‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 38 sur 142 · PALPATION OU TOUCHER DE LA REGION DU COEUR · texte numérisé non relu

PALPATION OU TOUCHER DE LA REGION DU COEUR

162. Avant Avenbrugger, elle avait été , avec Tinspection, à peu près le seul moyen de juger directement de l'état du cœur. Les beaux travaux de Corvisart , de Laennec, de M. Bouillaud, etc. , ont conduit à attacher de plus en plus d'importance à la percussion et à l'auscultation , et la plupart des médecins tiennent actuellement fort peu compte de la palpation. Laennec ne la croit guère utile que pour apprécier le frémissement cataire ( Traité de L'Auscult.y t. 2, p. 282, 2^ édit.). C'est peut-être à tort qu'elle est tombée dans ce discrédit. Sans doute, si l'on s'en rapportait exclusivement à ce moyen , elle serait une source d'erreurs ; mais l'auscultatation de l'étendue, du rhythme, de la force, et des bruits ne donne pas toujours de résultats plus certains pour le cœur, et cependant ce serait faire preuve d'ignorance ou de légèreté que de ne pas étudier les signes que, dans ce cas, fournit cette dernière. Les mêmes causes qui trompent pour l'une induisent en erreur pour l'autre; mais toutes deux donnent des documens qu'il ne faut pas négliger.

163. Pour bien palper le cœur, la main du médecin sera placée soit immédiatement sur la peau du malade, soit avec l'interposition d'un vêtement léger; préalablement échauffée , elle sera appuyée à plat sur les parois avec assez de force pour s'identifier en quelque sorte avec eux. On pourra faire placer alternativement le malade sur le dos ou assis , le corps étant

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légèrement incliné en avant et à gauche. La main du médecin sera successivement appliquée : sur les points correspondant à la pointe du cœur ; 2"* sur le sternum; 3** sur Fépigastre. Ici la pression sera modérée, surtout chez quelques personnes pour lesquelles elle est très pénible. Il sera bon d'appuyer successivement la main avec des degrés de force variable , et de la tenir assez de temps dans chacune de ces positions, à lefFet de mieux apprécier la manière dont le cœur se contracte.

164. Pour juger des mouvemens du cœur par la palpalion , ' il est bon , dans quelques cas , de placer la pulpe des doigts dans les intervalles costaux , et de déprimer ceux-ci avec force pour toucher avec plus d'exactitude. C'est surtout alors que le cœur, comme on l'a dit, semble, lorsqu'il est robuste, réagir contre la main qui le presse. La palpation bien faite fait d'abord apprécier la force ou la faiblesse du cœur. La main est-elle soulevée avec énergie et dans un espace limité , chez un sujet de stature médiocre , et dont le thorax est moyennement développé ? il y a lieu de croire que l'organe est fort et que son volume est peu considérable. Eprouve-t-on , au contraire, sur une large étendue, comme je l'ai trouvé dans beaucoup de cas, la sensation d'une forte élévation des côtes? on est porté à penser que le cœur est volumineux et robuste. Les battemens sont -ils imperceptibles (toujours chez un sujet à poitrine dont le développement est moyen)? on en infère que l'organe est faible. Par l'étendue de l'espace où ces pulsations se font sentir , on présume que le cœur à des dégrés variés de développement. Il est très dou-

teux qu'on puisse , par un semblable mode d'investigation, reconnaître que ce développement ait son siège à gauche ou à droite.

1 65. Dans quelques cas les battemens du cœur sont si faibles qu'on ne les trouve pas ; mais il est rare qu'alors on ne les rencontre pas en faisant coucher le malade sur le ventre et en plaçant alors la main sur la région cardiaque. La palpation fait encore très bien juger de la fréquence ou de la rareté, de la régularité ou de l'irrégularité , de la continuité ou de l'intermittence, du rhythme, et enfin du degré d'impulsion des battemens du cœur.

1 66. 11 est encore certaines sensations donnée par la main appliquée sur le cœur, qu'il est très utile de connaître.

i" Le frémissement cataire très bien décrit par Gorvisart, sur lequel Laennec a beaucoup insisté, que MM, Andml, Bouillaud et moi nous avons observé, et qui correspond, dans beaucoup de cas, à des ré~ trécissemens du cœur. C'est une sensation de frémissement , de tremblement qu'on a comparé à celle qu'on éprouve lorsqu'on passe la main sur le dos d'un chat, et que celui-ci fait entendre le murmure de satisfaction que chacun connaît. Ce frémissement est très variable , tantôt il est très fort et se rapproche beaucoup pour la main de la sensation que l'oreille reçoit par le bruit de râpe : il m'a semblé quelquefois sentir comme un frottement très pénible que la main éprouvait ( i ) . Dans deux cas de ce genre , il y

(i) M. Stokes, de Dublin, et M. le docteur Forget, dans plusieurs cas de péricardile , onl aussi îionvé un frémissement lemarquable sur ia ''igion occupée par le cœur.

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avait des ossifications aux orifices du cœur. D'autrefois le frémissement est si faible qu'on le distingue à peine des contractions habituelles.

2** Un mouvement vraiment vermiculaire, mou, qui se fait sentir chez certains sujets très faibles, soit à la suite d'un perte de sang, soit au moment de l'agonie.

3** Un choc très dur de la pointe du cœur contre les parois, désagréable à sentir, et qu'on éprouve d'une manière constante chez certains sujets à poitrine maigre, dont le cœur peu volumineux et robuste est très rapproché des côtes. On retrouve ce choc très dur à de certains intervalles, chez les personnes sujettes à des palpitations dites nerveuses.

167. On peut pratiquer médiatement la palpation du cœur; c'est-à-dire que le stéthoscope ou tout autre corps solide du même genre , appuyé par une de ses extrémités sur la région cardiaque, communique à la main de l'explorateur placée sur l'autre extrémité, la sensation des mouvemens du cœur. C'est surtout l'impulsion ou le degré de force des contractions qu'il est facile de saisir à l'aide de ce procédé.

168. La palpation du cœur est sujette à induire en erreur. Tel sujet dont le cœur est petit, offre des battemens étendus; telle femme nerveuse présente à peine des mouvemens sensibles à la main dans l'état normal , or les impressions morales et des maladies légères donnent alors quelquefois lieu aux palpitations les plus vives et les plus fortes; arrivet-ii qu'une lame de poumon sépare les parois tho-

raciqiies du cœur ? on ne sent pas les battemens de celui-ci, etc.; il faut d'ailleurs tenir compte de toutes les circonstances indiquées à Toccasion de l'examen du cœur par l'inspection, pour donner autant et pas plus d'importance qu'il ne le faut aux signes que la palpation du cœur peut fournir.

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