EXPLORATION DES GAKGLIONS LYMPHATIQUES
avant de déclarer tuberculeux ou scrophuleux des enfans ou des femmes dont les glandes lymphatiques gont engorgées , recherchons bien si la maladie n'est pas locale, si elle ne provient pas d'une cause organique ou humorale agissant sur les points d'où les vaisseaux qui aboutissent aux glandes ont pris naissance,
714. Rappelons nous-mêmes qu'une cause locale a pu autrefois avoir existé, déterminé l'engorgement ganglionaire, s'être dissipée depuis et avoir laissé subsister l'afïecîion des glandes dont il s'agit ; ainsi, de ce que vous avez fait arracher une dent cariée , il n'en résultera pas absolument que le ganglion lymphatique qui aura été engorgé consécutivement doive pour cela revenir de suite à son état normal.
715. 11 faut encore se rappeler qu'un ganglion lymphatique devenu malade à l'occasion d'une aifecîion locale peut entraîner à la suite une lésion semblable dans d'autres parties du système lymphatique. Ce phénomène est capital, il ne tient pas à un vice ou à un virus spéciaux, mais bien à cette loi organique si remarquable et qui n'a pu être appréciée que depuis les importans travaux de Fauteur du traité des membranes , loi en vertu de laquelle une même affection se reproduit avec facilité dans les diverses parties d'un même système d'organe.
716. Pour admettre qu'un vice scrophuleux existe, il faut donc réunir beaucoup plus de documens que ne le comporte l'examen des ganglions du cou , et bien rechercher surtout si les engorgemcns qu'on y
trouve sont ou n'ont pas été la conséquence d'unemaladie locale.
717. L'engorgement des ganglions de l'aisne , à la suite d'une afieelion de la vergej n'indique pas non plus que celle-ci soit d'une nature syphilitique; on voit en efFef beaucoup d'affections du gland produites par une cause externe ou autrement, être suivies de ces engorgemens et guérir sans aucun traitement spécifique : à plus forte raison ne peut-on pas regarder comme vénériens beaucoup de bubons de l'aisne dont on ne reconnaît pas la cause locale; s'ils survenaient à l'aisselie, on ne les considérerait pas comme syphilitiques, pourquoi à l'aisne le seraient-ils plus qu'ailleurs?
718. Cependant, quand on trouve des gîandea engorgées à l'aisne il faut toujours rechercher si elles ne sont pas en rapport avec des ulcérations vénériennes du gland, ou avec des écoulemens de l'urètre.
719. Les ganglions lymphatiques de l'aisselle qu'on rencontre engorgés et indurés conduisent aussi à rechercher si les glandes mammaires ne contiennent pas d'indurations squirréuses; on sait que dans le cas affirmatif , c'est une chance mauvaise pour les suites de l'opération du cancer au sein que la présence de ces engorgen^ens axilîaires. Les mêmes considérations sont applicables aux ganglions de l'aisne, lorsqu'il s'agit de carcinomes delà verge, du testicule ou des parties qui sont les points de départ des vaisseaux qui se rendent à ces ganglions.
720. Des masses considérables de ganglions lymphatiques engorgés existant au cou, sous les clavicules,.
328 ANGIO-LYMPHYTE.
et à l'aisselle font redouter, et quelquefois avec raison, Fexistence d engorgemens semblables dans les glandes pulmonaires ou bronchiques.
SPÉCIAL ET COMPAKATIF DES AFFECTIOiVS DES VAISSEAUX ET DES GANGLIONS LYMPHATIQUES.
721. x"" Angio-lymphite (inflammation des vaisseaux lymphatiques). Ses caractères ont été donnés aux u"' 696 et suivans.
2° Ganglionite ^ douleur, engorgement plus ou moins considérable , d'abord dur , résistant , sur le giége ordinaire d*un ou de plusieurs ganglions lymphatiques; presque toujours les orifices afFérens de ces ganglions malades correspondent à des parties ulcérées ou contenant des liquides altérés. Les jours suivans, ramollissement de la tumeur ; ce ramollissement est ordinairement partiel, il a lieu d'abord au centre, et envahit lentement la masse engorgée. Plus tard encore, fluctuation évidente au centre de la tumeur dont la surface devient rouge ; la peau s'amincit, puis le pus s'écoule ; quelquefois, le ganglion reste engorgé et enflammé sans suppurer , ou il y a des suppurations partielles qui se résorbent. Les vaisseaux lymphatiques voisins participent souvent à la maladie qui se propage quelquefois à d'autres ganglions, etc. La spécificité de ces inflammations ganglionaires n'est pas appréciable par des caractères physiques. Un bubon vénérien ne diffère pas pour l'apparence d'un bubon produit par une autre cause. Ce sont les circonstances commcmoratives, l'existence
d'autres ulcérations ou d'autres symptômes, la marche de la maladie, quelquefois le traitement, qui font reconnaître ou du moins soupçonner la nature du mal. Les ganglionites de nature putrides [typlio-ganglionites , comme dans la peste d'Orient) ont une tendance marquée à la gangrène, etc.
22, Hyper gangUonitrophie (augmentation de volume des ganglions). Tumeurs développées sur les points où se trouvent les ganglions lymphatiques ; circonstances antécédentes de ganglionites ou de causes locales qui les produisent; ces tumeurs offrent des formes variées, qui paraissent plutôt en rapport avec telle dégénérescence ou avec telle autre (Voyez n" 707)5 c'est à la chirurgie d'établir les caractères diagnostiques des bubons de l'aisne, des hernies et de quelques autres affections : remarquons seulement ici que les tumeurs des ganglions donnent, par la percussion plessimétrique, de la matité avec résistance au doigt lorsqu'ils sont encore durs ; que cette résistance cesse quand du pus est formé, et que Fentérocèle donne, suivant les substances variées qu'il peut contenir, de la sonoréité, de l'élasticité, du bruit humorique, et rarement de la matité.
§ YII. Exploration du sang.
723. Dans les temps où les théories, presque exclusivement humorales , régnaient dans les écoles , l'examen du sang devait être considéré comme de la plus haute importance dans le diagnostic des maladies. Il semblerait donc que l'on devrait trouver dans
330 EXPLORAïlO.^ DU SANG.
les anciens livres des matériaux nombreux et d*un grand prix sur ce sujet, il n'en est malheureusement pas ainsi : comme on n'avait pas d'idées précises sur les fonctions et sur les altérations du sang, ni de nolions chimiques et physiques étendues, les documens que les anciens possédaient sur ce point étaient insufFisans et le plus souvent dénués d'utilité pratique; ils n'avaient pas, au moins, ce degré do positivisme qui, de nos jours, est recherché en médecine.
724* Lorsque les théories exclusivement solidistes, organiques ou même vitales, succédèrent aux explications humorales, on ne s'occupa du sang que pour nier ses altérations.
725. Les hommes du progrès cherchent actuellement à étudier l'homme sain et malade dans tous ses élémens organiques; et un humorisme rationnel, comme le dit avec tant de justesse M. Forget , vient se mêler au solidisme modéré et k l'appréciation des phénomènes mécaniques.
726. L'importance de l'étude du sang dans les maladies est fondée sur des travaux nombreux qui ne permettent plus de négliger ce point de la science.
727. Les uns ont consisté dans des recherches physiologiques ; il faut citer parmi celles-ci :
728. Les expériences de Goodvv^inn et de Bichat sur l'hématose, de MM. Magendie, Gaspard, sur l'absorption des substances putrides et sur leur mélange avec le sang; celles des mêmes physiologistes, de Fodéra et des médecins américains relatives à la présence dans la circulation de matériaux ou de médicamens fournis par les diverses voies d'inhalation.
Les recherches de Prévost, Damas et Ségalas constatant que dans certains cas l'urée existe dans le sang; les expériences de MM. Orfila et Chevreul découvrant dans ce liquide la présence des matériaux de la bile; l'histoire des empoisonnemens dans le traité de la toxicologie ; les expérimentations de M. Baruel sur le fer contenu dans le cruor en quantité notable, et sur un arôme particulier et propre au sang des diverses espèces d'animaux , etc.
729. D'autres doc u mens ont été le fruit d'observations pratiques ou cliniques sur l'examen direct du sang.
730. Tels sont les faits pathologiques recueillis sur la couenne inflammatoire par MM. Raiier, Davy, Gendrin, Andral, et mes recherches sur ce même sujet, auxquelles ont contribué MM. Scelle Montdézert et Lhéritier ; tels sont les caractères variés du sang dans les maladies dites putrides, observés par MM. Ollivier [Traité du typhus traumatique), Récamier, Bouillaud , etc. ; telles sont les recherches de Laennec et de beaucoup d'autres sur les caractères des coagulations du sang pendant la vie ; celles de M. Yelpeau sur des productions accidentelles contenues dans des caillots sanguins ; tels sont encore les faits nombreux que j'ai publiés [Traité de mcd. prat, art. Pyoliémie) et dans lesquels je crois avoir démontré que le pus est dans certains cas mélangé avec les fluides circulans. Telles sont encore les recherches de M. Donné sur les caractères que présente la coagulation lors de la pyohémie (pus dans le sang).
751 D'aulres travaux ont consisté dans des obser-
valions cliniques et dans l'appréciation des causes et des symptômes des maladies.
752. Tels sont les faits nombreux de maladies épidémiqaes causées par l'encombrement ou la respiration d'un air altéré ; c'est ce qui a été observé par Desgenettes, Percy, etc., pour le typhus; par Chaussier, Desormeaux , Cruveilhier, pour la péritonite puerpérale; par moi-même, pour l'entérite typhohémique et pour le choléra. Tels sont ces cas dans lesquels une piqûre de scalpel imprégné de détritus de cadavres, ou une plaie faite avec une lancette souillée de substances putrides ont déterminé des phénomènes généraux graves qu'on ne peut guère expliquer que par l'abord dans le sang de matières putrides. Tels sont les phénomènes qui suivent la phlébite typhohémique (putride) , et qui ont été étudiés avec tant de soin par Hogdson, Breschet^ Dance, Blandin, Maréchal, Tonnellé, INonat, etc.; telle est encore l'inoculation de poisons dans le sang causant une mort prompte; telles sont les toxicohémies (empoisonnement du sang) par les gaz délétères, toxicohémies qui sont la conséquence de la respiration de ceux-ci; tels sont quelques travaux de Hallé sur l'anhémie, et de ceux^ qui l'ont suivi sur la syncope et sur ses effets; telles sont eofm les recherches de percussion qui ont fait apprécier approximativement les quantités de sang contenues dans les organes.
733. Des recherches microscopiques ont encore contribué à attirer l'attention sur les altérations du sang; et parmi celles-ci il faut noter les investiga-
tions auxquelles se sont livrés messieurs Prévost et Dumas, Milne Edwards, Raspail, Donné, et celles des expérimentateurs anglais et allemands.
734. Ce sont des travaux aussi nombreux et aussi variés qui ont conduit à modifier puissamment les théories solidistes exclusives. Ce sont de tels faits qui exigent qu'en diagnostic on porte une grande altentioa au sang.
INSPECTION
735. L'inspection du sang oul'hémoscopie peut être faite dans les vaisseaux capillaires et veineux pendant qu'il circule, nous en avons parlé ailleurs (n°' 602, 668 ) , notons seulement que d'après les recherches précédentes sur le cœur, les artères, les veines, les capillaires, et d'après celles qui suivront sur le volume du foie, de la rate, des muscles, sur la densité des poumons , on peut déterminer approximativement les quantités de sang d'un sujet; reconnaître : qu'il y a poly-hyperhémie (pléthore) , poly-anhémie (défaut de sang) ; que le malade a encore une quantité notable de sang; que ce liquide est décoloré comme dans la chlorose , le cancer ; ou trop coloré ( hyperhématosie ) ; ou non hématosé (anhématosie) , etc. ; qu'il est plus séreux (hydranhémiej ; ou qu'il est épaissi , privé de sérum ( anhydrohémie) , etc.
736. L'inspection du sang peut être faite lorsque ce fluide sort de ses vaisseaux. Or, tantôt il suinte en nappe lorsque ceux-ci sont capillaires , tantôt par un jet continu lorsqu'il s'écoule d'une veine; tantôt par
f334 INSPECTION BU JCT DU SANG.
saccades et avec violence lorsqu'il s'échappe directement d'une arière.
737. La manière dont l'écoulement du sang s'opère, fournit des données utiles au diagnostic : i** d'abord, ainsi que nous venons de le dire, le jet saccadé et intermittent annonce, le plus souvent que le liquide sort des artères ; et la force de ce jet, le volume de la masse de sang qui s'échappe indiquent assez bien ia grosseur du vaisseau, et sa position plus ou moins rapprochée du cœur. Souvent aussi , l'énergie de contraction de celui-ci est représentée par la force avec laquelle le sang est projeté, et par la distance à laquelle il est lancé ; c'est ainsi, que dans les premiers temps des hémorrhagies artérielles , on voit en général le sang être porté très loin, et l'être moins plus tard lorsque le cœur s'affaiblit par suite de l'écoulement du liquide. Cependant, des circonstances purement locales, peuvent influer sur l'étendue et la force du jet : c'est ainsi, que le degré de largeur de la plaie de l'artère, la portion du cylindre de celle-ci qui a été intéressée, la profondeur à laquelle le vaisseau est placé , le nombre et la disposition des tissus intermédiaires à la plaie de l'artère, et à celle des tégumens, etc., modifient beaucoup la manière dont le sang s'échappe. De plus amples détails sur ce sujet seraient du ressort de la séméiologie chirurgicale.
708. 2° Le plus souvent, le sang sort des veines en formant un jet continu si la veine est considérable et si un obstacle quelconque est placé entre l'ouverture du vaisseau et le cœur. La force et le volume de ce jet sont subordonnés à plusieurs éîémens dont il est
Utile de tenir compte : i** à la dimension de la veine ouverte, c'est ainsi que les veines volumineuses donnent lieu, toutes choses égales d'ailleurs, à un jet plus fort que des veines moins ^r(9S5f s ne le font; 2° au nombre des branches veineuses qui se rendent au vaisseau intéressé, et à leurs communications anastomostiques avec d'autres veines ; 3° à îa distance à laquelle ces vaisseaux se trouvent du cœur; 4'' à la position déclive ou élevée dans laquelle se trouve la veine par rapport aux autres parties de l'appareil circulatoire. Cette dernière remarque est d'une haute importance. On en tire parti pour l'opération de la plîlébotomie, car le sang coule plus vite du bras abaissé que de ce bras tenu élevé. [V, Procédé opératoire^ n*" 471-)
759. Un fait remarquable , recueilli à ma clinique par M. Le Heverend, et consigné dans la Lancette ^ a confirmé encore l'influence de la position sur le cours du sang veineux. Celui-ci sortait par un jet énorme et continu de Fulcération d'une veine variqueuse. Le malade avait les extrémités inférieures déclives. L'hémorrhagie fut énorme., le péril pressant. L'élévation de la jambe au-dessus du niveau du tronc, fut suivie d'un effet si prompt qu'à l'instant même l'écoulement s'arrêta ; il semblait, disait le malade, que le goulot d'une bouteille avait versé du sang, et qu'il avait cessé ensuite d'en répandre, comme si l'on avait relevé ce goulot.
74o* Lorsqu'on tient compte de toutes ces circonstances, et de plusieurs autres qui tiennent, soit aux conditions locales dans lesquelles la plaie du vaisseau
peut se trouver, soit aux ligatures qui peuvent être placées, soit à la coagulation du sang, soit aux contractions musculaires, etc., la force et l'étendue du jet du sang veineux, vous instruisent de l'énergie des contractions du cœur et de la force de la circulation :
74 1. Ainsi, lorsqu'une syncope est sur le point de survenir, vous voyez le sang s'écouler avec moins de force, couler par nappe, et s'arrêter.
742. Ainsi, sur les sujets dont l'action du cœur est diminuée, soit par suite de dilatation, soit parce qu'il est faible, vous obtenez à peine un écoulement de sang par la saignée, et c'est goutte à goutte que vous le voyez sortir. Sous l'influence de la phlébotomie l'action cardiaque seranime-t-el!e?vous voyez le jet du sang s'étendre, sa force augmenter, et quelquefois devenir telle que le fluide est lancé à plusieurs pieds. C'est surtout dans l'hyper -cardiectasie à gauche (dilatation du cœur gauche), que ce phénomène est remarquable, et dans une vingtaine de cas, j'ai vu la projection du liquide devenir très considérable à la fin, tandis qu'au commencement elle était très faible. En même temps la percussion médiate démontrait que le cœur diminuait de volume. La même influence de l'évacuation du sang sur le jet de la veine, est remarquable dans les pneumohémies portées loin.
745. De tous les cas de ce genre que je pourrais citer, aucun, sans doute, ne fut plus remarquable que celui d'un jeune homme qui, au moment de l'épidémie du choléra, fut atteint, à la Salpêtrière, d'une congestion très violente du poumon , de suf-
focation, et auquel je pratiquai une saignée de près de trois livres j qui, conjointement avec lexpectoration d'énormes crachats, remédia aux symptômes, d'une manière presque subite, et augmenta de beaucoup rétendue du jet de sang.
745. On possède donc dans Fexamen de îa manière dont coule le sang veineux, un moyen de plus de juger de la force du cœur; vous trouverez le jet fort, étendu, chez les sujets robustes et qui auront beaucoup de sang; faible et rapproché du membre, chez ceux qui seront dans un cas contraire. Lors des obstacles à la circulation, un des meilleurs moyens pour bien juger de FefFet des saignées, et Tune des raisons qui doivent encourager à les porter plus loin, c'est de voir le jet du sang s'étendre à mesure que l'on en tire. Il faut noter cependant, que dans certains cas, immédiatement après le grand jet, tout-àcoup ce jet s'affaisse, le cœur faiblit beaucoup, et il survient une anencéphalohémie (syncope) grave. C'est un fait de plus pour nous prouver qu'on ne doit pas s'en tenir à un seul mode d'exploration, mais qu'il faut profiter de tous les moyens d'investigation quand il s'agit d'apprécier les quantités de sang qu'on doit extraire.
746. Quelquefois, quoique rarement, le jet des veines est saccadé. Cela a lieu, dans certains cas, pour les veines jugulaires externes, surtout lorsqu'elles sont assez dilatées pour que les valvules situées entre le cœur et le vaisseau soient insuffisantes. Quand il en arrive ainsi et lorsque ce phénomène à lieu pour d'autresveines , c'est que la circulation se fait rapidement
et que les capillaires sont très promptement traversés par le sang. J'ai observé quelquefois le jet saccadé du sang veineux lorsque la respiration était très activée et que les contractions du cœur étaient énergiques.
747- Lorsque le sang veineux, à la suite de la phlébotomie, coule par un jet saccadé, comme il arrive, ainsi que nous le dirons bientôt, que ce sang est alors plus vermeil que d'ordinaire, on pourrait quelquefois craindre d'avoir ouvert une artère. La compression au-dessous de la plaie, en arrêtant Femmorrhagie, fait dissiper une telle appréhension.
748. La manière dont le sang coule des capillaires, soit par les hémorrhagies des membranes, soit par la division des petits vaisseaux à l'occasion des morsures de sangsues ou de tout autre agent mécanique, se prête à peu près aux mêmes considérations que les hémorrhagies veineuses. Cependant quelques remarques sur ce sujet ne paraissent pas ici déplacées.
749- Les hémorrhagies capillaires peuvent se continuer quoiqu'il y ait peu de sang et que le cœur soit faible. Cette circonstance est très grave, compromet quelquefois la vie des enfans, et doit rendre très circonspect sur les écoulemens de sang locaux qu'on obtient dans le jeune âge. Il serait bon que le médecin ne quittât jamais un enfant tant que les morsures de sangsues donnent du sang. On voit ces hémorrhagies persister si la tête n'est pas tenue très élevée; les laryngorrhagies , les métrorrhagies continuer tant que les parties qui en sont le siège, restent très déclives par rapport aux autres.
760. C'est surtout des capillaires, que le sang sort quelquefois par petits jets ou par gouttelettes qui grossissent manifestement à chaque contraction du cœur. Ceci a lieu lorsque les mouvemens de cet organe sont forts, et que la circulation est très active ; aussi, cette espèce d'écoulement sanguin indique en général, une activité plus grande de circulation.
761. La coloration du sang au moment où il sort des vaisseaux, est en diagnostic, un fait très important à constater : i"* En général^ le liquide qui sort des artères est rutilant ; celui des veines rouge-noirâtre, et celui des capillaires tient le milieu entre ces deux espèces de sang. Dans l'état anormal, le fluide qui s'écoule des artères est quelquefois foncé, et presque analogue à celui des veines ; c'est ce qui a lieu dans Fanhématosie (asphyxie). Comme il est très rare qu'on ait en diagnostic, l'occasion d'observer le sang qui sort des artères, il ne serait pas convenable d'insister d'avantage sur ce sujet.
762. ^ Le sang qui sort des veines, est quelquefois beaucoup plus foncé que d'ordinaire. Le vulgaire croit voir dans ce fait la preuve de la nécessité de la saignée. Le médecin y reconnaît une altération de l'hématose. Celle-ci peut être due à plusieurs causes dont voici quelques-unes : i° une circulation très lente, qui fait que le sang passant en petite quantités à la fois dans les poumons, il doit être peu aéré ; 2" une lenteur marquée dans le cours du sang qui traverse les capillaires d'où émane la veine qu'on saigne, car alors le fluide s'y dépouille complètement de son apparence vermeille; 5° une très petite quantité de sang;
4° la perte d'une grande partie de sa sérosité (plusieurs des circonstances précédentes contribuent dans le choléra, à rendre le sang noir); 5° une respiration faible et incomplète. Ce dernier accident peut à son tour, être produit par beaucoup* de circonstances telles que : une lésion nerveuse qui gêne Faction des muscles inspirateurs ; le défaut d'oxigène ; la présence d'un air altéré dans les voies bronchiques; des, causes mécaniques qui, comme le météorisme, mettent obstacle à l'abaissement du diaphragme ; des causes agissant en dehors de la trachée, comme une tumeur qui la comprime , ou en dedans des voies aériennes, comme de l'écume qui les remplit et empêche l'oxigène de parvenir jusqu'aux vésicules pulmonaires.
753. Quelquefois au contraire, le sang qui sort des veines est très rouge ; c'est un indice que l'hématose se fait très bien , et que la circulation est fort active. C'est surtout dans ce cas que le sang veineux parait s'écouler un peu plus fort chaque fois que le cœur se contracte. On le trouve souvent d'un beau rouge dans la polyhyperhémie compliquée d'hémite. Dance assure l'avoir vu d'un rouge très vif au début des fièvres et du typhus. Il était d'un rouge cerise très brillant chez des chiens qui avaient été soumis à l'action du gaz qui se dégage lors de la première îgnition du charbon.
754. Souvent, durant le temps que l'on met à pratiquer la phlébotomie, le sang change de couleur. D'abord noir, il devient successivement plus rouge, et finit par être rutilant. C'est, en général, un in-
dice que d'abord la circulation et la respiration étaient gênées, et que plus tard cette gêne s*est dissipée.
755. M. Gendrin [Journal gén, de Médecine) assure que dans un cas, le sang de la veine est sorti trouble; il devint rouge, blanchâtre et marbré à mesure qu'il se refroidissait; quelques gouttes tombées sur le carreau prenaient l'aspect du chocolat au lait. Au bout d'une demi-heure le caillot nageait dans une grande quantité d'un fluide semblable à du lait.
756. 3° La couleur du sang qui sort des capillaires est plus ou moins rouge ou noirâtre, suivant qu'un plus ou moins grand nombre d'artérioles ou de veinules sont intéressées, comme aussi suivant la facilité ou la gêne avec lesquelles la respiration s'effectue. Dans quelques cas ce sang est très rosé, très clair, presque transparent. 11 semble que ce soit de l'eau colorée en rouge qui s'échappe des vaisseaux capillaires 5 c'est ce qu'on observe dans la polyanhémie et dans l'hydrohémie. C'est ici un indice d'être réservé dans l'emploi des saignées. D'autres fois, le sang est en quelque sorte anhydre , noir, épais , poisseux , c'est ce qu'on voit dans l'entérorrhée cholérique , et dans les autres cas où par une cause quelconque, le sang a perdu beaucoup de sérosité.
767. Le sang qui s'écoule par les hémorrhagies capillaires, présente des caractères très variés de coloration d'après les circonstances qui viennent d'être énumérées, soit pour les veines, soit pour les lésions traumatiques des capillaires. De plus, il est quelques caractères spéciaux qu'il présente, et sur lesquels il est utile d'insister :
768. D abord, il est souvent mêlé avec les fluides que contiennent les organes, ou avec les liquides qu'ils sécrètent, et ces circonstances ne sont pas indifférentes pour reconnaître ia source de ce sang; ainsi son mélange avec les alimens d'une part, ou avec Fair et des mucosités spumeuses de l'autre, semble indiquer qu'il provient de l'estomac dans un cas, ou des voies aériennes dans l'autre. Ensuite, les variations de coloration du sang peuvent dépendre de son mélange avec d'autres liquides, ou de son séjour dans les organes. C'est ainsi que : du sang rouge vermeil, rendu spontanément et promptement paries voies aériennes, indiquera qu'il a peu séjourné dans h's organes respiratoires; que sa teinte foncée au contraire, sera en rapport avec une hémorrhagie déjà ancienne et dont les produits auront plus ou moins long-temps été contenus dans les voies de l'air. Ceci est surtout remarquable pour les crachats, et nous aurons, plus tard, l'occasion de revenir sur ce fait. Contentons-nous de dire ici : qu'au moment de la sortie du sang des vaisseaux, il est souvent rouge, et que s'il séjourne même dans les parties oii il est en contact prolongé avec l'air, il devient à la longue d'une teinte noirâtre. Dans ces derniers temps, M. Donné a trouvé des globules purulens, épars dans le sang liquide d'un homme qui avait succombé à une résorption purulente. Ce sang avait une couleur violacée, et diaprés M. Donné cette coloration pourrait bien être en rapport avec le mélange du pus et du sang. Il faut attendre de nouveaux faits avant d'admettre la relation indiquée entre la présence de
CQACULATION DU SANG. 313^^
pus dans le sang et la coloration violette de ce liquide.
769. L'inspeclion du sang tors de sa coagulation,^ est aussi de quelque importance. Ce n est pas ici le: lieu d'étudier ce phénomène physiologique décrit différemment par beaucoup d'auteurs, mais bien d apprécier les inductions diagnostiques auxqu'elles conduit la manière dont il s'exécute. Ce sujet est fort difficile à traiter, car on sait que la température, la forme du vase , la quantité de sang répandue, et une infinité d'autres circonstances modifient puissamment la rapidité de la coagulation. Dans l'état actuel de la science, on peut seulement avancer que, toutes choses égales d'ailleurs, la promptitude de la coagulation est une raison pour croire que le sang est plus riche, plus vivant , et appartient à un sujet plus robuste.
760. M. Donné auquel j'avais fait remettre du sang altéré, suivant moi, par du pus, a lait, à l'occasion de mon travail, des recherches sur l'influence que le mélange du pus et du sang peut avoir sur la coagulation. Il a remarqué que si l'on ajoute du pus au caillot une fois formé, il n'y a aucune action de produite. S'il arrive que ce mélange ait lieu au moment où le sang vient de sortir de la veine et avant la coagulation , celle-ci se fait comme à l'ordinaire ; mais tandis que dan^ l'état normal, le caillot ne se liquéfie qu'après plusièurs jours, il arrive pour ce sang traité par le pus, que la liquéfaction a lieu au bout de huit, douze ou vingt heures. Si la quantité de fluide purulent est considérable, la liquéfac^ tion peut commencer dès la deuxième heure.
761 . Il semblerait d'après ces faits que la promptitude de Ja liquéfaction du caillot serait un indice de la présence du pus dans le sang; mais cet indice serait bien faible ; car on conçoit qu'une foule d'autres causes organiques pourraient produire cet effet. Il faudrait surtout savoir si c'est bien par les qualités spéciales qui sont propres au pus, qu'il agit sur les molécules du sang, ou bien si cette action est due aux qualités septiques que les liquides purulens sont si disposés à prendre. Si cette dernière supposition était vraie, le caractère précédent serait tout-àfait décevant puisque tout liquide putride pourrait produire des effets du même genre.
762. Ajoutons encore que les quantités de pus ajoutées au sang par M. Donné sont infiniment supérieures à celles qui peuvent y être portées pendant la vie ; que dans ce dernier cas elles y sont mélangées lentement et que rien ne se passe sur le vivant comme dans les expériences qui viennent d'être citées. Il y a donc lieu de croire que les caractères indiqués par M. Donné, très vrais sans doute pour le sang mélangé de, pus après sa sortie de la veine, ne le serait pas pour celui qui contiendrait du pus avant d'être extrait du vaisseau.
765. Lorsque la coagulation du sang s'opère , si l'on voit en regardant sa surface à l'opposite du jour , déposer une sérosité grisâtre et trouble, on peut avancer avec certitude que le sang sera couenneux et déduire de ce fait les mêmes inductions que celles que l'on tire de la présence de la couenne inflammatoire sur le caillot {J^oy, n° 775).