LES REVENUS ET LES IMPOTS
Dans ce total ne sont pas compris les biens des paysans, mobiliers ou immobiliers. Or les paysans doivent détenir actuellement près de 60 O/o du territoire, puisqu'ils en possédaient 55 O/o en 1874. Il n'y a rien d'exagéré a élever à 15 milliards de roubles-argent le capital de la Russie. 11 est même probable qu'il doit être supérieur. Si on le fixe à GO milliards de francs on ne peut se dissimuler qu'une dette de 12,500 millions fr. et une dépense annuelle de 2,132 millions fr. sont hors de proportion avec • les revenus de FEmpire. De là les difficultés contre lesquelles lutte le gouvernement russe. Il escompte trop rapidement l'avenir du territoire de l'Empire. Il est vrai qu'il commande à 100 millions d'hommes ; néanmoins les embarras sérieux de la guerre de Crimée, ceux inattendus de la guerre d'Orient ont démontré que ses ressources réelles étaient plus limitées qu'on ne le pensait.
Les revenus de l'État, évalués en 1839 par Tegoborsky à 650 millions fr., en 1861 par Kolb a 1,550 millions, ne dépassent pas actuellement 1,850 millions fr. par an (1). Sur un capital de 60 milliards ils correspondent à un prélèvement annuel de 3 O/o, prélèvement qui n'est que de 1 O/o auxÉtats-
(1) De 1866 à 1880 le produit de l'impôt sur les boissons s'est accru de ■104 millions de roubles ; la recette des douanes, de 61 millions ; le produit de l'impôt de capitation, de 32 millions ; le montant des recettes provenant des taxes sur la navij^ation et les transports en chemins de fer, de 31 millions ; le produit de la poste et des télégraphes, de 10 millions ; celui de l'impôt sur le tabac, de 9 millions ; le montant des produits domaniaux nbrèts), de 7 millions ; le produit des droits régaliens sur l'exploitation des mines, d'une somme égale ; le montant de la nouvelle taxe foncière, de 7 millions ; celui des droits de mutation et des frais de justice, de 5 millions.
D'après l'annuaire des finances, la moyenne des dépenses ordinaires de l'Etat se serait élevée de 1862 à" 1884 de 2,095,608.000 r. à 2,889,314,000 R, sur lesquels les dépenses militaires (guerre et marine) ordinaires représentent 630,311,000 r. et 946,285,000, et celles de la dette 343,872,000 r. et 805,015,000 r.; quant aux recettes ordinaires, elles auraient passé de 1,818,701,000 r. à 2,758,974,000 r. dans lesquels les impôts avaient compté pour 1,295,980,000 r. et 2,164,763,000 r. Dans cet accroissement, les impôts indirects entraient pour 848.767.000 r.
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Unis, 11/2 O/o en France et 1 O/q en Angleterre. Il n'est pas possible de demander davantage aux populations. Tous les projets d'augmentation d'inipols ou d'accroissem«întdeiadelte doivent également être repoussés. Vnc sorte d'impôt général sur le revenu a existé autrefois en Russie. Il ne pourrait être exigé que des classes privilégiées ;il est par suite impraticable.
Cet état de choses a provoqué naturellement l'attention et les réflexions des hommes d'État et des publicistes russes (1). Les uns ont pensé qu'il fallait à tout prix diminuer les dépenses, améliorer la situation monétaire, renoncer aux emprunts de toute sorte, attirer en Russie les capitaux étrangers, tempérer les taxes douanières répulsives. Ils ne paraissent pas être en Aneur. Les antres accusent les Bourses et les capitalistes de l'étranger de spéculer sur les besoins de la Russie, de faire varier le cours du rouble à leur gré, de vivre aux dépens de la production russe. Ils veulent avoir recours a des moyens héroïques; de plus larges émissions de papier-monnaie, de nouvelles surélévations des tarifs, le rachat des chemins de fer, le contrôle sévère des Bourses, le monopole de l'alcool. Le monopole du tabac, la surveillance des étrangers (2). Tout cela peut être essayé. Les idées de protection 'a outrance, de monopoles généraux, d'accaparement des instruments de production sont dans l'air. Elles correspondent aux tendances socialistes de l'époque ; elles masquent aussi les secrètes manœuvres des intérêts particuliers, que l'espoir d'un tarif ou d'un monopole affriande toujours.
Mais, étant donnée la condition p ésente de la Russie, les expérimentations ne peuvent qu'y retarder la liquidation de l'émancipation. Il faut 'a la Russie du temps, car elle a toujours escompté le temps depuis 1848. Papier-monnaie, monopoles, tarifs, ne remplaceront pas le temps. Ce sont des expédients dont les dangers sont trop connus, en Russie particulièrement, pour qu'ils puissent tenir lieu de sagesse.
(1) Consulter notamment un article anonyme du Journal des Economistes, août 1884 et le Journal officiel 1881 n" 51.
(2) L'oukase du 14 mars 1887 sur la possession des fonds ruraux par des étrangers dans les provinces occidentales se rapporte à cette tendance générale.