CHAPITRE IV Désinfection des Ctfaehats
Il est reconnu depuis longtemps que les crachats peuvent être un des éléments les plus actifs de la propagation de certaines maladies microbiennes, notamment de la tuberculose et de la pneumonie, d'où nécessité de les désinfecter d'une façon parfaite.
La désinfection des crachats peut être obtenue par la stérilisation par la chaleur ou au moyen de liquides antiseptiques.
Désinfection par la chaleur. — 11 résulte des expériences de Grancher et de Gemnes que les crachats tuberculeux sont stérilisés par l'eau chaude à 100 degrés. Les bacilles résistent à la température de 60 degrés et même à celle de 80 ; ils sont toujours tués à 100 degrés. Les crachats et les crachoirs seront désinfectés en les faisant bouillir 20 minutes au moins dans de l'eau additionnée de carbonate de soude (2 pour 100).
La stérilisation par la chaleur, dont l'emploi est usuel dans les hôpitaux de phtisiques en Angleterre, est certainement le procédé le plus efficace. La maison Geneste- Herscher a construit un appareil qui réalise les meilleures conditions pour atteindre ce but. Cet appareil se compose de trois parties :
« 1° Une chambre en métal de forme prismatique, ayant (( 50 centimètres de largeur, 60 de profondeur et 80 de <( hauteur ; cette chambre est munie d'une large porte et « d'un toit portant une cheminée d'évacuation ; dans le toit
« se trouve encore un robinet d'amenée d'eau. Le fond de « la chambre est formé par un vidoir duquel part un « tuyau de vidange avec siphon. A la moitié de la hauteur « de la chambre ce trouvent deux rails sur lesquels glisse * un récipient et au dessous des rails est une rampe à gaz « avec 140 trous et un robinet de réglage.
« 2° Un récipient carré, avec rebord supérieur saillant « en dedans. Ce récipient, monté sur roues, lui permettant « de o-ijccpr sur les rails, est divisé en 4 alvéoles par deux « cloisons verticales ; dans chaque alvéole on peut placer « cinq crachoirs. A la partie inférieure se trouve un robi- « net d'écoulement. Sur l'une des faces est fixée une anse, « de façon à pouvoir tirer facilement le récipient hors de « la chambre de métal.
« 3° Un chariot, sorte de petite voiture à roues munies de « caoutchouc et pourvu de rails qui viennent s'adapter aux « rails de la chambre de métal.
« Pour désinfecter les crachoirs avec cet appareil, un in- « firmier approche le chariot de façon à adapter ses rails « aux rails de la chambre de métal, dont il a ouvert la « porte ; il saisit l'anse du récipient, le tire au dehors et le « fait glisser sur les rails du chariot. Il promène ensuite ce « dernier dans la salle des malades, recueillant les cra- « choirs à chaque lit, en les plaçant immédiatement dans <( les alvéoles du récipient ; puis il revient à la chambre <c de métal et y fait rentrer le récipient chargé des crachoirs « comme il l'en avait fait sortir, en le faisant glisser sur les « rails. Il ouvre alors le robinet d'amenée d'eau, placé dans « le toit et remplit le récipient. Puis il allume la rampe à « gaz en ayant eu soin d'ajouter 15 à 20 grammes de carbo- « nate de soude par litre d'eau dans le récipient. Ce liquide, « mélangé aux crachats, forme une lessive qui bout à 103° « en vingt à vingt-cinq minutes ; cette lessive laisse dépo- « ser sur les parois du récipient une poussière grisâtre, due « à des résidus organiques et renfermant des bacilles « morts. Quant aux matières grasses, elle sont dissoutes, « et quand on retire les crachoirs, ils sont absolument nets.
NUTÏQtE DE LA DÉSINFECTION 4l3
« L'opération tout entière ne demande pas plus de 40 mi- « nutes et comme la même eau peut servir deux fois, on « peut facilement désinfecter 44 crachoirs en une heure ».
Cet appareil, qui a l'inconvénient d'être d'un prix assez élevé, ne nécessiterait pas de très grosses dépenses de fonctionnement ; il ne coûterait, en effet, par crachoir et par jour, qu'un centime et demi pour le gaz et le carbonate de soude.
Malheureusement, ce procédé, qui offre une sécurité incontestable, ne peut être employé que dans les hôpitaux, maisons de santé, sanatoria. Il est difficile de l'appliquer dans la clientèle, dans les maisons particulières, ateliers, hôtels et diverses administrations. De plus, il laisse la possibilité à l'infirmier de s'infecter, d'infecter le parquet, la literie et se contagionner lui-même, en recueillant les crachoirs trop pleins. Il serait préférable, pour éviter ce danger de contagion, de soumettre les crachats tuberculeux, avant leur transport à l'étuve, à l'action d'un désinfectant.
Désinfection par les Agents Chimiques
Ce mode de désinfection des crachats est d'un emploi facile ; c'est aussi le seul auquel on puisse recourir dans bien des cas.
Toutes les substances désinfectantes ne sont pas capables de détruire le bacille de Koch, dont la résistance est considérable. Dans les crachats, le bacille est enveloppé de mucus et de sécrétions bronchiques, mélangé à des substances albuminoïdes que certains désinfectants ont la propriété de coaguler. L'enveloppe protectrice, qui en résulte, empêche le désinfectant d'atteindre le microbe qui conserve toute sa vitalité. On ne devra jamais employer, pour la désinfection des crachats, des substances antiseptiques qui coagulent les matières albuminoïdes.
En 1888, Grancher et de Gennes ont publié les résultats de leur travaux sur la désinfection des crachats par des
114 ÏRAITÉ DE DÉSINFECTION
antiseptiques. Ils se sont servis des solutions d'acide phénique, de potasse, de sulfate de cuivre, de chlorure de zinc à 5 pour 100, et de sublimé à 1 pour 100. Toutes ces solutions ne donnaient qu'une désinfection incomplète et illusoire ; seule, la solution de sublimé à 1 pour 100 paraissait tuer le bacille tuberculeux.
L'alcool absolu pendant 20 heures, la solution aqueuse concentrée d'acide salicylique, l'acide acétique (31,86 pour 100), l'ammoniaque (16,6 pour 100) l'eau d'aniline telle qu'elle est employée par Erlich pour la coloration des bacilles, qui ont été expérimentés par les docteurs Schill et Fisher n'ont pas assuré la désinfection d'une manière parfaite.
Le lysol, en solution à 10 pour 100 serait, d'après le docteur Vincent, un excellent désinfectant des crachats tuberculeux, à la condition toutefois de les laisser en contact intime pendant 24 heures au moins.
Les bases alcalines, la potasse, et plus particulièrement la soude, en solution de 10 pour 100, les hypochlorites et le chlorure de chaux à 20 pour 100 sont des désinfectants efficaces et stérilisent parfaitement les crachats tuberculeux (Vincent). L'hypochlorite de chaux, malgré l'avantage de son prix modique, a l'inconvénient de s'altérer facilement, de ne point se mélanger intimement avec les crachats, et, en outre, de dégager une odeur de chlore fort désagréable pour le malade et pouvant provoquer des quintes de toux. (Vincent).
Le formol en solution ne peut être employé auprès des malades, à cause de son action irritante sur les différentes muqueuses.
j Le lusoforme, qui est un formol saponiné, grâce à sa réaction alcaline, qui lui permet de dissoudre les crachats, possède une action puissante sur le bacille tuberculeux ; on l'emploie à la dose de 5 pour 100.
• ^ Le crésyl à 5 pour 100 désinfecte fort bien les crachats.