AVENIR DE LA RUSSIE
Il faut avant tout à la Russie de la patience. II n'est au pouvoir d'aucun homme d'État, quel que pût être son génie, d'aucune institution, d'aucune expérimentation, de modifier la composition actuelle de ses éléments sociaux; cela ne peut être que l'œuvre du temps.
Le travail qui s'opère au milieu de ces éléments fait illusion 'a beaucoup de publicistes. De la les appréciations pessimistes qui sont propagées en Angleterre principalement (1). Ils relèvent que de 1875 à 1887 les dépenses ont augmenté de 250 millions r., dont iOO millions pour le service de la dette; ils constatent un secret mécontentement, un ralentissement dans le progrès général ; mais ils en exagèrent la portée, tout en diminuant les ressources de la Russie. Ils n'exagèrent pas moins l'influence des sociétés révolutionnaires. Ces sociétés peuvent menacer, atteindre les personnes. Elles sont impuissantes contre l'Empire.
La Russie a conservé le servage trop tard, c'est le fait auquel il faut attribuer l'insuffisance de la production, la mauvaise répartition de la population, l'absence de classes moyennes, la pauvreté des masses ie mécontentement inconscieni du pays, le progrès des idées nihilistes ou révolutionnaires. Les coups de hasard sont impuissants 'a modifier ce qui est le résultat de malheurs anciens ou de nécessités supérieures.
(1) The Economist, 5 juin 1886.