‹ Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières, systèmes d'impôts, et réformes fiscales des divers états au XIX siècle; Première Série; de nombreux tableaux son affectés aux impôts et aux finances de chaque étatChapitre 296 sur 377 · PROGRÈS DE LA. RICHESSE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA. RICHESSE EN ALLEMAGNE

Or, de 1864 à 1886, les deux impôts ont été sensiblement diminués. Cette diminution a été de moitié pour la clatsensteuer.

J'ai indiqué plus haut que de 1876 à 1881, les revenus atteints par les deux taxes avaient progressé, en Prusse, de 7,857,192,5000 m. a 8,228,179,845 m.

Ils n'ont pas moins augmenté dans les autres parties de l'Allemagne. Aussi, en 1880, l'ensemble des revenus de la Saxe royale étaient évalués à 982,138,415 m. somme, eu égard à la population, supérieure au total des revenus en Prusse. Le coefficient du revenu donnait alors 504 m. en Prusse et 520 m. en Saxe. Dans la Hesse, le revenu était moindre, 130,000,000 m. A Hambourg, l'impôt sur le revenu était prélevé, en 1874, sur une masse de 210 millions m.; 'a Lubeck,de 20 millions m.; h Brème, la taxe sur les affaires se levait en 1865 sur 600 millions m. et en 1872 sur 875 millions m.

Ces résultats sont confirmés par les faits et les chiffres d'ordre plus général. De 1850 à 1884, la population de l'Allemagne a augmenté de 14 millions d'habitants, y compris l'Alsace-Lorraine et le Slesvig-Holstein, malgré une émigration de 150,000 personnes en moyenne par année. A un pareil accroissement de forces productives, a nécessairement correspondu un développement de la richesse. On en trouve la preuve dans les progrès de la production ; j'ai cité plus haut ceux relatifs au mouvement commercial (1).

De 1851 a 1886, la production des combustibles minéraux a progressé de 7,599,208 T. 'a 81,700,000 T. De 1861 a 1886 celle du fer a augmenté de 617 0/0 et celle du sucre de 602 0/0. Le réseau ferré a été porté de 16,000 k. en 1866 a 56,799 k. en 1886 (2).

(1) Journal of chamberof commerce ofLondon,

(2) Journal of chamber of commerce o f Lonion, ]y\\{\ei 1886, page 174, et Journal des Èconomisles, avril 1878. La valeur des produits minéraux a été portée, de 1872 à 1885, de 192,126,000 m. à 439,876,000 m. La production de la fonte de 1868 à 1885 a plus que triplé, 3,687,400 t. au lieu de 1.046,900. La valeur des produits métallurgiques est passée, de 1866 à 1885, de 148,863,000 m. à 304,466,000 m. '

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M. Miilhall évalue v]iie de 1870 a 1880, la production agricole de l'Allemagne est passée de 510 à oiO millions 1. s. (i). D'après M. Neumann Spallart, de 1880 'a 1884, la production de toutes les céréales aurait augmenté, ainsi que celle des pommes de terre, après avoir diminué de 1877 a 1880.

L'accroissement a été très sensible quant au bétail.

Bœufs 9.771.000 15.783.000

Moutons 18.097.000 19. 183,000

Porcs 4.448 000 9.206.000

Chevaux 3.. ^22. 343

Si les progrès des idées socialistes dans les centres manufacturiers de l'Allemagne semblent indiquer parmi les classes ouvrières un certain mécontentement, dont la cause principale est le taux encore peu élevé du salaire, il n'en est pas de même dans les campagnes, en particulier parmi les populations catholiques, qui forment près des 2/5" de la masse totale et qui, en défendant la liberté de conscience menacée par le gouvernement prussien, ont attesté leur haute valeur morale. La condition de la propriété foncière dans toute l'Allemagne est remarquable. Le propriétaire est encore entouré d'une juste considération (2). Il est protégé dans ses droits et dans ses intérêts. Il n'est pas accablé de taxes comme en France ni contraint a laissera sa famille un domaine que les frais de procédure doivent entamer et que le partage forcé doit détruire.

(1) Sur la statistique agricole de l'Allemagne, consulter Revue Britannique, janvier 1883. — Journal officiel, 1879, n» 259 et 65. La production des céréales était évaluée en 1885 en tonnes de 1000 kilog. ; blé, 2,478,000 ; seigle, 5,461,000 ; orge, 2,229,000 ; avoine, 4,236,000 ; pommes de terre, 2,401,000; contenance en culture: blé, 2,595,270 hectares; seigle, 5,820,305 h.; orge, 2,260,645 h.; avoine, 4,342,257 h. L'infériorité du sol allemand est nettement accusée par ces chiffres comparés à la France. Statistiches yabrbuch — Brachelli— Statistiche Sckizx,en. 1887. Neumann Spallart îibersichten, 1887, p. 158.

(2) Sur la condition, relativement excellente, de la propriété foncière en Allemagne, consulter Réforme sociale, 15 août 188 i. Il est procédé en Prusse aux travaux préparatoires d'un nouveau cadastre. Les résultats de ces travaux ont été en partie publiés. Voir pour les districts de Dantzig et d'Aix-la-Chapelle, le Bulletin de statistique du miyiislère des finances, août 1884. Mais le document le plus curieux à suivre c'est le Bulletin agricole de février 1886.

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Il possède la liberté testamentaire et la tradition du testament : car celle-ci est plus précieuse que celle-là. Il trouve les moyens de crédit sous toutes les formes, notamment dans les caisses rurales de l'Etat et dans les 4,000 banques populaires qui couvrent l'Allemagne. Les caisses d'épargne, ne sont pas des pompes refoulantes qui portent a Berlin et au trésor impérial les économies de toute la nation pour être dévorées dans des dépenses improductives : ce sont des canaux bienfaisants qui. distribuent, au contraire, les capitaux après les avoir réunis. Le propriétaire possède la considération, la sécurité et le crédit. Aussi est-il pour l'Etat un appui que rien ne peut ébranler.

Rien de surprenant, dès lors, que la richesse se forme et s'accumule rapidement en Allemagne (I), d'autant plus que des mœurs encore fortes permettent de ne pas la dissiper en futilités et qu'une centralisation excessive n'en provoque pas une stérile consommation. Au 31 décembre 1886, il existait en Allemagne 1.055 sociétés anonymes au capital de 4. 239. 500. 000 m. en actions et de 588,000 m. en obligations. Les banques y entraient pour 1.454.700.000 m., les usines 586.700.000 m., les chemins de fer (autres que ceux de l'Etat) pour 501. 500. 000 m., les assurances 444.000.000 m., filatures 165.000.000 m., brasseries 150.000.000 m., ateliers de machines 171.500.000 m., fabriques de produits chimiques 181.000.000 m.

Mais ce qui caractérise particulièrement l'Allemagne, ce qui atteste et les progrès généraux du peuple et la bonne condition économique de l'Empire, ce sont les sociétés coopératives Schulze-Delitsch et Raffeisen qui sont l'une des gloires de la race germanique. D'après les relevés de 1886 sur les 2.135 banques populaires, type Schulze-Delitsch, 881 avaient communiqué leurs comptes. Elles comptaient 451.452 associés ayant versé 109.252.242 m. , elles avaient en dépôt 402.968.536 m. avec 22.891.497 m. de réserve. Les banques Raffeiscn dé-

(1) Dans un mémoire récaiiL M. Mulhall a évalué raccumulalion an- 7iuelle de la richesse à 4.125.000.000 pour les Etals-Uais, à 1885 millions pour la France, à 1.625 millions pour l'Angleterre, à 1 milliard pour l'Allemagne {Bankers magazine, décembre 1886).

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passaient le nombre de 1.000(1) et leur actif moyen était considérable. Le développement des caisses d'épargne est un autre signe des progrès de la richesse. En 1871 les dépôts des caisses d'épargne en Prusse ne s'élevaient qu'a 505.457.000 m., ils ont atteint (1). 2,109 millions en 1885.

Dans une brochure récente (2), recommandée par M. Neumann-Spallart, M. Kral, de Vienne, a réuni quelques autres chilFres intéressants sur les progrès de l'Allemagne : mouvement commercial général. 1872, 8.195.000.000 T., 1885, 15.501.000.000 T.; mouvement maritime, 1872, 7.554,000 T., 1885, 16,455.000 T. ; lettres, 1872, 501.918.000, 1885, 1.048.000.000; télégrammes, 1872, 9.710.000, 1884, 13.687.000.

On constate néanmoins un mécontentement secret et profond dans une certaine partie de la population. Ce mécontentement doit être fondé sur les charges militaires qui sont grandes et sur la répartition des profits sociaux. Une très nombreuse aristocratie est entretenue par l'.Ulemagne. C'est un luxe fort honorable, souvent utile, toujours coûteux. Mais les deux causes principales de ce mécompte sont dues à l'insuffisance diî la production du sol et a la rapidité de l'augmentation de la population. L'agriculture allemande est habile, mais elle a affaire 'a un sol ingrat qui donne plus de seigle que de froment. C'est une différence énorme avec la France. Par suite la population agricole est peu nombreuse; le sol ne pourrait la nourrir. L'excédent se jette sur l'industrie et y produit la baisse des salaires. La baisse des salaires entraîne la misère, la misère explique le socialisme. L'industrie doit faire vivre 16.058.000 personnes en Allemagne; tandis qu'en France elle n'en a que 9.524.000 h sa charge. Or, l'industrie française réalise encore plus de bénéfices que l'industrie allemande (5).

M. Mulhall donne sur ce point important les chiffres comparatifs suivants : (4)

(1) Revue des Uanqi'.es, septembre 1887.

(2) Geldwerlh und Preisebewegung in Deidscken Ueich, 1887.

(3) Economiste français, 5 juillet 1884.

(4) Balance skeets of the luoiid, page 18.

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