DÉPOSSESSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE
de l'Eglise dans les mains des particuliers. Il en a été exactement de même en France ; mais les ressources dont la nation pouvait, plus ou moins légitimement disposer, n'en ont pas moins disparu. Cette opération a été effectuée (i) en vertu d'un principe juridique nouveau, clairement défini par M. Depretis : « Je prends mon bien où je le trouve. » Celte maxime, fort antique, a été elle-même commentée par M. E. de Lavcleyc,dans ses lettres sur l'Italie. M.E.deLaveleye fait cette curieuse remarque que, dans toute Tltalie, il a suffi d'un simple commissaire pour expulser les anciens possesseurs des biens ecclésiastiques ; que partout les administrateurs, prêtres, religieux, religieuses ont accueilli le commissaire avec la plus aimable politesse et que le fisc s'est gentiment emparé !de 234.291 propriétés, valant 1.106 millions. M. E. de Laveleye trouve le procédé commode et plein d'avenir. Il est certain, en effet, que les lois et les maximes de M. Sella ou de M. Depretis sont un arsenal très suffisant pour procéder 'a la liquidation de la propriété individuelle en Europe. C'est bien entendu, au nom du déficit, que cette dépossession si honnête et si cordiale a eu lieu. MM. Bastogi, Sella, Minghetti, Depretis n'ont eu qu'a refaire les discours de Mirabeau et de Talleyrand en les appropriant au milieu italien et ils ont pris leur bien où ils l'ont trouvé. Il faut reconnaître cependant que, grâce aux sévères expériences faites en France, l'opération a été tout autrement conduite. Les intérêts lésés ont été moins cruellement traités ; les produits de la spoliation ont été plus habilement ménagés ; toutefois le spectre du déficit est encore la ; car il n'abandonne jamais les Etats qui comptent le combler en disposant du bien d'autrui. C'est encore M. Sella qui a été le grand metteur en œuvre de toute l'opération, de même qu'il a été l'inventeur du Macinato.
I. Biens des congrégations religieuses. — Malgré ses succès, le nouveau royaume d'Italie se trouvait, en 1862, en présence d'un déficit de 525 raillions. Il fut alors décidé, sur la proposition de M. Sella, qu'il serait procédé à la vente de tous
(i) Sachs, L'Italie, pige 285 et suiv. ; Annuaire des Finances, 1887.