CARACTÈRES DIVERS DU POULS
qui disparaît au dessous du point cotnprioié avec lo plus de facilité. Le pouls très fort qui imite les vibrations d'une corde d'instrument, a reçu le nom de vibrant ; celui qui est si feible qu'il disparaît pour peu qu'on le touche, a reçu le nom de pouls déprim<^. Pour apprécier celui-ci , ii faut souvent que les doigts n'appuient qu'avec une extrême légèreté.
582. 5" Le pouls grand, est celui dans lequel l'artère présente sous le doigt un large volume; il accompagne souvent le pouls fort , et a reçu , suivant ses degrés et les sensations qu'il donne , les noms de pouls gros , développé , etc. Le pouls petit , est celui qui présente des caractères opposés aux précédons,
585. Dans le pouls plein qui se rapproche souvent du pouls large et fort, l'artère parait distendue par du sang. Le contraire a lieu dans le pouls vide. Il est important de tenir compte de ces deux variétés du pouls.
584. 6° Dans le pouls dur, les battemens de l'artère sont secs, forts, résistans et donnent au doigt la sensation d'un corps solide qui viendrait le frapper. Cette dureté est quelquefois réunie à la petitesse : d'autres fois , elle coexiste avec un état moyen de largeur de l'artère, et ailleurs encore avec une dimension considérable de celle-ci. Pour bien apprécier les qualités de ces diverses pulsations, il faut que le doigt déprime le vaisseau avec un certain degré de force ; cela doit surtout avoir lieu lorsqu'il s'agit du pouls petit et dur, si important à reconnaître, el qui se retrouve souvent dans les phlegmasies graves des viscères abdominaux. Ici, la pression , porîée assez
loin 5 n'efface pas des pulsations qu'au premier abord on aurait jugé très débiles. Le pouls dur se rencontre quelquefois chez des vieillards dont les artères présentent des concrétions dans leurs parois.
585. 7*^ Dans le pouls mou, les pulsations de l'artère sont tout-à-fait douces au toucher : il semble que le vaisseau cède mollement au doigt qui appuie sur lui 5 et cependant les batte mens ne cessent pas pour cela d'avoir lieu.
586. Plusieurs caractères du pouls se combinent souvent entre eux. Ainsi, le pouls peut être à la fois fort , fréquent , plein , régulier et avoir un certain degré de mollesse. Il peut être petit, dur, serré, tendu et offrir des intermittences. On le voit souvent faible, dépressible, presque insensible et en quelque sorte vermiculaire, etc. On étendrait fort inutilement ce paragraphe déjà long, si l'on énumérait avec détail toutes les qualités que le pouls peut offrir.
587. Quel degré de valeur diagnostique a le pouls? Quels sont les états organiques qui peuvent être tra. duits par l'examen des artères, au moyen de la paîpation ?
388. D'abord , les mouvemens de l'artère étant le résultat de la contraction du cœur gauche , il est certain que le pouls exprime Tordre, la régularité, quelquefois la force delà systole du cœur. Aussi, le plus souvent , le voit-on fort lorsque le cœur est robuste et que les orifices sont libres ; régulier, égal , quand les contractions du cœur le sont aussi ; et observe-ton des phénomènes contraires dans des circonstances opposées : de plus, la comparaison entre ia force des
mouvemens du cœur gauche et la faiblesse du pouls, portent à croire qu'il y a quelque obstacle ou quelque rétrécissement au passagfe du sang entre le ventricule gauche et l'artère. Cependant , remarquez que le pouls est loin de traduire dans tous les cas Tétat fonctionnel du cœur. M. Rostan a fait la remarque importante que dans certains cas l'hypertrophie du ventricule gauche coexistait avec un pouls très petit. M. Bouillaod a insisté aussi sur une variété de l'hypertrophie dans laquelle le pouls est très faible ; c'est celle qui consiste dans un épaississement des parois ventriculaires , avec diminution de la cavité qu'ils circonscrivent ( hypercardiotrophie concentrique ). Il est des cas où l'artère étant vide de sang , le cœur bat avec une extrême énergie , et c'est ce qui a lieu quelquefois à la suite des grandes hémorrhagies. Alors , le vaisseau n'a pas de pulsations ; il suffit même, comme nous le verrons bientôt , d'élever le bras chez un homme faible pour diminuer la force du pouls, et cependant le cœur ne change pas alors son mode d'action. Ainsi, il est vrai de dire que bien que le pouls, dans beaucoup de cas , représente assez bien la manière dont le ventricule gauche se contracte , il en est beaucoup d'autres où il donnerait une idée très fausse de l'état de ee ventricule. Quant aux contractions de l'oreillette gauche et du côté droit du cœur, le pouls ne peut guère les faire reconnaître.
589. La palpation d'une artère, peut faire juger, dans certains cas, non seulement de l'oblitération de ce vaisseau , mais peut encore conduire à reconnaître
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le même état dans une artère éloignée en communication avec celle qu'on explore. C est ainsi que trouvant , dans un cas , l'absence subite des battemens de la radiale et de l'axillaire d'un côté , jointe au refroidissement du membre et des symptômes de ramoliisscment cérébral du même côté , nous avons annoncé une oblitération d'une artère dans le cerveau. Comme la carotide de ce côté donnait des pulsations fort évidentes , nous en avons conclu que c'était la vertébrale dans laquelle la circulation ne s'effectuait plus. La nécroscopie vérifia le diagnostic. ( Bulletin Clinique , n° 102 ). Un second cas du même genre a été vu en villepar M. Leroy d'Etiolés et par moi; malheureusement la nécroscopie ne put pas être faite.
690. Les organes, autres que ceux de la circulation , lorsqu'ils viennent à être malades , irradient sur celui-ci, et déterminent des modifications dans son mode de contraction ; de là l'accélération, l'irrégularité , la diminution ou même la suspension momentanée de la circulation, et puisque dans beaucoup de cas , le pouls traduit l'état du cœur, l'influence que les organes exercent sur ce dernier, peutêtre, jusqu'à un certain point, appréciée parle pouls. Ainsi, vous verrez dans les phlegmasies aiguës et simples du poumon, du foie, des organes qui reçoivent de larges et nombreux vaisseaux, le pouls présenter de la force, de la largeur, quelquefois réunies à un certain degré de mollesse ; ainsi, vous observerez que dans les inflammations des membranes séreuses dont les vaisseaux sont si ténus et imperceptibles, le pouls est dur, petit, serré; ainsi lors-
♦ aleur diagnostique du pouls. 261:
qu*à la suite d'une encéphalohémie, raction nerveuse est diminuée , le pouls est souvent lent , fort , vibrant ; le cœur alors se contracte moins souvent et se contracte plus fort à chaq^ue fois, etc. Ces faits sont hors de toute contestation , et fréquemment on en rencontre de pareils ; mais il y a loin de là à ces opinions de Fouquet, suivant lesquelles telle ou telle nuance fugitive du pouls correspondait à la souffrance de tel ou tel organe. D'abord, il est plus que douteux qu'un organe quelconque donne lieu à un pouls spécial, et l'on voit le pouls petit et serré dans telle lésion du foie , du poumon ou du cerveau , tandis que dans certains cas de péritonite, il a de la largeur et une fréquence moyenne. Dans un accès de fièvre, le pouls, d'abord petit, devient fort quelques heures plus tard, puis mou et ondulant; or, c'est toujours le mémo appareil d'organes qui souffre, et cependant le pouls varie. îi suffit d'une anhématosie partielle et incomplète , pour que le pouls devienne petit et faible , bien que le poumon soit atteint de l'inflammation la plus franche. Il suffit d'une stase momentanée à la circulation, d'un changement quelconque dans les qualités ou dans les quantités du sang , pour donner au pouls des caractères qui sont loin d'être en rapport avec l'état de tel ou tel organe. Vouloir donc reconnaître une maladie exclusivement par l'inspection du pouls, serait n'être pas plus sage que ceux qui prétendent le faire par l'inspection de l'urine. Voulolp spécifier par tel caractère du pouls, le siège d'une maladie, ce serait tenter une chose aussi peu certain^
que de chercher, comme le font encore certaines personnes , à reconnaître l'état de grossesse par la paîpation de la radiale.
591. Mais peut-on arriver par l'examen du pouls à déterminer qu'une maladie est située au dessus ou au dessous du diaphragme? Sans doute on trouve quelquefois que le pouls est petit j serré et fréquent dans les phlegmasîes des intestins ou du péritoine; mais souvent aussi, il est large dans les mêmes cas. Il est fréquemment fort , développé dans Fhépatite , la métrite 5 la néphrite. Le pouls est petit et dur , dans l'arachnoïdite et souvent aussi dans la splénite. N'adoptons donc qu'avec réserve et que comme inductions générales, toutes ces assertions sur des diagnostics établis par l'examen du pouls, assertions qu'on admettait il y a encore peu d'années comme des vérités de premier ordre,
592. L'examen du pouls est à coup sûr un des meilleurs élémens pour juger approximativement des quantités de sang du sujet. En effet, quand le pouls est plein , fort , développé , lent , il y a lieu de croire que le malade a beaitcoup de sang; mais pour tirer de ce fait quelque parti, il faut examiner plusieurs artères et retrouver partout les caractères qui viennent d'être signalés. Dans quelques cas d'hyperhémie partielle , ces caractères ne se retrouvent que dans quelques vaisseaux. C'est ce qui a lieu dans les grosses artères dont les branches se rendent à des parties enflammées. L'examen du pouls pourrait conduire à des erreurs sur les quantités de sang et sur îa facilité avec laquelle certaines personnes peuvent
supporter les saignées. Ainsi, les sujets à pouls très large et très plein, ont souvent une syncope très prompte pour une perte de sang dont un homme à arlères petites et faibles ne serait en aucune manière incommodé.
593, Certains caractères du pouls expriment-ils un état particulier de l'appareil circulatoire en rapport avec un changement futur qui doit avoir lieu dans l'organisme ? Les anciens et beaucoup d'auteurs modernes résolvent cette question par l'affirmative , et pensent que l'état du pouls annonce quelquefois les crises. C'est ainsi que le pouls ondulant ^ ou encore celui dans lequel chaque battement va en augmentant du premier au quatrième , pour rebaisser ensuite et recommencer ainsi dans le même ordre , annoncent la sueur; que le pouls myure ou décroissant inverse du précédent, est suivi de crises par l'urine; que le pouls qui frappe deux fois le doigt oo dicrote (pul sus biferiens ) , est suivi d'iiémorrha^ies , etc. Sans doute on ne peut admettre dans toute leur étendue ces idées de Gallien, de Solano de Lucques et de tant d'autres, car on voit les caractères du pouls exister sans qu'il se déclare de crises ; mais d'autres fois les faits sont d'accord avec ces assertions , et tel était par exemple le cas cité précédemment (n*" 677).
594' Bans l'intention de déterminer le degré de valeur significative qu'avait l'examen du pouls en diagnostic, sous le rapport de ses divers caractères, et principalement sous celui de la fréquence; j'ai cru devoir prendre au hasard cent observations parmi celles beaucoup plus nombreuses que j'ai recueillies à l'Hô-
tel-Dieu, et comparer dans chacune d'elles les caractères du pouls avec la nature ou le siège de la maladie; or voici à quels résultats ces recherches ont conduit :