‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 15 sur 142 · XXII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXII AVANT-PROPOS

à rectifier leur langage médical, car rectifier le langage c'est quelquefois rectifier les pensées qu'il exprime.

^° Mais y dira-t-on^ chacun donnera à une maladie un nom de sa façon j et dès lors'' la science deviendra un chaos dont on ne pourra sortir. Loin qu'il y ait un mal à ce que chacun donne à la maladie qu'il soigne , ou qu'il a vue, un nom en rapport avec ses idées propres, il n'y a ici que de l'avantage; on ne se méprendra pas alors sur les idées qu'il veut exprimer. Il suffira qu'il puisse être compris de tous. Or, il le sera s'il suit une nomenclature admise. La notre l'est, puisque c'est celle que la science consacre ; donc le reproche tombe de lui-même, et loin qu'il y ait chaos, il y aura précision et clarté. Bien plus , c'est que la nomenclature se prête merveilleusement à ce que chacun donne aux nouveaux mots, qu'il sent le besoin de former, une grande netteté jointe à une signification évidente.

8° Que si l'on disait : que l'on ne peut actuellement dénommer organiquement toutes les maladies^ parce qu'il en ést beaucoup dont le siège n'est pas ^encore connu,, nous répondrions que, dans le cas où ce siège ne le sera pas , il faudra conserver l'ancien nom ; que les médecins qui croh^ont le connaître, se serviront d'un terme pris dans la nomenclature pour exprimer leur idée; restera au public médical à juger si l'opinion sur l'état organique annoncé est juste, ou s'il ne s'agit que d'une hypothèse. Quel que soit le jugement porté,^ ce ne sera jamais la nomenclature qui pourra être en défaut, mais bien l'opinion du médecin qui aura émis le mot.

NOMENCLATURE ORGANO-PATHOLOGIQUE. XXllI

9° Enfin^ dit-on^ la nomenclature peut être bonne ^ mais elle ne deviendra pas populaire^- il en sera délie comme des nomenclatures anatomiques de Chaussier ou de M. Duméril; chacun convient de leur utilité, et personne ne s'en sert... G est d abord un grand malheur pour les sciences médico -chirurgicales , qu on ne se serve pas dans les études des termes proposés par ces médecins. On sait avec quelle facilité les faits anatomiques s'oublient; or, cet oubli serait bien moins prompt, si les mots qu'on employait exprimaient déjà eux-mêmes la situation des parties qu'ils désignent. N'est-il pas plus facile de se rappeler la disposition et les rapports du muscle sterno-pubien que ceux du muscle droit abdominal ? Si l'on n'a pas utilisé ces nomenclatures, c'est qu'elles n'étaient point employées dans des écrits classiques ; c'est que les mots étaient difficiles à retenir, c'est qu'il fallait aux anatomistes-professeurs une étude nouvelle pour les retenir, et qu'il y avait enfin ici un peu de ce triste sentiment de rivalité qui, s'il ne peut paralyser le progrès, en retarde du moins la marche. Il arrivera une époque où l'on adoptera les nomenclatures anatomiques, parce qu'elles sont d'une utilité incontestable.

Mais si ces nomenclatures ne sont point généralement répandues, il n'en est pas ainsi de celle de Lavoisier et de Fourcroi. Celle-ci est devenue européenne; elle a été perfectionnée, il est vrai, mais ses principes n'ont pas changé; elle s'est merveilleusement prêtée aux découvertes nouvelles; et cette grande pensée : de nomm«r les corps par des exprès-

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sions qui désignent leurs élémens chimiques, est restée inattaquable.

En sera-t-il ainsi de la nomenclature organo-pathologique? Sans y compter complètement, j'avoue que j'en ai l'espérance; car il est évident que ses principes sont dans la pensée de tous les médecins qui suivent le progrès , bien qu'elle ne soit pas usitée dans leur langage. Nous sommes tous plus ou moins anatomopathologistes ; tous, nous cherchons à rattacher les symptômes à leurs causes organiques; tous, nous voudrions que les mots fussent en rapport avec ces élémens anatomiques ; or, la nomenclature proposée satisfait complètement à l'esprit qui nous dirige tous.

Du reste, le succès de la nomenclature serait à peu près assuré si le Traité de Diagnostic paraissait être au public un ouvrage éminemment utile. Avant la lecture de la fin du livre, on connaîtrait parfaitement la valeur des mots qui y sont employés.

Pour éviter des recherches qui entraîneraient une perte de temps inutile , la signification du nouveau mot a presque toujours été placée, dans cet ouvrage, entre deux parenthèses à côté de cette même expression, et il suffira, comme nous Tavons dit, d'étudier pendant un quart-d'heure le tableau suivant, pour concevoir les principes qui ont dirigé la nomenclature organo-pathologique, et pour les mettre en pratique à l'occasion des mots nouveaux qu'on voudra créer.

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