‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 37 sur 142 · INSPECTION DE LA RÉGION DU COEUR · texte numérisé non relu

INSPECTION DE LA RÉGION DU COEUR

150. L'inspection des parois du thorax et de l'abdomen peut être faite sur des points qui correspon-= dent immédiatement ou médiatement au cœur.

Il suffit, pour la faire ^ de découvrir la poitrine

et Tépigastre, de faire placer le malade sur le dos, puis de le faire asseoir et incliner à gauche et en avant, pour rapprocher le cœur des parois costales. De cette manière les mouvemens que Torgane imprime à celles-ci sont plus apparens. Or, voici ce que la simple inspection fait remarquer :

1 5 1 . Dans quelques cas le sternum et les côtes qui correspondent aux deux premières pièces de cet os présentent un aspect bombé et une voussure remarquables. Ce symptôme, donné par M. Louis, est quelquefois en rapport avec une disposition originelle.

152. Il dépend aussi, dans quelques cas, d'une déviation de la colonne vertébrale. Lorsque celle-ci est courbée de telle sorte qu'elle forme une convexité à gauche et en avant, les côtes suivent cette déviation et présentent une saillie en haut et à gauche. Avant donc que de tirer une induction diagnostique de la voussure des parois thoraciques, il est important d'examiner la colonne rachidienne.

153. Lorsque la voussure du sternum et de la paroi thoracique à gauche de cet os existe indépendamment des circonstances précédentes , elle est souvent en rapport avec un épanchement dans le péricarde. Les espaces intercostaux qui correspondent à celui-ci , sont en même temps dilatés. J'ai constaté plusieurs fois le fait mentionné par M. Louis. J'ai cru aussi le reconnaître dans des cas où il s'agissait d'un développement énorme et très-ancien des cavités droites et gauches du cœur. Quand la poitrine est grêle , ce phénomène est

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plus apparent. La raison physiologique du développement de l'espace correspondant au péricarde ou au cœur volumineux, se tire des rapports de ces parties entre elles. Il est inutile d'y insister.

1 54. Les côteSj le sternum lui-même sont souvent soulevés par les mouvemens du cœur*

155. Pour mieux étudier ce soulèvement, il faut l'examiner dans les intervalles de la respiration, ou encore recommander au malade de suspendre celleci pendant quelques momens. C'est sur les points où la pointe du cœur vient frapper les côtes que le soulèvement est le plus marqué; à mesure qu'on s'éloigne de ces points, il devient moins sensibles. La dimension de la poitrine d'avant en arrière , l'épaisseur des parois costales, le volume de la lame de poumon interposée entre le cœur et les côtes, îe refoulement du diaphragme en haut par une augmentation de volume de l'abdomen, etc., irîflueiit beaucoup sur l'élévation des parois, par suite des mouvemens du cœur; aussi ne peut-on tirer qu'un faible parti en diagnostic de l'inspection des parois s ur le lieu qui correspond à cet organe.

156. Cependant, lorsque les côtes sont fortement soulevées par les mouvemens du cœur, on est autorisé à lui supposer de l'épaisseur et de l'énergie. Lorsque c'est dans un large espace que ces phénomènes sont observés ^ on est porté à penser que les ventricules sont volumineux. Lorsque l'élévation des côtes se fait brusquement et sèchement, dans un espace très circonscrit , on est fondé à croire que l'organe est petit et que sa contraction est active. Lorsque la

poitrine est soulevée dans toute sa partie antérieure à l'occasion des mouvemens du cœur, en peut penser que presque toutes ses parties sont développées. Le cœur de beaucoup de sujets, surtout lorsqu'ils sont assis ou debout, et lorsque l'estomac est vide, retombe vers l'épigastre ; là existe alors un soulèvement en rapport avec les pulsations de cet organe, et qui n'est pas un signe de maladie, mais bien de maigreur et de vacuité de l'estomac. Les battemens épigastriques sembleraient devoir, dans ce cas, plutôt correspondre au ventricule droit qu'au gauche ; mais il serait impossible de rien décider d'une manière absolue sur une semblable recherche.

157. Sander a donné pour signe de l'adhérence du péricarde au cœur des mouvemens très apparens qui auraient lieu à l'épigastre, plutôt à gauche qu'à droite, et un abaissement de cette région, ou plutôt une sorte d'ondulation toutes les fois que l'organe venait frapper les côtes. On a parlé de ce signe comme d'une chose importante, quand il est douteux qu'il soit positif, et comme s'il conduisait à quelque induction thérapeutique utile. Au rapport de Kreysig (vol. 2, p. 623) , le docteur Heim, de Berlin, aurait fait la même remarque, mais Laënnec, sur un très-grand nombre de sujets, parmi lesquels plusieurs avaient des adhérences entre le péricarde et le cœur, n'a rien vu de semblable. M. Bouillaud ne paraît pas non plus attacher d'importance à ce signe.

158. Il m'a semblé, dans des cas d'hydropéricarde < onsidérable , que l'épigastre était plus saillant du côté gauche; mais les observations que j'ai recueillies

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sur ee sujet sont loin d'être assez nombreuses pour que j'affirme ce fait.

1 59. L'absence des mouvemens du cœur à la vue est fréquente. Elle a lieu chez les sujets gras et robustes, et lorsque la poitrine est développée d'avant en arrière, comme aussi chez les hommes faibles et chez ceux dont le cœur a suspendu pour quelque temps son action.

160. On a proposé pour juger de la force et de l'étendue des mouvemens du cœur, de placer un tube plein ^e mercure sur le lieu qu'ocçupe l'organe. L'extrémité de l'instrument en contact avec les parois thoraciques, est un morceau de peau qui supporte le métal par son autre face. A chaque mouvement du cœur , le mercure s'élève à une certaine hauteur dans le tube. Cet instrument dans les mains d'un homme qui en aurait beaucoup d'habitude pourrait avoir de Futilité. Cependant la simple vue suffit souvent pour donner des connaissances analogues à celles que fournirait ce moyen d'exploration , et malheureusement avec ou sans le secours de celui-ci , l'inspection des parois thoraciques ne fournit pas de données positives sur l'état analomique du cœur.

161. Si l'on tient encore exactement appliqué un corps solide, mince et long, tel qu'un stéthoscope, sur la région du cœur, les mouvemens communiqués à ce corps sont très sensibles à la vue, et pourraient donner lieu à quelques recherches, si l'on n'avait pas de moyens d'investigation bien autrement utiles.

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