug. La National league est exclusivement politique, c'est un instrument parlementaire, électoral. Aux élections de 1885 et 1880, ses candidats seuls ont été élus.Ces sociétés agissent au grand jour ; elles sont maîtresses de l'Irlande. Toute la population leur obéit : armée, magistrature, administration anglaise sont réduites a l'impuissance par la soumission tacite et effective de la population. C'est un des exemples les plus curieux de la force que la résistance passive peut opposera roi)pression. Pour la vaincre, il faudrait expulser toute la population et occuper l'Irlande avec une armée dont l'Angleterre ne dispose pas ; 5" Ce recours a la force soulèverait des émeutes, provoquerait des actes graves de la part des Irlandais qui habitent

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