III. — Petits appareils à production de formol
Appareils a formol pour la désinfection des locaux
Nous décrirons :
1° Les appareils producteurs de formaldéhyde à l'aide de l'alcool méthylique ;
2° Les appareils permettant d'évaporer le formol à froid ;
3° Les appareils produisant de la vapeur d'eau chargée de formol ;
4° Les appareils employant une solution de formaldéhyde et de chlorure de calcium ;
5° Les appareils employant une solution de formaldéhyde et de chlorure de sodium ;
6° Les appareils employant la solution de formaldéhyde et de l'acétone ;
7° Les appareils employant le trioxy méthylène, (a. sans pression ; b. avec pression).
1° Appareils producteurs de formaldéhyde a l'aide de l'alcool méthylique
Dans les premiers appareils utilisés pour la production de l'aldéhyde formique, on oxydait l'alcool méthylique ou esprit de bois ou, plus exactement, on le déshydrogénait, en brûlant incomplètement les vapeurs de cet alcool.
Le principe de ces appareils est connu depuis fort longtemps : si l'on suspend dans la flamme d'une lampe à alcool, au-dessus et assez près de la mèche, une spirale en fil de platine et que l'on éteigne la lampe quand le fil est porté au rouge, il continuera à rester incandescent à la faveur de
la combustion lente des vapeurs d'alcool. On obtient le même résultat en remplaçant le fil de platine par une toile de ce métal.
Dans cette combustion incomplète, il y a production d'aldéhyde et, lorsqu'on emploie l'alcool méthylique, d'aldéhyde formique en vertu de la formule suivante :
CH'OH + 0 = CHOH + H2 0 Alcool méthylique Oxygène Aldéhyde formique Eau
Les appareils basés sur ce phénomène sont très peu employés, parce que la production de formaldéhyde est en général assez faible.
Nous décrirons les appareils suivants :
1° L'appareil à capillarité de Trillat ;
2° L'appareil formogène à projection du même auteur ;
3° L'appareil oxyformogène de Brenot.
1° Appareil à capillarité de M. Trillat C'est le plus ancien de tous les appareils (fig. 7G) inventés
(Fig. 76). — Appareil à capillarité de M. Trillat.
par M. Trillat (1894). Il se compose d'une lampe dans laquelle une toile de platine placée au dessus de la mèche est portée au rouge, de manière à transformer les vapeurs d'alcool méthylique (cet alcool doit marquer au moins 90°) en aldéhyde formique.
Comme l'indique M. Trillat, cet appareil ne peut servir qu'à la désinfection d'un espace très restreint tel que celui d'un placard, d'une armoire, même d'un petit cabinet. En accouplant plusieurs mèches et plusieurs toiles de platine sur un même récipient, M. Poitevin est arrivé à désinfecter des locaux plus spacieux. Mais de l'aveu de M. Trillat luimême, les vapeurs de formol dégagées par ces appareils à capillarité ne lui ont pas paru être produites en assez grandes quantités pour pouvoir agir sur les germes avec le plus de rapidité possible.
M. Trillat a fait alors construire l'appareil suivant.
2° Appareil formogène à projection de M. Trillat
Cet appareil est basé sur le principe suivant que M. Trillat avait exposé en 1889 en décrivant son procédé de préparation industrielle de l'aldéhyde formique : « supposons un jet alcoolique s'échappant d'un orifice capillaire et s'élançant dans l'air ; à sa sortie, ce jet affecte la forme d'un cône dans lequel l'air se trouve en proportion d'autant plus grande que la zone se trouve plus éloignée du sommet. On a donc dans l'application de ce principe un bon moyen de mélanger l'alcool et l'air dans des proportions déterminées selon la distance à laquelle on oxydera ce mélange. »
Voici, d'après M. Trillat, (I) la description de cet appareil : « Il se compose d'un récipient de 8 à 10 litres de capacité destiné à recevoir l'alcool méthylique : ce récipient est chauffé au bain-marie. A la partie supérieure du récipient
(1) La formaldéhyde et ses applications par A. Trillat. Paris Georges Carré éditeur, Rue Racine, 23, 1896.
sont fixés un certain nombre de tubes en cuivic fermés à leur extrémité extérieure, mais présentant un ou plusieurs orifices capillaires. Sur chacun de ces tubes glisse un système cylindrique, muni d'un régulateur à air en cuivre, qui contient dans son intérieur, sous forme de rouleau ou de spirale, la substance destinée à oxyder les vapeurs d'alcool méthylique. Comme substance, on peut employer du coke, du charbon de cornue, une toile métallique quelconque, de l'amiante platinisée, etc.
(Fig. 77) Appareil formogèno à projection de Trillat
Dans cet appareil, (fig. 77) on emploie des rouleaux de diverses toiles de cuivre, disposées d'une manière spéciale dans un cylindre de charbon de cornue renfermé lui-même dans le cylindre de cuivre. Pour faire fonctionner l'appareil, on remplit le récipient aux trois quarts d'alcool méthylique et on le porte à une légère ébullilion. Les vapeurs alcooliques sortent par les orifices capillaires des tubes sous forme
d'un ou plusieurs jets qui entraînent mécaniquement de l'air par l'ouverture du régulateur. Si par l'ouverture du régulateur d'air on présente une flamme au jet d'alcool, celui-ci brûle, mais ne tarde pas à s'éteindre en ouvrant davantage le régulateur. On peut, à ce moment, constater que si la flamme a disparu, les toiles métalliques sont restées incandescentes ; cette incandescence subsiste tant que les vapeurs d'alcool sont projetées par les orifices.
L'appareil peut aussi fonctionner par entraînement d'air. Dans ce but, le récipient en cuivre est muni d'un orifice dans lequel on introduit un tube de verre en communication avec un récipient d'air comprimé. Dans son passage à travers l'alcool, ou même en disposant le tube d'air en dessus de la couche d'alcool, l'air se sature, sort par les orifices et s'oxyde comme précédemment ; ce procédé permet d'éviter le chauffage, mais l'oxydation est un peu plus longue.
L'appareil ainsi modifié fonctionne sans plus de risque d'explosion ou d'extinction que précédemment. Il pourrait être utilisé spécialement quand les locaux à désinfecter ne seront pas munis d'une installation à gaz.
Selon que la température est plus ou moins élevée, on peut oxyder plus ou moins d'alcool ; cette quantité varie aussi avec le nombre des jets vaporisateurs.
Il n'est pas nécessaire que les jets pulvérisateurs soient disposés sur l'appareil même. On peut conduire les vapeurs d'alcool dans un tube sur lequel sont disposés, à la suite les uns des autres, les cylindres d'oxydation. De cette manière, l'appareil est, pour ainsi dire, en deux parties distinctes ».
3'* Appareils oxyformogènes de M. Brenot
Ces appareils se composent (fig. 78) d'un récipient C contenant l'alcool méthylique que l'on introduit par un orifice A muni à sa base de toiles métalliques évitant le retour de flamme à l'intérieur du récipient,
Dans le liquide, plongent des mèches logées dans des porte-mèches en métal ajouré. La partie supérieure de la mèche vient buler contre une toile métallique maintenue par une bague à l'intérieur d'une douille que l'on visse sur le dessus du récipient. Sur la bague est appliquée une seconde toile métallique plus fine que la précédente, de manière à laisser un espace libre entre ces toiles métalliques et sur cette dernière repose une calotte D en tissu de platine maintenue par une bague.
A l'état de repos, les porte-mèches sont recouverts par un chapeau vissé sur la douille et venant s'appliquer sur un joint en amiante logé dans une rigole circulaire servant à recevoir le liquide d'amorçage au moyen d'une petite pompe B.
(Fig. 78) Appareil oxyforinogène de M. Brenot
Pour faire marcher l'appareil, on enlève les chapeaux ou bouchons ; on aspire au moyen de la pompe une petite quantité de liquide que l'on verse dans les rigoles ; on enflamme ce liquide. Les calottes de platine sont portées à l'incandescence par les vapeurs de l'alcool méthyiique qui les maintiendront dans cet état pendant tout le temps que durera la désinfection.
Cet appareil fonctionnant à raison d'une mèche par cinq
mètres cubes utilisant 62 gr. 5 d'alcool méthylique à 90° par mètre cube a été l'objet d'un certificat d'efficacité de la part du Ministre de l'Intérieur (n° 42).
Pas plus que ceux que nous avons précédemment décrits, l'appareil Brenot ne nous semble susceptible d'une application pratique. Cet appareil doit être placé à l'intérieur des appartements et sa marche ne peut être sérieusement surveillée.