Dernier rapport du sénateur LamperLico au 30 juin
l'RÉl''A.CE LV
Les finances des nations éclairent leur politique dune lumière plus vive qu'elles ne le pensent.
Les budgets italiens ont subi le sort des budgets français. L'extraordinaire y a introduit la confusion, l'obscurité et le désordre. Pour l'année 1887-88, il y a eu tout comme en France, deux projets de budgets. D'après le premier, les recettes ordinaires s'élevanl à 1 ,490,430,628 présentaient sur les dépenses un excédent de 72,052,166 lires. Quant aux dépenses extraordinaires, elles s'élevaient à 501,016,077 avec un déficit sur les recettes de 71,551,502. D!après le second, ' l'excédent des recettes ordinaires tombait à 68,527,966, tandis que le déficit extraordinaire atteignait à 142,063,402.
Même incertitude pour les prévisions de 1888-89; on a porté les recettes ordinaires à 1,562,578,323 et les dépenses à 1,604,654,154, auxquelles doivent s'ajouter 388,801,115 du budget extraordinaire. Aux taxes déjà votées, il serait question d'en ajouter de nouvelles : taxe militaire, nouvelle élévation de l'impôt des sucres, révision de la contribution des fonds bâtis. Il faudra bientôt s'arrêter dans cette voie (1).
On en trouve la preuve dans un relevé fait par M. Luzzatti, au nom de la commission du budget pour l'exercice 1887-88. De 1871 à 1886, le gouvernement italien a dû, sur les plaintes des populations, accomplir diverses réformes fiscales dont nous avons rendu compte, et qui ont représenté un dégrèvement de 148,043,000 lires ; mais, d'autre part, il a arraché au Parlement seize nouvelles taxes ou augmentations de taxes s'élevant à 189,950,000 lires, de telle sorte que les contribuables qui demandaient grâce, ont eu à payer, tout compte fait, 42 millions en plus.
Aussi le vénérable John Bright a-t-il cru devoir adres-
1. En 1886 la douane italienne a produit 177,907,726 lires et 269,164,008 en 1887. Les Italiens trouvent cette fontaine d'or admirable; ils répuiseront bientôt (rapport du député Maurogonato, 1888, relaxione del Bilancio).
LVl PRÉFACE
ser à l'Italie, à laquelle il a toujours été «sympathique, un avertissement que le Secolo a reproduit :
Je vois avec peine, sinon avec surprise, que le gouvernement de l'Italie unie marche dans la voie des autres puissances européennes, en maintenant de grands armements et en procédant à la construction de bâlimenls de guerre comme s'il avait des raisons pour croire qu'une ou plusieurs puissances étaient sur le point d'attaquer le royaume d'Italie. Les impôts qui grèvent actuellement le peuple italien sont plus lourds encore que ceux qui existent dans les autres Etals de l'Europe, et le produit de ces impôts ne fait qu'alimenter les frais d'armements qui ne sont pas nécessaires pour la défense du pays, attendu qu'aucune nation ne songe à faire la guerre à l'Italie.
Ces divers faits indiquent que l'Italie se trouve placée dans des conditions économiques et fiscales, tout à fait différentes de celles de l'Angleterre et de l'Allemagne, moins bonnes même que celles de la Russie. Par suite sa politique devrait se modeler sur la prudence et la réserve de la Russie, plutôt que sur les agissements de l'Allemagne.
Ainsi la critique des législations fiscales et des institutions financières des divers Etats, la statistique de leurs impôts et de leurs budgets conduisent nécessairement à l'examen de leurs ressources économiques, de leur régime commercial et de leur politique. L'ensemble de la vie nationale des peuples vient se traduire dans leurs budgets comme sur un miroir. En comparant la série des budgets de l'Angleterre et de l'Allemagne, on reconnaît, tout de suite, la prospérité et la puissance de ces deux grands peuples, de même qu'en confrontant ceux de la France on marque les étapes régulières de ses révolutions.Les budgets de la Russie accusent franchement le besoin pour ce vaste empire d'une ère pacifique, de même que ceux de l'Italie lui enseignent qu'elle n'a pas de faute à commettre. Quant aux budgets des Etats-Unis, du Dominion, de l'Australasie, des États du Cap, l'abondance des ressources révèle tout de suite qu'on se trouve en présence dépeuples placés dans de nouvelles conditions, auxquels la Providence prépare de tout autres destinées.