TITRE IV
DÉSINFECTANTS GAZEUX Composés nitreux et nitriques
Acide nitrique. — Smith employa le premier les vapeurs d'acide nitrique (Az 03 H), en 1795 lors d'une épidémie de typhus qui sévit à cette époque sur les pontons et sur les navires de la flotte anglaise.
On produisait l'acide nitrique dans les salles où se trouvaient les malades en faisant chauffer du sable fin ou des cendres dont on remplissait des capsules de terre. On enfonçai! ensuite dans le sable ou dans les cendres une tasse à thé contenant 12 à 13 grammes d'acide sulfuiïque concentré. Lorsque l'acide était suffisamment chaud, on y ajoutait du sel de nitre pulvérisé et l'on remuait avec une baguette de verre, tant que la vapeur nitrique se dégageait. On évitait, dans cette opération, la production de vapeurs d'yhpoazotide.
Il faut croire que la quantité d'acide dégagée n'était pas très considérable, puisque les seuls accidents produits ne furent que de la toux violente, chez un grand nombre de malades, alors que l'on connait l'action irritante et délétère des vapeurs d'acide nitrique.
En Angleterre, on utilisa pendant longtemps les fumigations d'acide nitrique, désignées sous le nom de fumigations de Smith. Voici la formule qui était employée : acide sulfurique et eau, 15 grammes de chaque. On mélangeait,
on plaçait le mélange sur du sable ou des cendres chaudes et on y ajoutait peu à peu 15 grammes de nitrate de potasse pulvérisé. Cette dose était donnée comme susceptible de désinfecter un espace de 120 mètres cubes.
Anhydride hypoazotique ou peroxyde d'azote. — Ce composé oxygéné de l'azote ( Az2 0'» ) désigné sous le nom d'hypoazotide ou de vapeurs rutilantes, est un gaz qui naît de l'action de l'oxygène sur le bioxyde d'azote. Ce dernier s'obtient en faisant agir de l'acide nitrique sur la tournure de cuivre. Le bioxyde d'azote se transforme, au contact de l'oxygène de l'air, en anhydride hypoazotique qui se présente sous la forme de vapeurs rutilantes, irritantes, suffocantes et dangereuses à respirer.
Pendant le siège de Paris, Payen conseilla l'usage des vapeurs rutilantes pour la désinfection des salles d'hôpitaux contenant des malades contagieux. Ce savant indiqua, dans une communication à l'Académie des sciences (1871), les quantités suivantes d'acide nitrique et de tournure de cuivre à employer pour chaque lit, soit pour un espace de 30 à 40 mètres cubes : eau 2 litres ; acide nitrique de commerce 1500 grammes ; tournure ou planure de cuivre, 300 gr..
les locaux devaient être hermétiquement fermés pendant 48 heures
Les fumigations d'acide hypoazotique furent aussi utilisées dans certains hôpitaux de Paris, mais on dût y renoncer à cause des accidents graves qui furent observés. Il est reconnu aujourd'hui que les vapeurs rutilantes occasionnent en effet, des bronchites généralisées parfois mortelles.
L'anhydride hypoazotique possède, d'après Sternberg, des propriétés désinfectantes, mais à la condition que l'air en renferme au moins 1 pour 100.
Anhydride azoteux. — Dans la fabrication industrielle de l'acide sulfurique, on obtient dans les chambres de plomb des cristaux, dits cristaux de chambres de plomb, (sulfate de nitrosyle), qui, sous l'action de l'eau déga-
gent de l'anhydride azoteux. MM. Ch. Girard et Pabst ont proposé, en 1881, l'emploi de ces cristaux dans la désinfection.
Ils se servaient d'un appareil consistant en un vase poreux dans lequel on mettait des cristaux de sulfate de nitrosyle, et que l'on plaçait dans un récipient rempli d'eau, de façon que l'eau filtrant petit à petit de la cloison poreuse vînt décomposer les cristaux et produire un dégagement lent d'anhydride azoteux.
L'anhydride azoteux a des propriétés désinfectantes énergiques, mais il est peu stable et se transforme assez facilement en vapeurs rutilantes dont il finit par avoir tous les inconvénients.
Fumigations d'acide nitrique et d'acide hypoazoiique. — Dans le but de remplacer les fumigations de Smith, Boutigny utilisa une poudre composée de parties égales de bisulfate et de nitrate de potasse qu'il projetait par pincées sur une pelle ou une brique fortement chauffée. La chaleur produisait un dégagement abondant de vapeurs d'acides azotique et hypoazotique.
Ce mélange gazeux a évidemment les propriétés désinfectantes des acides qui en sont la base, mais il en possède aussi tous les défauts.
Chlore
Le chlore découvert par Scheele en 1774 a été, peu après sa découverte, employé comme désinfectant.
On l'obtient, soit en décomposant à chaud l'acide chlorhydrique par le bioxyde de manganèse, soit encore, ce qui revient au même, en faisant agir un mélange de chlorure de sodium et d'acide sulfurique sur le bioxyde, soit enfin par l'action des acides sur les hypochlorites et particulièrement sur l'hypochlorite de chaux, vulgairement désigné sous le nom de chlorure de chaux.
Le chlore est un gaz très lourd (D = 2,45), d'une couleur jaune verdâtre, d'une odeur suffocante, irritante et dange-
reuse à respirer. Il est très soluble dans l'eau. Le chlore a des propriétés oxydantes énergiques ; il détruit la plupart des matières colorantes, d'où son emploi dans le blanchiment des tissus.
Le chlore a une très grande affinité pour l'hydrogène et la plupart des métaux. C'est cette affinité pour l'hydrogène qui lui donne ses propriétés antiseptiques et désodorisantes.
On attribue généralement à Guyton de Morveau la découverte des propriétés désinfectantes du chlore. C'est cependant Halle qui signala, en 1785, ces propriétés que les expériences de Fourcroy confirmèrent en 1791. Guyton de Morveau a cependant le mérite d'avoir fait une étude approfondie de ce gaz et d'avoir inventé l'appareil spécial (fig. 54),
(Fig. 54)
Appareil de Guyton de Morveau
destiné à produire les fumigations de chlore ou fumigations Guytoniennes. Cet appareil est resté longtemps en usage dans les hôpitaux. On l'employait avec le mélange suivant que le Codex de 1884 donne comme capable de fournir une quantité de chlore suffisante pour un local d'environ 100 mètres cubes.
Fumigations Guytoniennes :
Chlorure de sodium pulvérisé 250 grammes.
Bioxyde de Manganèse 100 grammes.
Acide sulfurique à 1,84 200 grammes.
Eau 200 grammes.
On mêle avec soin le chlorure et le bioxyde, on délaie le mélange et on y ajoute l'acide sulfurique.
Les premières expériences modernes sur la valeur insecticide et désinfectante du chlore gazeux ont été pratiquées en 1879 par Melhaussen de Berlin. Ces expériences ont démontré qu'il fallait près de 3 litres de chlore gazeux par mètre cube pour tuer les cobayes, souris, puces, mouches et les bactéries.
En 1884, Fischer et Proskauer ont publié un travail très important sur la désinfection par le chlore. gazeux (1). Les conclusions de ce travail sont les suivantes :
<t 1° L'action sst très superficielle ; elle ne se produit que sur les objets découverts et bien exposés et encore souvent est-elle limitée à la couche la plus superficielle. C'est là un caractère général qui résulte de toutes les expériences, soit en flacons, soit dans l'ep.ace plus vaste dont il a été question (2).
2° L'action est incertaine, elle exige une saturation complète de l'atmosphère et une humidité marquée des objets à déinfecter. Ces deux caractères viennent à l'appui de la théorie qui attribue l'effet désinfectant du chlore à ses propriétés oxydantes.
3° La désinfection par le chlore est extrêmement difficile à mettre en pratique, à caue de la difficulté de l'occlusion hermétique des locaux, de 1 inégale répartition des gaz, etc..
4° Elle est dangereuse pour le personnel et nécessite les plus grandes précautions pour éviter des accidents du côté des voies respiratoires.
5° Elle est inapplicable à une foule d'objets, par exemple, à tous les vêtements, les objets métalliques, les lapis, les tentures, etc..
(1) Revue d'hygiène 1884, d'après l'Office Sanitaire Allemand.
(2) C'était une cave voûtée et asphaltée d'une capacité de 28 mètres cubes.
6° Elle est coûteuse, car la quantité nécessaire pour un mètre cube est environ de 250 gr. de chlorure de chaux et 350 gr. d'acide chlorhydrique qu'on peut évaluer à environ 0.20, ce qui représente une somme relativement considérable pour des locaux ordinaires».
Le Dr Avtandiloff, de Moscou, a consigné dans sa thèse inaugurale (1886) ses expériences sur la valeur désinfectante du chlore. Il a surtout étudié l'action de ce gaz à l'état sec et l'état humide. L'auteur a opéré sur des spores de bacillus subtilis et sur celle du bacille de la terre de jardin, dont on connaît la résistance extraordinaire.
Dans la chambre où se dégageait le chlore, on suspendait des fils de soie humide, trempés dans le liquide contenant une grande quantité de spores. Le chlore sec resta sans action, même à la dose énorme de 55 grammes, (19 litres), de ce gaz par mètre cube, mais si l'on dégageait dans la chambre de la vapeur obtenue en projetant dans de l'eau des pierres rougies au feu, il suffisait alors de 2 gr. 52 de gaz de chlore humide par mètre cube, pour détruire toutes les spores au bout de 24 heures.
Les expériences de Gefpert de Bonn (1888), semblent démontrer que le chlore est un excellent antiseptique, grâce à son action oxydante. Mais les difficultés que l'on rencontre dans la préparation de ce gaz, ses propriétés décolorantes et oxydantes, les dangers qu'il présente à être respiré, sont autant de causes qui font que ce gaz n'est plus guère utilisé dans la pratique de la désinfection.
Acide chlorhydrique
L'acide chlorhydrique ou muriatique est un gaz que l'on obtient par l'action de l'acide sulfurique sur le sel marin. Il est incolore, d'une odeur piquante et d'une saveur fortement acide ; très soluble dans l'eau, il attaque la plupart des métaux ordinaires.
L'acide chlorhydrique a été employé dans la désinfection des locaux malsains par Guvton de Morveau qui lui attribuait des qualités antiputrides et qui le considérait
comme très propre à cet usage, à cause de l'extrême expansibilité de ses vapeurs. Le traitement du sel marin par l'acide sulfurique se faisait, parait-il, dans les salles habitées par les malades chez qui les vapeurs acides provoquaient de la toux.
La aose d'acide chlorhydrique dégagée ne devait pas être très élevée, car ce gaz est dangereux à respirer ; en outre ses propriétés fortement acides le rendent absolument impropre à la désinfection des locaux habiles. Les fumigations chlorhydriques sont abandonnées depuis fort longtemps à cause de leur causticité qui constituait un de leurs plus graves inconvénients.
Oxygène
L'oxygène donne à l'air, qui en renferme à peu près un cinquième, les qualités purifiantes qu'on lui a rconnues de tout temps. Nous utilisons pratiquement ces qualités lorsque nous ventilons nos appartements.
Les propriétés véritablement désinfectantes et mïcrobicides de l'air, ou du moins de l'oxygène contenu dans l'air, sont assez faibles. L'oxygène pur est beaucoup plus actif.
En 1870, M. Rabot a employé avec avantage les fumigations d'oxygène dans la désinfection des salles de l'hôpital de Versailles envahies par la pourriture d'hôpital.
Voici comment opérait M. Rabot : chaque soir, sans faire sortir les malades et après la fermeture des fenêtres et des portes, on faisait arriver dans la salle un volume d'oxyg'ne produit à l'extérieur au moyen du chlorate de potasse. A chaque extrémité des salles, on installait des récipients dans lesquels on versait un mélange de bioxyde de manganèse et d'une solution d'hypochlorite de chaux. Ce mélange dégageait lentement de l'oxygène, dont »a quantité, ainsi obtenue par ces deux moyens, était d'environ 2,5 pour 1000.
En continuant ces fumigations pendant plusieurs mois, on arriva à faire disparaître complètement l'infection.
M. François Vacher a démontré beaucoup plus tard que
l'oxygène avait une action désinfectante très marquée, puisqu'il privait certains bacilles de leur virulence.
Acide cyanhydrique
L'acide cyanhydrique ou acide prussique est liquide à la température ordinaire. Il est incolore et bout à 26°, 5. C'est un des plus violents poisons connus.
La toxicité de ses vapeurs a été utilisée contre les insectes et même contre tous les animaux, mais cet acide aurait des propriétés microbides assez peu marquées.
L'acide cyanhydrique s'obtient en faisant agir l'acide sulfurique étendu d'eau sur le cyanure de potassium.
Nous ne comprenons pas qu'on ait pu employer, comme désinfectant, et même comme insecticide, un poison aussi violent que l'acide prussique. Même lorsqu'elles sont très diluées dans l'air, les vapeurs de cet acide occasionnent immédiatement des maux de tête, de l'étourdissement et des nausées aux personnes qui les respirent pendant quelques instants. Ces vapeurs sont très dangereuses et peuvent causer la mort, même mélangées d'air, lorsqu'elles sont assez concentrées.
Acide carbonique
L'acide carbonique, ou plus exactement l'anhydride carbonique est un gaz très répandu dans la nature. Il existe dans l'atmosphère et dans la plupart des eaux potables et des eaux minérales. Il se produit dans beaucoup de combustions et de fermentations, notamment dans la fermentation alcoolique.
On le prépare en décomposant les carbonates par un acide et, industriellement, en liquéfiant au moyen de basses températures et de fortes pressions, l'anhydride dégagé dans la fermentation alcoolique. On le conserve dans des. cylindres ou bouteilles en acier extrêmement solides et munis d'un manomètre indiquant la pression à laquelle se fera le dégagement du gaz lorsqu'on ouvre le robinet spécial.
L'anhydride carbonique (C o2) est incolore, inodore, d'une saveur faiblement acide. Il est assez soluble dans l'eau. Sa densité est de 1,52. Ce gaz éteint les corps en combustion. Il n'est pas respirable et détermine assez rapidement la mort par asphyxie.
Le gaz carbonique n'a aucune action microbicide. Il n'a jamais pu être employé comme désinfectant.
Il n'est pas non plus insecticide, puisque, d'après MM. Langlois et Lair, des puces de chien n'ont pu être tuées après avoir été maintenues pendant 20 minutes dans un milieu renfermant 75 pour cent de ce gaz.
Mais l'anhydride carbonique est cependant utilisé en désinfection dans les deux cas suivants :
1° Nous avons vu que l'on se sert de la forte pression sous laquelle ce gaz est maintenu liquéfié pour pulvériser les liquides désinfectants à l'aide d'appareils spéciaux qui permettent de se passer de pompes généralement employées dans le même but.
2° On a eu recours, dans ces dernières années, aux propriétés asphyxiantes de l'anhydride carbonique contre les rats qui peuvent, comme on le sait, propager la peste. On a donné à ce procédé le nom de carbonication.
En 1901, MM. Catelan et Jacques, de la Direction de la Santé de Marseille, entreprirent de nombreux essais de destruction des rats par l'acide carbonique. Ils employaient l'acide liquéfié qui leur était fourni par « la carbonique lyonnaise ». Vers la même époque, l'administration ottomane fit à Constantinople quelques expériences dans lesquelles on utilisa l'anhydride liquéfié et l'anhydride produit par l'action de l'acide sulfurique sur du bicarbonate de soude.
Les expériences de MM. Catelan et Jacques ont porté sur plusieurs navires : Natal, Sydney, Diemnah, Calédonien, Australien et Sénégal. Ces auteurs faisaient dégager, à l'aide d'un procédé spécial, l'anhydride carbonique dans les cales ou compartiments qu'il s'agissait de débarrasser des rongeurs.
Voici d'ailleurs leurs conclusions :
t II faut injecter C O2 dans les cales en proportion de 30 pour a 100 et faire l'injection en deux temps, ce qui demande une heure.
<r Il faut condamner les cales pendant quatre heures, puis procé- « der à l'aération et ventilation qui demandent une heure au maxia mum. Total de l'opération : une demi journée.
« Quant à l'application pratique, elle nécessite actuellement un <r assez nombreux personnel pour la manipulation des bouteilles ; <t mais avec l'emploi des appareils à l'étude, on arrivera à simpli- « fier de beaucoup l'opération en affectant à chaque cale et simul- <r tanément un appareil à déversement et un ventilateur pour l'exa pulsion extérieure du gaz.
« L'avantage réel de la carbonicalion est de détruire à coup sûr <r tous les rongeurs des cales et ceux enfermés dans les marchanœ dises débarquées après l'opération.
« Pour employer ce procédé dans les autres compartiments, M « faudrait modifier le mode actuel de construction des navires.
« En somme, si le procédé n'est pas parfait, il est de beaucoup « supérieur à la sulfuration après déchargement, car il préserve a les quais de l'exode des rats, inévitable auparavant ».
Nous ne partageons pas l'avis de MM. Catelan et Jacques sur la carbonication et nous ne pensons pas que ce procédé soit susceptible de remplacer de sitôt la sulfuration en désinfection maritime.
Si l'anhydride carbonique a l'avantage appréciable de ne détériorer en rien les marchandises et d'exiger moins de temps qu'il n'en faut pour le dégagement de gaz sulfureux, il a au moins deux inconvénients :
1° Il ne possède aucune action germicide, alors que les gaz sulfureux ont, comme on le verra plus tard, la propriété de détruire le bacille de la peste et quelques autres microbes pathogènes ;
2° L'anhydride carbonique coûte certainement plus cher que les gaz sulfureux, même lorsqu'ils sont produits à l'aide d'appareils et de procédés spéciaux.
Oxyde de carbone,
3VLW. Nocht (1) et Giemsa de Hambourg ont publié (2) en 1903, un très intéressant travail sur la destruction des rats à bord des navires par un procédé consistant dans la production d'un gaz qui renferme une forte proportion d'oxyde de carbone.
Ce gaz est obtenu à l'aide d'un appareil spécial placé sur un chaland et dont voici la description.
Description de l'appareil de Nocht. — - Dans cet appareil, le gaz est fourni par le coke brûlé dans un générateur dans lequel on fait une insufflation d'air.
Une partie de la chaleur obtenue par la combustion du coke est employée à produire la vapeur nécessaire au fonctionnement de la pompe à eau et d'un ventilateur. La pompe fournit l'eau nécessaire au lavage et au refroidissement du gaz ; le ventilateur fournit l'air d'insufflation.
Les parties principales de l'appareil sont :
1° Le générateur A ;
2° La chaudière à vapeur B ;
3° L'appareil de lavage et de refroidissement du gaz C :
4° Le moteur D ;
5° Le ventilateur E ;
6° La pompe centrifuge à eau F ;
Le générateur A, (fig. 55), producteur de gaz est muni de deux ouvertures opposées pour la sortie des mâchefers (a, a'), d'une grille (b), d'une ouverture pour l'arrivée de l'air sous pression (c), d'un conduit intérieur pour l'évacuation du gaz (d), revêtu d'une enveloppe en argile ; d'un appareil de remplissage (e), d'un tampon de regard (f) et d'un trou
(1) Nous nous faisons un plaisir de remercier bien sincèrement M. Nocht de l'extrême amabilité avec laquelle il a bien voulu nous fournir tous les renseignements relatifs à son procédé.
(2) Uber die Vernichtung von Ratten an Bord von Schiffen ars Massregel die Emschleppung der Pest, 1903.
d'homme (f). L'enveloppe métallique du générateur est garnie à l'intérieur de laine de verre et recouverte d'argile pour empêcher le surchauffage. En c' et c", l'enveloppe protégée est percée pour laisser passage aux deux orifices de la conduite d'air supplémentaire (c'"). Le même dispositif est adopté de l'autre côté du générateur.
La chaudière à vapeur B est réunie au générateur A par la tubulure (d) ; c'est une chaudière tubulaire dont la figure 56 explique la construction. Une cheminée (g) permet le dégagement au dehors de la fumée amassée dans la chambre de fumée (h) ; cette cheminée peut être fermée par la soupape (i). Un conduit (k) placé au-dessous de cette soupape met en communication la cheminée (g) et le récipient de lavage et de refroidissement du gaz C.
(Fig. 56) Chaudière de l'appareil Nocht
Ce récipient est revêtu d'une enveloppe métallique. A l'intérieur, sur le tiers de son diamètre, existe un cloisonnage en bois monté sur un arbre en fer dans lequel se trouve un pulvérisateur d'eau dont le liquide est amené en (m) par le tuyau (n). La tubulure (k) est coudée à l'intérieur du récipient et débouche dans l'eau. A la partie inférieure du récipient est placé un tuyau (p), pour l'échappement de l'eau de refroidissement qui est relié à un flotteur (q) destiné à diminuer le dégagement du gaz. Enfin au-dessus se trouve un robinet d'échappement (q'). A la partie supérieure du
récipient existe un tuyau de dégagement du gaz (s y), d'où part un tuyau latéral. A la jonction des deux tuyaux, se trouve une soupape a deux voies (r).
Le moteur (D) a une force de 12 chevaux ; il reçoit la vapeur de la chaudière (B) au moyen d'un tube (t) revêtu d'une matière isolante. A l'aide des diverses courroies indiquées dans la figure, le moteur actionne le ventilateur (E) et la pompe centrifuge (F). Le ventilateur aspire l'air par les conduits (u) et (u') et le porte, suivant les besoins, au générateur par le conduit (w) qui est muni d'une soupape (v), ou bien l'envoie dans le conduit (y) muni également d'une soupape (x) qui débouche à l'air libre par le cône (z). A droite de la soupape (v) se branchent sur le conduit (u) de petits tuyaux (a, b), fermés à leur extrémité, qui peuvent être isolés par les soupapes (v' et v") et qui alimentent la conduite supplémentaire d'entrée d'air. L'embranchement latéral (s) du tuyau (u) fermé par la tubulure en forme de T (s,j), ainsi que la soupape à deux voies (s"), établissent suivant les besoins une communication entre (s' s) et (u), soit d'un côté par la fermeture de (u') ou bien entre (u et u'), de l'autre côté par la fermeture de (s'). Sur le côté du tuyau est disposée une caisse en tôle (o) munie d'une ouverture vitrée dans laquelle l'air entre librement.
La pompe centrifuge F, actionnée par une courroie, est fixée sur un plateau isolé et envoie 17 mètres cubes d'eau à l'heure par le tuyau (u) dans le récipient (C), lorsque le moteur fait 85 tours à la minute.
L'ensemble de l'appareil est installé dans la chambre II, d'environ 22 mètres de long sur 5 mètres de large, située sur un chaland divisé en trois parties par deux cloisons.
La partie n° 1 est destinée à recevoir le combustible (coke).
La partie III, chauffée par la vapeur est un laboratoire où sont disposés tous les appareils destinés à l'analyse des gaz.
Dans la chambre II sont placés des réservoirs en fonte G, destinés à recevoir l'eau d'alimentation de la pompe centrifuge et de la chaudière. Ils sont munis de tous les appareils nécessaires tels que injecteurs, pompe d'alimentation à mains, etc..
Fonctionnement de V appareil. — Avant de mettre l'appareil en état de fonctionner, il faut avoir une pression d'environ 1 kil. 5 dans la chaudière, ce que l'on obtient en fermant la soupape v et en ouvrant celle de la cheminée i et les portes du foyer pour permettre l'arrivée de l'air, comme on le fait dans les chaudières ordinaires. On introduit par l'appareil de remplissage une quantité suffisante de coke pour que la couche du combustible atteigne le bas du tampon de regard f, à quelques centimètres de façon que l'on puisse toujours voir la hauteur du coke. Lorsque le niveau du combustible baisse, on fait un nouveau remplissage et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'opération. Dès que l'on a atteint la pression de 1 kil. 5, on envoie la vapeur dans le moteur D pour actionner la pompe centrifuge ; on ferme les portes o, a, ainsi que la soupape x ; on ouvre la soupape v et au moyen du ventilateur qui a besoin de la pression ci-dessus pour fonctionner, on insuffle de l'air sur la grille du générateur. Dès que l'on a atteint la pression de 2 kil. 5, on peut commencer à distribuer le gaz dans la cale du navire.
A cet effet, on ouvre la vanne r, on actionne la pompe centrifuge F et on la laisse fonctionner jusqu'à ce que l'eau déborde abondamment par l'échappement q'. On ferme alors la soupape i. Le gaz, qui jusqu'alors séjournait dans la cheminée g, se trouvera refoulé en passant par K dans le réservoir C d'où il sortira purifié et refroidi par le tuyau d'échappement s' j" muni d'un ajutage s'" sur lequel on visse un tuyau en caoutchouc de 100 millimètres de diamètre.
Pour pouvoir répandre le gaz simultanément dans plusieurs compartiments du navire, on adapte sur le tuyau une caisse en cuivre munie d'embranchements de 75 millimètres de diamètre sur lesquels on peut adapter, au besoin, quatre tuyaux en caoutchouc. (Voir figure 57).
Lorsqu'on veut cesser l'envoi du gaz et renouveler l'air du local on ferme la soupape n, on ouvre i et x, ainsi que les portes du foyer, on met le moteur en pleine marche et l'on visse le tuyau sur l'ajutage z. L'air aspiré en u' et en Uj,
passe directement par y et se répand par la conduite en caoutchouc dans le local d'où l'on a au préalable chassé le gaz toxique.
Si l'on veut procéder à l'évacuation de ce gaz, on laisse le tuyau de caoutchouc fixé sur s"', on ferme le tuyau s, au moyen de la vanne r, puis on ouvre la soupape s" et l'on fonctionne comme précédemment. L'air contenu dans le compartiment sera aspiré par s'", j, s", u, et s'échappera librement.
(Fig. 57)
Dispositif en cuivre permettant d'embrancher quatre tuyaux en caoutchouc
Gaz produit avec cet appareil. — Le gaz produit avec l'appareil Nocht, en employant du coke sec présente la composition suivante :
Oxyde de carbone 3,3 et 6,6 pour cent en volume. Acide carbonique 19,0 et 17,0 pour cent en volume. Azote 77,7 et 76,4 pour cent en volume.
Total 100 100
La composition moyenne est de :
4,25 pour cent en volume d'oxyde de carbone ; 18,00 pour cent en volume d'acide carbonique ; 77,05 pour cent en volume (l'azote.
La densité de ce gaz par rapport à l'air est de 1,085.
En raison de la forte proportion d'acide carbonique et
d'azole que renferme ce gaz, il n'est pas combustible. L'expérience a démontré môme qu'il éteignait les corps en combustion
Quantité de gaz produite. — La quantité de gaz produite est. proportionnelle au poids de combustible employé. Avec un fonctionnement régulier (le moteur tournant à 85 tours à la minute), la consommation de coke séché à l'air est de 54 kilogrammes. En tenant compte des cendres que renferme le coke (environ 7 %), on obtient en chiffres ronds 50 kilog. de carbone à l'heure. Or 1 kilog. de carbone donne 8104 litres de gaz ou plutôt du mélange de gaz ci-dessus. On aura 405 m. cubes pour 50 kilog. de carbone. L'appareil peut donc produire 405 m. cubes de gaz à l'heure.
Ce gaz n'a aucune action sur les marchandises comme l'ont démontré les expériences de M. Nocht. Il est extrêmement toxique, tue tous les rats, souris et insectes. 11 est inutile d'ajouter que, en raison de cette toxicité, personne ne doit séjourner dans les locaux situés au dessous du pont, pendant la durée de l'opération.
Les frais de celle-ci sont peu élevés, ils se bornent à la valeur du coke brûlé ; le salaire du personnel et le coût de l'appareil étant en effet les mêmes avec les autres procédés.
D'après M. Nocht, le prix de 1000 mètres cubes de gaz ne dépasse pas 3 marks, c'est-à-dire 3fr. 75, de sorte que, pour les plus grands navires, la dépense en coke ne dépassera pas 15 à 20 marks. Or, en supposant que, seuls les navires soient traités par l'appareil pendant une année, le prix de l'opération pour chaque navire reviendra de 60 à 80 marks, y compris l'usure du matériel, l'amortissement, les frais du personnel et du combustible.
Lorsqu'on désinfecte en brûlant du soufre, les frais sont plus élevés. Les règlements établis à Hambourg pour la désinfection des navires venant de l'étranger et suspects de peste font qu'il y a au moins un navire par jour utilisant l'appareil dont les frais sont alors considérablement diminués. D'après M. Nocht, on a ainsi un appareil très puissant et très économique qui permet de lutter contre la peste en détruisant les rats à bord des navires.
Nouveau procédé de Nocht par le gaz oxycarboné et l'aldéhyde formioue
Le savant directeur de l'Institut des maladies tropicales de Hambourg a bien voulu nous écrire (1) et nous envoyer des documents nouveaux nous apprenant que l'appareil qui vient d'être décrit n'est plus en usage.
L'appareil qui sert actuellement est beaucoup plus grand et a subi certains perfectionnements techniques. Il peut fournir 4000 mètres cubes de gaz toxique par heure, alors que l'ancien n'en donnait que 400. L'avantage est énorme, car il est possible de détruire tous les rats, même sur lès plus grands navires dans un laps de temps relativement court (8 à 10 heures).
De plus, le nouvel appareil est muni d'un évaporateur de formaline (système Gronwald-Giemsa), qui permet d'ajouter à l'action toxique du gaz oxycarboné les effets désinfectants de l'aldéhyde formique.
Le chaland qui porte cet appareil est à plusieurs compartiments. L'un d'eux comprend une installation complète de désinfection à vapeur qui sert aux vêtements, linges et à tous les objets paraissant suspects. Dans un bref délai, la désinfection par la vapeur sera remplacée par un procédé permettant l'emploi simultané de la formaldehyde à une température de 80 degrés centigrades. Les objets à désinfecter risqueront beaucoup moins d'être détériorés.
Il existe aussi, à bord du chaland :
1° Un certain nombre de douches à eau chaude pour l'équipage ; 2° des locaux pour le personnel de service ; 3° un laboratoire ; 4° des cuisines ; 5° des waters-closets et 6° une installation complète d'éclairage électrique.
(1) Avril 1906.
Il est incontestable que le procédé préconisé par M. Nocht offre un moyen pratique et absolument efficace de destruction des rats, puisqu'il est journellement employé à cet usage dans le port de Hambourg.
Mais on ne doit pas oublier que si le gaz oxycarbonè est un insecticide parfait, son action est nulle sur les germes pathogènes, D'autre part, l'oxyde de carbone est un gaz inodore et extrêmement toxique, causant, comme on le sait, de nombreux accidents, difficiles à éviter, même avec l'appareil de M. Nocht. Ces raisons devraient suffire pour en restreindre l'emploi en désinfection.
Toutefois, le dernier procédé de M. Nocht consistant dans l'usage simultané de gaz oxycarboné et de lormaldéhyde permet, s'il est bien appliqué, de détruire les rats et les germes pathogènes.
Acide sulfureux
L'acide sulfureux, ou plus exactement l'anhydride sulfureux (S 0'2i est l'un des désinfectants les plus anciennement employés, ("est un gaz incolore, d'une odeur vive (l'odeur du soufre brûlé), suffocante et provoquant la toux. Il est très lourd (densité, 2,34) et très solunle dans l'eau.
L'anhydride sulfureux rougit fortement la teinture de tournesol, puis la décolore. Il est incombustible et éteint même les corps en combustion. En présence de l'eau, il acquiert des propriétés réductrices très puissantes, s'empare de l'oxygène des corps avec lesquels il est en contact, pour s'oxyder lui-même et se transformer en acide sulfurrque.
C'est à son action réductrice que l'anhydride sulfureux doit les propriétés qu'il possède d'altérer la plupart des matières colorantes et d'être employé comme désinfectant.
L'anhydride sulfureux est très facilement liquéfiable. Il suffit d'une température de 10 degrés centigrades à la pression ordinaire ou d'une pression de 3 atmosphères à la température ordinaire pour obtenir de l'anhydride sulfureux liquide. A cet état, il est incolore, très mobile, il a sensiblement la même réfringence que l'eau. Il peut être conservé soit dans des cylindres d'acier, soit plus simplement dans des siphons à eau de Seltz.
Avant d'être utilisées dans la prophylaxie des maladies contagieuses, les fumigations sulfureuses étaient en usage, ainsi que nous l'avons dit, dans certaines cérémonies religieuses. Elles ont été employées pendant de fort longues années, jusque vers 1885, dans la pratique de la désinfection et particulièrement dans celle des locaux.
Nous allons résumer les principaux travaux publiés sur la valeur désinfectante de l'anhydride sulfureux.
En 1881, Dougall et Baxter ont reconnu, dans une série d'expériences très précises, que l'acide sulfureux détruisait, à des doses variables l'action virulente du vaccin desséché. Vers la même époque, Sternberg obtint des résultats analogues avec le vaccin frais et desséché.
Baxter a constaté que le virus morveux, additionné d'acide sulfureux, inoculé à des équidés était sans effet tandis que, non soumis à l'action de ce gaz, il communiquait la morve à ces animaux.
A la même époque, Vallin exposait pendant 12 heures du pus morveux et du pus tuberculeux à des vapeurs d'acide sulfureux (à raison de 20 grammes de soufre par mètre cube^ et observait, au moyen d'inoculations aux cobayes, que ces liquides n'avaient plus aucune action virulente.
Ces différentes expériences semblaient favorables à l'action désinfectante de l'acide sulfureux, lorsque des médecins allemands, Gartner et Schotte d'un côté, Wernich de l'autre, démontrèrent dans leurs recherches expérimentales sur l'acide sulfureux, qu'il fallait brûler des doses considérables de soufre pour obtenir une désinfection complète. Ces auteurs arrivent presque à douter de la valeur désinfectante de ce gaz.
Wolffhûgel de Berlin (1882) a pu conclure, de ses nombreuses expériences sur les spores charbonneuses et sur les spores de la terre de jardin, que l'acide sulfureux, même à la dose de 10 pour 100 en volume (dose qu'il est impossible d'obtenir par la combustion du soufre dans une atmosphère limitée) est incapable de détruire la vitalité de ces spores, surtout quand elles sont exposées dans un milieu privé de vapeur d'eau.
M. Dujardin-Beaumetz, qui lors de l'épidémie cholérique de 1884, fut chargé par le Préfet de police de l'organisation du service de la désinfection à Paris, étudia avec MM. Pasteur et Roux l'action de l'acide sulfureux sur la lymphe vaccinale et sur un certains nombre de microbes. Il conclut (1) que les vapeurs sulfureuses avaient une action réelle sur la lymphe et sur quelques microbes, alors qu'elles étaient sans effet sur la bactéridie charbonneuse.
Les propriétés désinfectantes de l'acide sulfureux étaient très discutées lorsque M. Thoinot présenta, en 1890, une étude complète sur la désinfection au moyen de ce gaz (2). D'après les expériences de M. Thoinot, le charbon sympto matique, le vibrion septique et le charbon bactéridien résistent à l'action prolongée et à forte dose de l'acide sulfureux. Les bacilles de la tuberculose, de la diphtérie, de la fièvre typhoïde et du choléra asiatique peuvent être tués par l'anhydride sulfureux employé à des doses variables. D'après cet auteur, la destruction absolue de ces microbes est obtenue en employant une dose de 60 gramme : 6.2 soufre par mètre cube et après une exposition de 24 heures.
Dans les recherches qu'il pratiqua au laboratoire de notre regretté maître M. le Professeur Rietsch de Marseille, M. Cassedebat (3) démontra que l'acide sulfureux, même à doses très élevées, « est un antiseptique trop inconstant
(1) Bulletin de l'Académie de Médecine, 1884.
(2) Étude communiquée au Conseil supérieur d'hygiène publique de France et publiée aux annales d'hygiène publique et de médecine légale (octobre 1890).
(3) Revue d'hygiène et de police sanitaire (1891).
pour le préconiser dans la désinfection des virus étudiés ».
Dans ces dernières années (1902), M. M. Calmette et Hautefeuille ont expérimenté l'action de l'acide sulfureux produit par l'appareil Clayton, que nous décrirons plus loin, sur des linges qu'ils avaient contaminés avec des cultures de choléra, de fièvre typhoïde et de peste. Ils ont constaté que ces linges avaient été parfaitement désinfectés après une exposition, pendant 4 à 6 heures dans un compartiment de navire renfermant au moins 8 pour 100 d'acide sulfureux.
Mais si l'anhydride sulfureux est un désinfectant incertain, il possède des propriétés insecticides parfaites. A faibles doses, il tue rapidement les moustiques, les mouches, les punaises, etc.. A doses plus élevées, les souris et les rats ne résistent pas à son action. C'est à ces propriétés, bien plus qu'à sa valeur désinfectante, que l'anhydride sulfureux, délaissé pendant de longues années, doit la faveur dont il jouit actuellement dans la pratique de la désinfection.
L'acide sulfureux offre l'avantage d'être d'un prix peu élevé et facile à se procurer et à préparer, mais il présenté un certain nombre d'inconvénients parmi lesquels son odeur désagréable, son action sur les couleurs et les métaux qu'il détériore et les dangers d'incendie, lorsqu'on l'obtient par la combustion du soufre. Enfin ce gaz possède encore l'inconvénient de rendre la cellulose cassante et de diminuer ainsi la solidité des tissus qui en sont formés.
Dans la pratique de la désinfection on peut obtetiir de l'anhydride sulfureux au moyen d( plusieurs procédés parmi lesquels nous étudierons :
1° La combustion du soufre à l'air libre ;
2° La combustion du soufre dans le fourneau à soufre ;
3° La combustion du soufre dans l'appareil Geneste et Herscher ;
4° La combustion du soufre dans l'appareil Clayton ;
5° La combustion du sulfure de carbone ;
6° L'emploi de l'acide sulfureux liquide ;
7° L'emploi de l'acide sulfureux liquide avec le sulfozonateur de Marot ;
8° Le sulfurator.
1° Combustion du soufre a l'air libre
La combustion du soufre se pratique dans des fourneaux en terre ou dans des plats en fer, ou tout autre récipient. A défaut de ceux-ci, on peut former au moyen de briques et de sable une sorte de cuvette peu profonde dans laquelle on place le soufre nécessaire.
On emploie la fleur de soufre ou le soufre en canons. Ce dernier doit être concassé et réduit en poudre grossière.
Le soufre est allumé à l'aide d'allume-feux ou de charbons enflammés. Le meilleur procédé d'allumage consiste à humecter le soufre d'alcool à brûler pour en faciliter l'inflammation. Lorsqu'on aura à désinfecter des locaux spacieux, il conviendra de faire plusieurs foyers de combustion.
La dose de soufre à employer est de 60 à 80 grammes par mètre cube.
2° Combustion du soufre dans le fourneau a soufre
C'est un des procédés les plus anciens. Il a été longtemps employé dans la fumigation des locaux et il l'est encore dans la désinfectior des navires dans un grand nombre de villes du Nouveau-Monde.
Il consiste en général dans un foyer alimenté avec un combustible quelconque, houille ou bois, et au-dessus duquel est placé un four où se fait la combustion du soufre. Des ouvertures permettent à l'air de pénétrer dans le four. En les ouvrant plus ou moins, on ne laisse arriver que la quantité d'air voulue ; on règle par ce moyen la combustion du soufre.
Les vapeurs d'anhydride sulfureux sont dirigées du four dans le local ou compartiment à désinfecter à l'aide d'un ventilateur qui les oblige à pénétrer dans un tuyau de large diamètre. A cause de la densité élevée du gaz, ce tuyau doit être placé à la partie inférieure des pièces à désinfecter.
Un inconvénient très grave de ce procédé consiste dans ce fait qu'une proportion plus ou moins grande de soufre n'est pas oxydée, n'est pas transformée en acide sulfureux, distille et se sublime dans les parties froides du tuyau d'évacuation, au point de l'obturer partiellement ou complètement.
Le fourneau à soufre a rendu et peut rendre encore quelques services en désinfection. Il a, sur le précédent procédé, l'avantage de pouvoir être placé à l'extérieur du local contaminé et de fournir à l'atmosphère de ce local une quantité d'acide sulfureux supérieure à celle obtenue par la simple combustion du soufre à l'air libre.
3° Combustion du soufre dans l'appareil Geneste et Herscher
La maison Geneste et Herscher a fait breveter en 1905 un petit appareil très commode pour la production de fumigations sulfureuses.
(Fig. 58
Appareil Geneste- llerpchor pour la production des vapeurs sultureuses
Cet appareil est livré monté sur une brouette en fer (fig. 58) sur laquelle on peut placer une porte extensible (P), dont nous indiquerons plus loin le mode d'emploi, et une rallonge
en fer (R) que l'on intercale entre la porte extensible et l'appareil.
L'appareil consiste en une chaudière en tôle montée sur trois pieds. Sur son couvercle, que l'on peut fixer à l'aide de fortes vis, est placé un petit ventilateur à main (V). A l'intérieur de l'appareil se trouve une seconde chaudière fermée par un couvercle et renfermant un plateau à bords relevés où l'on brûle le soufre. Au bas de cette chaudière intérieure se trouve une rangée de trous d'air formant tuyère. Une buse de départ de grand diamètre permet l'évacuation des gaz produits par la combustion du soufre. Sur le côté de l'appareil opposé à la buse existe une double fenêtre en mica qui permet de voir à l'intérieur. Sur les côtés de cette fenêtre se trouve une tubulure T qui sert à l'introduction du soufre en cours d'opération.
Fonctionnement de l'appareil. — Il est bien entendu que l'on doit, avant de faire fonctionner l'appareil, clore hermétiquement le local, obturer les interstices des portes et fenêtres, boucher toutes les ouvertures, ouvrir les tiroirs des meubles, etc., enfin disposer dans une porte ou dans une fenêtre la porte extensible, comme nous l'indiquerons plus loin, et calfeutrer toutes les rainures.
On amène l'appareil devant la porte extensible, on fait le
(Fig, 59)
Porte extensible de l'appareil Genesle et Herscher
joint entre cette dernière et la' rallonge que l'on adapte à la buse de sortie des gaz. On enlève les deux couvercles de l'appareil et l'on met sur le plateau intérieur la quantité de
soufre en canons brisé en menus morceaux qui convient pour le but à atteindre. On arrose le soufre avec un peu d'alcool à brûler, on enflamme, on replace les mpiix couvercles et l'on tourne très doucement la manivelle du ventilcleur. Après quelques minutes, on tourne plus rapidement et l'on continue à faire marcher le ventilateur jusqu'à la fin de l'opération que l'on constate par la disparition des flammes faciles à apercevoir par la fenêtre en mica.
De l'extérieur, on fait jouer la petite bascule fixée sur la porte extensible près de l'ouverture circulaire ; on retire l'appareil et l'on pousse le verrou de sûreté de la bascule.
Porte extensible. — La porte extensible n'est pas la partie la moins originale de l'appareil. Elle se compose de lames vde tôle a coulisses avec certaines parties des bords pliées en angle droit. L'une des lames de tôle porte une ouverture circulaire munie d'une petite bascule que l'on peut faire tomber de l'extérieur et fermer hermétiquement à l'aide d'un verrou,.
Voici comment on monte cette porte extensible : Soit A, B, C, D, l'ouverture à fermer {iig. 39). Au moyen de quatre petits clous, on place la coulisse 1-2 ; puis de la même façon, on fixe 3-4 et enfin les coulisses du bas 5-6-7, en ayant soin de les faire chevaucher les unes sur les autres afin d'obtenir un meilleur joint ; enfin on colle des bandes de papier sur tous les interstices.
4° Combustion du soufre a l'aide de l'appareil Clayton
L'appareil Clayton, qui a été construit clans le but de désinfecter les navires, est également utilisé dans la désinfection des appartements, écuries, hôpitaux, casernes, etc.
Il se compose essentiellement, comme le montre le dessin schématique ci-contre (fig. 60) :
Local a iitinltcUr
Schéma du fonctionnement de l'appareil Clayton
1° D'un four avec grille et chicanes ;
2° D'un refroidisseur à ailettes ;
3° D'un refroidisseur à circulation d'eau ;
4° D'un ventilateur mu par un moteur spécial ;
5° D'une conduite d'arrivée du gaz dans le local à désinfecter ;
6° D'une conduite de sortie amenant l'air du local dans le four à soufre ;
7° D'un tuyau destiné à prendre de l'air dans l'atmosphère extérieure lorsque l'air venant du local est trop chargé de gaz sulfureux.
Le four ou générateur est demi-cylindrique ; ses dimensions varient avec le modèle de l'appareil. C'est dans le générateur que se produit la combustion du soufre. Les dessins (fig. 01, 62, 63 et 64) représentant le type A de l'appareil Clayton dans deux positions différentes. Le type A est celui qui est employé à bord des navires dont les chaudières fournissent la vapeur nécessaire au fonctionnement du moteur. Dans ce modèle, le ventilateur (D) est placé latéralement au four. La légende qui accompagne les dessins explique la place des différents organes de cet appareil Clayton.
(Fig\ 61 et 62). — Appareil Claylon type A. Liégende
1. Générateur ; 2. Refroidisseur ; 3. Moteur; 4. Ventilateur ; 5. Diaphragme pour le passage du gaz allant du générateur au refroidisseur ; (5 Tuyau de circulation du gaz allant du générateur au refroidisseur ; 7. Arrivée de l'air frais ; 8- Poignées de tirage pour l'ouverture des diaphragmes servent au passage du gaz ; 9. Couvercle du refroidisseur ;
(Fig. 63j — . Appareil Clayton type A.
(Fig. 64) — Appareil Clayton type A. — Vu de côté et en coupe
10. Socle supportant le souffleur et le moteur ; 11. Arrivée de l'air du compartiment ; 12, Support des poignées de tirage ; 13. Poignée pour régler le passage du gaz ; 14. Regards j 15. Porte du générateur ; 16. Poignée, de tirage pour l'arrivée de l'air frais au régénérateur ; 17. Tuyau de circulation des gaz.
La température du four atteint 6 à 700 degrés centigrades. Le gaz sulfureux, sortant du four à cette température, passe d'abord dans le refroidisseur à ailettes, puis dans celui à eau, enfin arrive dans le ventilateur qui l'envoie dans le local à désinfecter au moyen d'un conduit flexible en caoutchouc armé. Le gaz arrive donc avec une forte pression que l'on peut augmenter ou diminuer avec le ventilateur. L'air du local plus ou moins chargé de gaz sulfureux en sort par un conduit du môme diamètre que le premier et vient dans le générateur où il est utilisé pour la combustion du soufre. Ce dispositif permet d'élever la proporlion d'acide sulfureux dans le local jusqu'à 14 à 15 pour cent. Cette proporlion ne peut être atteinte par aucun autre appareil.
On peut vérifier assez exactement la proportion de gaz sulfureux qui sort du local au moyen d'un petit dosimètre spécial.
La maison" Clayton construit d'autres types d'appareils plus grands ou plus petits que le type A, mais toujours accompagnés d'une chaudière pour la production de la vapeur nécessaire.
Le type B, représenté par le dessin (figure 05) est celui qui est employé pour la désinfection des navires dans les ports.
L'appareil du t)pe B peut produire jusqu'à 1.500 mètres cubes de gaz sulfureux à l'heure. Il peut Être établi sur un chaland, comme celui de Dunkerque, qui va accoster les navires ou bien sur un chariot circulant sur une voie ferrée qui lui permet de se déplacer et de faire les désinfections le long des quais.
L'appareil Clayton (type D) est également monté sur chariot à quatre roues trainé par deux chevaux. Il sert aux désinfections des habitations, des hôpitaux, des étables ou écuries, etc. La voiture sur laquelle est placé l'appareil Clayton est disposée pour transporter une provision d'eau contenue dans un tonneau située derrière le siège. Le combustible se trouve dans un caisson placé au-dessous du tonneau. La chaudière est située à peu près au centre de la voiture ;
AGENTS CHLMIOUES
fa JS
CD
[Pig. 67) Appareil Glayton sur clnriot muni d'ut moteur à vapeur
L'appareil type D peut-être actionné avec un moteur à pétrole (fig. 66) ou avec un moteur à vapeur (fig. 67).
Enfin, dans ces derniers temps, la maison a construit les appareils M et K qui sont portatifs et dont le ventilateur fonctionne à la main.
Fonctionnement de l'appareil Clayton. — Comme dans toutes les désinfections on bouche toutes les ouvertures des
locaux ou compartiments qu'il s'agit de désinfecter, on installe les tuyaux d'aspiration et de refoulement de telle sorte que le tuyau amenant l'air du local au générateur ait sa prise à la partie supérieure du local. Le tuyau qui refoule les gaz sulfureux doit être disposé à 30 ou 40 centimètres du sol.
Pour faire marcher l'appareil, on charge le générateur de soufre (environ 50 kilog. pour l'appareil A et 100 kilog. pour le type B), moitié sur le fond du générateur, moitié sur la grille.
On ouvre les trois registres : d'arrivée de l'air du local, d'arrivée de l'air au générateur, de sortie du gaz du générateur. On graisse (1) les parties frottantes de l'appareil ; on vérifie les organes du moteur et du ventilateur et l'on met la machine en marche à son allure normale réglée par le régulateur.
Pour procéder à l'allumage du soufre, on imbibe d'alcool à brûler un morceau d'étoupe ou de coton, on le place sur le soufre de la grille et on l'enflamme au moyen d'une allumette ou d'un allumeur à alcool. Dès que l'on a enflammé l'alcool, on ferme la porte du four. Le soufre met lui-même un certain temps avant de commencer à brûler.
Pour éviter une explosion, on ne devra jamais jeter d'alcool dans le générateur lorsqu'il sera chaud.
Quand la proportion de gaz sulfureux dans le tuyau de refoulement à la sortie du ventilateur atteint 14 pour 100 (ce que l'on obtient après une heure de marche), on ouvre graduellement les diaphragmes placés sur la face du générateur à côté de la porte. On ouvre ces diaphragmes en grand si le pourcentage augmente et on les règle au fur et à mesure que le pourcentage augmente ou diminue.
Quand la proportion du gaz prélevé au tuyau d'aspiration atteint 1 ou 2 pour 100, on ouvre le registre de prise d'air frais et on ferme le registre de prise d'air du local.
Lorsque l'appareil produit un gaz d'un pourcentage de 18 pour 100, on doit faire très fréquemment le dosage et si
(1) On doit éviter remploi de graisse animale ou végétais sur les parties où le gaz peut passer.
l'on veut réduire ce pourcentage, on n'a qu'à fermer en partie le registre d'air frais.
Composition du gaz produit par V appareil Clayton
D'après M. Rosentielh, le gaz produit par l'appareil Clayton est de l'anhydride sulfureux renfermant des traces d'anhydride sulfurique. Ce chimiste explique de la manière suivante la présence de ces traces d'anhydride sulfurique :
Lorsque les gaz produits par la combustion du soufre peuvent s'éloigner rapidement du foyer de la réaction, il n'y a formation oue d'anhydride sulfureux seul ; c'est le cas de la combustion du soufre à l'air libre.
Il n'en est plus de même quand ces produits se forment dans une enceinte où la température provoquée par la combustion peut s'élever, comme cela a lieu dans les fours à pyrites et aussi dans le four Clayton. Alors se produit une deuxième réaction, et une partie de l'acide sulfureux passe à l'état d'anhydride sulfurique — (3 0* -f- O = S O3) — • La quantité de cet anhydride ne peut être qu'une petite fraction de la masse totale du soufre brûlé, car la réaction est limitée par une réaction inverse. La chaleur décompose (5 O3 en S2 +0). Ces deux réactions inverses l'une de l'autre se produisent aux mêmes températures, et il s'établit un équilibre constant pour chaque température et variable avec elle. Les deux réactions sont utilisées industriellement.
La présence de l'anhydride sulfurique dans le gaz Clayton augmente certainement les propriétés toxiques de ce gaz.
La teneur en anhydride sulfureux-sulfurique du gaz fourni par l'appareil Clayton varie avec les conditions de fonctionnement de l'appareil, c'est-à-dire avec l'intensité de la combustion, l'activité de la ventilation, etc.. La proportion va s'élevant peu à peu pour arriver à 14 et 15 pour 100. Cette proportion peut être maintenue dans le local aussi longtemps qu'on le désire ; tout dépend de la façon de régler la marche de l'appareil. On ne doit jamais dépasser cette limite, à partir de laquelle le soufre peut se sublimer. Par
la combustion à l'air libre et même au fourneau à soufre, on ne peut jamais dépasser la proportion de 4 à 5 pour 100 de gaz sulfureux.
Action du gaz Clayton sur les microbes et sur les animaux
Des expériences entreprises' en 1901 par M. Savage du Laboratoire d'hygiène de Cardiff, il résulte que le gaz Clayton détruit les microbes de la peste, du choléra et de la fièvre typhoïde, mais qu'il n'enlève pas toute la virulence des cultures de staphylocoques dorés et des microbes de l'anthrax.
MAL Calmette et Haulefeuille, de l'Institut Pasteur de Lille, ont fait, en 1902 des recherches en vue de déterminer l'action désinfectante du gaz Clayton sur des linges contaminés artificiellement par des microbes du choiera, de la fièvre typhoïde et de la peste. Dans ces expériences, entreprises à bord du vapeur « René », l'anhydride sulfureux était produit par un appareil Clayton placé sur un chaland le long du bord.
Les linges contaminés introduits dans des tubes ou dans des sachets ont été exposés en différents points du navire à l'action du gaz Clayton pendant un temps variant entre 4 et 6 heures, puis ensemencés le lendemain dans du bouillon de viande et de l'eau peptonée. Les cultures sont placées à l'étuve à une température de 37 degrés centigrades.
Tous les tubes ensemencés sont restés stériles après sept jours d'étuve, à l'exception d'un tube qui avait reçu le contenu d'un sachet imprégné de bacilles typhiques à Vétat set ci qui avait été placé sur le faux pont, près du panneau d( la cale. D'après les auteurs, le panneau étant mal fermé, l'air extérieur devait pénétrer au niveau du sachet et diminuait l'action germicide des gaz sulfureux.
MM. Calmette et Hautefeuille ont conclu de leur important travail : « que l'emploi du gaz sulfureux sec produit sous pression avec l'appareil Clayton, dans les conditions où ils l'ont employé et avec des concentrations atteignant au moins 8 pour 100, est parfaitement efficace pour la désinfection des navires, lorsqu'il s'agira de rendre inoffensifs des
objets souillés par des microbes de la fièvre typhoïde, du choléra ou de la peste ».
D'après un rapport de M. Duriau, directeur du service sanitaire de Dunkerque, le gaz sulfureux produit par l'appareil Clayton tue les rats et détruit les insectes et la vermine, même lorsque l'air du compartiment n'en contient que 5 pour 100.
D'autre part, ce gaz, n'ayant aucune action nuisible sur les marchandises, semble tout indiqué pour la désinfection des navires. C'est d'ailleurs dans ce but que le Comité consultatif d'hygiène de France a approuvé l'emploi de l'appareil Clayton dans sa séance du 11 mai 1903.
Critique du procédé. — Nous regrettons de ne pas partager l'optimisme de MM. Proust et Faivre (1) sur le procédé Clayton.
Ce procédé présente certainement, sur celui qui consiste à brûler du soufre à l'air libre, l'énorme avantage d'introduire dans un local infecté des quantités plus grandes de gaz sulfureux. Le gaz produit parait, ce qui n'est pas absolument démontré, beaucoup plus actif que l'anhydride sulfureux.
L'appareil Clayton constitue, à l'heure actuelle, un des meilleurs procédés de destruction des rats et des insectes que nous connaissions. Il possède même la propriété de détruire un certain nombre de microbes pathogènes et notamment le bacille de la peste, de la diphtérie et du choléra. Mais comme l'ont démontré les expériences précédemment citées, d'autres microbes pathogènes conservent leur virulence après avoir été soumis à l'action du gaz Claylon. Ce gaz n'est donc pas un désinfectant parfait. Il a tous les défauts et toutes les qualités de l'anhydride sulfureux dont il ne diffère d'ailleurs, comme on l'a vu, que par la présence de. faibles traces d'anhydride sulfurique.
(1) Rapport, de MM. les docteurs Proust et Faivre, 15 nov. 1902.
5° Combustion du sulfure de carbone
Le sulfure de carbone es2 donne, en brûlant à l'air, de l'anhydride sulfureux et de l'acide carbonique, comme le montre la formule suivante :
On a utilisé cette propriété du sulfure de carbone dans la désinfection des appartements et l'on s'est servi à cet effet du brûleur à sulfure de carbone de M. Ckiandi (fig. 68).
(Fig. 68)
Brûleur de M. Ckiandi
Cet appareil se compose : 1° d'un grand récipient R ; 2° d'un vase ou brûleur L portant latéralement trois siphons S ; 3° d'un tube plongeur T, contenant la mèche ; 4° d'une cheminée C. Pour faire fonctionner l'appareil, on enlève le tube T ; on verse dans le brûleur L, la quantité voulue de sulfure de carbone ordinaire ; on replace le tube T, en ayant soin de le recouvrir de la cloche E, puis on verse lentement de l'eau dans le récipient R jusqu'à l'un des deux repères A ou B suivant que l'on désire avoir plus ou moins de
pression sur le sulfure et faire ainsi varier sa combustion. On enlève la cloche E, on introduit la mèche dans le tube plongeur, on place au dessus la cheminée C dont le but est d'activer la combustion et on allume, après avoir pris le soin d'obturer toutes les ouvertures, toutes les fentes de la pièce à désinfecter.
D'après la formule ci-dessus, 76 grammes de sulfure de carbone correspondent à 64 grammes de soufre, c'est-à-dire que là où il faudra 100 grammes de soufre, il sera nécessaire de brûler 118 grammes de sulfure de carbone.
La même formule nous permet de fixer que 100 grammes de sulfure de carbone produisent 168 grammes d'anhydride sulfureux.
L'appareil de Ckiandi est assez commode, mais il présente les inconvénients suivants : 1° il oblige à avoir un approvisionnement de sulfure. de carbone qui est très facilement inflammable, comme on le sait ; 2° la manipulation d'un semblable liquide est toujours extrêmement dangereuse ; 3° enfin, le prix des fumigations sulfureuses obtenues par ce procédé est beaucoup plus élevé que par la simple combustion du soufre.
6° Emploi de l'anhydride sulfureux liquide
L'anhydride sulfureux liquéfié est en usage dans différentes industries, notamment dans les usines où l'on a besoin de très basses températures.
Lorsqu'il est livré en petites quantités, l'acide sulfureux liquéfié est enfermé dans des siphons en verre, analogues aux siphons d'eaux gazeuses, munis d'un robinet à vis. Par quantités plus grandes, il est vendu dans des cylindres en acier dont le robinet, comme dans les cylindres du sulfozonateur Marot, porte une graduation permettant de régler la quantité de gaz que l'on veut dégager.
Lorsqu'on voudra procéder à une désinfection avec l'acide sulfureux liquide, on pourra employer deux moyens : dans le premier on placera le récipient à l'intérieur du local, dans le second, le récipient sera laissé à l'extérieur.
Récipients à l'intérieur. — On se servira généralement de petits récipients contenant la quantité d'acide liquéfié correspondant à la capacité du local. Selon l'usage, on collera des bandes de papier sur tous les interstices, on bouchera toutes les ouvertures, sauf la porte, on ouvrira le robinet du récipient, qui devra être placé sur le sol, on sortira rapidement du local, on fermera la porte dont les fentes seront immédiatement bouchées avec du papier par collage. On laissera fermé le temps voulu.
Récipients à l'extérieur. — On préparera le local suivant l'usage, en bouchant hermétiquement tous les orifices, la porte comprise ; on muniri la tubulure du récipient d'un tube en caoutchouc que l'on introduira dans un petit trou pratiqué à la partie inférieure de la porte (à 50 centimètres du sol par exemple), à moins qu'on ne puisse faire passer le tube par le trou de la serrure. On ouvrira le robinet du récipient et l'on fera dégager dans l'appartement la quantité d'anhydride liquéfié que comporte sa capacité.
La quantité d'acide sulfureux à dégager sera toujours le double du poids de soufre qu'il aurait fallu brûler.
La pression de 12 à 15 atmosphères qui est à l'intérieur des récipients fait que le dégagement du gaz est extrêmement rapide, ce qui constitue un des avantages de l'emploi de l'acide sulfureux liquéfié. Deux autres avantages du procédé consistent dans l'extrême propreté avec laquelle on peut opérer et dans ce fait assez important que tous dangers d'incendie peuvent être écartés. Enfin avec l'anhydride sulfureux liquide on peut introduire dans un local la quanlilé que l'on veut, tandis que le maximum que l'on puisse obtenir avec la combustion à l'air libre et au fourneau à soufre est de h à 5 pour 100. Avec la combustion dans l'appareil Clarion, la proportion est de 14 à 15 pour cent.
L'inconvénient le plus sérieux résultant de l'emploi de l'anhydride sulfureux liquide réside dans son prix plus élevé que celui du soufre.
Appareil Marot
L'appareil Marot ou Sulfozonateur, construit par la Société Française du gaz Marot à Paris, utilise l'acide sulfureux liquéfié à l'aide duquel on produit un gaz, le gaz Marot, en faisant passer un mélange d'air et d'acide sulfureux pur et sec dans un appareil électrique donnant de fortes étincelles. Ce gaz renfermerait, d'après la notice le concernant, des traces d'acide sulfurique qui le rendrait plus actif que l'anhydride sulfureux seul.
L'appareil Marot nécessite l'emploi de récipients d'acide sulfureux liquéfié dont on opère la détente soit à l'aide d'une lampe spéciale (appareil n° 1), soit au moyen de la chaleur fournie par l'échappement et la circulation d'eau du moteur. Cette dernière passe ses calories à l'appareil détenteur, se refroidit et retourne au moteur à une température suffisamment basse pour permettre un bon fonctionnement.
L'appareil n° 5 (fîg. 69, 70 et 71) qui est couramment employé pour la désinfection des navires fonctionne de la manière suivante :
Dès que la gazéification de l'acide sulfureux liquéfié a été obtenue, ainsi qu'il vient d'être indiqué, le courant gazeux est attiré vers l'emplacement des électrodes afin de subir l'action électrique qui modifie la nature du gaz et lui donne ses propriétés particulières. Au fur et à mesure que le gaz circule entre les électrodes, il est soumis à une succession ininterrompue de décharges électriques produites au moyen d'un transformateur et d'un condensateur qui reçoivent le courant primaire d''une dynamo mue par le moteur. Un interrupteur rotatif permet d'obtenir la haute fréquence nécessaire.
A ce moment, le mélange gazeux arrive au ventilateur D (genre Root's), est aspiré par lui et refoulé immédiatement dans le local à désinfecter. Comme on ne saurait envoyer dans un local, d'une façon continue et indéfinie, un certain nombre de mètres cubes à la minute sans augmenter d'une façon excessive la pression dans ce local, un tuyau de réas-
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(Figures 69 et 70]
Liègende :
A Arrivée d'anhydride sulfureux liquide ; B Tubulures d'aspiration ; C Appareil électriseur D Ventilateur Roots ; E Départ du gaz ; F Moteur à essence ; G Volant ; H Échappement I Circulation d'eau avec robinets de réglage ; J Réservoir réchauffeur ; K Orifice de remplissage L Magnéto ; M Transformateur haute tension ; N Manivelle de mise en marche ; 0 Bâti.
piration est placé sur la partie inférieure du ventilateur et permet de faire un circuit continu entre l'appareil et la capacité à désinfecter, de sorte que l'atmosphère du local est continuellement aspirée vers l'appareil, vient s'y charger de plus en plus de gaz sulfureux électrisé et y est renvoyée immédiatement par les manches de refoulement.
De cette façon, aucune pression anormale ne se produit è l'intérieur du local et par suite, les fuites de gaz sont réduites au minimum.
Il serait difficile, et même impossible, d'obtenir cette circulation continue, si l'opération se faisait au moyen d'un foyer dans lequel on brûlerait du soufre, par cette raison bien simple que si l'on faisait passer à la surface de ce foyer du gaz sulfureux ou de l'air fortement chargé d'acide sulfureux et privé de son oxygène, le foyer s'éteindrait de lui-même.
L'appareil Marot n° 5 a les caractéristiques suivantes :
Débit d'air à la minute : 30 mètres cubes.
Pression maxima fournie par le ventilateur : 0,800.
Puissance du moteur : 12 chevaux.
Tours à la minute : 1050.
Nombre de cylindres : 2.
Dimension de la plate-forme : 1,90.
Poids total (environ) : 1700 kilogr.
La figure 72 représente l'un de ces appareils, sur chaland, pendant la désinfection d'un paquebot de la Compagnie des Messageries Maritimes à Marseille.
La figure 73 représente un appareil Marot monté sur un chariot.
Le Conseil supérieur d'hygiène a approuvé, dans sa séance du 19 juin 1905, l'appareil Marot et a reconnu son efficacité pour la destruction des rats dans les conditions des articles 1 et 2 du décret du 21 septembre 1905.
L'appareil Marot présente l'avantage de dégager du gaz sulfureux en quantité illimitée. Nous ne pensons pas que le gaz obtenu ait une efficacité plus grande que l'anhydride sulfureux. Il en a les avantages et les inconvénients : il
détruit très bien les insectes et les animaux, mais ne constitue pas un désinfectant parfait, puisque beaucoup de microbes ou leurs spores résistent à son action.
(Fig. 73) Appareil Marot sur cbaiiot
Appareil « The Sulfurator »
Ce nouvel appareil construit par la maison Geneste, Herscher et Cie de Paris et exploité par la Société spéciale d'application de l'hygiène utilise un mélange d'anhydride sulfureux et d'azote désigné sous le nom de gaz « néon ». Le dégagement du gaz sulfureux est obtenu au moyen d'anhydride liquéfié. D'après les auteurs, l'addition de
l'azote augmenterait l'effet asphyxiant de l'acide sulfureux, tout en réduisant le prix de revient.
L'appareil se compose, ainsi que le montre le plan (fig. 74) du moteur, du ventilateur, du réducteur, du brûleur, des bouteilles à acide, de la tuyère de détente, des manches et accessoires.
Le moteur B est du type des moteurs à essence ; il a une puissance de 10-12 HP et actionne le ventilateur au moyen d'une transmission par courroie. En D se trouve le radiateur servant au refroidissement de l'eau de circulation du moteur. En G se trouve le réservoir à essence, et en F les accumulateurs pour l'allumage de ce moteur.
Le ventilateur G est construit pour un débit normal de 35 mètres cubes par minute à une pression de 500 m/m de colonne d'eau. Il est aspirant, et soufflant ; il prend par les manches d'aspiration l'air de la cale et le refoule dans le « réducteur ».
Le réducteur 0 est composé de deux cages semblables en fonte avec chicanes intérieures. Elles sont placées à chaque extrémité des tubes de fonte servant à retenir l'oxygène. Le tout est maintenu rigide par des tiges en fer traversant les tubes en leur milieu et venant aboutir sur les autoclaves placés en regard des orifices des tuyaux. Les tiges sont fixées par deux écrous, dispositif permettant un démontage partiel nécessaire pour la recharge du cuivre dont nous parlerons plus loin.
Sous les tubes du réducteur se trouve placé le « brûleur » ; il est formé par une quadruple rampe de 6 becs qui peuvent fonctionner indépendamment les uns des autres. Le brûleur est alimenté par le réservoir S contenant du pétrole sous pression.
Les bouteilles à acide sont du type courant ; elles sont formées par des cylindres en acier étiré timbrés à une pression de 100 kgs. par centimètre carré ; elles sont d'une contenance de 100 kilogrammes d'anhydride sulfureux chacune à 30 kilogrammes de pression par centimètre carré. Elles ne sont pas montées sur le châssis : on les dispose en général sur une bascule romaine, afin de pouvoir vérifier à tout
moment la quantité d'anhydride sulfureux dégagée. Des bouteilles partent les tuyaux venant aboutir aux robinets pointeaux de la tuyère de détente.
La tuyère de détente Y est un tube en cuivre dans lequel viennent déboucher les quatre ajutages des robinets poin-
(Fig. 74) Plan de l'appareil Sulfurator
teaux servant à régler la détente de l'anhydride sulfureux. A une des extrémités se trouve un écrou de fermeture permettant le nettoyage intérieur de la tuyère ; l'autre est terminée par un tronc de cône d'où s'échappe le jet détendu de l'anhydride sulfureux.
Les manches (P & N) servant à l'aspiration et au refoulement constituent un jeu de tuyaux en caoutchouc avec raccords en cuivre ; elles servent à relier le local à désinfecter avec le ventilateur pour l'aspiration, et le réducteur avec la cale pour le refoulement des gaz asphyxiants et désinfectants.
Fonctionnement. — Le local (ou la cale à désinfecter) est relié au ventilateur par l'intermédiaire des manches d'aspiration. Il faut avoir soin de placer les ouvertures de prise d'air aussi haut que possible, le gaz sulfureux étant plus lourd que l'air. Le ventilateur aspire l'air par ces manches et le refoule sous pression dans la cage-avant du réducteur. L'air, obligé de circuler le long des chicanes, où il rencontre du cuivre incandescent, abandonne en grande partie son oxygène et sort du réducteur à une très haute température.
11 ne renferme donc presque plus que de l'azote, qui est recueilli dans le collecteur arrière du réducteur et s'échappe par la tubulure de sortie où il se mélange avec le jet détendu d'anhydride sulfureux avant de pénétrer dans les manches de refoulement.
Pour remédier à l'abaissement de température provoqué par la détente du gaz sulfureux, on a placé la tuyère de détente dans la partie supérieure du collecteur arrière du réducteur ; il existe alors un échange de calories entre l'anhydride sulfureux détendu et l'azote chaud ; le risque de congélation de l'anhydride sulfureux se trouve ainsi écarté.
L'extrémité de la tuyère vient déboucher dans l'axe de la tubulure d'échappement du collecteur. La grande vitesse avec laquelle le jet d'anhydride sulfureux sort de la tuyère vient agir sur la masse de l'azote et, tout en l'entraînant à sa suite, lui communique une grande vitesse d'écoulement. Cette masse en mouvement possède une force vive qui lui sert à vaincre plus facilement les résistances offertes par les manches de refoulement.
Les orifices de ces manches viennent déboucher dans le local à sa partie inférieure, car le gaz venant de l'appareil
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a un poids spécifique environ double de celui de l'air atmosphérique, qui est alors chassé dans les parties supérieures où il est aspiré par les bouches des manches d'aspiration.
Usages et emplois du sulfurator. — L'appareil Sulfurator ne s'applique pas seulement à la dératisation des navires ; il peut servir de la manière la plus efficace pour l'extermination des puces, des moustiques, des mouches, etc. Son emploi est tout indiqué pour la destruction de la vermine, des charançons, des vers, termites, teignes de pelleterie, sylvains du froment, etc..
On l'emploiera également avec succès pour faire disparaître et empêcher le développement des germes, moisissures, champignons, microbes qui menacent nos denrées alimentaires, les objets d'utilité domestique, les étoffes, etc..
Les faibles dimensions d'encombrement du Sulfurator permettront à tous les navires d'en posséder un à bord ; ils auront ainsi la ressource de se désinfecter eux-mêmes par leurs propres moyens alors qu'ils sont encore au large ; ils pourront aussitôt arrivés à quai commencer le déchargement de la cargaison, évitant de cette manière les quarantaines et les formalités exigées pour l'obtention de la libre pratique toujours longues et préjudiciables à l'armateur.
La figure 75 représente un appareil sulfurator disposé pour la dératisation à bord d'un navire.
FORMALDÉHYDE
La formaldéhyde est le plus employé de tous les désinfectants gazeux. C'est Trillat qui a découvert, en 1888, les propriétés antiseptiques de ce gaz.
La formaldéhyde (CH2 0) également désignée sous le nom d'aldéhyde formique, aldéhyde méthylique, formol, formaline, méthanal, est un corps gazeux à la température ordinaire. Elle est incolore et possède une odeur spéciale extrêmement irritante. Ce gaz est soluble dans l'eau et dans l'alcool méthylique. La formaldéhyde se polymérise très facilement et donne soit de la paraformaldéhyde, soit plus souvent du trioxy méthylène. La paraformaldéhyde est un corps blanc, onctueux au toucher, soluble dans l'eau et dans l'alcool ; il est composé par la réunion de deux molécules d'aldéhyde formique. L'autre polymère, le trioxyméthylène, formé par la réunion de trois molécules de formaldéhyde, est une poudre blanche, dégageant une odeur d'aldéhyde formique et peu soluble dans l'eau et dans l'alcool.
En résumé, d'après Trillat (1), la formaldéhyde se présente sous les trois états suivants :
Formaldéhyde Paraformaldéhyde Trioxyméthylène rrazeuse c H* O C H* 0
g^fne CH'O G H* O
La solution de formol ou formaline du commerce serait constituée en partie par de la paraformaldéhyde. Bien
(1) La formaldéhyde et ses applications par A. Trillat : Georges Carré, 3, rue Racine, Paris, 1896.
préparée et n'ayant subi aucune altération, elle renferme 40 pour 100 d'aldéhyde formique.
On peut obtenir chimiquement l'aldéhyde formique en soumettant à l'action d'une spirale de platine chauffée au rouge sombre des vapeurs d'alcool méthylique. Ces vapeurs s'oxydent en présence de l'air, et fournissent de l'aldéhyde formique suivant la formule :c H3 H O + o = c H2 0 + H* 0. Hoffmann, Lœwe et Tollens, dans leurs différents procédés, ont cherché la formation de grandes quantités d'aldéhyde formique. Trillat, en 1889, a décrit un procédé (1) qui permet d'obtenir d'une manière pratique de la formaldéhyde à l'état pur.
La formaldéhyde a la propriété de se combiner avec un grand nombre de corps, notamment avec l'ammoniaque et ses composés. Elle forme avec les matières albuminoïdes des combinaisons insolubles, et non assimilables. La formaldéhyde coagule l'albumine en une masse transparente et d'aspect gélatineux (Trillat) ; elle entrave la putréfaction et la fermentation des matières et des liquides organiques. L'urine additionnée d'une très faible quantité de formol ne se décompose pas, et peut se conserver indéfiniment, sans phénomène de fermentation. Dans les mêmes conditions, le vin se décolore, mais ne s'aigrit plus, et le lait, et les liquides fermentescibles, comme le moût de bière, ne subissent aucune altération, pendant plusieurs jours. Les viandes, plongées dans une solution de formol, se conservent indéfiniment.
Les solutions de formaldéhyde sont très employées pour la conservation des pièces anatomiques, des plantes et des fleurs, dont la chlorophylle et les pigments ne sont pas altérés.
Les propriétés antiseptiques de la formaldéhyde ont été mises en lumière, en 1888, par Trillat qui le premier préconisa son emploi en désinfection. Dans sa communication à l'Académie des Sciences (mai 1892), cet auteur donne le
(1) Voir 2e supplément du Dictionnaire de chimie de Wurtz, tome 4, p. 275.
814 ÏRÀÎTÉ M DÉSÎNFËCÎÏON
résultat de ses expériences sur différents microorganismes avec le formol soit à l'état liquide, soit à l'état gazeux. Presque dans tous les cas, il considère ce désinfectant comme supérieur au sublimé corrosif.
D'après Trillat, la dose de 1/25.000 suffît pour s'opposeï à la putréfaction du bouillon de bœuf ou de veau ; ces derniers, additionnés avec une même proportion de bichlorure étaient décomposés après 24 heures. Les cultures de Bacillus Anthracis sont tuées avec la solution au 1/25.000, et les microbes de la salive par celle au 1/1.000 en moins de deux heures. En opérant sur les eaux d'égout, contenant environ 1.800.000 bactéries par centimètre cube, Trillat a constaté que la solution d'aldéhyde formique à 1 pour 1000 tuait les germes, après quelques heures de contact.
D'après Aronson, les cultures du bacille de la diphtérie sont stérilisées par l'addition de formaldéhyde dans la proportion de 1 pour 400 après dix minutes de contact.
Schmidt a fait des essais sur le.staphylococcus pyogenes aureus, le streptocoque, le coli-bacille, le bacille pyocyanique et le bacille d'Eberth-Gafhy. Les bouillons additionnés de formaldéhyde dans la proportion de 1 pour 20.000 et ensemencés avec ces bacilles, ne présentaient aucune altération.
Les vapeurs de formol ont un pouvoir désinfectant de beaucoup supérieur à celu'i de tous les désinfectants gazeux. Elles ont une densité sensiblement égale à celle de l'air, et sont plus diffusibles que les vapeurs d'anhydride sulfureux ; d'où résulte l'indication de boucher hermétiquement les pièces que l'on veut désinfecter avec le formol.
MM. Berlioz et Trillat (1) ont démontré l'action infertilisante et microbicide des vapeurs de formol. Ils ont constaté que les vapeurs se dégageant d'une solution à 10 pour 100, suffisaient pour empêcher le développement des bactéries de la putréfaction. Les mêmes résultats étaient obtenus avec les bacilles des eaux d'égout et le bacillus anthracis. Des bouillons ensemencés de coli-bacille et de bacille de
(]) Communication faite à l'Académie des Sciences de Paris, séance du 1er août 1892.
la fièvre typhoïde, placés à Tétuve sous une cloche renfermant une solution de formol à 40 pour 100, demeuraient stériles. Berlioz et Trillat suspendaient des morceaux de toile imbibés de culture d'Eberth et de bactéridie charbon* neuse sporulée dans un flacon dans lequel on faisait arriver un courant d'air ayant traversé une solution de formol à 5 pour 100. La bactéridie charbonneuse était tuée après vingt minutes, et le bacille typhique après vingt cinq minutes d'exposition à ce courant d'rir.
Un morceau de toile imprégné de culture d'Eberth puis desséché, et exposé à un courant d'air formolé à 5 pour 100, ne donne aucune culture après ensemencement dans du bouillon stérile.
Philip (1894) soumit à l'action des vapeurs de formaline des cultures sur agar de choléra, de typhus, de charbon, ainsi que des fils ce soie imprégnés de spores de charbon. Les bacilles du choléra et du typhus furent tués au bout de deux à trois jours : les spores charbonneuses ne furent pas détruites. Miquel (1894-1895) a étudié l'action antiseptique des vapeurs de formaldéhyde sur les poussières d'appartement : il a conclu, de ses nombreuses et minutieuses expériences, que la vapeur de formol avait une action bactéricide extrêmement énergique.
Plus récemment (nov. 1906) (1) Perdrix de Marseille a étudié l'influence de la température sur la valeur germicide de l'aldéhyde formique. D'après cet auteur, l'élévation de température, jusqu'à 100°, augmente considérablement le pouvoir antiseptique du méthanal, en raison de sa tension de transformation qui devient plus forte avec la température. A 100° en effet, la tension limite du méthanal est 27 fois plus forte qu'à 18°, c'est-à-dire que la proportion de ce gaz est 27 fois plus considérable en atmosphère confinée. A l'action de la chaleur, mal supportée par beaucoup de germes secs, viendrait s'ajouter l'action antiseptique de 1 aldéhyde, d'autant plus énergique que la proportion de gaz est plus considérable. A 100°, le méthanal sec détruirait
(1) Annales de l'Institut Pasteur, novembre 1906.
complètement en 4 minutes au maximum les spores sèches du bacillus subtilis. Perdrix a observé, dans ses expériences que la pénétration du gaz était extrêmement rapide, aussi bien dans le sable ou le coton, que dans les plis du papier ou la profondeur des étoffes.
Le même auteur aurait constaté en outre que les étoffes de soie des nuances les plus délicates, les couleurs, les encres de toute espèces, le papier le plus blanc, n'étaient nullement modifiés par une exposition de 3 à 5 minutes aux vapeurs de méthanal sec à 100°.
La toxicité de l'aldéhyde formique est très faible. D'après Aronson, la dose mortelle de formaldéhyde pour un lapin, en injections sous-cutanées, est de 24 centigrammes par kilogramme d'animal. Dans les mêmes conditions, Buck et Vanderlinden ont donné comme dose toxique de 4 à 6 décigrammes. Trillat a trouvé que, en injections sous-cutanées chez le cobaye, les doses de 53 et 66 centigrammes par kilogramme n'étaient pas mortelles. Les vapeurs de formol ne sont toxiques que lorsqu'on les respire pendant plusieurs heures et en grande quantité.
Walter (1), dans ses recherches expérimentales sur le pouvoir désinfectant de la formaline, formule les conclusions suivantes :
<r 1° La formaldéhyde en solution à 1 pour 10.000 arrête le développement de la bactéridie charbonneuse, du vibrion cholérique, du bacille typhique, du staphylocoque doré, du bacille de la diphtérie. Les vapeurs très diluées de formaline agissent de la même façon ;
2° La solution de formaldéhyde à 1 pour 100 tue les cultures pures des microorganismes pathogènes en l'espace d'une heure. Cette action bactéricide est encore plus appréciable dans les solutions alcooliques diluées de formaline';
3° La solution à 3 pour 100, additionnée au besoin d'alcool, aseptise complètement les mains ;
4° Les pulvérisations de formaldéhyde désinfectent complètement les étoffes artificiellement infectées avec des cultures virulentes. Au bout de vingt-quatre heures, les vêtements et les effets de cuir se trouvent complètement désinfectés sans être endommagés ;
(1) Zeitschrift f. Hygiène XXI p. 421.
5° Une solution à 1 p. 100 désodorise instantanément les matières fécales ; une solution à 10 p. 100 les rend stériles dans l'espace de dix minutes ».
L'aldéhyde formique possède donc une grande valeur bactéricide. C'est le plus efficace des désinfectants gazeux et le plus communément employé dans la désinfection en surface. Il a l'avantage d'être plus diffusible que l'anhydride sulfureux. De récentes expériences ont démontré que les vapeurs de formaldéhyde permettent de réaliser, d'une manière absolue, la stérilisation en profondeur. Ce résultat ne peut être obtenu que par l'emploi du formol dans certaines conditions de sursaturation, de durée et de température. Nous décrirons plusieurs appareils basés sur ces principes.
La formaldéhyde ne détériore pas les étoffes, les tentures, les tapis, les tissus de soie de laine et de coton. Même à chaud, elle n'exerce aucune action sur le cuir et le caoutchouc. Les métaux, les dorures et les argentures ne subissent aucune altération à son contact.
Le formol n'est pas toxique ; il est un excellent désodorisant grâce aux combinaisons qu'il forme avec les vapeurs d'ammoniaque et les ammoniaques composés.
D'après Holfert (1), l'odeur des boucheries si prononcée pendant l'été disparaîtrait complètement par des lavages au formol
La formaldéhyde a cependant l'inconvénient d'altérer certaines couleurs et de n'être pas insecticide. Son action irritante sur les muqueuses peut être neutralisée par l'emploi de l'ammoniaque.
(1) Société de pharmacie de Berlin, août 1894.