PKOGRÊS DE LA RICHESSE EN ALLEMAGNE
Textiles usines et métallurgies Diverses Total : 1870-18SO 1S70-18S0 1870-1880 1870-1880
France.... 127 134 32 41 280 310 459 485]
Allemagne. 70 95 41 62 230 270 341 427 i
Quant a l'agriculture, M. Mulhall a présenté les résultats ci- '
après : ,
France 412 400 \
Allemagne 310 340 ■
Le commerce des deux peuples est a peu près le même ; ;
mais le commerce de la France est tout autrement lucratif. Le i
commerce français possède les plus belles clientèles du globe, | et on ne peut les lui enlever. Dans les deux pays 4.500.000
personnes vivent du commerce, mais combien les profits a ré- i partir sont différents!
Reste la population agricole. En France 18 millions vivent | de l'agriculture et 19 millions en Allemagne. Il n'est pas possible de comparer les bénéfices agricoles des deux peuples. Il ; est notoire que l'agriculture française réalise des profits qui échapperont toujoursàl'Allemagne.En 1885 la récolte des vins, malgré le phylloxéra, a représenté pour la France plus de i 4.250 millions ; celle de 1887, d'une qualité exceptionnelle, I vaut un quart en sus. Les pailles de ses blés, ses volailles, ses ' œufs, ses beurres, fromages, ses fruits tout cela fait des mil- liards. La production agricole de la France a dépassé brut 9 ; milliards en 1885 et 10 milliards en 1887. Or la crise du phyl- ! loxera s'atténue et la supériorité des vins français n'est plus j mise en question par aucun consommateur sur le globe entier. '
Ces faits confirment les résultats que nous ont livrés les ta- \
blés de V Einkommensteuer et de la Classensteuer en Prusse et i
en Saxe. L'Allemagne s'est enrichie, mais la richesse s'est plu- |
lot accumulée dans les rangs des classes moyennes que parmi ■
les classes populaires. C'est ce qui explique leur mécontente- |
ment (1). Mais elles ne tarderont pas à recevoir une part plus ;
équitable dans la répartition des profits sociaux, bien plus par ,
] (1) Sur la condilion des classes ouvrières en Allemagne je renvoie au livre de M. LavoUée, Les classes ouvrières en Eu?'ope, 1884, 2 vol., ou-
vra^'C reinanjuable. '
t>UlSSANCE DE L'ALLEMAGNE iCS
le libre jeu des influences économiques que par le progrès des idées socialistes.
Le plus grand obstacle a cette répartition provient du régime économique que les propriétaires fonciers im|)Osent a TAllemagne. Au moment où je termine ce chapitre, on annonce dans les feuilles publiques que le conseil d'agriculture de la Prusse demande au gouvernement d'élever a 6 m. le droit sur l'entrée des froments et des seigles, a 3 marcs le droit sur l'orge et sur l'avoine, a d2 m. celui sur les farines, a 5 m. celui sur les maïs et a 6 m. celui sur le malt. C'est condamner la population à une alimentation inférieure ; c'est entretenir la misère et préparer la guerre, car seule la guerre peut permettre 'a l'aristocratie allemande de conserver ses monopoles et d'arrêter le mouvement socialiste dont elle provoque les progrès.
Les peuples encore libres en Europe doivent se rendre bien compte de cet état de choses, car dans l'ensemble et à un point de vue supérieur la situation actuelle de lÂlIemagne est très forte. (1) L'Allemagne possède une puissante natalité, un entraînement scientifique de premier ordre, un gouvernement énergique, parfois violent, mais perspicace et progressif, des institutions qui donnent des garanties sérieuses 'a la liberté, efficaces à la propriété ('2) ; elle a reconquis la liberté de conscience; sa puissance militaire la met "a l'abri de toute attaque ; d'innombrables colons, sans esprit de retour, sans caractère officiel, sans budget colonial, la quittent chaque année pour préparer sur tous les coins du globe de véritables colonies pacifiques où se déploient les qualités commerciales supérieures de l'Allemand. Loin d'avoir intérêt à entretenir la guerre et le règne de la violence en Europe et sur le globe, c'est à elle qu'il devrait appartenir de garantir la paix et de réaliser les vues de Turgot : renoncer à toute suprématie, car elle paraît impraticable.
(1) L'excédent annuel des naissances sur les décès est de 500,000, il n'est pas de 100,000 en France. L'importance de cette différence n'a pas besoin de commentaire.
(2) On trouve dans le livre de M. Morhain, 1886, Y Empire allemand^ l'énumération de toutes les grandes lois qui, depuis 1871, régissent l'Empire allemaud. Ces lois devraient suffire à la gloire de rAUemagne,