LA CRISE DE
achever rémancipation religieuse de Tlrlande. Toute Tlrlande catholique était, en eflet, contrainte de payer la dîme au clergé protestant. La jeune Irlande se constitue pour contester et faire abolir les dîmes. Pour la première fois, la population irlandaise, abandonnant la violence, oppose Tineriie a la force. Le clergé anglican doit renoncer a lever les dîmes qui sont réduites d'un tiers et converties en rentes annuelles, mises a la charge des propriétaires.
La seconde époque s'étend de 1845 a 1870. Elle a eu une très grande importance dans l'histoire de la civilisation. En 1845, la récolte de pomme de terre manqua en Irlande. L'Irlande était un pays très pauvre ; les ressources lui firent défaut pour acheter du blé. La production du blé était alors très limitée ; les moyens de transport rares et coûteux. L'Irlande eut à subir toutes les horreurs de la famine. « Comment « écrire l'histoire de cette famine? Des milliers, des dizaines « de milliers, des centaines de milliers d'hommes et de « femmes périrent. Elle a coûté plus de vies que l'Angleterre « n'en a perdu dans aucune de ses guerres depuis Hastings (i jusqu'à Waterloo (1). »
Cependant c'est cette famine qui a révélé la puissance de rirlandeetsa mission. On dut constater en 1851 que l'Irlande avait perdu de faim et de misère un million d'habitants. En 1 855, un économiste éminent, mais trop près encore des événements pour en saisir toute la portée, écrivait : « Dieu devait se « charger de la solution (les difficultés de l'Irlande) et elle « devait être terrible ; tout cet arriéré d'attentats et d'erreurs « ne pouvait se solder que par une catastrophe inouïe.... La <( famine fut universelle et dura plusieurs années. Le dénom- <( brement de 1851 révéla un déiicit effrayant : un million « d'habitants sur huit, le huitième de la population, était « mort de misère et de faim.
« Cette épouvantable calamité a fait ce que n'avait pu « faire des siècles de guerre et d'oppression ; elle a vaincu « l'Irlande (2). »
fl) The Irish proble7n : 188G.
(2) VEconomie rurale de l'Angleterre, in-8, page 399.
l'exode de L'IRLANDE 179
M. Léonce de Lavergiie se méprenait sur les voies de Dieu.
Depuis 1(S50, Texode de la race irlandaise a commencé; il dure encore ; cin(i millions d'Irlandais ont quitté l'Irlande, portant partout le souvenir de leurs soufï'rances, la haine du nom anglais et la loi a la religion (]ui, pendant tant de siècles, a été leur seule espérance. Les Irlandais se sont rendus en grande masse aux Etats-Unis. Ils y ont prospéré; ils y ont fondé des colonies riches et puissantes, ennemies intraitahles de LAngleterre. Ces colonies exercent aux Étals-Unis une inlluence eflicace. Ce sont les électeurs irlandais qui, hattant aux dernières élections les électeurs allemands, ont rendu le pouvoir aux démocrates. Dans ces colonies s'est organisé un parti d'action <pii a d'abord donné naissance au fénianisme. Les fénians ont singulièrement inquiété le gouvernement de Londres. Puis, les dynamitards ont remplacé les fénians, plus hardis et plus dangereux. Des congrès d'Irlandais se sont tenus dans plusieurs villes des États-Unis pour intervenir dans les affaires intérieures de l'Angleterre. Des sommes considérables ont été réunies. En I88i les colonies irlandaises américaines ont récompensé les services de M. Paruell par un cadeau patriotique de deux millions.
D'ailleurs, les Irlandais n'ont pas seulement émigré aux États-Unis et au Canada. Plus de 1 million d'Irlandais habitent l'Angleterre. Dans les élections de 1885 ils ont montré l'importance de leur concours électoral. Mais les Irlandais n'ont pas seulement porté de tous côtés la haine de l'Angleterre ; ils ont été les plus actifs missionnaires de l'Église catholique aux États-Unis et même en Angleterre. Loin d'être vaincus ils ont pénétré dans toutes les villes, dans tous les ateliers, dans tous les clubs de leurs anciens oppresseurs, en face desquels ils se placent aujourd'hui, a peu près certains de se faire enfin justice.
Pendant cette période, si prospère pour l'Angleterre, il n'a été apporté aucun nouveau changement dans la situation intérieure de l'Irlande. L'émigration a amélioré lentement la condition de la population, surtout dans les villes, mais, en réabté, privée de ses travailleurs les plus actifs, l'Irlande s'est