CHAPITRE Vil Désinfection des Liivires et des LiettPes
1° Livres. — Il est démontré, depuis longtemps, que la transmission de certaines maladies peut s'effectuer par a manipulation de livres infectés. Nombreux sont les cas c*e variole, de scarlatine, de tuberculose transmis r^ r*itn manière. Knopf, de New-York, a relaté, tout, récemment, l'observation suivante : Vingt employés du bureau sanitaire de Lansing, capitale de l'Etat de Michigan, furent trappes, l'un après l'autre, de tuberculose, et moururent. Des analyses bactériologiques furent faites avec les papiers et les registres dont se servaient habituellement les employés : on y constata la présence d'une grande quantité • le bacilles de Koch. Le point de départ de cette infection avait été la présence d'un employé tuberculeux, qui avait travaillé quelque temps dans le bureau el avait l'habitude d'effeuiller les registres de ses doigts mouillés de salive.
Il est surtout nécessaire de désinfecter les livres des bibliothèques des hôpitaux, qui ont servi cà.des convalescents cl à des tuberculeux, ainsi que ceux des cabinets de lecture et des bibliothèques scolaires. La flore bactérienne qui s'épanouit sur les pages de ces livres est innombrable. Dans ses recherches, Lion a pu compter sur les pages d'un roman de bibliothèque circulante 250 germes par cent centimètres carrés, el 3.350 sur les bords du même livre. Dans un vieil atlas d'anatomie, il a trouvé dans le même espace de 125 à 1.075 microorganismes, et sur des journaux, de 500 à 550.
Diverses expériences sur le papier timbré, oui permis
PRATIQUE DE LA DÉSINFECTION 43f
au même auteur de trouver 800, 3000, 1000, 2400, 1250 et 1676 germes par chaque cent centimètres carrés.
Du Cazal et Catrin ont pu constater d'autre part, outre les microbes banals, la présence sur les pages de vieux livres du « Staphylococcus pyogenes aureus ». Ils ont également démontré la résistance à la dessication du streptocoque, du pneumocoque, du bacille de la diphtérie, avec lesquels ils avaient artificiellement infecté les feuillets d'un livre.
La désinfection complète et sérieuse des livres présente certaines difficultés. Elle mérite toute l'attention du désinfecteur et a fait l'objet d'un grand nombre d'études* que nous allons passer rapidement en revue.
Lehmann (1893), Miquel (1894) et Lion, recommandent comme procédé de désinfection l'usage de la formaldéhyde, qui a l'avantage de ne point détériorer les livres. Knopf conseille aussi ce désinfectant et se sert d'un appareil en fil de fer, destiné à tenir ouverts les feuillets du livre, afin de les mieux soumettre à l'action de la formaline, et la trouve efficace.
M. Barbe (Presse Médicale 22 août 1902), obtiendrait une désinfection sérieuse en suspendant les livres au couvercle d'une boîte hermétiquement fermée. Au moyen d'un petit dispositif, les. feuillets sont élargis. Par un orifice situé au bas de la boîte, on pulvérise de la formaline avec un appareil de Richardson ; l'orifice est ensuite bouché ; l'action du désinfectant doit être d'au moins 24 heures, l'appareil étant placé dans un endroit chaud.
Du Cazal et Catrin, qui ont effectué des expériences avec la formaldéhyde, trouvèrent qu'avec ce produit, la désinfection était souvent incomplète. Ils constatèrent que les pages d'un livre, souillées de bacilles typhiques, n'étaient pas désinfectées. Ils sont d'avis que seule, la désinfection avec la vapeur d'eau donne de bons résultats. Malheureusement, celle-ci ne peut être employée pour les livres reliés : la toile se plisse, le carton se gonfle, le maroquin se détériore.
Le professeur Abba, directeur du bureau d'hygiène de
Turin, a publié un travail très intéressant sur la désinfection des livres par la vapeur d'eau. Il a introduit dans l'étuve Geneste-Herscher 500 livres environ, brochés ou reliés de différentes façons. L'opération terminée, il a constaté que les livres qui avait été déposés à plat n'étaient pas déformés ; ceux dont le bord appuyait sur le dos des autres, présentaient une incurvation supérieure ; et ceux placés droits, et les feuillets écartés, avaient également leur couverture en carton incurvée.
Les livres, sortis de l'étuve encore fumants ,et mis en pile, reprirent leur forme primitive, après refroidissement. L'auteur observa aussi que les reliures en cuir et en parchemin étaient séparées du carton et rétrécies au point d'être réduites à la moitié de leur dimension primitive. Le - cuir subit un ramollissement tel qu'il se colla aux papiers et aux autres volumes, et qu'on fut obligé de le déchirer / pour le séparer. L'intérieur des livres ne fut jamais altéré. Abba préleva 524 échantillons qu'il ensemença dans des bouillons de culture, qui tous restèrent stériles. Il résulte de ces expériences que la vapeur d'eau sous pression ne peut être appliquée qu'à la désinfection des livres brochés.