UNITÉ NATIONALE
a été en Italie de 2,453,389 et en France de 1,018,942, les chiffres suffisent pour attester que les ressources de l'Italie, malgré tous les obstacles, ont dû singulièrement augmenter. C'est ce que je vais démontrer sous le ^ 2.
¥ Bien que la force ait eu la principale part dans les révolulions diverses qui ont réuni les divers Etats italiens sous Thégémonie de la maison de Savoie, les populations de l'Italie ont montré, avec le régime nouveau, un remarquable esprit d'union. Il s'est manifesté entre les diverses classes de la société, entre les diverses couches de population, un mouvement d'entente fraternelle ; il s'est réalisé une sorte d'harmonie sociale qui a fait le plus grand honneur 'a l'Italie et qui est d'un heureux symptôme pour les peuples de race latine, appartenant au même courant de civilisation.Sous l'influence de ce mouvement il s'est accompli, en Italie, de nombreuses réformes qui, sans guérir tous les maux de l'Italie, ont amélioré sa condition économique. L'Italie est devenue par suite un vaste champ d'expériences politiques, économiques, sociales d'un intérêt d'autant plus vif que les résultats qui ont été obtenus peuvent être comparés aux réformes réalisées en Allemagne. A bien des égards, ces réformes constituent au profit de l'Allemagne et de l'Italie une avance sur la plupart des autres peuples de l'Europe, quoi qu'elles n'aient pas eu lieu dans les mêmes conditions. En Allemagne, dues a l'initiative d'un seul homme, elles ont provoqué souvent des luttes opiniâtres; correspondant en Italie à un courant général dans les populations, elles ont été partout acceptées. Elles expliquent comment l'Italie s'est prêtée à des changements contraires a ses traditions.
5° Enfin l'Italie a repris place parmi les grands États, et si son indépendance n'est pas encore complète, nul doute qu'elle ne rompe plus tard les liens qui la rattachent encore à la Prusse sous l'influence des accords intervenus en 1866. C'est la un fait nouveau et considérable pour l'Italie comme pour l'Europe. En effet longtemps avant la chute de l'Empire romain, l'Italie avait cessé d'exercer aucune action politique en Europe. Elle subissait les événements qui se préparaient ailleurs. Au moyen-âge, ses plus puissantes républiques Venise, Florence,
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Gênes, n'ont entretenu des rapports suivis qu'avec l'Orient. Dès l'apparition de Charles VIII au-delà des Alpes, toute indépendance a été perdue pour l'Italie. La constitution de la nationalité italienne est donc un événement d'une haute portée. Elle caractérise avant tout cette seconde renaissance de l'Italie à laquelle nous assistons et, au point de vue politique, elle lui donne plus d'importance qu'a la première. Au moyen-âge l'Italie n'est pas parvenue a former une seule nation ; au contraire elle s^estl'ractionnéeen groupes presque irréductibles;aussi estelle demeurée étrangère au mouvement de concentration mo- Dàrchique du XV siècle. Si l'on considère que l'influence réelle de l'Italie, très affaiblie dans l'empire romain, après la mort de Marc-Aurèle, a disparu avec Constantin, on peut dire que pendant 16 siècles l'Italie, après avoir vaincu et gouverné l'Europe, est demeurée sans aucune action politique générale.
§ 2. — Développement économique de l'Italie.
« La misère est effroyable dans toute l'Europe et elle l'est « en Italie plus encore peut-être que partout ailleurs, sauf en a Russie. Autrefois le peuple se résignait à ses souffrances ;
« plus elles étaient extrêmes, plus elles l'abattaient Les
« classes laborieuses ne touchent en échange de leur travail « qu'un salaire insuffisant, encore réduit et quelquefois sup- « primé par les crises industrielles et commerciales et la vie « est cependant devenue presque aussi chère que dans le nord « de l'Europe. »
Ainsi s'exprimait M. Emile de Laveleye dans ses premières lettres sur Tltalie. Il a renouvelé ses accusations dans ses nouvelles lettres, parues trois ans plus tard. Mais M. Emile de Laveleye est un économiste socialiste qui, tout en fréquentant les plus riches maisons de l'Italie et en s'associant 'a leurs jouissances raffinées, entrevoit une révolution sociale. Il juge des revendications des ro;</rtf/m/ d'après les incomparables installations des familles aristocratiques de l'Italie, telles que M. Lenormant les a décrites, telles qu'il nous les retrace lui-même. J'ai eu l'occasion de faire trois vovag^es en Italie, deux a Rome