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SES OAEACTÉRES 243
Il n'a été donné à l'humanité de développer encore, sur aucune partie du globe, une pareille puissance. Le coefficient commercial de TAustralasie a été en 1879 de 875 fr.; celui des Etats-Unis de 180 fr.; celui de la France de 210 fr.; celui du Royaume-Uni de 450 fr.; il est donc plus élevé que le coefficient des nations les plus prospères. Je montrerai qu'il en est de même du coefficient fiscal.
La colonisation est caractérisée : 1" par des institutions, des traditions, des mœurs plus indépentantes de la mèrepatrie que le Dominion et que l'Afrique-australe ; 2° par un échange de crédit extraordinaire entre la mère-patrie et les divers centres de la colonisation ; 3" par l'application du capital, l'emploi du crédit sous toutes formes, sur une échelle plus large encore qu'aux Etats-Unis ; 5" par la pratique de l'Homestead ; 4° par la législation Torrens, qui donne au free selector, au propriétaire foncier, au capitaliste des garanties complètes de possession et de réalisation.
Il en résulte que la colonisation australasienne a lieu dans des conditions supérieures à toutes les autres colonisations de la race anglo-saxonne. C'est ce qu'a fait remarquer M. Froude dans son exposé de l'état actuel de l'Australasie. Ainsi cette colonisation a échappé a la période esclavagiste ; elle n'a pas subi l'influence d'éléments ethniques aussi inférieurs que l'Indien ou que le nègre ; elle paraît avoir su faire un usage plus honnête et plus fécond du crédit. On en trouve la preuve dans le fait exceptionnel que les banques australasiennes possèdent 5 milliards de francs de dépôts, pour une population de 3 millions d'hommes. Lamême proportion donnerait 40 milliards de dépôts aux Etats-Unis, 24 a l'Angleterre, 26 a la France et 30 a l'Allemagne.
L'avenir de cette colonisation est indiquée par l'immensité des terres à sa disposition dans la Nouvelle-Galles du Sud, l'Australie méridionale et occidentale ; plus de 300 millions d'hectares, sans compter la zone du nord et la zone centrale encore mal connues, c'est-a-dire une étendue territoriale égale à six fois celle de la France, sont utilisables. M. Froude entrevoit que la civilisation de l'humanité portera sur ces nouveaux
244 FÉDÉRATION ÂtJSTRALASIENNE
territoires des fruits plus parfaits encore que ceux qu'elle a donnésjusqua présent. Il rappelle avec raison combien ont dû être heureuses certaines époques ; l'exploitation du Delta — de TEuphrate, de la vallée du Nil, de celle du Fleuve Jaune, de celle du Pô, des belles plaines de la France du Nord et de l'Angleterre. Nous en trouvons le témoignage dans les récils de la Bible, dans les traditions chinoises, dans les Géorgiques, dans les excellentes descriptions de M. Léonce de Lavergne.
§ 2. La Fédération australasienne.
Un autre trait marque la colonisation australienne, c'est une colonisation insulaire, profondément particulariste. Elle est tout a fait anglaise. A cet égard, elle se dislingue entièrement de la colonisation américaine, qui conservera probablement toujours le caractère plus large et plus humain que lui ont imprimé les idées religieuses du xvii" siècle et les idées philosophiques du xYiii'' siècle. Aussi, dans aucune partie de l'empire anglais, les entreprises des peuples étrangers ne sontelles vues d'un (oil plus jaloux, dans aucune partie la crise générale qui menace l'empire britannique ne suscite-t-elle plus de préoccupations. La race anglo-saxonne s'est adjugé 'a elle seule tout le continent australien, plus la Nouvelle-Zélande, plus les îles Fidji et, si la mère-patrie avait voulu se prêter à ses convoitises, elle aurait interdit la Nouvelle-Guinée, Bornéo, tous les archipels océaniens à toutes les autres races humaines. De la les diflicultés périodiques avec la France qni a entrepris de coloniser la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides. Je signale ce fait extraordinaire, parce qu'il est d'une très grande importance dans l'histoire de la civilisation et dans celle des institutions liscales des divers peuples ou groupes humains (1).
Dans le courant de décembre 1885, un congrès fédéraliste
( ) Consulter Oa'rt??«, par M. Froucle, Contcmporarij, avril iSSi, Économiste français, 1884, no 41. Nineteenth. Mars 1887.