CHAPITRE V pésinfeetion des Selles
A Les matières fécales des malades atteints d'affections transmissibles, et en particulier la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie sont considérées, à juste titre, comme les agents les plus habituels de propagation de ces maladies. La contagion peut s'effectuer par contact direct au lit du malade, par l'intermédiaire des poussières contenant des matières desséchées, ou bien encore par les eaux, sources, fontaines, nappes souterraines, souillées par des infiltrations. La désinfection des matières fécales est donc très importante ; elle a fait l'objet de nombreuses recherches 0e la part des hygiénistes.
Afin d'éviter le plus possible les chances de contage, on désinfectera les selles au lit du malade, au fur et à mesure de leur production. L'action des désinfectants sera d'autant plus certaine et efficace, que les selles seront en petite quantité et récemment émises. Il ne sera pas nécessaire, pratiquement, de rechercher la stérilisation des matières fécales, qui serait difficile à réaliser. Il suffira de détruire les germes pathogènes et les microbes de la putréfaction. Le but de l'hygiéniste sera doublement atteint, s'il peut, en même temps, désodoriser ces matières.
Nous avons déjà vu que Liborius, Kitasato et Ffiehl ont attribué à la chaux, à la dose minime de 4 0/00, une action bactéricide toute particulière sur les bacilles de la fièvre typhoïde et du choléra. MM. Chantemesse et Richard ont confirmé ces résultats et conseillent le lait de chaux à 1 pour 20, fraîchement préparé, pour la désinfection des selles typhiques et cholériques.
416 ÏRAIfÊ DE DÉSINFECTION
Par contre Vincent, qui a fait un travail très complet sur la désinfection des matières fécales (1), et auquel nous empruntons la plupart des détails de ce chapitre, ne reconnaît pas au lait de chaux cette efficacité à l'égard du colibacille et même du bacille typhique. Des trois bases, chaux, potasse et soude, cet auteur considère la soude comme la plus efficace et la chaux la moins active. A la proportion de 12 pour 100, la soude produit en 24 heures, et souvent avant ce délai, une stérilisation excellente des matières fécales récentes ou putréfiées. Neuf à 'dix grammes pour 100 de soude caustique suffisent pour la destruction du bacille typhique en 24 heures ; 6 grammes pour 100 pour celle du choléra, dans le même laps de temps. La soude possède aussi une action désodorisante.
Vincent préconise l'emploi du crésyl en solution à 5 pour 100, qu'il considère comme le meilleur stérilisant des selles cholériques. Avec cet antiseptique, la destruction du bacille d'Eberth est assurée en 24 heures, à la dose de 6 grammes par litre. Dans la pratique, la quantité de crésyl nécessaire pour désinfecter les fosses d'aisances et les matières fécales normales est de 9 à 10 kilogrammes par mètre cube de matières, ou 9 à 10 grammes par litre. Le crésyl est un désodorisant de premier ordre et a l'avantage d'être d'un prix peu élevé.
Nous donnons ci-dessous les tableaux de Vincent, indiquant les quantités minima des différents désinfectants nécessaires pour stériliser les selles typhiques et cholériques :
(1) Annales de l'Institut Pasteur 1895.
t»KATlOUË 13Ë LA DÉSINFECTION
TAb LE A U indiquant la proportion minima de désinfectant nécessaire pour tuer le bacille typhique dans les selles, en 24 heures et de 15°.