PROGRÈS DES CLASSES OUVRIÈRES
ment modérés, sur la plupart des objets dégrevés depuis 1815, pour obtenir des sommes énormes. La moyenne des importalions en Angleterre dans les cinq dernières années dépassant 10 milliards de francs, une taxe ad valorem uniforme de 1 h 5 0/0, permettrait de doter une caisse générale d'assurances contre les risques du travail, de la maladie, du chômage et de la mort. L'Angleterre, sans déserter la pratique du libre échange, peut se créer, par les droits de douane, un nouvel instrument iiscal d'une grande puissance.
Bien que la période qui a suivi la grande année 1875, la plus prospère de tout le siècle, ait été marquée par des guerres, des mauvaises récoltes, les premiers effets de la concurrence américaine, un état permanent d'incertitude et de malaise en Europe, la plupart des progrès accomplis de 1842 a 1885 ont pu être conservés. Dans un important meeting, tenu à Manchester, au mois de juin 1885, par la Chambre de commerce, l'honorable M. Goschen, l'un des hommes d'Etat et des économistes les plus autorisés de l'Angleterre, a établi que, dans les dernières quinze années, c'est-à-dire depuis le compte-rendu de M. Lovve, le progrès, sans être le même pour toutes les branches de la production ni pour toutes les classes de la société, ne s'était pas arrêté, malgré la crise agricole et la dépression qui frappait le commerce et l'industrie. Ce fait est attesté par plusieurs faits : l'augmentation des dépôts de caisses d'épargnes et des banques, l'accroissement du rendement moyen de l'income-tax d'après le développement des valeurs sur lesquelles elle est levée (accroissement supérieur à 170 millions de I. s. ou 4,250 millions en 15 ans) et le produit des taxes successorales. M. Leone Levi, au congrès tenu par l'Association britannique à Aberdeen, a conlîrmé les déclarations de M. Goschen ; malgré plusieurs objections, il a maintenu l'assertion que l'Angleterre ne traversait pas une crise réelle et que les sources de la prospérité n'avaient pas diminué tout en se modifiant.
Dans un discours remarquable prononcé 'a Street, près Glastonbury(l), M. John Bright a expliqué, à l'aide de faits et
(1) Meeting du 12 octobre 1885 : V. Mémoire de M. Giffen, janvier 1886.
52 BUDGETS DE l'angleterre 1815-1885
de chiffres recueillis avec soin, les causes de cette situation, en apparence contradictoire. 1° Les profits des classes supérieures ont diminué ; leurs charges ont augmenté ; 2" la condition des ouvriers s'est améliorée ; leurs charges ont été amoindries; leur aisance n'a pas été atteinte. Par une coïncidence significative qui dément les affirmations de Turgot, de Ricardo, de Malthus, de Sismondi, de Karl Marx et de tous les socialistes, le salaire n'a pas diminué, tandis que diminuait, sous l'influence des réformes fiscales, le coût de la vie. En même temps que progressait la condition matérielle de l'ouvrier, sa condition morale s'amendait. Il se livre moins à la boisson. La consommation des spiritueux et de la bière tend 'a baisser en Angleterre. Ainsi se sont réalisées 'a la lettre, en Angleterre, les vues de Fénelon, de Vauban et de Condorcet. M. John Bright, parmi un grand nombre d'exemples, cite les ébénistes d'Ecosse. II y a 50 ans leur salaire était de 12 sch. par semaine. II est aujourd'hui de 25 sch. : cependant le prix du pain a baissé d'un tiers, ainsi que celui de presque tous les objets d'alimentation. D'autre part, grâce 'a l'abondance du coton, des laines, du cuir, le vêtement, la chaussure sont moins chers. L'ouvrier peut lire chaque matin son journal. Il est assez aisé pour se passer de l'école gratuite.
§ 8. Les budgets de l'Angleterre de 1815 à 1885.
Les revenus de l'Etat ne se composent pas seulement en Angleterre des produits de l'impôt. Ils sont alimentés par d'autres sources. Il existe même des Etats où ces sources ont une très grande importance. Les domaines de l'Etat, les intérêts des fonds qu'il avance, les successions en déshérence, le prix, parfois rémunérateur, des services qu'il rend, comme pour les postes et les télégraphes, les recouvrements de toute nature qu'il réalise 'a titre de créancier pour des impôts arriérés ou des prêts, les frais de justice, tout cela constitue