‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 10 sur 101 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

physiques qui n'avaient aucun rapport avec des altérations du sang, ou avec une i;ause humorale quelconque (14^7? 14585 ^459)'

1462. Il résulte de cette discussion que les enduits de la langue n'indiquent pas en général l'état de l'estomac, ou celui du sang, et qu'il faut remplacer les idées généralement reçues à ce sujet par des notions plus en rapport avec la valeur réelle de ce signe. Aussi, loin de dire : un enduit blanchâtre épais indique im état muqueux de l'eslomac , — un enduit bianc-jaunâtre annonce un état bilieux, — un enduit noirâtre et fétide correspond à un état putride des humeurs , etc. ; il faut croire : qu'un enduit blanchâtre ou jaunâtre de la langue prouve que la salive a longtemps séjourné sur la surface linguale, et que là, dépouillée par l'absorption et par l'évaporation de sa partie la plus liquide, elle a donné lieu aux enduits dont il s'agit; — que le plus souvent cet enduit est dû à ce que le malade a respiré par la bouche ; — que lorsque cet enduit est noir après avoir été jaunâtre (comme cela arrive fréquemment) , c'est que la dessication en a été portée plus loin, et que l'ouverture de la bouche a duré plus longtemps ; — que la fétidité des enduits tient à leur putréfaction par suite du contact prolongé de l'air, et qu'il est par conséquent utile de les enlever dès qu'ils se forment, parce que leur putréfaction pourrait avoir de graves ioconvéniens ; — que la privation prolongée d'alimens étant cause que les enduits de la langue ne sont pas enlevés, il s'ensuit que la diète favorise beaucoup leur accumulation et leur épaississement; — que les alimens solides nétoyant les enduits de la langue, il en résulte que c'est souvent un meilleur moyen pour les faire disparaître, de faire mâcher longtemps un peu de pain bien sec à un malade, que de lui ad-

ENDUÎTS DE lA LANGUE.

ministrer des çmétiques et des purgatifs; — que si les vomitifs nettoient quelquefois la surface linguale , c'est plutôt en déterminant des mouvemens de la langue et du pharynx, que par suite d'une action sympathique de l'estomac sur îa langue; — que les états dits saburral, et putride de la langue, doivent porter le médecin, non pas à dire que ces états correspondent à telle maladie, mais bien à chercher quelle est îa cause organique qui a pu faire que ces enduits se soient formés.

1463. Quelquefois la langue présente sur sa surface des stries rouges , tandis que, tout à côté et sur les bords, se retrouve une couche saburrale épaisse. Alors îa membrane presque dénudée est très sensible, et semblerait quelquefois ulcérée. Ce phénomène a souvent lieu alors que , dans certains mouvemens de la langue , les dents ont enlevé partiellement les enduits qui la couvraient ; il ne dépend en rien d*une affection de la peau ou des membranes muqueuses. Un malade était atteint d'une entérite ; deux dents incisives supérieures faisaient une saillie remarquable; dans un mouvement de la langue, d'avant en arrière elles avaient essuyé, ou plutôt ratissé sa face supérieure ; le point dénudé avait précisément la largeur des deux dents saillantes.

1464. Quelquefois les enduits de la langue peuvent être colorés par du vin, du tabac, des pruneaux. Ces teintes sont en général fort différentes de celles des enduits morbides; avec un peu d'attention et de pratique il est facile de les en distinguer. Le plus ordinairement ces couleurs étrangères existent d'une manière assez uniforme sur des enduits humides, et la surface colorée occupe surtout la partie postérieure et supérieure de la base de l'organe.

1465. Lorsque la langue s'humecte sur les bords

et la pointe et que les croûtes se détachent, ce sont, dit-oîi, des signes favorables; cela est vrai dans beaucoup de cas. Yoici la raison anatoniique de ce fait : c'est qu'alors la respiration est assez ralentie pour que le dessèchement de la salive soit moins complet; ou que la maladie cesse d'être assez grave pour que le malade respire autant par la bouche.

1466. l a langue varie sur l'homme sain sous le rapport du, volume, et présente par fois un développemeot tellement disproportionné qu'elle gêne la prononciation. Lorsque la langue est très grosse, elle est exposée à être déchirée par les dents, et, de îà, des ulcérations du même genre que celles dont il a été déjà parié (1429), et qui sont entretenues paria saillie ou par les inégalités des arcades dentaires. A la Salpétrière, la langue d'une vieille femme en parfaite santé avait le volume de celle d'un veau d'assez forte taille; le reste de la face présentait d'ailleurs une dimension extraordinaire et une forme très bizarre.

1467. On voit, dans l'état pathologique, la langue acquérir quelquefois un grand volume. C'est ce qui arrive dans la glossite , dans la stomatite mercurielle portée très-loin, dans la variole, etc. On Fa vue tuméfiée d'un seul côté; elle est large dans beaucoup de maladies chroniques; contractée et conique dans plusieurs affections aiguës, thoraciques, abdominales ou encéphaliques. Cette rétraction tient à la contraction des muscles linguaux. Alors le sang est exprimé vers la pointe qui paraît rouge fn" i45i). il n'y a pas diminution réelle du volume delà langue, mais mouvement spécial de cet organe. ïl est très-rare que le marasme soit porté au point de diminuer le volume de la langue.

1468. 11 est plusieurs lésions propres à la langue, auxquelles il faut penser lorsqu'on examine celle-ci :

MOUVIiMENS DE LA LAiNGUE.

1° le gonflement ou rinflammation de ses papilles qui sont souvent très-douloureuses; 2<> de petites pustules blanchâtres qui quelquefois s'excorient , et auxquelles on donne le nom d'aphtes; 3° les pustules varioliques ; 4° les lésions que produit la saillie des dents et qui occupent souvent le côté de l'organe; 5» des ulcérations ou des pustules syphilitiques qui se trouvent souvent à la pointe ou sur la face supérieure; elles ont, comme les précédentes, des bords rouges, saillans , coupés à pic, et elles circonscrivent un espace arrondi, déprimé et grisâtre; 6° des indurations et des ulcères cancéreux qui ont succédé à quelques-unes désaffections précédentes; leur baêe est dure; ils s'étendent souvent aux os environnans et donnent ordinairement lieu à de trèsvives douleurs , etc,

1469. On se gardera de prendre, pour une maladie de la langue, les cryptes muqueux qui, existant vers la base de cet organe, représentent la forme d'un Y, et pourraient simuler^ pour l'observateur inattentif^ une éruption pustuleuse.

1470. Les mouvemens de la langue offrent aussi de l'intérêt sous le rapport du diagnostic. Leur difïîculté, soit pour la prononciation, soit pour la déglutition, tient souvent à la sécheresse de l'organe (1). On a noté comme un signe de mauvaise nature , dans les fièvres graves, le tremblement que la langue présente lorsque le malade fait effort pour la montrer au

(i) Une nia]ade de TIIôtel-Dieu, atteinte d'entérite typhohémique ne pouvait pas parler. Plusieurs élèves interrogés attribuaient ce symplôme à une souffrance cérébrale. Le nez était bouché, la bouche ouverte, la langue sèche ; on humecta celle-ci avec de l'eau , et quelques enduits furent enlevés; la parole devint sur-le-champ très distincte, eton ne songea plus à rapporter à l'encéphale un symptôme du à une disposition toute physique et toute appréciable de la langue. C'était peut-être la dixième fois que favais eu l'occasion d'observer des faits du même genre.

médecin. Cela prouve, en effet, que la contraciion des muscles linguaux a lieu avec difficulté et que le cerveau souffre assez pour ne pas bien régulariser Faction qui préside à cette contraction musculaire. Dans des cas plus graves encore, soit que l'état d'insouciance du malade l'empéchc de le faire, soit qu'il éprouve de la difficulté pour y parvenir, c'est inutilement que le médecin cherche à examiner la langue en la faisant tirer au dehors; elle est en quelque sorte immobile. Dans i'hémorrhagie cérébrale , les mouvemens de la. langue sont en général très-gênés; cette influence, d une lésion du cerveau sur la langue, doit correspondre à quelque partie spéciale de l'encéphale; car on voit certaines encéphalorrhagies(hémorrhagies cérébrales) où la langue est libre, tandis que dans d'autres elle ne l'est pas. Souvent une simple encéphalo-hémie (congés lion cérébrale) détermine un semblable effet. De là, difficulté dansl'arliculation des sons, dans la déglutition, etc. Dans beaucoup de cas d'encéphalorrhagie, la langue tirée hors la bouche s'incline du côté paralysé. Nous reviendrons ailleurs sur ce phénomène. Certains malades affaiblis, surtout intellectuellement, tirent la langue hors la bouche et la laissent dehors sans chercher à la rentrer. On regarde ce fait comme un mauvais signe.

1471. L'inspection delà paroi inférieure de la bouche fait souvent découvrir sur le trajet des conduits de Warthon, une tumeur allongée, molle, fluctuante, en quelque sorte transparente , et qui est due à l'accumulation de la salive dans ces conduits. Souvent , dans ces cas , on trouve quelque concrétion de salive desséchée ou de tartre qui bouche les orifices de ces canaux excréteurs. Il faut encore noter ici l'engorgement fréquent des glandes sous-maxillaires et sub-linguales; celui des ganglionslymphatiquessous-maxil-

kiires qui font saillie sur la paroi inférieure de la bouche ; les éruptions variées qui peuvent avoir lieu sur ces points , et les ulcérations de diverse nature qui parfois y existent.

1472. La palpaïion de la bouche permet d'ajouter quelques faits aux précédens. ^ — 1° Elle sert à faire reconnaître à l'aide du doigt porté entre les joues et les dents , les maladies de la paroi externe de la bouche; elle est surtout utile lorsque les mâchoires, par une cause quelconque, s'écartent avec peine; - —

elle fait juger de l'état des lèvres et distinguer le développement anormal survenu dans les cryptes muqueux de leur surface interne; — S'' pratiquée sur les dents , et surtout combinée avec la pression , la palpation permet de reconnaître : d'une part, l'état de fixité ou de vacillation des dents; de l'autre , les aspérités qui entretiennent des ulcérations delà membrane muqueuse buccale. Si l'on appuie avec force le doigt sur la dent, il conserve l'empreinte de la saillie dentaire , et en fait mieux saisir la forme; employée médiatement , c'est-à-dire avec un stylet délié, elle sert à distinguer la carie des dents et le siège réel d'une douleur dentaire. Le contact d'un corps étranger est plus douloureux en effet sur la partie malade que sur les autres. C'est souvent sur le point où les faces latérales des dents se touchent, qu'il faut rechercher avec un stylet l'orifice de cavités cariées. En général, ce stylet doit être très-délié; — 5° la pression et la palpation des gencives font quelquefois voir en elles la source du sang rendu parles crachats; car, dans certains cas , il suffit de toucher légèrement ces parties pour les faire saigner;— 6<> la palpation fait découvrir les tumeurs ou les ulcérations du palais , et de la région de la surface buccale, située au-devant des amygdales. Cette dernière circonstance est im-

portante dans Famygdalite ; car souvent à la suite de celle-c se forment des abcès dans le tissu cellulaire d'alentour ; il est alors indispensable de s'assurer par la palpation si du pus se concentre en foyer , et avec de rhabitude on finit souvent par le reconnaître à une tension élastique qui existe sur la partie postérieure, et un peu latérale de la paroi buccale. Remarquons toutefois que , dans beaucoup de cas , le doigt ne peut découvrir la présence du pus, qui n en existe pas moins. Mais alors il est profondément placé, et l'abcès s*ouvre spontanément derrière l'amygdale et dans le pharynx, ce qui est bien moins souvent suivi d'accidens qu'on ne l'a dit. Il est d'autant plus utile de reconnaître la présence du pus, que ce serait inutilement, dans l'amygdalite, qu'on aurait recours à la médication antiphlogistique si vraiment un abcès existait, tandis que dans le cas contrairCj il est avantageux d'y insister; — 7° la palpation fait encore juger du degré de sécheresse, d'âpreté, d'aridité, d'humidité de la surface linguale. Elle sert aussi à faire reconnaître si la langue est sensible. En palpant cet organe et en le pressant entre les doigts , on sent les tumeurs qui peuvent exister dans son tissu , etc.

1473. La percussion de la caviié buccale n'est applicable qu'aux dents. Elle se fait en général avec un stylet boutonné qui les frappe. Elle peut apprendre deux choses : 1** que la dent qu'on percute est plus sensible que les autres; 2" que cette dent contient une cavité anormale, et qu'elle est cariée dans sa profondeur, bien qu'en apparence elle soit saine. Il faut beaucoup d'habitude pour obtenir un tel résultat, et quoique je me sois beaucoup occupé de percussion, j'avoue que je m'en rapporterais beaucoup plus à un dentiste expérimenté qu'à moi- même , pour déterminer un tel fait.

i474' L'auscultation de la parole sera étudiée ailleurs et les sons qui, produits dans la bouche, peuvent éclairer la diagnostic, sont peu nombreux. Cependant, 1° le râle a lieu quelquefois, dans les derniers temps de la vie, vers une partie de Farrière gorge , très voisine de la bouche; 2° Fécume qui salit les lèvres, dans l'épilepsie , fait entendre un bruit spécial; 3^ le grincement et le craquement des dents sont des phénomènes qu'on observe souvent pendant le sommeil de certaines personnes assez bien portantes; mais en général assez impressionables. On les retrouve dans les affections cérébrales de Tenfance et plus rarement de Tadulte. Ces bruits sont produits directement par le frottement des arcades alvéolaires les unes sur les autres. Ils sont les résultats de contractions spasmodiques et rapides des muscles élévateurs et diducteur de la mâchoire inférieure ; aussi conçoit-on qu'ils soient souvent liés à une encéphalopathie primitive ou secondaire. Ces signes considérés isolément , ont d'ailleurs peu d'importance, puisqu'ils se retrouvent dans l'état de santé. Le claquement des dents est l'effet d'un véritable tremblement des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure. 11 se remarque au débet des accès fébriles et de certaines névroses.

1475. L'examen des liquides formés dans la bouche, est applicable, au mucus dont il est à peu près inutile de s'occuper ici; 2° aux enduiîs humides, nous en avons déjà parlé , et 3'' à la salive; ceci mérite de fixer l'attention (1).

1476. L'examen de la salive peut être fait dans la bouche elle-même. C'est surtout lorsqu'on veut

(i) Consultez à ce sujet le remarquable travail de M. Donné : Histoire physiologique et pathologique de la salive, i 836.

apprécier l'acidité de ce liquide ou son alcalinité qu'il convient de chercher à déterminer ses caractères , alors qu'il est encore contenu dans la cavité buccale. M. Donné propose le procédé suivant : On coupe de petites bandes de papier bleu de tournesol , et de ce même papier rougi par un acide ; les premières servent à reconnaître Facidité de la salive , et les secondes son alcalinité. On place une de ces bandes sur la langue du malade qui la conserve quelque temps dans sa bouche. Le papier bleu est plus promptement altéré dans sa couleur que le rouge. Lorsque la salive est dans son état normal , le papier rouge passe au bleu ; c'est toujours par cette première épreuve qu'il faut commencer. Puis on essaye la salive avec le papier bleu, qui conserve sa coloration si le liquide est neutre, et devient rouge s'il est acide. Cette rougeur est d'autant plus marquée que l'acidité est plus prononcée. C'est à la face interne des joues et sous la langue qu'il semblerait le plus convenable de placer des réactifs; cest là, en effet, que la salive se dépose dans la bouche ; elle n'y est pas encore altérée par l'air et par le séjour et la putréfaction des enduits linguaux , qui ne sont pas du mucus comme le pense M. Donné , mais bien de la salive desséchée. (n° 1456.) Cet expérimentateur ajoute, dans une note, que lorsque l'acidité de la salive est légère et peu prononcée, il faut ne pas négliger de faire la contre-épreuve avec du papier rouge et qu'il ne faut pas tenir compte d'un léger degré d'acidité qui se prononce quelquefois moment anéînent sur certains individus et disparaît promptement. Suivant M. Donnée il faut distinguer l'action de la salive qui humecte les lèvres, de celle de la salive contenue dans l'intérieur de la bouche , attendu que les lèvres sont toujours acides par elles-mêmes (pag. 81 , loc. cit.,

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